Bachelard

Gaston Bachelard

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Gaston Bachelard
Philosophe français
XXe siècle
Naissance : 27 juin 1884 (Bar-sur-Aube)
Décès : 16 octobre 1962 (Paris)
École/tradition : Rationalisme, matérialisme, constructivisme
Principaux intérêts : Épistémologie, Philosophie des sciences, Mathématiques, Physique, Poésie, Littérature
Idées remarquables : Psychanalyse de la connaissance objective
Obstacle épistémologique
Théorie des quatre éléments en poésie
Œuvres principales : La formation de l'esprit scientifique
La psychanalyse du feu
L'eau et les rêves
Influencé par : Kant, Hegel, Comte, Nietzsche, Lautréamont, Freud, Bergson, Jung
A influencé : Canguilhem, Althusser, G. Durand, Simondon, Dagognet, Foucault, J.-L. Le Moigne, D. Lecourt, P. Sloterdijk

Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe français des sciences et de la poésie.

Épistémologue illustre, il est l'auteur d'une impressionnante somme de réflexions liées à la connaissance et à la recherche. Il invente ce qu'il appelle la « psychanalyse de la connaissance objective »[1], inspirée par les travaux de Carl Gustav Jung[2], qui étudie les obstacles affectifs dans l'univers mental du scientifique et de l'étudiant qui les empêchent de progresser dans la connaissance des phénomènes. Dans la Philosophie du non, il analyse des exemples tirés de la logique, de la physique ou encore de la chimie.

Il renouvelle l'approche philosophique et littéraire de l'imagination, s'intéressant à de grands poètes et écrivains (entre autres Lautréamont[3], Edgar Poe[4], Novalis[5]), au symbolisme ou encore à l'alchimie[6].

Bachelard interroge les rapports entre la littérature et la science (c'est-à-dire entre l'imaginaire et la rationalité), qui peuvent être conflictuels ou complémentaires. Une image au fort pouvoir affectif sera grosse d'illusions pour le scientifique (l'image du « feu » par exemple pourra obstruer la connaissance de l'électricité[6]). Mais elle produira en littérature des effets inattendus et surchargés poétiquement : son pouvoir de fascination sera très grand (chez Novalis ou Hölderlin[7] par exemple pour l'image du feu). La rêverie poétique « sympathise » avec le réel, tandis que l'approche scientifique est « antipathique », elle prend ses distances avec la charge affective du réel.

Sommaire

Biographie

  • 27 juin 1884 : Gaston, Louis, Pierre, né en Champagne, à Bar-sur-Aube, d'une famille d'artisans cordonniers.
  • 1895-1902 : Études secondaires au collège de Bar-sur-Aube.
  • 1902 à 1903 : Répétiteur au collège de Sézanne.
  • 1903 à 1905 : Surnuméraire des Postes et Télégraphes à Remiremont.
  • 1906 à 1907 : Service militaire comme cavalier télégraphiste au 12e Régiment de Dragons de Pont-à-Mousson.
  • 1907 à 1913 : Commis des Postes et Télégraphes à Paris, (bureau de la gare de l'Est).
  • 1913 à 1914 : En disponibilité pour préparer le concours d'élèves ingénieurs des Télégraphes (bourse en mathématiques spéciales au lycée Saint-Louis).
  • 8 juillet 1914 : Mariage avec Jeanne Rossi, une jeune institutrice de son pays.
  • Mobilisé du 2 août 1914 au 16 mars 1919, 38 mois de tranchées dans les unités combattantes, Croix de guerre (citation à l'ordre de la division).
  • 1919-1930 : Professeur de physique et de chimie au Collège de Bar-sur-Aube.
  • 20 juin 1920 : Veuf, avec une petite fille, Suzanne.
  • 1920 : Licencié en philosophie après un an d'études.
  • 1922 : Agrégé de philosophie. Enseigne à Bar-sur-Aube la philosophie, tout en continuant son enseignement dans les sciences expérimentales.
  • 23 mai 1927 : Docteur ès lettres (Sorbonne). Thèses soutenues sous les patronnages respectifs d'Abel Rey et de Léon Brunschvicg.
  • Octobre 1927 : Chargé de cours à la faculté des lettres de Dijon.
  • 1930 à 1940 : Professeur de philosophie à la Faculté des Lettres de Dijon. Amitié avec Gaston Roupnel.
  • 1940 à 1954 : Professeur à la Sorbonne (chaire d'histoire et de philosophie des sciences, où il succède à Abel Rey), directeur de l'Institut d'histoire des sciences et des techniques.
  • 1951 : Officier de la Légion d'honneur.
  • 1954 : Professeur honoraire à la Sorbonne, chargé de l'enseignement correspondant à sa chaire pour l'année universitaire 1954-1955.
  • 1955 : Élu à l'Académie des sciences morales et politiques, fauteuil d'Edouard Le Roy.
  • 1960 : Commandeur de la Légion d'honneur.
  • 1961 : Grand Prix national des Lettres.
  • 16 octobre 1962 : Mort à Paris. Inhumé le 19 à Bar-sur-Aube.

Influences reçues

Bachelard a été notamment influencé par :

  • Emmanuel Kant. Bachelard lui reprend l'idée que la théorie est antérieure à l'expérience. La connaissance objective est ainsi un processus de rationalisation de l'expérience sensible. Mais il critique le caractère a priori (universellement valide) que Kant assigne aux catégories. Les théories sont majoritairement erronées et la science avance en se corrigeant continuellement[8].
  • Friedrich Hegel. Bachelard lui reprend l'idée que la rationalité est essentiellement dialectique, c'est-à-dire en mouvement. La connaissance scientifique est un aller et retour permanent entre la raison et l'expérience, et la raison se corrige elle-même, elle ne produit pas des théories figées, mais des théories qui évoluent. Bachelard propose ainsi une rationalité complexe et subtile, qui suit les articulations de son objet en l'intériorisant. Mais il critique le caractère « clos » de la dialectique hégélienne, qui se referme sur elle-même et forme un système achevé. Il élabore au contraire une raison « ouverte », qui se réforme et qui produit constamment, faisant avancer le savoir humain sans limite définie[9].
  • Auguste Comte. Bachelard s'inspire du positivisme d'Auguste Comte pour fonder une approche moderniste, méthodique et historique de la science. Il substitue à la loi des trois états sa propre vision du processus scientifique, dont les étapes principales sont le « réalisme naïf », le « rationalisme » et le « surrationalisme » (ou « rationalisme dialectique »)[10].
  • Friedrich Nietzsche. Bachelard réinterprète les notions nietzschéennes de désir, de puissance et d'ascension[11], qu'il applique à ses psychologies du feu et de l'air.
  • Lautréamont. Bachelard lui consacre un livre éponyme, dans lequel il développe sa théorie de la poésie.
  • Henri Bergson. Bachelard s'oppose à sa conception du temps et du réel dans L'Intuition de l'instant (1932) et La Dialectique de la durée (1936). Mais il reçoit l'influence de la philosophie bergsonienne de la mobilité[12], partout explicite dans L'Air et les songes (1943).

Parmi ses contemporains, la philosophie des sciences de Bachelard est proche de celles de Ferdinand Gonseth et d'Alexandre Koyré.

L'épistémologie de Gaston Bachelard

Pierre Jacob soutient que les héritiers de Gaston Bachelard en matière d'épistémologie ont retenu essentiellement "les quatre thèses suivantes"[13] :

1. les instruments scientifiques sont des "théories matérialisées" (la fameuse "phénoménotechnique"). Et donc toute théorie est une pratique

2. toute étude épistémologique doit être historique

3. il existe une double discontinuité : d'une part entre le sens commun et les théories scientifiques ; d'autre part entre les théories scientifiques qui se succèdent au cours de l'histoire. C'est la fameuse "rupture épistémologique"

4. aucune philosophie (traditionnelle), prise individuellement (ni l'empirisme ni le rationalisme, ni le matérialisme, ni l'idéalisme) n'est capable de décrire adéquatement les théories de la physique moderne. C'est le "polyphilosophisme" ou la "philosophie du non".

Le nouvel esprit scientifique

Dans son ouvrage essentiel : Le nouvel esprit scientifique (1934), Gaston Bachelard opère un dépassement du débat empirisme/rationalisme, tout comme Karl Popper, deux auteurs que l'on[Qui ?] oppose parfois. Pour Bachelard, le matérialisme rationnel se trouve au centre d'un spectre épistémologique dont les deux extrémités sont constituées par l'idéalisme et le matérialisme.

Dans son œuvre, Bachelard livre une critique sévère de l'inductivisme et de l'empirisme. Le fait scientifique est construit à la lumière d'une problématique théorique. La science se construit contre l'évidence, contre les illusions de la connaissance immédiate. C'est en ce sens que Bachelard parle d'une « philosophie du non ». L'accès à la connaissance comme l'histoire des sciences est donc marquée par une « coupure épistémologique », qui opère une séparation avec la pensée pré-scientifique. Produire des connaissances nouvelles, c'est donc franchir des « obstacles épistémologiques »[14], selon l'expression de Bachelard qui parle aussi de rupture épistémologique.

Pour Bachelard, toute connaissance est une connaissance approchée : « Scientifiquement, on pense le vrai comme rectification historique d'une longue erreur, on pense l'expérience comme rectification de l'illusion commune et première. »

Bachelard plaide pour une épistémologie concordataire. Il considère qu'il faut dépasser l'opposition entre empirisme et rationalisme : « Pas de rationalité à vide, pas d'empirisme décousu ». L'activité scientifique suppose la mise en œuvre d'un « rationalisme appliqué » ou d'un « matérialisme rationnel. »

Ses idées ayant de nombreuses affinités avec celles de Ferdinand Gonseth, il contribua avec celui-ci à la création et au rayonnement de la revue Dialectica.

Dans la deuxième partie de son œuvre, Bachelard se consacre à une étude approfondie de l'imaginaire poétique. Dans un texte resté célèbre, le dormeur éveillé, il déclare : « Notre appartenance au monde des images est plus forte, plus constitutive de notre être que notre appartenance au monde des idées ». Il plaide alors pour les douceurs de la rêverie et se laisse aller aux évocations que lui inspire « la flamme d'une chandelle ».

Bachelard est classé parmi les précurseurs du constructivisme épistémologique par Jean-Louis Le Moigne, dans le Que sais-je ? intitulé « Les épistémologies constructivistes »[15].

Le temps : instant et durée

La poétique

Lautréamont et la métapoétique

Bachelard établit le projet d'une « métapoétique » dans son Lautréamont (p. 55).

Les quatre éléments

Bachelard classe les inspirations poétiques en quatre catégories, correspondant aux quatre éléments des Anciens (et des Alchimistes) : l'eau[16], le feu[17], l'air[18] et la terre[19]. Il écrit : « La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s'élance dans l'espace infini. Pour forcer le secret d'un vrai poète [...], un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnome, la salamandre, l'ondine ou la sylphide ? ». »[20],[21]. Ces quatre catégories sont autant de méthodes poétiques et psychanalytiques d'approche des textes littéraires.

Dans la Psychanalyse du feu, Bachelard évoque les quatre éléments, bien qu'il centre son ouvrage sur le feu. Ce livre inaugure la série d'ouvrages que Bachelard va consacrer aux éléments : cette série commence par le feu, puis l'eau (L'Eau et les rêves : Essai sur l'imagination de la matière), l'air (L'Air et les songes : Essai sur l'imagination du mouvement), la terre (La Terre et les rêveries du repos et La Terre et les rêveries de la volonté), et s'achève par l'élément par lequel Bachelard avait commencé, celui qui le fascine le plus personnellement : le feu, dans son autobiographie La Flamme d'une chandelle. Suzanne Bachelard, sa fille, éditera l'oeuvre posthume Fragments d'une Poétique du Feu (constituée de trois chapitres respectivement sur Prométhée, le Phénix et Empédocle), ce qui fait trois ouvrages sur le feu au total.

Poésie et psychanalyse

Chacun des quatre éléments correspond à un réseau particulier d'images affectives et à une appréhension propre de la nature et de la matière. Par exemple, l'eau peut renvoyer à l'élément féminin (maternité ou érotisme), à l'intimité ou encore au sommeil (les « eaux dormantes »). Le feu renvoie plutôt à la vivacité, à la passion, à la fusion avec le Tout (consumation du moi, dispersion dans l'immensité du monde) ou au frottement des corps, à la caresse, à la sexualité. L'air renvoie à l'infini, à l'ascension, à la légèreté ou encore à la transparence. Il évoque encore la liberté et les hautes valeurs morales. Enfin, la terre exprime par exemple la pesanteur.

Bachelard mêle à ses analyses poétiques des analyses psychanalytiques ; l'interprétation de la poésie est, selon lui, tributaire d'une psychologie de l'imagination[22] et de notions telles que le « dynamisme » ou le « désir ». En effet, on peut mieux comprendre la poésie d'un auteur lorsque l'on étudie son imaginaire personnel, ce qui le fascine et ce qui le hante.

En ce sens, la découverte du feu dans la préhistoire serait d'origine sexuelle (le frottement des bouts de bois évoque le frottement des corps), c'est-à-dire poétique, et non d'origine rationnelle (l'interprétation rationnelle expliquait la découverte du feu par son utilité), comme le montre Bachelard dans la Psychanalyse du feu.

S'inspirant de la psychologie jungienne et des théories surréalistes, Bachelard fait de l'imaginaire et du désir la source principale de la vie psychique. Il définit l'imagination ainsi[23] :

« On veut toujours que l'imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception. »

L'imagination n'est pas la simple continuation de la perception (cette dernière étant l'approche de la réalité), elle est au contraire un « imaginaire », c'est-à-dire une « surréalité » qui va bien au-delà et même à l'encontre de la perception.

Les poètes

De même, les quatre éléments correspondent à des poètes ou à des courants littéraires précis.

Pour le feu, Bachelard évoque Héraclite, Empédocle, Novalis, Hölderlin, Hoffmann, le Werther de Goethe. Le feu est particulièrement vif dans le courant romantique, à cause de la consumation totale du moi dans la nature qu'il inspire. Les poètes animés par la « Salamandre » ont ainsi en commun cette dispersion du moi dans les choses : la légende dit qu'Empédocle s'est jeté dans l'Etna[24] ; Héraclite fait du « feu », perpétuellement en devenir, le principe au coeur des choses qui crée et consume le monde sans fin[25] ; et Werther finit par se suicider pour un amour impossible[26].

Hölderlin écrit un roman intitulé Hypérion et une tragédie inachevée sur Empédocle, exprimant la nostalgie de ce retour au sein de la Nature, de laquelle il se sent exilé, avant de sombrer dans la folie[7] :

« Alors qu'Hypérion choisit une vie qui se mêle plus intimement à la vie de la Nature, Empédocle choisit une mort qui le fond dans le pur élément du Volcan. Ces deux solutions, dit fort bien M. Pierre Bertaux, sont plus proches qu'il ne semble à première vue. Empédocle est un Hypérion qui a éliminé les éléments werthériens, qui, par son sacrifice, consacre sa force et n'avoue pas sa faiblesse ; [...]. La mort dans la flamme est la moins solitaire des morts. C'est vraiment une mort cosmique où tout un univers s'anéantit avec le penseur. Le bûcher est un compagnon d'évolution. »

La production poétique de Novalis, quant à elle, fut aussi intense que courte. Bachelard en dit[27] :

« Toute la poésie de Novalis pourrait recevoir une interprétation nouvelle si l'on voulait lui appliquer la psychanalyse du feu. Cette poésie est un effort pour revivre la primitivité. [...] Voici alors, dans toute sa claire ambivalence, le dieu frottement qui va produire et le feu et l'amour. »

Pour l'eau, Bachelard évoque notamment Edgar Poe, dans L'Eau et les rêves (ch.2 : « Les eaux profondes, les eaux dormantes, les eaux mortes. "L'eau lourde" dans la rêverie d'Edgar Poe »). Dans la Psychanalyse du feu, il parle de l'« étang de la Maison Usher »[28]. Bachelard traite également de Novalis, qui exprime dans Henri d'Ofterdingen (roman inachevé) des images de maternité et de jeunes filles au contact de l'eau[29] :

« Les êtres du rêve, chez Novalis, n'existent donc que lorsque qu'on les touche, l'eau devient femme seulement contre la poitrine, elle ne donne pas des images lointaines. »

De plus, pour Novalis, l'eau est une « flamme mouillée ». On voit bien ici que, dans l'imaginaire poétique, les quatre éléments ne sont pas cloisonnés de manière rigide ; ils peuvent au contraire communiquer, comme chez Novalis où l'eau transfigure le feu et vice-versa. Bachelard classe aussi Swinburne parmi les poètes hantés par l'« Ondine ».

Pour l'air, Bachelard consacre un long passage à Nietzsche dans L'Air et les songes (ch.5 : « Nietzsche et le psychisme ascensionnel »). Il s'intéresse ainsi à l'esthétique (Le Cas Wagner) et à la production poétique (Gai savoir[30] et Ainsi parlait Zarathoustra, entre autres) de Nietzsche, en plus de lui emprunter certaines de ses intuitions sur le désir et sur l'imagination. Il déclare[31] :

« Nietzsche est le type même du poète vertical, du poète des sommets, du poète ascensionnel. »

L'esthétique nietzschéenne se caractérise par la légèreté, notamment dans les arts rythmiques (musique, danse et poésie), contre la « lourdeur névrotique »[32] de Wagner. Bachelard analyse aussi, dans le même livre, les poètes marqués par la « Sylphide » que sont Shelley (« poésie aérienne », p. 52), Balzac (« ascension psychologique vécue », p. 70) et Rilke (« impression dynamique de légèreté », p. 44). Sa psychologie de l'air s'inspire de manière remarquable de la métaphysique bergsonienne de la mobilité, notamment lorsque Bachelard caractérise l'élément aérien comme la coïncidence mouvante de l'être intime (l'être du rêveur-poète) avec l'Être tout entier (l'être cosmique) : le monde est lui-même « voyage », et le rêveur voyage avec le monde, non dans le monde : la fusion aérienne n'est pas la consumation brûlante de l'être que l'on trouve dans la poésie marquée par l'élément du feu.

« Jamais le rêveur aérien n'est tourmenté par la passion. (p.57) »

En effet, le poète de l'air se meut dans la douceur ; il est transporté, protégé, comme le rêveur de l'eau qui est bercé par l'eau maternelle. La continuité entre l'eau et l'air se manifeste précisément dans le passage du transport flottant bercé par les eaux au transport volant porté par les airs. Au contraire, le poète du feu risque la dissolution complète de son être dans l'élément naturel, il dissipe toute protection dans une rêverie flamboyante et passionnée.

Néanmoins, l'air et le feu ont en commun l'élévation, l'ascension :

« La méditation de la flamme a donné au psychisme du rêveur une nourriture de verticalité, un aliment verticalisant. Une nourriture aérienne, allant à l'opposé de toutes les « nourritures terrestres », pas de principe plus actif pour donner un sens vital aux déterminations poétiques. »

— La flamme d'une chandelle (1961).

Critique

Jacques Derrida se propose de critiquer le projet métapoétique de Bachelard, dans le cadre d'une étude sur la métaphore[33]. Pour l'inventeur de la déconstruction, l'ensemble de la tradition philosophique a toujours voulu dominer le processus métaphorique, le rationaliser, en faire un domaine contingent et sensible à côté de l'intelligibilité pure, reproduisant en cela la dualité platonicienne. Or, « Bachelard est, sur ce point, fidèle à la tradition : la métaphore ne lui paraît pas constituer simplement, ni nécessairement, un obstacle à la connaissance scientifique ou philosophique[34]. »

Dans la perspective derridienne, rien ne peut échapper à la métaphore, aucun discours ne peut prétendre la dominer, c'est-à-dire n'être pas lui-même métaphorique. Il n'y a que la métaphore elle-même qui soit « dominée » par le processus métaphorique, emportée vers l'autodestruction[35]. Or, l'oeuvre poétique de Bachelard (notamment son Lautréamont) est en fait complice de son oeuvre épistémologique (notamment La formation de l'esprit scientifique). L'oeuvre de Bachelard se conçoit, selon Derrida, comme le double projet d'une métapoétique (discours philosophique sur la poésie, qui fonde la possibilité d'une analyse littéraire descriptive et objective[36], qui passe par la classification des métaphores) et d'une psychanalyse de la connaissance (analyse et épuration des obstacles affectifs à la recherche scientifique, afin de parvenir à des théories rationnelles et rigoureuses).

Mais cette classification des métaphores n'est possible que si le philosophe se place à un point où il n'est pas affecté par le processus métaphorique lui-même dans la production de son discours. Une métaphore ne peut maîtriser une métaphore : il faut déterminer un concept de métaphore, qui ne soit pas lui-même métaphorique. Et c'est précisément cette distanciation rationnelle du philosophe, donc cette classification des métaphores (irrationnelles mais déterminables rationnellement), qui est impossible pour Derrida : la métaphore traverse l'ensemble du discours, y compris et surtout le discours philosophico-scientifique. « La philosophie, comme théorie de la métaphore, aura d’abord été une métaphore de la théorie[37]. » Le mot « théorie » lui-même est métaphorique, il désigne l'action de « voir », selon l'étymologie grecque.

Postérité

La philosophie de Bachelard a largement influencé l'épistémologie française, de Canguilhem à Foucault en passant par Simondon[38].

Ses théories sur l'imagination ont marqué le travail de certains philosophes herméneutes postmodernes de la veine heideggerienne tels Peter Sloterdijk[39].

Sa philosophie plus strictement poétique, très marquée par le surréalisme, semble avoir eu moins d'impact que sa philosophie des sciences et de l'imaginaire (si tant est que l'on puisse dissocier sa théorie de l'imagination de sa théorie de la poésie). On peut citer le critique et professeur Jean-Pierre Richard parmi ceux qui s'en sont inspirés pour leurs analyses littéraires.

Œuvres

  • Essai sur la connaissance approchée (1927). (ISBN 2711600424)
  • Étude sur l'évolution d'un problème de physique. La propagation thermique dans les solides (1928). (ISBN 2711600432)
  • La Valeur inductive de la Relativité (1929). (ISBN 2711680045)
  • Le Pluralisme cohérent de la chimie moderne (1932). (ISBN 2711600440)
  • L'Intuition de l'instant (1932). (ISBN 2253941972)
  • Les Intuitions atomistiques : Essai de classification (1933).
  • Le nouvel esprit scientifique (1934). (ISBN 2130542492)
  • L'Expérience de l'espace dans la physique contemporaine (1937).
  • La Dialectique de la durée (1936). (ISBN 2130549616)
  • La Formation de l'esprit scientifique (1938). (ISBN 2711611507)
  • La Psychanalyse du feu (1938). (ISBN 2070323250)
  • Lautréamont (1939). (ISBN 271430124X)
  • La Philosophie du non : Essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique (1940). (ISBN 2130549845)
  • Le droit de rêver (1942-1962). (ISBN 2130563635)
  • L'Eau et les rêves (1942). (ISBN 2253060992)
  • L'Air et les songes (1943). (ISBN 225306100X)
  • La Terre et les rêveries du repos (1946). (ISBN 2714302998) et (ISBN 2714308767)
  • La Terre et les rêveries de la volonté (1948). (ISBN 2714308236)
  • Le Rationalisme appliqué (1949). (ISBN 2130544428)
  • Lettres à Louis Guillaume (1951-1962). (ISBN 2844181511)
  • Le Matérialisme rationnel (1953). (ISBN 213056285X)
  • La Poétique de l'espace (1957). (ISBN 2130544444)
  • La Poétique de la rêverie (1960). (ISBN 2130549500)
  • La Flamme d'une chandelle (1961). (ISBN 2130539017)
  • Fragments d'une Poétique du Feu (posthumes, édités par Suzanne Bachelard). (ISBN 2130414540)
  • Études (contient Noumène et microphysique, La critique du concept de frontière épistémologique, Idéalisme discursif, Lumière et substance, et Le monde comme caprice et miniature). (ISBN 2711600467)
  • Épistémologie (textes choisis par Dominique Lecourt). (ISBN 2130446841)

Articles

  • L'idonéisme ou l'exactitude discursive, in Études de philosophie des sciences. En hommage à Ferdinand Gonseth, Neuchâtel (Suisse) : Editions du Griffon, 1950, pp. 7-10. Disponible ici : Idonéisme.

Citations

« Il suffit que nous parlions d'un objet pour nous croire objectifs. » (La psychanalyse du feu, Avant-propos, éd. Gallimard, p. 11)

« Il faut donc opposer à l'esprit poétique expansif, l'esprit scientifique taciturne pour lequel l'antipathie préalable est une saine précaution. » (La psychanalyse du feu, Avant-propos, éd. Gallimard, p. 12)

Bibliographie

  • Dominique Lecourt, L’épistémologie historique de Gaston Bachelard (1969). Vrin, Paris, 11e édition augmentée, 2002.
  • Dominique Lecourt, Pour une critique de l’épistémologie : Bachelard, Canguilhem, Foucault (1972, réed. Maspero, Paris, 5e éd. 1980).
  • Dominique Lecourt, Bachelard ou Le Jour et la nuit : Un essai du matérialisme dialectique, Grasset, Paris, 1974.
  • Guy Lafrance, Gaston Bachelard, profils épistémologiques, Presse de l'Université d'Ottawa, 1987. (ISBN 2-76030-153-2)
  • Michel Vadée, Bachelard ou Le nouvel idéalisme épistémologique, Éditions Sociales, Paris, 1975.
  • Jean Libis, Gaston Bachelard ou la solitude inspirée, Berg international, 2007.
  • Marly Bulcão, Bachelard : un regard brésilien, préface de François Dagognet, L'Harmattan, 2007.
  • Jean-Luc Pouliquen, Gaston Bachelard ou le rêve des origines, L'Harmattan, Paris, 2007.
  • Institut de recherches philosophiques (Lyon), Frédéric Worms, Jean-Jacques Wunenberger, Bachelard et Bergson : continuité et discontinuité ? Une relation philosophique au coeur du XXe siècle en France : actes du colloque international de Lyon, 28-29-30 septembre 2006, PUF, 2008.
  • Laurent Cournarie, L'imagination : analyse de la notion, étude de textes : Aristote, Malebranche, Bachelard, Armand Colin, 2006.

Notes et références

  1. Voir La formation de l'esprit scientifique, éd. Vrin, 2000.
  2. Cf. La poétique de la rêverie, PUF, 1971, p.17 : « Nous emprunterons alors la plupart de nos arguments à la Psychologie des profondeurs », et La psychanalyse du feu, Gallimard, Folio essais, 1985, p.47 : « nous allons réunir et compléter les observations de C. G. Jung en attirant l'attention sur la faiblesse des explications rationnelles. ».
  3. Voir l'ouvrage éponyme, éd. Corti, 1989.
  4. Voir L'eau et les rêves, éd. LGF-Livre de poche, 1993, et La psychanalyse du feu, ch.6 : « Le complexe de Hoffmann », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, pp.156-157.
  5. Voir L'eau et les rêves, éd. LGF-Livre de poche, 1993, et La psychanalyse du feu, ch.3 : « Le complexe de Novalis », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, pp.73-77.
  6. a  et b Voir La psychanalyse du feu, éd. Gallimard, Folio essais, 1985.
  7. a  et b Voir La psychanalyse du feu, ch.2 : « Le complexe d'Empédocle », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, p.43.
  8. Voir La philosophie du non, éd. PUF, 2005. Pour Emmanuel Kant, voir la Critique de la raison pure, éd. GF-Flammarion, 2006.
  9. Voir La philosophie du non, éd. PUF, 2005. Pour Friedrich Hegel, voir la Phénoménologie de l'Esprit, éd. Vrin, 2006.
  10. Voir La formation de l'esprit scientifique, éd. Vrin, 2000. Pour Auguste Comte, voir le Cours de philosophie positive.
  11. Cf. Ainsi parlait Zarathoustra, 1885 (préférer la traduction la moins mauvaise, celle de l'édition GF-Flammarion, 2006).
  12. Pour Henri Bergson, voir La pensée et le mouvant, éd. PUF, 2003.
  13. Pierre Jacob (dir.), De Vienne à Cambridge (1980), Gallimard, coll. "Tel", 1996, p. 7.
  14. Expression désignant chez Bachelard toutes les représentations qui bloquent ou freinent les avancées scientifiques.
  15. N°2969, PUF, 2007, pp.61-63.
  16. Pour le philosophe grec Thalès de Milet, l'eau était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch.2, éd. GF-Flammarion, 1964, pp.47-48, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch.3, 983b-984a : « Par exemple, Thalès, [...] prétendit que l'eau est le principe de tout, et c'est là ce qui lui fit affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l'eau. »
  17. Pour le philosophe grec Héraclite d'Éphèse, le feu était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch.4, frag. 6, 16, 30, 31, 43, 64, 65, 66, 76, 90, éd. GF-Flammarion, 1964, pp.74-81, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch.3, 984a : « Pour Hippase de Métaponte et Héraclite d'Éphèse, ce principe était le feu. »
  18. Pour le philosophe grec Anaximène, l'air était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch.2, éd. GF-Flammarion, 1964, pp.56-57, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch.3, 984a : « Anaximène et Diogène ont cru l'air antérieur à l'eau, et ils l'ont regardé comme le principe essentiel des corps simples. »
  19. Il ne semble pas y avoir eu de philosophe grec qui admettait la terre comme principe de toutes choses. En revanche, Aristote parle beaucoup du système d'Empédocle qui incluait les quatre éléments ainsi que deux contraires, l'Amour (qui unit les choses) et la Haine (qui les sépare). Cf. Métaphysique, livre A, ch.4, 985a.
  20. Voir La psychanalyse du feu, ch.6 : « Le complexe de Hoffmann », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, p.154.
  21. Ces quatre créatures élémentaires ont été assignées aux quatre éléments par Paracelse [références à retrouver].
  22. Voir L'air et les songes, Introduction : « Imagination et mobilité », éd. LGF-Livre de poche, 1992.
  23. Voir L'air et les songes, Introduction : « Imagination et mobilité », éd. LGF-Livre de poche, 1992, p.5.
  24. Sur Empédocle, voir La psychanalyse du feu, ch.2 : « Le complexe d'Empédocle », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, et les Fragments d'une Poétique du Feu édités par Suzanne Bachelard, ch.3 : « Empédocle », éd. PUF, 1988.
  25. Pour Héraclite, en plus des fragments cités, voir aussi le fragment 50 : « Ceux qui ont entendu non moi mais le logos, sont d'accord que la sagesse, c'est : un est tout. » Le thème de l'un-tout (en kai pan), c'est-à-dire de l'union du moi individuel et de la Nature cosmique, est cher à Hölderlin et ses compagnons d'études Schelling et Hegel, chacun résolvant ce problème à sa manière (Hölderlin est à la recherche d'une tragédie moderne, dont l'oeuvre inachevée La mort d'Empédocle est une tentative ; Schelling est à la recherche d'un système de la nature dans la lignée du spinozisme, dont sa Darstellung inachevée de 1801 est un exemple ; Hegel enfin construit un système où le savoir est sujet, et où le sujet devient absolu : la Phénoménologie de l'Esprit). Pour un commentaire de ce fragment d'Héraclite, voir Martin Heidegger, « Logos (Héraclite, fragment 50) », dans Essais et conférences, éd. Gallimard, 1958, pp. 249-278.
  26. Cf. Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, 1774, 2e éd. 1787.
  27. Voir La psychanalyse du feu, ch.3 : « Le complexe de Novalis », éd. Gallimard, Folio essais, 1985, p.73. Bachelard cite des passages du roman novalisien Henri d'Ofterdingen, disponible en GF-Flammarion, 1999.
  28. Cf. Edgar Poe, La Chute de la maison Usher, dans les Nouvelles Histoires extraordinaires (1857).
  29. Voir L'eau et les rêves, ch.5 : « L'eau maternelle et l'eau féminine », éd. LGF-Livre de poche, 1993. Cf. aussi « Novalis », Lettre bimestrielle n°10, août/septembre 2007, pp.12-13 (sur le site Lettres Novalis).
  30. Prologue (« Plaisanterie, ruse et vengeance ») et Appendice (« Chansons du Prince hors-la-loi »).
  31. Voir L'air et les songes, ch. 5 : « Nietzsche et le psychisme ascensionnel », éd. LGF-Livre de poche, 1992, p.164.
  32. Friedrich Nietzsche, Le Cas Wagner, § 5, éd. Gallimard, Folio essais, 1974, p.29.
  33. Jacques Derrida, Marges - de la philosophie, « La mythologie blanche : la métaphore dans le texte philosophique », éd. Minuit, 1972.
  34. Jacques Derrida, Marges, p.309.
  35. Jacques Derrida, Marges, pp.323-324. Cf. aussi La dissémination, Seuil, Points-Essais, 1972.
  36. Cf. la conclusion très nette de La psychanalyse du feu, où Bachelard parle de la possibilité de tracer un « diagramme poétique », qui expliquerait même les métaphores les plus audacieuses du surréalisme (Bachelard évoque Tristan Tzara, p.187, et Paul Eluard, p.189). La psychanalyse du feu est pour Bachelard « l'esquisse d'une détermination des conditions objectives de la rêverie », la préparation des « instruments pour une critique littéraire objective » (p.185).
  37. Jacques Derrida, Marges, p.303.
  38. Sur la postérité épistémologique de Bachelard, voir l'ouvrage de Dominique Lecourt : Pour une critique de l’épistémologie : Bachelard, Canguilhem, Foucault (1972).
  39. Voir par exemple sa trilogie des Sphères (tome I : « Bulles », tome II : « Globes », tome III : « Écumes » ; respectivement 1998, 1999, 2004), qui analyse l'imaginaire aquatique dans l'histoire de la pensée humaine.

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