Babylone (royaume)
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Le mušhuššu, dragon-serpent, symbole du dieu Marduk de Babylone. Détail de la Porte d'Ishtar, Pergamonmuseum de Berlin, VIe s.

Le royaume de Babylone s'est épanoui en Mésopotamie du sud du début du IIe millénaire avant J.-C. jusqu'en 539, date de la prise de sa capitale par le roi Cyrus II de Perse. Durant sa longue histoire, il a connu des périodes fastes et d'autres plus difficiles, et plusieurs dynasties se sont succédé à sa tête.

On distingue traditionnellement trois grandes périodes dans l'histoire de Babylone, en sachant qu'avant les environs de 700 av. J.-C., les dates sont approximatives :

  • Période paléo-babylonienne (environ de 2004 à 1595 av. J.-C.), avec la Ire dynastie babylonienne, d'origine amorrite ;
  • Période médio-babylonienne (1595-fin du IIe millénaire av. J.-C.), avec notamment la dynastie kassite ;
  • Période néo-babylonienne (début du Ier millénaire-539 av. J.-C.), qui aboutit à l'Empire néo-babylonien (627-539 av. J.-C.), dominé par la figure de Nabuchodonosor II, et marque la fin de l'indépendance de Babylone.

L'établissement d'un royaume centré sur une seule et même capitale pendant un millénaire et demi marque une rupture dans l'histoire de la Mésopotamie, et Babylone devint le centre de la partie méridionale de cette région, alors que le nord est centré à partir de la seconde moitié du IIe millénaire par l'Assyrie, qui devient le principal adversaire des Babyloniens. Le destin du sud mésopotamien, ancien pays de Sumer et d'Akkad, se confond donc avec celui du royaume babylonien à partir du milieu du IIe millénaire.

Babylone devint donc le centre politique, mais aussi culturel et religieux de l'antique civilisation mésopotamienne, et par là l'une des principales villes du Proche-Orient ancien et de tout le monde antique. Son prestige fut immense pendant la période antique, et s'est transmis jusqu'à nos jours par la tradition biblique et celle des auteurs de la Grèce classique.

Sommaire

Redécouverte du royaume babylonien

Babylone dans les traditions occidentales et orientales

Nemrod supervisant la construction de la Tour de Babel dans les Heures du duc de Bedford, par le « Maître de Bedford », XVe siècle.

Le nom de Babylone est resté bien vivant durant les siècles qui ont suivi sa chute grâce à la trace que la ville et son royaume ont laissé dans plusieurs écrits qui en parlaient, rédigés du temps où ils étaient encore prestigieux. À l'époque de la domination perse (Ve-IVe siècle av. J.‑C.), Babylone est décrite par plusieurs auteurs grecs dont Hérodote et Ctésias, qui mentionnent la grandeur de la ville et quelques éléments de son histoire, non sans quelques approximations ou confusions, notamment la substitution de l'Assyrie à Babylone sur certains événements[1]. Mais c'est essentiellement par le biais de la tradition juive que Babylone survit dans le monde savant avant la période contemporaine : la Bible hébraïque s'inspire de cette ville pour le mythe de la Tour de Babel qui connaît un grand succès, et mentionne ce royaume et la Babylonie où ont été déportés des habitants du royaume de Juda au début du VIe siècle av. J.‑C.[2] Le Talmud de Babylone fournit également quelques informations sur la Babylonie et s'inspire en partie de ses savoirs, même s'il est une source à manier avec précaution[3]. C'est avant tout les connaissances astronomique et astrologique des Babyloniens qui assurent leur postérité dans le monde savant. La tradition juive est le moyen essentiel par lequel le souvenir de Babylone se transmet au Moyen Âge, chez les peuples chrétiens qui ont fait de la plupart des livres de la Bible hébraïque leur Ancien Testament et chez qui Babylone a souvent une image négative[4], mais aussi chez les peuples qui occupent le sol de l'ancienne Mésopotamie, les Arabes[5], ainsi que leurs voisins Iraniens[6], dont les lettrés et savants (notamment astronomes) mentionnent encore « Bâbil ».

La redécouverte de Babylone par les explorateurs et les archéologues

Reconstitution de la Voie processionnelle de Babylone au Pergamon Museum de Berlin.

Les premiers voyageurs occidentaux qui parcourent la Basse Mésopotamie au Moyen Âge et à l'époque moderne ne s'accordent pas sur la localisation à donner à Babylone, dont les ruines ne sont pas aussi évocatrices que celles de sites voisins comme Birs Nimrud (l'ancienne Borsippa) ou Aqar Quf (l'ancienne Dur-Kurigalzu)[7]. Finalement, les premières fouilles du XIXe siècle se portent sur le bon site[8], alors que la redécouverte des capitales assyriennes qui a lieu à la même période suscite un intérêt croissant pour la redécouverte de l'ancienne Mésopotamie, et que les fouilles se font de plus en plus nombreuses dans l'ancienne Babylonie. C'est de cette période que date la naissance de la discipline appelée assyriologie d'après le premier peuple mésopotamien à être redécouvert, et qui repose sur l'étude des tablettes cunéiformes exhumées sur les sites fouillés que l'on parvient à déchiffrer au milieu du XIXe siècle. Babylone fait finalement l'objet de fouilles régulières au début du XXe siècle, remarquablement menées par une équipe allemande dirigée par Robert Koldewey qui met au jour ses principaux monuments[9]. La redécouverte progressive des autres grands sites de Basse Mésopotamie (Sippar, Borsippa, Nippur, Ur, Uruk, etc.) permet d'exhumer de nombreux documents provenant des périodes durant lesquelles ils étaient contrôlés par les rois babyloniens. Depuis, des dizaines de chantiers ont permis d'amasser une documentation abondante sur la longue histoire du royaume babylonien, qu'elle soit de nature architecturale, artistique ou épigraphique.

Les sources disponibles pour l'étude du royaume babylonien

Contrat de location d'un champ inscrit sur tablette d'argile, règne d'Abi-eshuh (1711-1684), Musée des beaux-arts de Lyon.

Le territoire de l'ancien royaume de Babylone couvre, à son extension maximale durant la période néo-babylonienne, toute la Mésopotamie et plusieurs régions voisines, mais ne domine généralement de façon directe que la Basse Mésopotamie, aussi appelée Babylonie. La longue période durant laquelle Babylone est la puissance dominante dans le sud mésopotamien couvre la majorité du IIe millénaire av. J.-C. après 1792 et également la majorité du Ier millénaire av. J.-C. Les fouilles archéologiques ont mis au jour une quantité importante de bâtiments et d'objets, dont des sources écrites, provenant de nombreux sites de cette région. Elles ont avant tout concerné des bâtiments publics majeurs, les secteurs des temples et des palais, et parfois des quartiers d'habitation. Des prospections au sol ont également été menées dans plusieurs secteurs de la Basse Mésopotamie. Depuis le début de la Guerre du Golfe en 1991, il n'est plus possible de mener des fouilles régulières durables dans l'ancienne Babylonie, et seules des fouilles clandestines ont lieu.

La période du royaume babylonien est documentée par une vaste quantité de sources écrites. On ne reviendra pas sur les divers témoignages indirects provenant de l'Antiquité récente, le plus important étant constitué par les dizaines de milliers de tablettes et inscriptions en cunéiforme issues des sites de l'ancienne Mésopotamie. Ces sources écrites peuvent être classées en différentes catégories[10]. Les plus nombreux sont les documents issus d'archives d'institutions (palais ou temples) ou de familles, qui sont souvent des textes juridiques (contrats de vente, location, prêt, mariage, etc.), et peuvent parfois être rapportés sur des stèles (comme les kudurrus), ou des textes administratifs (enregistrement de la circulation de produits, cadastres), et parfois des textes de correspondance. Les textes de nature « littéraire », « religieuse » ou « scientifique » sont en général des textes scolaires qui sont produits par des apprentis scribes, souvent incomplets ou fautifs. On trouve également quelques fonds de tablettes qui peuvent être considérés comme des sortes de bibliothèques, issus d'institutions religieuses ou de maisons de prêtres. On trouve enfin des textes commémoratifs provenant des scribes royaux, qui servent à préserver le souvenir des hauts faits du roi, comme les inscriptions glorifiant la construction ou la restauration d'un édifice, des batailles victorieuses, le sens de la justice d'un roi (comme le Code de Hammurabi) ou bien des hymnes à la gloire du roi, voire des chroniques historiques.

La Première dynastie de Babylone : les débuts de la puissance babylonienne

Babylone est mentionnée pour la première fois au XXIVe siècle av. J.‑C., dans un texte cunéiforme datant du règne de Shar-kali-sharri, roi de l'Empire d'Akkad dont elle fait alors partie. Elle est ensuite un centre administratif de l'Empire d'Ur III. La cité n'a pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nippur. Elle ne devient un centre politique important qu'avec l'installation d'une dynastie d'origine amorrite, la Première dynastie de Babylone, au début du IIe millénaire, après la chute du d'Ur qui laisse place à une période de fragmentation politique de la Basse Mésopotamie. Cette époque est appelée « période paléo-babylonienne ».

C'est à partir du petit royaume de Babylone que le roi Hammurabi élimine progressivement ses voisins pour dominer la Mésopotamie au cours du XVIIIe siècle. Les souverains de Babylone héritent alors de la longue histoire de la région, de ses traditions administratives, économiques et culturelles, mais leur domination n'est pas durable car leur royaume s'enfonçe dans une crise grave et durable.

Les rois de la dynastie amorrite de Babylone

L'extension approximative du royaume babylonien sous le règne de Hammurabi et de ses successeurs.

Les premiers souverains

Le premier souverain amorrite de Babylone est Sumu-abum, dont le règne débute en 1894[11]. Son successeur Sumu-la-El n'est pas son fils ; il est l'ancêtre de la lignée des rois de la Première Dynastie. Il réussit à prendre les cités des environs de Babylone. Son fils Sabium (1844-1831) et son petit-fils Apil-Sîn (1830-1813) règnent successivement et agrandissent le territoire, qui s'étend au sud jusqu'aux environs de Nippur qui appartient au royaume de Larsa, et au nord sur la région du cours moyen du Tigre jusqu'au royaume d'Eshnunna. Babylone s'affirme ainsi comme une puissance montante. Sous Sîn-muballit (1812-1792), le royaume progresse face à Larsa, et Nippur et Isin sont prises. Mais la présence au nord du Royaume de Haute Mésopotamie de Samsi-Addu, allié des rois babyloniens puisque leurs dynasties respectives ont des ancêtres communs, ainsi que de celui d'Eshnunna dirigé par Dadusha puis Ibal-pi-El II, limite la progression. En 1794, le roi de Larsa Rîm-Sîn réussit à reprendre les pertes précédentes.

Hammurabi, fondateur de la puissance babylonienne

Article détaillé : Hammurabi.
Le roi Hammurabi de Babylone face au dieu Shamash, détail de la stèle du Code d'Hammourabi, XVIIIe siècle

Dès son intronisation, Hammurabi[12] doit donc passer à l'action face à son principal rival, Rim-Sîn. Il attaque le territoire dominé par celui-ci, et s'empare d'Isin, d'Uruk et d'Ur. Il étend ensuite sa domination vers le nord-est contre Eshnunna, puis vers l'ouest. À la mort de Samsi-Addu, la situation politique du nord mésopotamien change. Zimri-Lim s'empare de Mari et constitue un état puissant sur le haut Euphrate. En 1765, Hammurabi s'allie avec lui pour repousser une attaque des Élamites, qui avaient auparavant pris Eshnunna avec leur appui. L'année suivante, il provoque la guerre contre Larsa, s'empare enfin de la ville, se débarrassant de Rim-Sîn. En 1762, il s'empare de Mari en battant son ancien allié Zimri-Lim, et l'année suivante il détruit la ville, qui ne s'en relève jamais. Hammurabi poursuit sur sa lancée, maintenant que plus personne n'est en mesure de l'arrêter : il s'empare d'Eshnunna, puis d'Assur. À sa mort en 1750, il a fait de Babylone la capitale du plus puissant royaume mésopotamien.

Les successeurs de Hammurabi face à une crise grave et durable

Samsu-iluna (1749-1712) succède à son père, et hérite d'une situation difficile : le royaume est en ébullition, et de nombreuses révoltes viennent perturber son règne[13]. Le pays est de plus frappé par une crise économique que le roi n'arrive pas à résoudre malgré la proclamation par deux fois d'édits d'andurarum visant à réduire l'endettement de ses sujets (voir plus bas). Cette situation semble être attestée à Larsa dès le moment de la conquête de Hammurabi, et est visible dans l'augmentation des prix des denrées alimentaires, puis l'abandon progressif de plusieurs sites[14]. Une grande révolte secoue le sud de la Basse Mésopotamie durant les premières années du règne de Samsu-iluna[13]. Les rebelles sont vaincus, mais les villes de la région sont désertées (Nippur, Uruk, Larsa, etc.), en partie à cause de la crise économique qui les touche, ce qui se traduit par une perte territoriale pour Babylone. Les campagnes militaires suivantes conduisent Samsu-iluna vers le nord, dans la vallée de la Diyala et la région du Khabur, mais il ne réussit pas à préserver le grand royaume hérité de son père.

Les souverains suivants[15], Abi-eshuh (1711-1684), Ammi-ditana (1683-1647) et Ammi-ṣaduqa (1646-1626) ne réussissent pas à enrayer le déclin du royaume. Les événements militaires sont très mal connus, les sources officielles de cette période étant peu nombreuses. Ils réussissent encore à préserver l'influence babylonienne vers le nord, dans la région de la Diyala et du Moyen Euphrate. De nouvelles populations effectuent des migrations qui viennent perturber encore plus l'équilibre du royaume : les Kassites, les Hourrites et les Hittites. Les souverains babyloniens ne peuvent résoudre les problèmes qui se posent à eux. Samsu-ditana (1625-1595) hérite d'une situation très difficile à laquelle il ne peut pas plus que ses prédécesseurs mettre fin.

Les institutions et les structures du premier royaume babylonien

L'organisation du royaume paléo-babylonien

Inscription royale de Hammurabi rédigée sur un cône d'argile, commémorant la reconstruction de la muraille de Sippar de Shamash, correspondant à la fonction de roi-bâtisseur.

Reprenant la tradition mésopotamienne ancienne, le roi (šarrum) de Babylone est un roi dont l'idéal est d'agir pour le bien-être de ses sujets, qu'il doit gérer comme un troupeau, en les mobilisant si besoin en cas de conflit ou de grands travaux d'intérêt général. Il est également un chef militaire qui se doit d'être victorieux[16]. C'est le garant de la paix et de la justice, et à ce titre le juge suprême du royaume. Le roi peut proclamer des édits de mišarum ou andurarum, par lesquels il cherche à rétablir l'équité dans le royaume, notamment en abolissant des dettes[17]. C'est enfin à lui d'assurer le contact entre le monde des hommes et celui des dieux, dont il est le représentant sur terre et qui ont choisi de le placer à ce poste. C'est pour cela qu'il a souvent recours à des devins chargés d'interpréter les messages divins[18].

Pour l'aider dans l'exercice de ses fonctions, le roi est entouré par plusieurs hauts dignitaires, dont les fonctions exactes sont souvent mal déterminées[19] : le šukkallum est une sorte de « vizir », le šandabakkum a une fonction de gestionnaire des finances, le ṭupšar šakkakkim est un secrétaire particulier du roi. Quoi qu'il en soit, l'essentiel est d'avoir un lien personnel avec le roi, qui gouverne donc avec ses « compagnons », ce qui est une pratique différente de celle des rois mésopotamiens du IIIe millénaire, et représente donc un apport amorrite. Ainsi, Hammurabi prenait ses décisions principales avec ses proches réunis en « conseil secret » (ša pirištim).

Les grandes cités du royaume avaient un gouverneur (šāpirum), dont la fonction est mal connue[20]. Le découpage provincial nous échappe. Au niveau inférieur, les localités étaient dirigées par un « maire » (rabiānum) et un conseil d'Anciens qui jouaient un rôle judiciaire et policier. Une autre institution locale ayant une fonction similaire est le quartier (babtum) dans les villes. Un dernier personnage avait une fonction judiciaire, le juge royal (dayyānum) qui pouvait rendre des sentences. Les sujets doivent effectuer plusieurs services (ilkum) pour leur roi et son administration[21] : des corvées pour des travaux publics (restauration ou construction de canaux, de murailles, de temples), la participation aux campagnes militaires.

L'armée paléo-babylonienne est très mal connue, même si son organisation semble similaire à celle des autres royaumes contemporains, dont celui de Mari qui est le mieux connu[22]. La base est constitué de soldats regroupés en unités de dix hommes, intégrées dans un système hiérarchisé par groupes de 50 puis 100, 200/300 et enfin un millier d'hommes dirigés par un chef d'armée (alik pân ṣābi) qui est généralement un proche du roi à moins que le roi lui-même ne prenne la tête de ses troupes. L'équipement des troupes passait par le système de l'ilkum, avec l'attribution de terres de la couronne à un soldat contre service militaire, et qui fait l'objet de plusieurs articles dans le Code de Hammurabi. Des troupes permanentes étaient également entretenues directement par le palais royal, parfois recrutées parmi des peuples étrangers[23].

Justice et droit

Détail de « lois » inscrites sur la stèle du Code de Hammurabi, Musée du Louvre.
Article connexe : Code de Hammurabi.

De nombreuses sources offrent des informations sur les pratiques judiciaires de la période paléo-babylonienne. La plus célèbre est le Code de Hammurabi, longue inscription royale rapportant des dizaines de « lois », en fait plutôt des recueils de sentences ayant pour but de servir de modèle et non pas à être appliqués de manière rigoureuse[24]. Elles sont de toute manière insuffisamment nombreuses pour couvrir tous les aspects du droit babylonien, qui reposait avant tout sur la coutume, et admettait sans doute des différences régionales comme cela se voit pour les pratiques d'héritage. La majorité des textes sur la justice sont en fait des tablettes issues de la pratique, à savoir des compte-rendus de procès et des lettres mentionnant des affaires judiciaires[25]. Quelques édits royaux, concernant la pratique de l'andurarum, des documents scolaires ainsi que des textes sans finalité juridique mais comportant des informations sur cette pratique complètent ce vaste corpus[26]. Ces sources montrent donc une grande variété d'affaires judiciaires, liées à des litiges de propriété, des vols, à des prêts non remboursés, à des affaires familiales, commerciales, crimes de sang, etc. Non seulement elles servent à étudier la pratique judiciaire dans la Babylonie antique, mais elles sont également une source inestimable pour connaître mieux la société et l'économie de cette région dans son déroulement quotidien, et les comportements et mentalités des Anciens babyloniens.

En plus du cas particulier des juges royaux, les personnes détenant une autorité judiciaire sont pour la plupart les gens investis également d'une autorité administrative qui ont déjà été évoqués, dont le roi qui intervient dans des cas limités (crimes majeurs, litiges administratifs ou sur les domaines de la couronne)[27]. Les cours de justice sont dirigées par un personnel disposant de prérogatives judiciaires organisé en collèges de tailles diverses. La procédure d'instruction est séparée de celle de jugement : l'enquête est menée par un premier groupe de notables locaux, puis transmise aux personnes devant juger la sentence[28]. La première phase comporte généralement une tentative de conciliation donnant lieu à la production d'un document écrit si elle aboutit, le recours aux juges ne devant se faire qu'en dernier ressort. La sentence, jamais motivée explicitement dans les textes, est rendue sur la base de preuves qui sont jugées solides : preuves matérielles (notamment des contrats écrits), témoignages, mais aussi prestation de serment par les dieux (qui châtient ceux qui sont coupables de parjure), et l'ordalie (jugement par les dieux qui prend la forme d'une épreuve dont les modalités sont mal saisies, mais qui se déroule généralement sur un cours d'eau). Les sentences sont diverses, en majorité pécuniaires pour les délits pénaux, tandis que les crimes jugés comme étant les plus graves (meurtres, distingués selon qu'ils sont prémédités ou non, adultère, viol, sorcellerie, manque de respect au chef de famille, etc.) sont punis par des peines de sang, à savoir des mutilations ou la mort[29]. Le Code de Hammurabi montre qu'il y a une gradation des peines suivant le sexe et le statut social des personnes qui commettent et subissent les litiges.

Libres et non-libres

La société paléo-babylonienne est comme toute société de la Mésopotamie ancienne divisée entre personnes libres et personnes non-libres. Mais la hiérarchie telle qu'elle apparaît dans le Code de Hammurabi est plus complexe, puisqu'elle distingue deux groupes parmi les gens libres : awīlum et muškēnum[30]. Le terme awīlum signifie au sens large « quelqu'un », dans un sens plus restreint une personne libre par opposition à un esclave, et dans un sens encore plus restreint, celui du Code de Hammurabi, il s'agit de la catégorie la plus honorable de la société. Ce sont peut-être les membres de l'administration du palais, donc une sorte d'« aristocratie de fonction » selon D. Charpin, ou ce terme équivaut plus simplement à « gentleman » pour R. Westbrook. Il s'agit en tout cas de personnes riches et respectées. Le statut du muškēnum est très débattu. Il est manifestement moins honorable et moins riche que l'awīlum, et si on admet que ce dernier est un membre de l'administration du palais alors le muškēnum évolue en dehors de ce cadre ; mais à l'inverse une autre interprétation fait du muškēnum un dépendant du palais.

Les esclaves sont désignés par le terme masculin wardum et féminin amtum, qui signifient au sens large « serviteur », ou « inférieur »[31]. L'esclave mésopotamien est une personne dépendant d'un maître qui peut faire l'objet d'une vente. On peut devenir esclave suite à une capture lors d'une guerre, ou en naissant d'une femme esclave, ou encore suite à des difficultés économiques extrêmes ayant conduit à la mise en vente de la personne. Le Code de Hammurabi prenait des dispositions contre leur fuite : ceux qui aident un esclave fugitif sont mis à mort, tandis que ceux qui les dénoncent sont récompensés. Le rôle des esclaves est d'accomplir les tâches les plus ingrates, notamment moudre les grains ou tisser des étoffes, souvent dans le cadre domestique, mais ils ne sont pas une force de travail majeure dans la société, qui ne peut donc être qualifiée d'esclavagiste.

La famille

La famille est une institution bien connue par les sources juridiques de la période paléo-babylonienne[32]. Elle est en général nucléaire et monogame, formée par un mariage qui voit une femme passer de l'autorité paternelle à l'autorité conjugale, en rejoignant la résidence de son époux. Le mariage donnait lieu à l'échange d'une dot (šeriktum, nudunnum) donnée à l'époux par la famille de l'épouse, alors que l'époux offrait en retour un « cadeau d'épousailles » (terhatum), parfois accompagné d'un présent de l'époux à l'épouse (biblum). Dans les familles riches, ces échanges pouvaient être importants, et parfois impliquer des propriétés foncières ou des esclaves. Le mari peut prendre une seconde femme si la première ne lui donne pas d'héritier, la nouvelle épouse étant subordonnée à la première. Dans le cadre familial, l'autorité patriarcale est claire : il peut avoir des concubines, il est le seul à pouvoir répudier l'autre, en cas d'adultère de sa femme, c'est lui qui décide si celle-ci doit être mise à mort avec son amant. La loi s'assure également du respect inflexible du fils envers son père. Si le père n'avait pas d'enfant pour assurer sa subsistance une fois âgé, il pouvait en adopter un, qui dispose des mêmes droits que les éventuels enfants qui viendraient à naître[33]. Les transmissions d'héritage se font suivant différentes coutumes selon les lieux : de façon égalitaire entre les fils à Sippar, avantage à l'aîné à Larsa ou Isin. On peut ajouter qu'en plus d'être bien souvent une unité économique pratiquant la même activité de père en fils, la famille était aussi une unité religieuse, pratiquant un culte domestique avec des dieux-patrons spécifiques, et rendant un culte à ses ancêtres qui sont souvent enterrés sous le sol de la résidence familiale[34].

Les structures économiques : grands organismes et secteur privé

Les activités économiques dans la Mésopotamie ancienne sont prises en charge par des acteurs relevant de deux secteurs : celui des institutions que l'on qualifie souvent de « grands organismes » suite à A. L. Oppenheim, qui sont les palais (royaux et provinciaux) et les temples ici compris en tant qu'institutions et acteurs économiques, et qui sont gérés de façon similaire[35] ; et un secteur privé en dehors du cadre des grands organismes. Concrètement, la limite entre « secteur public » et « secteur privé » n'est guère plus claire que de nos jours, notamment parce qu'il y a des imbrications entre les deux : une personne peut participer à la vie économique d'un grand organisme et mener des activités économiques privées. L'importance respective de l'activité économique des deux secteurs est impossible à établir, car même si notre documentation mentionne en priorité les grands organismes qui sont les plus grands producteurs de textes de la vie courante, rien n'indique clairement qu'ils dominent toute la vie économique[36]. Quoi qu'il en soit, ils ont un impact considérable sur la société de plusieurs manières[37]. Le temple de la divinité principale de la ville contribue à l'identité de celle-ci, puisque sa divinité est souvent invoquée dans les serments prêtés lors des contrats et se trouve au centre des principales fêtes de la ville dirigées par son clergé. En tant qu'institution économique, il possède de nombreuses propriétés foncières, et un certain nombre de notables de la cité travaillent pour son compte. Le palais est quant à lui au sommet de la société, possède de vastes domaines et draine vers lui de nombreuses ressources, notamment les biens de prestige qu'il redistribue en partie au personnel de l'administration et de l'armée. Ces institutions contribuent donc à former les élites de la société.

Du point de vue administratif, le palais gérait ses terres de différentes façons[38]. Un premier groupe était concédé à des « tributaires » (naši biltim), qui recevaient en même temps du matériel d'exploitation et qui versaient une redevance en nature et en argent au palais. Les troupeaux d'animaux du palais étaient gérés selon un principe similaire. Le second groupe de terres était attribué à des personnes effectuant un service (ilkum) pour l'État, de type militaire, administratif, artisanal, etc., donc des agents du pouvoir royal. Cela servait à assurer leur subsistance et les frais nécessaires à l'exercice de leur charge, plutôt que de les rémunérer par un salaire ou des rations d'entretien. L'organisation du travail artisanal est moins bien documentée, mais on sait que les palais paléo-babyloniens disposaient d'ateliers, notamment pour le textile, et employaient des artisans extérieurs au palais pour des tâches qu'ils devaient exercer en complément de leur activité privée. Le palais était également un acteur du commerce[39]. Il était tout d'abord un grand consommateur de biens divers, ce qui animait un commerce important, mais il vendait également des denrées alimentaires. Il faisait appel pour cela à un intermédiaire, le tamkārum (traduit par « marchand »), à qui il confiait les produits à vendre et qui lui reversait le produit des ventes. On ne sait pas si ses marchands étaient des fonctionnaires ou des entrepreneurs privés à qui le palais confiait ces tâches de temps en temps.

Les temples étaient également des grands acteurs économiques, connus essentiellement par les tablettes des temples de Sippar. Ils possédaient de vastes domaines souvent donnés par le roi à la divinité tutélaire, mais aussi achetés, et qui sont exploités par leurs dépendants[40]. Ces productions étaient mobilisées pour servir ou financer au culte, que ce soit pour les offrandes ou la rétribution des desservants, ou encore pour financer des opérations commerciales d'achats de biens nécessaires au culte. Le roi exerçait toutefois un contrôle sur la gestion du temple, qui était aux mains d'administrateurs comme le šatammum, une sorte d'intendant. Par le système des prébendes (voir plus bas), le temple voit graviter autour de lui un grand nombre de notables.

Le secteur privé, bien que peu documenté ou parfois difficile à séparer du secteur des grands organismes avec lequel il peut interagir, occupe manifestement une place dans l'économie mésopotamienne de l'époque[41]. Plusieurs exemples montrent qu'il existait des transactions de biens fonciers, notamment de terres agricoles (champs, jardins-palmeraies), ce qui indique bien l'existence d'une propriété privée, qui chez les plus riches pouvait s'apparenter à un grand organisme en miniature. On a déjà vu qu'il y a également des arguments plaidant en faveur de l'existence d'artisans et de marchands effectuant au moins une partie de leurs activités pour leur propre compte. Les acteurs privés pouvaient également se livrer à des activités financières en faisant des prêts à intérêt. Il ne semble pas qu'il y ait eu un monopole du palais sur certains produits, ou même une fixation rigide des salaires et prix par le pouvoir, ce dernier se contentant plutôt d'indiquer la somme la plus juste ou le minimum acceptable[42].

Les campagnes de la Basse Mésopotamie

Article connexe : Agriculture en Mésopotamie.

Paysages et aménagements ruraux

Les ensembles régionaux de l'agriculture mésopotamienne antique.

La Basse Mésopotamie est une vaste plaine qui correspond au delta de l'Euphrate qui coule à l'ouest et du Tigre qui coule à l'est, les deux se divisant en plusieurs bras secondaires[43]. La pente y est très faible, et les fleuves charrient une grande quantité d'alluvions, ce qui fait que le niveau de leur cours est rehaussé par rapport à la plaine. On note de plus un déplacement progressif de leur tracé, amenant à l'abandon à certaines époques de villes qu'ils irriguaient autrefois. Leurs très violentes crues proviennent au printemps, au moment de la moisson des céréales, ce qui fait qu'elles ne sont d'aucune utilité pour l'agriculture. De plus, étant donné que la Basse Mésopotamie ne reçoit pas suffisamment de précipitations pour faire de l'agriculture sèche, il est nécessaire d'irriguer les champs pour y faire pousser des plantes.

Les habitants de la Basse Mésopotamie ont donc développé un système d'irrigation complexe[44]. Sa fonction première était l'alimentation en eau des champs par des canaux. Les cours d'eau coulant au-dessus de la plaine, une irrigation par gravitation est suffisante : il suffisait de pratiquer une ouverture sur le bord du canal pour laisser l'eau irriguer le champ. Dans certains cas, le champ est irrigué par un appareil à bascule, le shadouf. Ce système était complété par des installations de stockage d'eau (par des réservoirs, barrages) qui servaient également à lutter contre les crues, et à drainer des eaux hors des terres irriguées. Les canaux étaient également utilisés pour le transport fluvial. L'entretien et le creusement des canaux sont devenus au fil du temps des tâches majeures dont se vantaient les souverains, qui y voyaient un moyen de contribuer à la prospérité de leurs sujets, même si au quotidien ce sont les institutions locales et les individus qui doivent prendre soin de ces aménagements[45].

Croquis hypothétique d'un finage de la Babylonie.

Le paysage rural de la Basse Mésopotamie est donc constitué d'une zone de culture irriguée où les champs et jardins-palmeraies, généralement de forme allongée, bordent par leur petit côté les canaux nécessaires à leur mise en culture[46]. Les villages sont établis sur des levées de terre proches des cours d'eau naturels ou artificiels, mais au début du IIe millénaire ils sont encore largement minoritaires face aux espaces urbains qui groupent la majorité de la population, agriculteurs compris. Au-delà des zones en culture, on trouve les espaces incultes de steppe et de nombreux marécages qui fournissent diverses ressources (poissons, roseaux).

Productions agricoles

L'agriculture de la Basse Mésopotamie est dominée par la culture de l'orge (sumérien ŠE, akkadien še'u(m)), céréale généralement préférée au blé et à l'épeautre en raison de sa meilleure résistance aux sols salins de la région et du fait qu'elle nécessite moins d'eau[47]. Les outils utilisés pour travailler les champs sont ceux qui sont employés depuis plusieurs siècles en Mésopotamie : l'araire à semoir (epinnu(m)) tirée par des bœufs, la houe et la faucille[48]. Le labour de la terre était effectué par des équipes de laboureurs et trois ou quatre bovins. On pratiquait généralement la jachère biennale. En temps normal, les rendements des meilleures terres pouvaient être très élevés, et atteindre les 16/1 ou 20/1 voire plus. L'orge constitue la première source de nourriture pour les Anciens mésopotamiens, qu'elle soit consommée sous forme de pain, de galette, de bouillie ou encore de bière, boisson très répandue en Basse Mésopotamie[49].

Palmeraie dans l'actuel Iraq, dans la région de Bagdad.

L'autre grande culture de la région était celle du palmier-dattier[50], qui supporte lui aussi les sols salins, et dont la croissance nécessite un fort ensoleillement et un apport important en eau, raison pour laquelle les palmeraies sont placées au bord des canaux. Le palmier ne produisant des dattes comestibles qu'après cinq ans, les personnes louant un champ pour y mettre une palmeraie ont droit à ne pas verser de redevance avant ces cinq années, et encore celle-ci est allégée (la moitié de la récolte contre les deux tiers en temps normal selon le Code de Hammurabi articles 60 à 64). Le palmier fournit d'autres produits en plus des dattes : son bois peut servir pour des outils et des constructions, les bouts de l'arbre et certaines de ses fibres servent à tresser des paniers, et le rejets poussant à la base de l'arbre sont utilisés pour produire du vin de palme. En plus de cela, les palmeraies sont de véritables jardins, puisqu'on profitait de l'ombre fournie par les palmiers - qui pouvaient atteindre jusqu'à 20 mètres de haut - pour faire pousser divers légumes et fruits à leurs pieds : salade, pois chiche, lentille, fève, oignon, ail, figues, pommes, grenades, etc.[51].

À côté des cultures, les paysans mésopotamiens entretenaient quelques têtes de bétail, avant tout des moutons fournissant de la laine et des chèvres fournissant du lait, mais aussi des bovins, plus onéreux, et des cochons, des ânes ainsi que de la volaille[52]. L'accès régulier à la viande était limité pour la majorité de la population, réservé aux tables des élites et des dieux. Les plus grands troupeaux d'animaux sont ceux des grands organismes, qui pouvaient les confier à des pasteurs professionnels. Les bêtes vont paître à la limite des zones cultivées ou sur des champs en jachère. Les troupeaux institutionnels pouvaient être envoyés en été vers des régions fraîches situées au nord de la Babylonie en été, une sorte de transhumance.

Au final, l'agriculture de la Basse Mésopotamie pouvait être très productive au prix d'aménagements et de soins constants, dans un milieu difficile mais qui devenait très fertile une fois bien mis en valeur. Un problème posé par l'irrigation est la salinisation des sols : l'eau d'irrigation apportait des sels minéraux qui après évaporation restaient dans la terre et faisaient baisser ses rendements. Si certaines pratiques avaient été mises en place pour faire face à ce risque, comme la pratique d'un drainage du sol pour évacuer une partie des sels, ce phénomène qui a commencé durant le IIIe millénaire a pu contribuer à rendre incultes de nombreuses terres à la fin de la période paléo-babylonienne, jouant un rôle dans la crise économique de cette époque[53]. Mais il reste difficile d'évaluer l'impact réel de cette dégradation, et les limites de l'agriculture de la Basse Mésopotamie paraissent avant tout humaines : il y a généralement plus de terres à mettre en culture que de main-d'œuvre disponible, et en cas de conflits ou de crises économiques le système agricole pouvait être perturbé et subir un recul important.

Le monde des villes : urbanisme et activités

Article connexe : Ville en Mésopotamie.
Les principales villes de la Basse Mésopotamie à la période paléo-babylonienne

L'espace urbain

Plan d'une ville de Babylonie : Nippur. La zone centrale est occupée par les grands temples (Ekur, Temple d'Ishtar), voisinant d'autres temples et des zones résidentielles repérées dans différents secteurs lors des fouilles (TA, TB, TC, WB).
Ruines du centre cultuel de la ville d'Ur, dominées par la ziggurat dont le premier étage a été restauré.

La Basse Mésopotamie est depuis la fin du IVe millénaire une région très urbanisée[54] : si on ne retient que la taille qui est le principal critère visible pour les prospections, plus de la moitié de l'espace habité est alors concentré sur des sites de plus de 100 hectares[55]. On est donc en présence d'une véritable civilisation urbaine, même si de plus en plus de villes déclinent après le règne de Samsu-iluna, surtout dans le sud où la plupart des anciennes cités sumériennes sont progressivement désertées (Nippur, Uruk, Eridu, Ur, Isin, Larsa, Girsu, Umma, etc.).

Les fouilles d'espaces urbains pour la période paléo-babylonienne sont focalisées sur les bâtiments publics (temples et palais). L'urbanisme ne peut être approché que dans quelques villes ayant fait l'objet de prospections internes révélant leur structure urbaine, comme Larsa (Tell Senkerah) et Mashkan-shapir (Tell Abu Duwari) située aussi dans le royaume de Larsa[56]. Deux autres agglomérations de petite taille de cette période constituent un cas particulier, les villes planifiées de Harradum (Khirbet ed-Diniye) et Shaduppum (Tell Harmal). Le fait qu'elles aient été construites d'un trait nous montre comment l'organisation d'une ville était conçue par les Anciens mésopotamiens : on y trouve une enceinte percée de portes, des îlots urbains délimités par des rues, qui ont la particularité d'être rectilignes à Harradum qui a une forme quasiment carrée, et la position dominante des bâtiments administratifs et religieux.

Les villes mésopotamiennes sont situées sur un ou plusieurs cours d'eau naturels ou artificiels qui les traversent parfois, et disposent de quais (karūm) pour la circulation fluviale[57]. Elles sont entourées d'une muraille, percées par des portes plus ou moins larges où les taxes pouvaient être perçues[58],[56]. Les rues et les canaux délimitent des îlots de constructions. Une grande voie menait au quartier principal où se trouvait le palais du roi ou du gouverneur et le grand temple de la ville, parfois accompagné d'une ziggurat (tour à étages). Une partie de l'espace urbain était occupée par des champs ou des jardins-palmeraies, ce qui indique qu'il y avait des activités agricoles intra-urbaines, en plus du fait que des agriculteurs pouvaient vivre dans des villes et travailler les champs situés autour de celles-ci. Les quartiers (babtum) de la ville sont une réalité sociale forte : ils ont des « chefs », peuvent intervenir dans des litiges sur des propriétés, informer les autorités de la réputation de certains individus dans des cas de vol ou d'adultère, ce qui leur confère un rôle de contrôle social formel[59]. On a pu repérer dans les espaces urbains fouillés ou des textes plusieurs quartiers spécialisés : certains où résidaient beaucoup de marchands, des membres du clergé, et des quartiers artisanaux[60]. Il n'y a pas, sauf exception, de quartiers riches ou pauvres, les maisons vastes côtoyant les plus petites ; le regroupement s'effectue peut-être selon un modèle qui voit une maisonnée riche regroupant autour de sa vaste résidence les petites habitations de ses dépendants.

Les résidences urbaines

Des résidences ont pu être fouillées sur plusieurs sites, et de véritables quartiers ont été dégagés dans des villes majeures de la période, Ur et Nippur, et dans une moindre mesure Sippar[61]. Il s'agit de quartiers tassés, où les rues sont souvent étroites et rarement droites. Les résidences sont plus ou moins vastes, mais généralement exigües. La circulation y est souvent organisée autour d'une cour ou espace central dont on ne sait pas s'il était couvert ou non. Il existe aussi des petites maisons à organisation linéaire. Les fonctions des pièces, nombreuses dans les grandes résidences, sont souvent difficiles à déterminer, d'autant plus que certaines ont pu être plurifonctionnelles. Il y avait des espaces de stockage, des salles de réception, quelques pièces d'eau parfois, et des espaces pour le culte domestique, peut-être dans de petites chapelles. Plusieurs de ces résidences avaient probablement un étage, mais cela reste souvent difficile à déterminer. Des tombes familiales étaient creusées sous des maisons, maintenant le lien entre les vivants et les morts de la famille.

Artisans et marchands

Artisan travaillant un objet en bois (araire, partie d'un char ?), terre cuite du début du IIe millénaire retrouvée à Tell Asmar (Eshnunna).

Les activités artisanales sont mal documentées pour la période de la Première dynastie de Babylone, les dossiers paléo-babyloniens relatifs à ce secteur étant extérieurs ou antérieurs à ce royaume[62]. Certains quartiers à spécialisation artisanale ont pu être repérés sur certains sites urbains, mais peu d'installations d'artisans ont été mis au jour. L'article 274 du Code de Hammurabi indiquant les salaires d'embauche de plusieurs artisans donne une liste de métiers artisanaux, mais il est fragmentaire et donc de lecture malaisée. Ce même texte mentionne également les activités de maîtres d'œuvres dans le bâtiment (articles 228-231), qui devaient être très importants en milieu urbain en tant qu'architectes ou experts en maçonnerie guidant les travaux de construction. Les prébendes de temples montrent différentes activités artisanales en relation avec le culte, comme la transformation de produits alimentaires (brasseur, boulanger).

Les villes comportaient également des espaces destinés aux échanges, et il semble avoir existé des marchés situés notamment près des portes, ainsi que des boutiques. Mais le grand lieu du commerce était le quai (karūm) de la ville, qui est le quartier marchand. Le moyen de paiement qui domine définitivement dans ces lieux d'échanges à partir de la période paléo-babylonienne est l'argent pesé, exprimé dans les unités de poids que sont la mine (environ 500 grammes) et sa subdivision le sicle (1/60e de mine). Il est diffusé sous diverses formes standardisées de poids courant et parfois authentifiées par une marque : lingots, plaques, anneaux, etc.[63] Il joue aussi les rôles cruciaux d'étalon de valeur et d'unité de compte, ce qui fait qu'il peut être considéré comme une forme de monnaie. Les grains d'orge peuvent avoir des fonctions similaires, mais leur utilisation en tant que monnaie est de moins en moins répandue depuis les derniers siècles du IIIe millénaire. Il ne faut pour autant pas considérer que l'économie de cette période est monétisée, en raison du poids de l'auto-subsistance, des échanges non-marchands ou en nature (notamment la redistribution dans les grands organismes) et sans doute aussi de formes de troc.

Le karūm était aussi une institution regroupant les marchands d'une ville, donc une sorte de « guilde »[57], dirigée par un chef des marchands (wakil tamkarim) qui agit pour le compte du roi. Les marchands pouvaient s'organiser en associations de courte durée pour financer des opérations commerciales, comme l'association-tappūtum figurant dans le Code de Hammurabi, qui voit un bailleur de fonds remettre une somme à un agent commercial, les partenaires devant ensuite partager le profit à parts égales[64]. Certains Babyloniens se livrent aussi à des activités financières privées. Le Code de Hammurabi légifère sur les activités de prêts (en cas de problème de remboursement, ou sur les garanties du prêt). Les taux d'intérêt pouvaient s'élever à 20 % pour les prêts d'argent et 33 % 1/3 pour les denrées alimentaires[65].

Les produits commercialisés au niveau local sont surtout des denrées alimentaires diverses, ou encore des matières premières textiles comme la laine, vendues en partie par le palais comme vu plus haut. Les métaux devaient en revanche être cherchés hors de Mésopotamie, mais on est peu renseignés sur leur commerce pour cette période en Babylonie. Le commerce dans le Golfe persique, qui servait à importer du cuivre de Dilmun (Bahrein), décline sous la période de domination babylonienne alors qu'il avait contribué au développement de villes méridionales comme Larsa ou Ur durant les périodes précédentes. Au nord, la ville de Sippar devient une place de première importance pour l'importation de produits étrangers en Babylonie, et exporte également des produits textiles vers l'Assyrie, tout comme Babylone[66].

Croyances et pratiques religieuses

Article connexe : Religion mésopotamienne.

Les divinités

Plaque en terre cuite représentant une déesse, sans doute Ishtar, tenant une arme, début du IIe millénaire, Tell Asmar (Eshnunna).

Les Anciens mésopotamiens croyaient que l'être humain avait été créé par les dieux pour le servir[67]. Les principales divinités mésopotamiennes sont le produit d'une longue évolution. On peut les désigner par leur nom sumérien ou leur nom akkadien si ceux-ci diffèrent, et leurs lieux de cultes principaux sont situés dans la ville dont elles sont les patronnes[68]. Le grand dieu Enlil est vu comme le roi des dieux, maître de l'Air, pourvoyeur de la royauté terrestre, détenteur des tablettes de la destinée qui décident du sort des hommes. Son grand temple se trouve dans la cité sainte de Nippur. Il constitue une « triade » avec son père Anu, dieu du Ciel dont le lieu de culte principal est à Uruk, et son frère Enki/Ea, dieu de l'Abîme, divinité de la sagesse et de la magie, vénéré à Eridu. On trouve ensuite les grandes divinités célestes : Nanna/Sîn, le dieu-lune dont le temple principal est à Ur, et ses enfants Utu/Shamash le dieu-soleil, dieu de la justice, divinité tutélaire de Larsa et Sippar, et la déesse Inanna/Ishtar, la planète Vénus, déesse de l'amour et de la guerre dont le grand temple est à Uruk. On peut y ajouter Ishkur/Adad, dieu de l'orage et donc de la fertilité. Viennent ensuite des divinités guerrières comme le dieu Ninurta originaire de Nippur ou Zababa vénéré à Kish. Les divinités principales du monde infernal sont Ereshkigal, reine des Enfers, et son parèdre Nergal. La divinité tutélaire de Babylone, Marduk, de statut mineur avant l'affirmation de ce royaume, prend de l'importance au fur et à mesure que la puissance babylonienne augmente et que son temple, l'Esagil, fait l'objet de nombreuses donations[69]. À côté de cela, les Mésopotamiens croyaient que le monde était habité par un ensemble d'êtres surnaturels, démons protecteurs ou néfastes, qui pouvaient agir pour le compte des dieux, notamment pour punir une personne qui n'aurait pas respecté l'ordre divin.

Le culte

L'« adorant de Larsa », statuette en cuivre d'un homme en position de prière offerte au dieu Amurru, règne de Hammurabi, Musée du Louvre.

Le lieu principal d'exercice du culte est le temple, résidence terrestre de la divinité, qui y est présente sous la forme de sa statue qu'elle passe pour habiter réellement. Cette dernière se trouve dans la pièce principale du sanctuaire, le « saint des saints » ou cella. À la période paléo-babylonienne, c'est de plus en plus une salle de disposition barlongue dans laquelle l'autel ou la niche où se trouve la statue fait face à l'entrée, qui ouvre sur une cour intérieure organisant la circulation dans le bâtiment. Cette disposition reste dominante jusqu'à la fin de la civilisation babylonienne[70]. C'est là qu'ont lieu la majorité des rituels du culte des divinités qui « résident » dans le temple. Dans ce dernier où à sa proximité, on trouve un ensemble de pièces et de bâtiments servant à l'exercice du culte : des bureaux, des magasins, des cuisines, plus loin des ateliers, les résidences du personnel cultuel qui peut être regroupé dans un même quartier. Les principaux complexes sacrés sont dominés par une ziggurat, monument à degrés dont la symbolique et la fonction exactes restent obscures.

L'entretien quotidien des dieux dans le sanctuaire prend différentes formes[71] : un entretien alimentaire (boissons et nourriture) et vestimentaire, la purification du lieu saint du temple et de la statue, et une célébration par divers rituels accompagnés à l'occasion de chants et de musique. Les offrandes faites aux dieux proviennent de particuliers, et en priorité du roi. Il peut s'agir d'aliments, de vêtements, de mobilier, d'objets d'art, de propriétés foncières, etc. Le souverain a de plus pour rôle de construire et restaurer les temples[72]. Le calendrier liturgique des différentes villes de Basse Mésopotamie était également marqué par des rituels et fêtes religieuses plus ou moins grandioses, certains associant le souverain à leur déroulement.

Le personnel des temples est généralement divisé entre le personnel chargé du culte et le personnel chargé de l'administration du patrimoine du temple, qui peut être très important comme vu plus haut[73]. Mais la séparation entre les deux n'est pas forcément rigide, d'autant plus que les richesses du temple sont destinées en grande partie à son culte. Les prêtres chargés du culte ordinaire sont désignés sous le terme SANGA/šangûm, et sont dirigés par un chef. Ils peuvent être assistés par des prêtres spécialisés : les pašišum qui semblent s'occuper de l'entretien de la statue de la divinité, ou encore les lamentateurs (kalûm) et chantres (nârum) qui participent aux rituels, avant tout par leurs chants. Il existait également un personnel religieux féminin. Les mieux connues pour cette période sont les nadītum, religieuses attachées à un dieu et vivant recluses dans une sorte de « cloître » (gāgum), attestées notamment à Sippar et Nippur[74]. Enfin, certains prêtres non rattachés à des temples étaient spécialisés dans des rituels différents, à savoir les exorcismes ou la divination, généralement par hépatoscopie (lecture des messages des dieux dans les entrailles de moutons)[75]. Un cas de prophétisme inspiré par le dieu Marduk est également connu à Babylone sous le règne de Hammurabi. Ces activités intéressaient de très près le roi, qui devait garder un contact régulier avec le monde divin.

Ce personnel peut être rémunéré par des rations d'entretien fournies par le temple, ou bien en recevant une partie des offrandes faites au dieu, ou encore par la concession de terres agricoles appartenant au sanctuaire, dont ils tirent leurs revenus[76]. Une partie des charges cultuelles pouvait être segmentée et concédée à plusieurs personnes qui s'en répartissaient l'exercice chacun à leur « tour » (BALA) pour une durée variable : c'est le système désigné sous le terme de « prébende ». Il peut s'agir de personnes chargées de la préparation des aliments offerts à la divinité, ou bien de celles chargées de l'entretien de la statue ou des lieux sacrés du temple. Les charges de prébendes étaient rémunérées, et pouvaient même être louées.

La mort et les rites funéraires

Suivant les croyances des Anciens mésopotamiens, les spectres des morts se dirigeaient vers un Au-delà situé sous terre, ce qui explique sans doute pourquoi ils ensevelissaient les cadavres des défunts, la plupart du temps sous terre, parfois dans des marécages[77]. Des tombes ont pu être fouillées sur plusieurs sites. Les plus simples sont en terre, parfois maçonnées en briques, tandis que les plus élaborées sont des caveaux familiaux voûtés. Beaucoup ont été retrouvées sous des résidences, permettant ainsi de préserver les liens entre morts et vivants d'une maisonnée. Cela s'accompagnait de rituels liés au culte des ancêtres, dont le plus courant est le kispum, banquet funéraire présidé par le chef de famille renforçant le lien entre les vivants et leurs aïeux. De tels rituels assuraient le bien-être des défunts et prévenait contre les perturbations par leurs spectres. Ne pas disposer de tombe et de culte funéraire est vu comme un grand malheur. Les défunts étaient généralement accompagnés dans leur dernière demeure par des objets funéraires, qui illustrent les inégalités sociales : les plus pauvres n'ont généralement que des céramiques, tandis que les plus aisés ont des bijoux, parures, des sceaux-cylindres, parfois des armes, etc.[78] Ces croyances et pratiques restent stables durant le reste de l'histoire babylonienne.

Autres aspects culturels

Le milieu lettré : éducation et productions littéraires

Articles connexes : Cunéiforme et Littérature mésopotamienne.
Une tablette « littéraire » fragmentaire de la période paléo-babylonienne, racontant le récit de la prise du pouvoir du roi Sargon d'Akkad, Musée du Louvre.

Les œuvres littéraires de la période paléo-babylonienne qui nous sont parvenues sont issues d'un milieu de scribes qui est l'héritier d'une longue tradition mise en place dans les millénaires précédents, reposant sur l'usage de l'écriture cunéiforme et de la langue sumérienne qui était encore au début du IIe millénaire la langue savante alors qu'elle avait cessé d'être parlée. Les scribes sont formés suivant des pratiques très bien connues pour la période paléo-babylonienne grâce aux nombreuses tablettes scolaires mises au jour à Nippur, Sippar et Ur[79]. L'enseignement est de type privé, et se fait dans les résidences de scribes expérimentés qui forment des apprentis scribes. L'apprentissage est progressif : l'élève apprend à lire et tracer des signes de plus en plus complexes à l'aide de listes de signes constituant parfois de véritables syllabaires, ou avec des listes de noms propres, puis des listes lexicales comprenant des milliers de signes et mots (métiers, animaux, villes, plantes, objets, etc.). Les apprentis scribes, qui parlent probablement tous l'akkadien sous sa forme babylonienne, doivent être initiés au sumérien, qui reste dominant dans les textes écrits même si la place de l'akkadien est de plus en plus grande. Puis ils pouvaient se frotter au vocabulaire juridique, à la rédaction de contrats, copiaient des textes plus complexes comme des séries de proverbes puis des passages de mythes ou d'hymnes. Cela ouvre éventuellement sur une formation plus spécialisée, qui peut ensuite se faire dans les temples. C'est là que se forment les véritables lettrés, qui sont en général des desservants de sanctuaires, et c'est à eux qu'on doit la rédaction des œuvres littéraires majeures[80]. Malgré cela, on notera que ces œuvres sont souvent connues à partir de copies provenant des écoles d'apprentissage des scribes.

La littérature de la période paléo-babylonienne reprend l'héritage sumérien, notamment les traditions de la période de la Troisième dynastie d'Ur (2112-2004) et ses hymnes dédiés à des souverains et des sanctuaires[81]. Sous les rois d'Isin et de Larsa ayant précédé la domination babylonienne, des œuvres nouvelles sont encore rédigées en sumérien. Sous Hammurabi et ses descendants, la littérature en akkadien prend le dessus, même si on conserve les genres littéraires sumériens. Le Code de Hammurabi est par exemple l'héritier de recueils de jurisprudence rédigés en sumérien, et consiste en un véritable hymne à la gloire du roi et de son sens de la justice. Des hymnes aux dieux sont rédigés sous les rois paléo-babyloniens : la Prière aux dieux de la nuit et l'Hymne à Ishtar du roi Ammi-ditana. Des textes épiques réfléchissant sur les limites de la condition humaine, et notamment l'impossibilité d'accéder à la vie éternelle et l'inéluctabilité de la mort, sont mis au point à partir de mythes plus anciens : le Mythe d'Etana, le Mythe d'Adapa, et la fameuse Épopée de Gilgamesh dont une première version est datable de cette époque, ou encore la Ballade des Héros des temps jadis, connue par une version sumérienne et une autre akkadienne. On peut y ajouter l'Atra-hasis, reprise du mythe du Déluge. Le genre des listes lexicales connaît une floraison à cette époque, et est très représenté dans les corpus de textes scolaires, où apparaissent notamment des listes bilingues sumérien/akkadien aidant à l'apprentissage de la première langue. On y trouve les versions anciennes, encore non fixes, de principales listes canoniques mises au point à la période médio-babylonienne[82].

Productions scientifiques

La tablette mathématique Plimpton 322.

Le milieu lettré babylonien a également produit un ensemble de textes à finalité technique (réservés à des spécialistes de certaines disciplines), montrant ses réflexions « scientifiques », terme qui a une acception large dans ce contexte car on peut y inclure des disciplines qui paraissent aujourd'hui non scientifiques comme la divination ou la magie[83]. Il s'agit en fait du regroupement d'un ensemble de pratiques intellectuelles dans lesquelles se repère une méthode de réflexion similaire, une rationalité propre aux Anciens babyloniens, reflétant leur conception du monde, peu importe que cela concerne des réflexions qui paraissent aujourd'hui irrationnelles au premier abord. Comme dans les autres domaines de la culture, les textes « scientifiques » de la période paléo-babylonienne, provenant avant tout du milieu scolaire, se placent dans la droite ligne de ceux des périodes précédentes, en même temps qu'il y a des innovations cruciales. Ainsi, les compilations d'observations astronomiques à des fins divinatoires se développent à cette période[84], même si cette discipline n'est pas encore très importante, car la pratique divinatoire la plus répandue alors est l'hépatoscopie comme vu plus haut. L'état de certaines disciplines comme la médecine est mal connu pour cette période, reposant essentiellement autour de quelques incantations à fins thérapeutiques[85].

La discipline scientifique qui connaît le développement le plus important à la période paléo-babylonienne sont les mathématiques, puisqu'on admet généralement qu'il y a eu une stagnation dans ce domaine durant les périodes postérieures de l'histoire mésopotamienne. Comme pour l'écriture, le cursus d'apprentissage des mathématiques peut être reconstitué[86]. Les Mésopotamiens distinguaient depuis le IVe millénaire entre des systèmes métrologiques variés pour quantifier (les capacités, les poids, les surfaces ou les longueurs), et un système de numération sexagésimale (base 60) positionnelle servant à effectuer les calculs, et dont les résultats pouvaient ensuite être convertis dans les unités de mesure. Différents textes aidaient à l'assimilation de ces systèmes : des listes métrologiques, des tables numériques, et des tables de conversion entre système sexagésimal et systèmes de mesure. Des exercices partant d'exemples qui se voulaient concrets (travaux de construction, travaux agricoles) permettaient l'entraînement des apprentis scribes qui ensuite utilisaient leur expérience dans la gestion des institutions économiques. Les connaissances les plus avancées de cette période relevaient surtout de l'algèbre et du calcul numérique (résolutions de problèmes allant jusqu'au huitième degré, algorithmes, calcul de puissances, etc.). Un des exemples les plus fameux des capacités des « mathématiciens » babyloniens est la tablette Plimpton 322, une liste de triplets pythagoriciens, montrant la maîtrise du théorème de Pythagore plus de mille ans avant Pythagore[87].

Les réalisations artistiques de la Babylonie amorrite

Sceau-cylindre en hématite avec impression de la période de la première dynastie de Babylone, représentant une scène de présentation d'un individu à une divinité, Musée des beaux-arts de Lyon.
Tête sculptée d'un roi inconnu (Hammurabi ?), le reste du corps ayant disparu, diorite, Musée du Louvre.

Si l'art mésopotamien du début du IIe millénaire est plutôt bien documenté, les œuvres provenant du royaume babylonien sont peu nombreuses. L'une des formes d'art les mieux connues est la sculpture sur terre cuite[88]. Elles représentent souvent des divinités, avec leurs symboles, ainsi que des scènes mythologiques et parfois des scènes profanes ou érotiques. Ces objets étaient sans doute les plus accessibles au peuple babylonien. Ils ont pu être offerts à des temples, ou ont eu une fonction protectrice dans des maisons, ou ont pu servir d'images cultuelles dans de petits sanctuaires. C'est sans doute la forme d'art la moins élitiste qui soit connue.

La sculpture sur pierre de la période paléo-babylonienne reprend les codes artistiques posés durant les siècles précédents, sans originalité. On connaît des exemples de bas-reliefs sur stèles comme celui qui domine la stèle du Code de Hammurabi représentant le roi debout en prière face du dieu Shamash assis sur un trône. Deux autres sculptures représentent peut-être ce même souverain : une stèle en calcaire vouée par un fonctionnaire royal à la déesse Ashratum, fragmentaire, et une tête qui appartenait à une statue en ronde-bosse en diorite dont le corps a été perdu, représentant un roi idéalisé, sans expression[89]. Des statuettes en matière vitreuse, couramment appelé « faïence », sont également connues.

Des statuettes en métal ont également été réalisées par les artisans de l'époque, la plus remarquable étant l'« adorant de Larsa », en cuivre partiellement plaqué d'or. Elle représente un personnage genou à terre levant la main, geste d'hommage au dieu Amurru auquel elle a été vouée par un certain Lu-Nanna « pour la vie de Hammurabi »[90]. D'autres statuettes en métal, représentant des orants ou des animaux, témoignent également du grand niveau de maîtrise atteint par les fondeurs et orfèvres de la Basse Mésopotamie à cette période[91]. Ils maîtrisent depuis plusieurs siècles des techniques comme l'incrustation, de soudage et de filigrane, et cela se voit dans les bijoux en or qu'ils réalisent, notamment des épingles, et des pendentifs et pendeloques représentant des symboles divins (croissant de lune, disque solaire, foudre) ou des déesses-protectrices suivant un style international courant à cette période[92].

En ce qui concerne la glyptique, son support privilégié est alors le sceau-cylindre caractéristique de la civilisation mésopotamienne, dont le nombre croît fortement à la période paléo-babylonienne avec la multiplication des actes juridiques qu'il servait à authentifier[93]. Ces cylindres sont taillés dans plusieurs types de pierres : l'hématite surtout, mais aussi la cornaline, la chlorite, la serpentinite, l'agate, le cristal de roche, le calcaire, etc. Les artisans spécialisés dans la réalisation de sceau-cylindres, les lapicides, ont développé au début du IIe millénaire de meilleures techniques de travail de la pierre, notamment pour la perforation. Les représentations qui sont gravées sur les sceaux-cylindres, pensées pour pouvoir se dérouler en continu, reprennent souvent un type de scène dit « de présentation » déjà courant à la période d'Ur III, mettant en scène le roi au service duquel est le détenteur du sceau (dont le nom est souvent inscrit), en position d'orant, face à des divinités protectrices (les déesses Lama), ou des divinités importantes du panthéon comme Shamash ou Ishtar.

La fin de la Première dynastie de Babylone

Le règne de Samsu-ditana (1625-1595) est le dernier de la Première dynastie de Babylone, mais aussi l'un des plus mal connus[94]. La crise économique que connaît la Babylonie n'est toujours pas résolue, et le royaume est toujours en déclin. La tradition mésopotamienne ultérieure rapporte que la chute de Babylone qui survient alors, datée selon la chronologie moyenne de 1595, est due à une attaque menée par les Hittites, venus d'Anatolie centrale, conduits par leur roi Mursili Ier. Cette prise a longtemps été vue comme la conséquence d'un raid soudains, mais des sources publiées récemment semblent indiquer que Samsu-ditana fait face à de nombreux adversaires dans les années précédant sa chute, notamment les Élamites, les Hourrites et les Kassites, qui sont les autres puissances montantes et futurs grands royaumes de la période suivante. L'attaque hittite n'aurait donc été que la conclusion d'une période de crise grave. Elle n'entraîne en tout cas pas de domination durable de la part des envahisseurs, et laisse la place à de nouvelles ambitions, parmi lesquelles se trouvent celles des rois Kassites qui finissent par triompher[95].

La dynastie kassite : stabilisation et prestige du royaume babylonien

Cette dynastie, d'origine étrangère, constitue un des moments majeurs de l'histoire mésopotamienne, connu comme la première partie de la période dite « médio-babylonienne »[96]. Elle reste mal connue, car cette période a laissé peu de sources, et celles-ci n'ont été que partiellement publiées. La chronologie jusqu'à la fin du XIVe siècle est très incertaine, et les aspects socio-économiques nous sont encore moins bien connus que pour les autres périodes. Pourtant il ne faut pas minimiser l'importance de la dynastie kassite. Elle voit l'établissement définitif du pouvoir de Babylone sur tout l'ancien Pays de Sumer et d'Akkad, qui devient alors le pays de « Karduniash », la Babylonie, grâce au maintien au pouvoir de la dynastie la plus longue de l'histoire de ce royaume. À partir des Kassites, quiconque veut dominer la Mésopotamie du Sud doit régner à Babylone. Cette stabilité est remarquable car il s'agit de la seule dynastie babylonienne dont la puissance ne repose pas sur l'héritage d'un ou deux règnes fondateurs brillants suivis d'un déclin progressif.

L'avènement de la dynastie kassite en Babylonie

En 1595, le souverain babylonien Samsu-ditana est vaincu par Mursili Ier, roi des Hittites, qui s'empare de la statue de Marduk située dans l'Esagil, le grand temple de Babylone, et l'emporte. Cette défaite signifie la fin d'une dynastie déjà très affaiblie par plusieurs rivaux dont les Kassites. Selon la liste royale babylonienne, c'est Agum II, qui serait le dixième souverain de la dynastie des rois kassites (fondée par un certain Gandash, qui aurait régné on ne sait où dans la seconde moitié du XVIIIe siècle), qui s'empare de Babylone après le sac de la cité par les Hittites. Peut-être qu'ils étaient les alliés des Hittites et ont appuyé leur campagne pour prendre le pouvoir[95]. Le premier souverain kassite attesté comme roi de Babylone semble être Burna-Buriash Ier[97]. Cette dynastie a pour rivale celle du du Pays de la Mer, située au sud de la Babylonie, qui est vaincue au début du XVe siècle par Ulam-Buriash et Agum III. À partir de ce moment, la prépondérance de Babylone en Mésopotamie méridionale n'est plus contestée, et les souverains kassites sont maîtres de tout le pays de Sumer et d'Akkad, qui devient le pays de Karduniaš (terme kassite équivalent à la Babylonie), ce qui fait d'eux une des grandes puissances du Moyen-Orient. Le seul gain territorial notable effectué par des souverains kassites après cela est l'île de Bahreïn, appelée alors Dilmun, où a été retrouvé un sceau au nom d'un gouverneur babylonien de l'île même si on ne sait rien sur la durée de cette domination[98].

Les rois kassites sur la scène internationale

La situation politique au Moyen-Orient au début de la période couverte par les Lettres d'Amarna, première moitié du XIVe siècle.
La situation au XIIIe siècle après l'expansion des Hittites et des Assyriens.

Les Kassites dans les relations diplomatiques

Une lettre de la correspondance diplomatique retrouvée à Tell el-Amarna

Le XIVe et le XIIIe siècle marquent l'apogée de la dynastie kassite en Babylonie. Ses rois sont les égaux des grands souverains de la période, ceux d'Égypte, du Hatti, du Mitanni puis d'Assyrie, avec lesquels ils entretiennent des relations diplomatiques dans lesquelles ils ont le privilège de porter le titre de « grand roi » (šarru rabû)[99], marquée par une correspondance abondante, et des échanges de présents (šulmānu)[100]. Ce système, avant tout attesté par les lettres d'Amarna[101] en Égypte et de Hattusha la capitale hittite[102], et assuré par des envoyés appelés mār šipri, concerne d'importants produits de luxe, dont beaucoup d'or et de métaux précieux, échangés dans un système de dons et contre-dons, plus ou moins respectés par certains souverains (ce qui n'est pas sans entraîner de petites tensions), en tant que cadeaux d'amitié, ou d'hommages échangés lors de l'intronisation d'un roi. C'est l'akkadien babylonien (sous la forme dite « médio-babylonienne ») qui est la langue diplomatique, en continuité avec la période précédente.

Des mariages dynastiques s'effectuent les cours de cette période, et les rois kassites y participent activement. Burna-Buriash II marie ainsi une de ses filles à l'égyptien Amenhotep IV/Akhénaton[103] et une autre au hittite Suppiluliuma II, tandis qu'il épouse la fille du roi assyrien Assur-uballit Ier[104]. Des princesses babyloniennes sont également mariées à des souverains élamites[105]. Cela a pour but de renforcer les liens entre les différentes cours, et dans les deux derniers cas d'apaiser les tensions politiques.

Les conflits contre l'Assyrie et l'Élam

Babylone se retrouve entraînée dans une série de conflits avec l'Assyrie lorsque Assur-uballit Ier, souverain assyrien, se libère de la domination du Mitanni vers 1365. C'est le début de l'affrontement pluriséculaire entre le sud et le nord de la Mésopotamie[106]. Burna-Buriash II (1359-1333) voit au début d'un mauvais œil l'indépendance de l'Assyrie car il considère cette dernière comme une de ses vassales. Mais il épouse finalement la fille du roi assyrien, qui lui donne un fils, Karahardash. Ce dernier monte sur le trône vers 1333, mais il est aussitôt assassiné et Nazi-Bugash monte sur le trône. Assur-uballit réagit et envahit Babylone pour introniser son autre petit-fils, Kurigalzu II (1332-1308), qui lui est fidèle tant qu'il vit, mais provoque ensuite le roi assyrien suivant, Enlil-nerari. Il s'ensuit une série de conflits durant plus d'un siècle, qui culminent dans l'affrontement entre Kashtiliash IV (1232-1225) et Tukulti-Ninurta Ier, ce dernier réussissant à envahir la Babylonie et à la ravager. La situation devient de plus en plus confuse car les Assyriens ne réussissent pas à établir une domination durable sur Babylone et que les conflits se poursuivent. Elle empire quand le roi élamite Kidin-Hutran III se mêle à la partie : il dévaste Nippur et rend la situation difficile pour les souverains imposés par les Assyriens sur le trône de Babylone, qui sont renversés l'un après l'autre jusqu'en 1217.

Après l'assassinat de Tukulti-Ninurta en 1208 et les troubles internes qui secouent l'Assyrie par la suite, les rois de Babylone réussissent à reprendre leur autonomie, et c'est même le roi babylonien Marduk-apla-iddina Ier (1171-1159) qui aide l'assyrien Ninurta-apil-Ekur à prendre le pouvoir dans le royaume du nord, avant que ce dernier ne se retourne contre lui sans succès[107]. Au sortir de ces conflits, la Babylonie et l'Assyrie sont affaiblies, quand les armées élamites remettent les pieds en Mésopotamie, menées par leur roi Shutruk-Nahhunte qui a est monté sur le trône en 1185.

Institutions du royaume kassite

La documentation sur la période kassite est peu abondante comparée à celle de la période précédente, et se concentre essentiellement sur les XIVe et XIIIe siècle. De plus, elle a surtout été peu étudiée, et on est donc peu renseigné sur les aspects socio-économiques de la Babylonie de cette époque[108]. Le plus gros corpus est constitué par un lot de 12 000 tablettes retrouvées à Nippur, qui n'ont encore été que très peu publiées et étudiées. Des archives ont été retrouvées en quantité limitée sur d'autres sites. À ces sources s'ajoutent les kudurru (voir plus bas) et quelques inscriptions royales.

Le roi

Le roi kassite est désigné par plusieurs titres : le nouveau « roi de Karduniash » (šar māt karduniaš), à côté des plus traditionnels « roi des quatre régions » (šar kiššati), « roi de Sumer et d'Akkad », ou encore de l'original « šakkanakku (titre administratif) d'Enlil » dont se pare un des deux rois nommés Kurigalzu[109]. Le premier titre indique que désormais le roi se considère comme le maître d'un territoire comprenant toute la Babylonie. Il reprend les attributs traditionnels de la monarchie mésopotamienne : il est un roi-guerrier[110], le juge suprême du royaume[111] et un bâtisseur prenant notamment soin des temples des divinités traditionnelles de la Mésopotamie[104]. Les apports kassites semblent donc limités. Les noms des souverains sont kassites au début de la dynastie, faisant référence à des dieux de ce peuple comme Buriash, Harbe ou Maruttash, puis par la suite ils mélangent des termes kassites et akkadiens. La dynastie royale se place sous la protection d'un couple de divinités proprement kassites, Shuqamuna et Shumaliya, qui disposent d'un temple à Babylone dans lequel les rois sont peut-être couronnés[112]. Toute la famille royale est impliquée dans l'exercice de hautes charges : il y a des exemples d'un frère de roi qui dirige une armée ou d'un fils de roi qui devient grand prêtre du dieu Enlil.

Les élites et l'administration royale

Parmi l'entourage royal, de nouveaux titres apparaissent, comme celui de šakrumaš qui est d'origine kassite et semble désigner un chef militaire ou encore le kartappu qui est à l'origine un conducteur de chevaux. Si l'organisation de l'armée kassite est très mal connue, il est au moins acquis cette période connaît une innovation important dans les techniques militaire avec l'apparition du char léger et l'emploi des chevaux qui semblent être des spécialités kassites[113]. Parmi les hauts dignitaires, les sukkallu (terme vague qui peut se traduire « ministre ») sont encore présents. Les fonctions de tous ses personnages sont mal définies, et probablement instables. En tout cas, les Kassites ont intégré de nombreux dignitaires issus de la Babylonie et n'ont pas cherché à monopoliser le pouvoir pour leur compte.

L'administration provinciale est mieux connue[114]. Le royaume est divisé en provinces (pīhatu), dirigées par des gouverneurs généralement appelés šakin māti ou šaknu, auxquels on peut ajouter les éventuels territoires tribaux dirigés par un bēl bīti évoqués plus bas. Le gouverneur de Nippur porte le titre particulier de GÚ.EN.NA, et dispose peut-être d'un pouvoir plus important que les autres, le problème étant qu'il est le seul à être bien connu du fait de l'abondance des archives retrouvées sur ce site pour la période kassite. Les gouverneurs se succèdent souvent au sein d'une même famille. Au niveau local, les villages ou villes sont administrés par un « maire » (hazannu). Ses fonctions ont un aspect judiciaire, même s'il existe des juges (dayyānu)[115]. Les sujets doivent verser des taxes au pouvoir royal, ou bien effectuer des corvées pour son compte, et parfois certains de leurs biens sont réquisitionnés. On connaît ces contributions essentiellement parce qu'elles sont mentionnées dans les kudurrus qui les exemptent pour certaines terres[115].

La période kassite voit l'apparition de nouveautés dans l'organisation administrative, qui sont dans une certaine mesure issues des traditions kassites. Certains territoires sont appelés « maisons » (akkadien bītu), dirigées par un chef (bēl bīti, « chef de maison »), et se revendiquant généralement d'un ancêtre commun éponyme du groupe. Cela a été longtemps interprété comme un mode d'organisation tribal kassite, chaque tribu disposant d'un territoire qu'elle administre. Cette opinion a été récemment contestée, et on a proposé de voir dans ces « maisons » des domaines familiaux hérités d'un ancêtre, une forme de province qui complèterait le quadrillage administratif déjà évoqué, et dont le chef serait désigné par le roi[116].

Les donations royales

Kudurru babylonien inachevé (non inscrit) de la période kassite, retrouvé à Suse en Élam où il avait été amené en butin, Musée du Louvre.

Les institutions économiques dominantes en Babylonie sont toujours les « grands organismes », palais et temples[117]. Mais en dehors du cas des terres du gouverneur de Nippur, nous sommes peu documentés sur ces institutions. L'un des rares aspects de l'organisation économique de la période kassite pour lequel nous soyons bien renseignés est celui des donations de terres effectuées par le roi, en attendant la publication des milliers de tablettes inédites pouvant contribuer à améliorer notre connaissance de cette époque. Il s'agit là d'un phénomène particulier qui semble initié à cette période, puisque pour la période précédente les terres étaient concédées de manière non définitive.

Ces transactions sont marquées sur des kudurrus[118], dont une quarantaine ont été retrouvées pour la dynastie kassite. Il s'agit de stèles divisées en plusieurs sections : la description de la donation, avec les droits et devoirs du bénéficiaire de la donation (taxes, corvées, exemptions), les malédictions, et souvent des bas-reliefs sculptés. Les kudurrus étaient sans doute placés à l'origine dans des temples, sous la protection divine. Généralement la donation concerne un domaine très vaste, de 80 à 1 000 hectares (avec une moyenne de 250 ha). Les bénéficiaires étaient des hauts dignitaires évoluant dans l'entourage du roi : hauts fonctionnaires, membres de la cour voire de la famille royale, des généraux, des prêtres. La donation était sans doute faite en récompense de la loyauté de la personne, ou d'un acte l'ayant distinguée. Les grands temples de Babylonie recevaient aussi d'importants domaines : l'Esagil, le temple de Marduk à Babylone, a ainsi reçu près de 5 000 ha à cette période. Quelquefois les donations s'accompagnaient d'exemptions de taxes ou de corvées. Dans des cas extrêmes, le bénéficiaire disposait d'un pouvoir sur la population locale, qui se substituait à celui de l'administration provinciale, contre laquelle il était protégé par des clauses spéciales.

Ceci a été rapproché d'une pratique de type féodal. C'est sans doute faux, et il ne faut pas considérer que ce genre de donations remettait en cause le système économique traditionnel de la Babylonie qui n'a jamais été à proprement parler féodal, même s'il a pu exister des pouvoirs locaux forts par moment[119]. Les donations n'ont pas concerné la majorité des terres que le souverain ne pouvait pas aliéner et qui continuaient à être gérées suivant les principes évoqués pour la période précédente.

La situation économique

L'évolution des campagnes

L'économie de la Babylonie kassite est encore très mal connue. La situation du monde rural est obscure car les sources sont très limitées en dehors du peu que nous apprennent les kudurrus et les quelques tablettes économiques de la période provenant surtout de Nippur. Les prospections archéologiques réalisées dans plusieurs parties de la plaine de Basse Mésopotamie indiquent que la reprise est lente après la crise de la fin de la période paléo-babylonienne qui a vu le nombre de sites décroître fortement. Le phénomène de réoccupation des habitats est réel, mais il privilégie les petits villages et les bourgs ruraux qui deviennent alors dominants, tandis que les sites urbains qui dominaient auparavant voient leur superficie réduite, ce qui indiquerait un processus de « ruralisation » qui marque une rupture dans l'histoire de la région[55]. Cela pourrait accompagner une baisse de la production agricole, peut-être être aggravée dans certaines régions comme celle d'Uruk par le déplacement de cours d'eau[120]. Les donations de terres effectuées par le roi semblent se faire avant tout sur des terres situées en marge de l'espace cultivé, ce qui pourrait refléter une volonté de reprendre de l'espace devenu inculte depuis la fin de la période précédente. On voit également l'administration royale être active dans l'exploitation de zones de culture intensive dans les environs de Nippur[121].

Artisanat et échanges

L'artisanat et le commerce local nous échappent également en grande partie. Des archives de Dur-Kurigalzu montrent la livraison de matières premières (métaux, pierre) à des artisans travaillant pour le compte d'un temple[122], ce qui correspond à une situation banale dans l'organisation de l'artisanat de la Mésopotamie ancienne. Il semble que le commerce à longue distance soit assez développé, notamment vers le golfe Persique (Dilmun/Bahreïn) et le Levant. Les lettres d'Amarna montrent que le roi s'intéresse au sort de marchands babyloniens en affaires jusqu'en Palestine, mais on ne peut pas dire si cela indique que ces marchands (toujours appelés tamkāru) travaillent en partie ou en totalité pour le compte du palais[123]. Les échanges diplomatiques entre les cours royales, sans être assimilables à du commerce à proprement parler, contribuent à la circulation de biens à l'échelle internationale pour les élites. Ainsi, les relations diplomatiques cordiales entretenues par les Kassites avec l'Égypte semblent avoir amené un afflux d'or important en Babylonie, ce qui aurait permis de baser les prix sur l'étalon-or et non sur l'argent pour la seule fois de l'histoire de la Mésopotamie antique[124]. De son côté, la Babylonie exporte vers ses voisins occidentaux (Égypte, Syrie, Anatolie) du lapis-lazuli qui est déjà chez elle une importation d'Afghanistan, et également des chevaux dont l'élevage semble être une spécialité des Kassites, bien attestée dans les textes de Nippur, même si ces animaux naissent sans doute dans les régions montagneuses de l'est et du nord-est de la Mésopotamie[125].

L'affirmation de Babylone dans le domaine religieux et culturel

Le panthéon et les lieux de culte

Représentation des symboles des principales divinités du panthéon mésopotamien à la période kassite, sur le revers d'un kudurru du règne de Melishipak II (1186-1172), Musée du Louvre.

Le panthéon mésopotamien de la période kassite ne subit pas de modifications profondes par rapport à la période précédente. Cela est visible sur le bas-relief du kudurru de Melishipak II conservé actuellement au Musée du Louvre[126]. Les divinités invoquées en tant que garantes de la donation de terre que consacre cette stèle sont représentées suivant une organisation fonctionnelle et hiérarchique : le sommet est ainsi occupé par les symboles des divinités qui dominent traditionnellement le panthéon mésopotamien : Enlil qui reste le roi des dieux, Anu, Sîn, Shamash, Ishtar et Ea. Les souverains kassites se fondent dans le moule religieux mésopotamien. Mais la prépondérance culturelle de Babylone et la croissance du rôle du clergé de son temple principal, l'Esagil, tendent à faire du dieu tutélaire de la cité, Marduk, une divinité de plus en plus importante dans le panthéon babylonien vers la fin de la période kassite[127]. Son fils Nabû, dieu de la sagesse, et Gula, déesse de la médecine, ont eux aussi une popularité grandissante.

Les différents travaux patronnés dans les temples par les souverains kassites sont mal connus au niveau architectural, même s'il semble qu'ils aient vu certaines innovations s'accomplir[128]. On connaît ainsi un petit temple au décor original fait dans l'Eanna d'Uruk sous le règne de Kara-indash, et des travaux effectués sous Burna-Buriash II dans l'Ebabbar, temple du dieu Shamash à Larsa. Mais c'est surtout un des deux rois nommés Kurigalzu (plutôt le premier) qui s'est illustré par la construction ou la restauration de plusieurs temples des grandes villes de la Babylonie, notamment les grands centres religieux[129] : Babylone, Nippur, Akkad, Kish, Sippar, Ur, Uruk, et dans sa ville-nouvelle Dur-Kurigalzu, où une ziggurat dédiée à Enlil est bâtie, entre autres. Cela s'accompagne du patronage du culte des divinités vénérées dans ces différents temples. En reprenant le rôle traditionnel du roi babylonien protecteur et pourvoyeur du culte des dieux, les rois kassites jouent en fait un rôle crucial puisqu'ils rétablissent le fonctionnement normal de plusieurs de ces sanctuaires qui avaient cessé de fonctionner suite à l'abandon de plusieurs sites majeurs du sud de la Babylonie à la fin de la période paléo-babylonienne (Nippur, Ur, Uruk, Eridu).

Les lettres à la période kassite

Les textes scolaires d'époque kassite retrouvés à Nippur nous montrent que les structures de l'apprentissage des scribes et des lettrés restent similaires à celles de la période paléo-babylonienne[130]. Mais un changement de taille apparaît : désormais les textes en akkadien sont inclus dans le cursus scolaire, ce qui accompagne l'évolution de la littérature mésopotamienne qui devient de plus en plus écrite dans cette langue, même si le sumérien reste employé. La période kassite voit d'ailleurs la mise au point du « babylonien standard », forme littéraire de l'akkadien qui reste fixée pour les siècles suivants dans les œuvres littéraires, et qu'on peut donc considérer comme une forme « classique » de cette langue[131]. Désormais, les nouvelles œuvres littéraires mésopotamiennes sont écrites exclusivement dans ce dialecte.

La période kassite voit en effet la mise au point de plusieurs œuvres fondamentales de la littérature mésopotamienne, et surtout la canonisation et l'uniformisation d'œuvres des périodes précédentes qui circulaient jusqu'alors sous plusieurs variantes[132]. Les lettrés babyloniens approfondissent les réflexions sur les rapports entre dieux et hommes, ce qui aboutit à la réalisation d'œuvres majeures de la littérature sapientale mésopotamienne : le Monologue du juste souffrant (ludlul bēl nēmeqi), et peut-être le Dialogue du pessimisme (éventuellement rédigé plus tard). Ces textes s'interrogent sur l'origine des malheurs frappant les gens justes et le sens de la volonté divine. Un Hymne à Shamash qui est l'un des plus remarquables de l'ancienne Mésopotamie ainsi qu'un autre dédié à Gula sont également datables de cette période. La version standard de l'Épopée de Gilgamesh est mise au point vers cette époque, et attribuée par la tradition mésopotamienne à l'exorciste Sîn-leqe-uninni vivant à Uruk[133]. La version canonique de nombreuses listes lexicales est également fixée vers ce moment-là[134]. La période kassite est donc cruciale pour l'histoire de la littérature mésopotamienne, et c'est peut-être pour cette raison que des familles de prêtres du millénaire suivant se cherchent un ancêtre parmi les lettrés supposés avoir été actifs à cette période[135].

Les réalisations architecturales et artistiques

Reliefs en briques cuites du temple de Kara-indash à Uruk, milieu du XVe siècle, Pergamon Museum.

Comme pour le reste de la culture, l'arrivée des Kassites n'a pas modifié les traditions architecturales et artistiques babyloniennes[136]. Peu de quartiers d'habitations de cette époque ont été mis au jour sur les sites Babyloniens, à Ur, Nippur et Dur-Kurigalzu, où on ne remarque pas de changement notable par rapport à la période précédente. En revanche, l'architecture sacrée de la période, bien que mal connue, semble témoigner de certaines innovations[128]. Le petit sanctuaire construit sous Kara-indash dans le complexe de l'Eanna a une façade décorée par des briques cuites moulées figurant des divinités protectrices des eaux, type d'ornementation qui est une innovation de la période. Mais l'architecture officielle est surtout représentée à Dur-Kurigalzu, ville neuve construite à l'instigation d'un des deux rois nommés Kurigalzu et qui montre par la grande taille de ses édifices principaux qu'une nouvelle étape a été franchie dans la monumentalité[137]. Une partie d'un vaste complexe palatial de 420 000 m², organisé autour de plusieurs unités y a été mis au jour[138]. Certaines salles étant décorées par des peintures dont des fragments ont été retrouvés. Au sud-est du palais se trouvait un ensemble cultuel dédié à Enlil, dominé par une ziggurat dont les ruines s'élèvent encore à plus de 57 mètres de haut. D'autres temples avaient été construits sur ce site[139].

Le roi Melishipak II présente sa fille à la déesse Nanaya, bas-relief d'un kudurru, XIIe siècle, Musée du Louvre.

La sculpture sur pierre est surtout représentée pour la période kassite par les bas-reliefs ornant les kudurrus déjà évoqués à plusieurs reprises, dont l'iconographie est particulièrement intéressante[140]. On y trouve notamment des symboles des divinités garantes de l'acte juridique rapporté sur la stèle, qui sont considérablement développés par les artistes de cette période et y remplacent les représentations anthropomorphes des divinités, permettant ainsi de faire figurer un maximum de divinités sur un minimum d'espace. Les sculpteurs continuent cependant à faire des représentations figurées de personnages sur ces stèles, dans la continuité des celles des périodes précédentes : le kudurru de Melishipak II représente ainsi le roi, tenant par la main sa fille à qui il fait le don d'un domaine rapporté dans le texte de la stèle, et la présentant à la déesse Nanaya, garante de l'acte, assise sur un trône. Au-dessus sont représentés les symboles de divinités astrales Sîn (croissant de Lune), Shamash (disque solaire) et Ishtar (étoile du matin, Vénus).

L'utilisation des matières vitreuses se développe beaucoup dans la seconde moitié du IIe millénaire, avec la technique de glaçure émaillage dans plusieurs couleurs (bleu, jaune, orange, brun)[141]. Elle est utilisée pour produire des vases, mais aussi des éléments architecturaux en argile couverts de glaçure, comme les carreaux et briques retrouvées à Aqar Quf. Les premières formes de verre apparaissent également à cette période, et cette technique se retrouve dans l'art avec des gobelets à décoration réalisée par des mosaïques.

La thèmes de la glyptique connaissent plusieurs évolutions au cours de la seconde moitié du IIe millénaire[142]. Le type de sceau qui domine au début reprend la tradition de la période précédente : il associe une déesse assise et un orant, le texte accompagnant l'image, très développé, consistant en une prière votive. Par la suite se développe un style plus original, représentant un personnage central, héros, dieu sur une montagne ou bien un démon, entouré de motifs végétaux. Dans le style plus tardif, sans doute développé après la période kassite, l'imagerie est dominée par des animaux et associés à des arbres, entourés de frises de triangles.

Le rayonnement de la culture babylonienne

La période kassite marque l'apogée de la diffusion de la culture mésopotamienne dans l'histoire du Proche-Orient ancien, qui se manifeste avant tout par la diffusion de la pratique du cunéiforme et de l'akkadien sous sa forme dite « médio-babylonienne » qui est celle qui est alors pratiquée par les scribes de Babylonie et imitée dans les autres pays du Moyen-Orient. L'akkadien est alors la lingua franca de tout cet espace, comme l'illustrent les correspondances diplomatiques retrouvées à Tell el-Amarna en Égypte, à Ugarit en Syrie et à Hattusha en Anatolie, toutes rédigées majoritairement dans cette langue - même si cela s'accompagne souvent de « barbarismes » - qui est la seule à être comprise par les scribes des rives du Nil à l'Élam[143]. Cette diffusion de la pratique du cunéiforme et de la langue akkadienne nécessite la formation de scribes à cette écriture et cette langue, et souvent aussi au sumérien. Cela explique pourquoi on retrouve des lieux de formation de scribes suivant un cursus similaire à celui qu'on pratique en Babylonie, avec souvent des textes littéraires mésopotamiens, notamment l'Épopée de Gilgamesh : cela a pu être étudié en Syrie à Ugarit[144] et Emar[145], et plus largement dans tout le Levant[146], ainsi qu'en Égypte avec les textes scolaires d'el-Amarna[147] et en Anatolie où des scribes venus directement de Babylonie et aussi d'Assyrie ont pu être identifiés à la cour hittite, jouant ainsi un rôle direct dans la transmission de la culture mésopotamienne sur place même si celle-ci y est plutôt arrivée par l'intermédiaire de la Syrie[148]. L'Assyrie, déjà proche culturellement de la Mésopotamie méridionale, s'ouvre aussi aux influences culturelles babyloniennes, par exemple en introduisant le culte du dieu Marduk et la fête-akītu typique de la Basse Mésopotamie[149].

La chute du royaume kassite

À partir de 1200, l'Élam, où la nouvelle dynastie dite des Shutrukides a pris le pouvoir, devient de plus en plus menaçant[107]. Vers 1160, alors que Marduk-apla-iddina avait réussi à stabiliser le pouvoir à Babylone, l'élamite Shutruk-Nahhunte attaque envahit la Babylonie et pille ses grandes villes. C'est à cette période que plusieurs monuments majeurs de l'histoire mésopotamienne sont amenés dans la capitale élamite, Suse, comme la Stèle de la victoire de Naram-Sîn d'Akkad ou la stèle du Code de Hammurabi, ainsi que des statues et stèles de diverses époques, dont des kudurrus kassites. Après plusieurs années de résistance menées par des souverains kassites, le roi élamite suivant, Kutir-Nahhunte III, porte le coup de grâce à cette dynastie vers 1155, et il emporte la statue du dieu Marduk en Élam en symbole de la soumission de Babylone.

L'effacement de la puissance babylonienne

La chute de la dynastie kassite marque le début d'une longue période de tourments pour le royaume babylonien, alternant des phases de reprise et des phases de déclin, notamment lors de la crise grave qui frappe la Babylonie au tournant du Ier millénaire[150]. Les migrations de nouveaux peuples (Araméens, Chaldéens) modifient profondément le paysage ethnique de la Babylonie à l'orée du Ier millénaire. L'effacement chronique de la puissance babylonienne à cette période est en contraste avec l'affirmation progressive de celle de sa rivale assyrienne qui établit progressivement sa domination sur le sud mésopotamien comme elle le fait dans le reste du Moyen-Orient, même si elle n'arrive jamais à stabiliser son emprise sur la Babylonie[151].

L'affaiblissement du royaume babylonien

La Seconde dynastie d'Isin : un redressement rapide mais peu durable

Le « Caillou Michaux », kudurru de la IIe dynastie d'Isin commémorant l'atribution d'une dot par un père à sa fille, Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France.

Après avoir détrôné les Kassites, les Élamites poursuivent sur leur lancée sous le règne de Shilhak-Inshushinak, qui progresse vers le nord jusqu'à Arrapha, après s'être emparé des provinces orientales de l'Assyrie[152]. Dans le sud de la Babylonie, une nouvelle dynastie émerge, dite « Seconde dynastie d'Isin », autour de cette ville[153]. Un de ses rois, Nabuchodonosor Ier (1126-1105), se lance en guerre contre le roi élamite suivant, Hutelutush-Inshushinak, qu'il vainc après deux offensives, lavant ainsi l'affront fait à son pays. Son petit-fils Marduk-nadin-ahhe attaque l'Assyrie, mais son adversaire Teglath-Phalasar Ier le repousse et envahit la Babylonie, où il n'arrive pas à stabiliser son pouvoir[154]. À partir du règne d'Adad-apla-iddina (1068-1047), qui prend le pouvoir à Babylone peut-être suite à une usurpation, la Babylonie fait face aux incursions de tribus d'Araméens, mêlés aux nomades Sutéens, et qui s'installent progressivement puis finissent par détruire plusieurs grandes villes (Dur-Kurigalzu, Sippar, Nippur, Uruk)[155]. Selon la liste royale babylonienne, le dernier roi de la Seconde dynastie d'Isin, Nabû-sum-libur, meurt en 1024, ouvrant une longue période d'instabilité du pouvoir en Babylonie alors que les incursions araméennes se font plus pressantes.

Les institutions monarchiques de cette période reprennent celles de la dynastie kassite[156]. Les rois continuent à faire des donations de terre pour les dignitaires et les temples, toujours notées sur des kudurrus. À partir de cette période, ces stèles commémorent également des actes privés, comme des ventes de terres ou l'attribution d'une dot à une fille par son père, rapportée par le « Caillou Michaux », l'un des premiers documents babyloniens à avoir été rapporté en Europe[157].

Le chaos de la fin du XIe et du Xe siècle

Les incursions araméennes et sutéennes deviennent récurrentes au fur et à mesure que le pouvoir babylonien s'effrite. La liste royale babylonienne mentionne plusieurs dynasties succédant à celle d'Isin II : une originaire du Pays de la Mer au sud de la Babylonie, une autre originaire de Bazi, ville située sur le Tigre, une autre apparemment constituée d'un seul personnage d'origine élamite, Mar-biti-apla-usur, puis une « Dynastie de E » qui est un peu plus durable que les précédentes mais pas mieux connue[158]. Cela reflète une situation d'instabilité chronique plongeant la Babylonie dans le chaos, sans pouvoir politique stable, marquée par des destructions et des famines. C'est cette période qui a sans doute inspiré au prêtre Kabti-ili-Marduk, vivant au IXe ou au VIIIe siècle, le texte de l'Épopée d'Erra, qui raconte comment Erra, le dieu de la guerre destructrice, réussit à éloigner Marduk de Babylonie par la ruse, puis à soumettre la région aux épidémies et aux massacres, avant d'être calmé par son vizir Ishum, et que le retour de Marduk ne rétablisse l'ordre[159].

La Babylonie de la fin du Xe siècle est donc un pays considérablement affaibli[160]. Les Sutéens continuent à attaquer la nord, des tribus araméennes sont implantées au sud et à l'est, et nouveau groupe, les Chaldéens, s'installe dans le sud de la Babylonie, notamment la région des marais, mais aussi aux alentours de Babylone. Le porteur du titre de roi de Babylone a bien du mal à faire respecter son autorité en dehors de cette ville et de quelques autres cités situées à sa proximité. Un évènement déterminant se produit en Assyrie au même moment : Adad-nerari II prend le pouvoir, et redresse la situation dans son pays qui avait lui aussi été affaibli par les Araméens, avant de lancer une attaque en Babylonie, où règne alors Shamash-mudammiq qui est vaincu.

Un redressement inachevé

Le renouveau babylonien face à l'expansion assyrienne

Tablette en pierre commémorant une donation de terre par le roi Nabû-apla-idinna.

Le début du IXe siècle voit la Babylonie se stabiliser sous l'impulsion de Nabû-shuma-ukin (899-888), qui contre-attaque face à l'Assyrie[161]. Son successeur Nabû-apla-idinna (888-855) renforce le pouvoir babylonien, face aux tribus des Sutéens notamment. Mais la dynamique s'inverse lorsque le roi suivant, Marduk-zakir-shumi (854-819), fait face à une crise de succession, son frère tentant de le renverser. Il fait alors appel à l'assyrien Salmanazar III pour résoudre la situation. Ce dernier l'aide à vaincre les rebelles, et poursuit même son offensive vers le sud, contre les tribus chaldéennes. Alors que l'Assyrie est en position de force, la situation se retourne quelques années plus tard quand l'assyrien Shamshi-Adad V fait à son tour appel à Marduk-zakir-shumi pour mater une révolte. Le Babylonien l'aide à remporter la victoire, et devient son protecteur. Mais aussitôt Marduk-zakir-shumi mort en 818, le roi assyrien attaque le nouveau roi de Babylone Marduk-balassu-iqbi (818-813), et le vainc une première fois, avant de retourner en Babylonie en 813 pour en terminer avec son adversaire. Un babylonien nommé Baba-ah-iddina tente de mener la résistance contre l'envahisseur, mais il est vite vaincu.

L'affirmation des confédérations chaldéennes

Au même moment, Shamshi-Adad V combat les Chaldéens et reçoit leur hommage. Ces derniers apparaissent alors comme une puissance montante en Babylonie, du fait de leur organisation plus centralisée que les autres tribus, reposant sur des confédérations tribales réunies en cinq « maisons » (bītu) gouvernées par un personnage portant le titre de « roi », et dominant un territoire particulier. Les plus puissantes sont le Bīt Ammukāni situé dans la Babylonie de l'est aux alentours d'Uruk, le Bīt Dakkūri localisé dans le nord vers Borsippa, et le Bīt Yakīn situé à l'extrême sud de la Babylonie dans le Pays de la Mer[162]. Plusieurs rois de ces maisons réussissent à monter sur le trône de Babylone au VIIIe siècle en profitant de l'instabilité dynastique dans laquelle est plongée la région après 811. Le premier est Eriba-Marduk (769-761) du Bīt Yakīn, auquel succède Nabû-shuma-ishkun (760-748) du Bīt Dakkūri, qui n'arrivent pas mieux que les rois babyloniens à stabiliser le pays.

L'Assyrie met la main sur la Babylonie

Quand c'est le babylonien Nabonassar qui prend le pouvoir en 747, il fait appel à l'assyrien Teglath-Phalasar III pour l'aider à vaincre les Chaldéens et les Araméens[163]. Ce dernier accepte, et déporte les adversaires de Nabonassar vers le nord. Il en profite pour établir un contrôle étroit sur Babylone, qui devient un protectorat de l'Assyrie. Mais le fils de Nabonassar, Nabû-nadin-zeri, est renversé par un dénommé Nabû-shuma-ukin II, qui est à son tour vaincu par le chaldéen Nabû-mukin-zeri, issu du Bīt Ammukāni, le tout en l'espace de deux années, de 733 à 731. Teglath-Phalasar III, qui perd alors le contrôle qu'il exerçait sur Babylone, décide d'intervenir dans le Sud et renverse Nabû-mukin-zeri tout en pillant Shapiya la capitale du Bīt Ammukāni. Il choisit alors de monter lui-même sur le trône de Babylone, sous le nom de Pulû. À partir de 728, l'Assyrie est maîtresse de la Babylonie.

Une reprise démographique et économique

Les archives provenant de Nippur datant de cette période nous montrent que les activités économiques de la cité connaissent une reprise, alors qu'elle a été quasiment abandonnée pendant la crise du Xe siècle[164]. Les autorités de la ville, en premier lieu son gouverneur Kudurru, ont une autonomie large par rapport au roi de Babylone d'alors, Nabonassar, disposent d'un domaine tout comme les temples, font des échanges parfois jusque dans le Zagros, et les tribus araméennes et chaldéennes voisines viennent commercer dans la ville. Les témoignages et les prospections de la région d'Uruk donnent une impression identique de reprise démographique et économique repérable durant la période de domination assyrienne, notamment dans les régions où se trouvent les tribus chaldéennes, qui vivent en grande partie dans des villages agricoles[165]. On peut donc dresser pour cette période le tableau d'un pays qui connaît une augmentation progressive de la population dans les sites urbains et ruraux, sans doute accompagnée d'une croissance économique, amorçant un mouvement qui se poursuit tout au long du Ier millénaire. Cette périodisation reste cependant à établir avec plus de certitudes, notamment en raison des imprécisions des prospections archéologiques[166].

La Babylonie face à la domination assyrienne

Carte des différentes phases d'expansion de l'empire néo-assyrien.

Deux ans après sa prise de pouvoir, Teglath-Phalasar III/Pulû meurt. Son fils Salmanazar V continue de régner à la fois sur l'Assyrie et sur Babylone, où il prend pour nom Ulûlaiu[167]. L'idéal d'unification de l'Assyrie et de la Babylonie est alors très développé chez les rois assyriens qui essayent pendant plus d'un siècle de stabiliser leur domination sur le sud mésopotamien par plusieurs moyens, sans jamais y arriver de façon durable[168]. Les villes sont souvent déchirées entre factions pro-assyriennes et factions anti-assyriennes, et subissent plusieurs sièges, destructions et déportations.

Les premiers acteurs de la résistance babylonienne

Des mouvements de résistance à la domination assyrienne se forment rapidement en Babylonie, notamment avec l'appui des Élamites, qui craignent la progression des Assyriens, et toujours les confédérations chaldéennes[167]. Lorsque Salmanazar V est renversé par Sargon II en 722 en Assyrie, le chef de la tribu chaldéenne du Bīt-Yakīn, Merodach-baladan II, petit-fils de l'ancien souverain babylonien Eriba-Marduk, profite du trouble jeté dans le royaume du nord pour s'emparer du trône[169]. Il soumet toute la région, évinçant ses opposants. Sargon II, occupé ailleurs, laisse Merodach-baladan II en paix pendant douze ans. Mais en 710 il attaque les Babyloniens et leurs alliés Élamites. Il repousse ses adversaires vers le sud, s'empare de Dūr-Yakîn, la capitale du Bīt-Yakīn, avant de se livrer au pillage de toute la région. Merodach-baladan II a cependant eu le temps de lui échapper et de s'enfuir en Élam. Sargon a entrepris une série de mesures pacifiques pour stabiliser la situation en Babylonie. Il devient roi de Babylone, et assume cette charge comme un roi local : il accomplit des rituels comme la fête du Nouvel An dans cette ville, il reconstruit des sanctuaires, comme l'Eanna d'Uruk, des canaux d'irrigation, et octroie des remises de dettes et exemptions de taxes dus à l'État (andurāru) à plusieurs villes saintes comme Ur et Uruk[170],[171].

Après la mort de Sargon II en 705, son fils Sennachérib lui succède. Deux ans plus tard, Merodach-baladan revient et reprend le pouvoir à Babylone. Le roi assyrien envoie ses troupes, mais son adversaire leur échappe encore. Il revient à nouveau en 700, ce qui provoque une nouvelle invasion de la Babylonie par les Assyriens, qui le chassent une fois de plus, et il se réfugie dans les marécages du sud d'où il ne revient plus jamais[169].

Destructions et reconstructions : les relations complexes entre les rois assyriens et la Babylonie

Bas-relief du palais d'Assurbanipal à Ninive représentant des prisonniers de Babylonie versant un tribut.
Assurbanipal représenté en bâtisseur, sur une stèle commémorant la restauration de l'Esagil après la destruction de Babylone par Sennachérib.

Pendant ces quelques années, Sennachérib a choisi de confier le trône de Babylone à des hommes de confiance plutôt que de se proclamer lui-même roi de cette ville : d'abord au babylonien Bel-ibni, qui a été élevé à la cour assyrienne, et ensuite, après que ce dernier se fut révélé incapable à faire face à Merodach-baladan, à son fils aîné Assur-nadin-shumi[172]. Mais ce dernier ne tient que cinq ans, car il est renversé en 694 par les Babyloniens qui le livrent au roi d'Élam, qui l'emmène dans son pays et le fait exécuter. Deux souverains chaldéens tiennent successivement le pouvoir à Babylone : Nergal-ushezib puis Mushezib-Marduk. Ce dernier est tué en 689 lors de la réplique de Sennachérib. Exaspéré par la résistance acharnée des Babyloniens et par la mort de son fils aîné, il décide de porter un coup fatal à la ville qui lui cause tant de troubles : il ordonne le pillage et la destruction de la ville. Cet événement fut ressenti comme un sacrilège en Babylonie et parfois même en Assyrie, du fait du caractère sacré de la ville. En même temps, Sennachérib met en place en Assyrie un programme religieux visant à transférer à son dieu national Assur plusieurs attributs du dieu babylonien Marduk dont il a emporté la statue de culte à Assur, empêchant l'exercice de son culte à Babylone et marquant la soumission symbolique de la Babylonie à son royaume[173].

Le règne de Sennachérib s'achève par son assassinat organisé par son fils Arad-Mulissu. C'est son autre fils Assarhaddon qui prend le pouvoir en Assyrie et en Babylonie après une guerre civile, et ordonne la reconstruction des grands monuments détruits par son père, ainsi que la restitution des terres perdues par les habitants de la région méridionale au cours de cette période troublée, et octroie des chartes de franchises (kidinnu) à plusieurs villes[174],[171]. Cela lui sert sans doute à concilier les habitants de la région et témoigne peut-être d'une déférence envers la ville sainte outragée. La région reste d'ailleurs calme tout le long de son règne. À sa mort, alors que le trône d'Assyrie revient à son fils Assurbanipal, c'est son autre fils Shamash-shum-ukin qui devient roi de Babylone, tout en étant soumis à son frère qui ne se prive pas d'intervenir dans les affaires babyloniennes, et ne lui laisse du reste que le contrôle d'un territoire limité en Babylonie du nord. Shamash-shum-ukin ramène en 668 la statue de Marduk à Babylone, permettant la reprise du culte de ce dieu, et la reconstruction de la ville s'achève sous son patronage et celui de son frère aîné[175].

Après seize ans de règne en paix, Shamash-shum-ukin, apparemment gagné par l'esprit de rébellion babylonien qui se mêle aux rivalités qui secouent couramment la famille royale assyrienne, se révolte contre Assurbanipal en 652, avec l'aide chaldéenne et élamite[176]. S'ensuit un conflit difficile, un siège de deux ans sous les murs de Babylone, et quand la ville tombe, Shamash-shum-ukin meurt dans l'incendie son palais. Une nouvelle répression et des déportations s'abattent alors sur la Babylonie, puis sur l'Élam dont la capitale Suse est saccagée. Assurbanipal place sur le trône de Babylone un certain Kandalanu (648-627), peut-être d'extraction babylonienne. Les années suivantes voient la paix régner en Babylonie comme en Élam, qui semblent hors d'état d'agir contre l'Assyrie.

La destruction de l'empire assyrien

Malgré les tentatives répétées et les différentes solutions imaginées par les rois assyriens, la pacification de la Babylonie a systématiquement échoué, de la même manière que celle de la famille royale assyrienne, et c'est de ces deux échecs combinés que vient le déclenchement des événements conduisant à la chute de l'Assyrie.

À la mort d'Assurbanipal, son fils Assur-etil-ilani lui succède. Mais le frère du nouveau roi, Sîn-shar-ishkun, roi de Babylone comme Shamash-shum-ukin avant lui, se révolte tout en chassant de Babylonie un ancien général assyrien ambitieux qui avait tenté d'y prendre le pouvoir[177]. Au même moment Nabopolassar, un chef militaire du Pays de la Mer (descendant de Merodach-Baladan II ?), fait à son tour sécession, peut-être avec l'appui de Sîn-shar-ishkun au départ. Ce dernier défait ensuite Assur-etil-ilani et monte sur le trône assyrien. Nabopolassar profite de la situation pour s'emparer de la Babylonie, dont il est le maître vers 616 au moment où il commence à mener ses troupes plus vers le nord. C'est alors que Cyaxare, roi des Mèdes, s'allie avec le Babylonien pour détruire l'Assyrie. Les armées babyloniennes repoussent définitivement les Assyriens vers leur pays, tandis que les Mèdes attaquent au nord. Les grandes villes assyriennes tombent l'une après l'autre : Assur en 614, puis Kalkhu peu de temps après, et enfin la capitale Ninive en 612. La dernière poche de résistance assyriennes est éliminée à Harran en 609. Les longs conflits entre Babylone et l'Assyrie ont donc finalement profité à la première, avec l'aide décisive des Mèdes, et le royaume du nord est définitivement éliminé et remplacé par son rival méridional.

La prééminence de Marduk et de Babylone dans le domaine religieux

Le dieu Marduk et son dragon-serpent

La période de la IIe dynastie d'Isin et des suivantes voit se poursuivre des évolutions culturelles entamées sous les Kassites. Il est possible que ce soit au moment du règne de Nabuchodonosor Ier que se fasse l'affirmation de la suprématie définitive de Marduk au sommet du panthéon, en lieu et place d'Enlil[178]. Grâce à sa victoire sur l'Élam, ce roi a pu ramener la statue du dieu enlevée plus tôt de son grand temple de Babylone, l'Esagil, ce qui peut avoir été l'occasion de ce changement théologique. Le dieu est de plus en plus appelé Bēl, « Seigneur ». Si l'on date de ce moment la prééminence du dieu, c'est également à cette période que le clergé de ce sanctuaire, qui est devenu un des principaux lieux savants de la Babylonie, rédige un texte fondamental dans l'affirmation de la prépondérance de Marduk : l'Épopée de la Création (Enūma eliš)[179]. Il raconte les différentes étapes qui ont mené Marduk au rang de roi des dieux, après avoir vaincu Tiamat, la mère des dieux symbolisant le chaos, et la construction de Babylone au centre du monde par le dieu en personne. Ce texte devient au Ier millénaire un des piliers de l'idéologie royale babylonienne, et est récité tous les ans lors de la fête-akītu du Nouvel An au cours de laquelle le roi se voit renouveler son mandat par le dieu. Par ce récit, la suprématie politique de Babylone s'accompagne d'une suprématie religieuse. Cela se voit aussi dans un autre texte datable des environs de cette période, appelé TINTIR = Babilu d'après son incipit (les deux termes étant des synonymes désignant la ville)[180], description de l'emplacement des sanctuaires de la cité, ainsi que tous les lieux à caractère religieux (portes et les murailles nommés en fonction de dieux, cours d'eau divinisés, voies processionnelles). Babylone est donc présentée comme une véritable ville sainte. D'autres œuvres littéraires sont datables de la fin du IIe millénaire ou du début du Ier, comme la Théodicée babylonienne, texte sapiental poursuivant la réflexion sur les rapports hommes/dieux qui s'est développée à la période kassite, ou encore l'Épopée d'Erra déjà évoquée.

À côté des rapports conflictuels avec l'Assyrie, Babylone exerce une influence religieuse et culturelle sur sa voisine septentrionale. Les cultes de divinités babyloniennes, Marduk et surtout Nabû, sont répandus en Assyrie[181]. Sous Sennachérib, le dieu Assur, considéré comme le véritable souverain de l'Assyrie et le roi des dieux dans ce pays, reprend de nombreux aspects de Marduk dont il est en quelque sorte le pendant assyrien : on rédige ainsi une version assyrienne de l'Épopée de la Création avec le dieu assyrien pour héros en lieu et place du babylonien[182]. Dans le même ordre d'idée, la bibliothèque royale de Ninive s'enrichit à l'époque d'Assurbanipal de tablettes confisquées dans des centres intellectuels de Babylonie suite à la répression de la révolte de cette région, ou par la copie de tablettes babyloniennes[183]. Ces éléments plaident en faveur d'une fascination pour la culture babylonienne chez les élites et les lettrés assyriens, qui il est vrai avaient déjà une culture très similaire à celle de la Babylonie.

L'empire néo-babylonien : le bref apogée de Babylone

La Porte d'Ishtar de Babylone, VIe siècle av. J.‑C., reconstituée au Pergamon Museum de Berlin.

La période du royaume « néo-babylonien », de 626 à 539, soit moins d'un siècle, est celle durant laquelle la puissance babylonienne a été à son sommet, constituant un véritable empire reprenant l'héritage de l'empire assyrien qu'il a abattu et dominant tout le Moyen-Orient. En réalité, cette puissance apparaît comme étant avant tout le fait de Nabopolassar et de son fils Nabuchodonosor II, le royaume ne tenant qu'une vingtaine d'années après la mort de ce dernier, succombant sous les coups du roi perse Cyrus II. Cette période marque néanmoins le retour de la prospérité économique en Babylonie, portée notamment par le développement de l'économie agricole, et un dynamisme culturel important, sous les auspices des souverains.

Un empire puissant qui n'arrive pas à se stabiliser

Les conquêtes de Nabuchodonosor II

Article détaillé : Nabuchodonosor II.
L'extension approximative de l'empire des rois néo-babyloniens.

Après avoir abattu l'empire assyrien, Nabopolassar, désormais âgé, confie la direction des opérations militaires à son fils aîné Nabuchodonosor[184]. Celui-ci mène ses armées en Syrie à Karkemish où il défait l'armée égyptienne et ses alliés. Quand son père meurt en 605, il rentre à Babylone pour faire valoir ses droits sans avoir assuré sa domination sur la Palestine. Lorsqu'il devient roi, Nabuchodonosor II (604-562) ne manque ni d'expérience ni d'ambition[185]. Il retourne sur les bords de la Méditerranée, et parvient à faire reconnaître son hégémonie sur les souverains des royaumes de Phénicie, notamment Ascalon, et également sur le roi de Juda, et aussi face aux ambitions des Égyptiens au Levant. Après un premier revers, il renforce ses positions puis remporte plusieurs victoires décisives, dont la prise de Jérusalem en 597. Mais les révoltes persistent, et plusieurs révoltes soutenues par l'Égypte éclatent après 589, et les Babyloniens doivent mener plusieurs sièges difficiles, dont une nouvelle fois celui de Jérusalem en 588, et celui de Tyr qui met treize ans à tomber. Les Égyptiens subissent une défaite décisive en 568, et à ce moment la domination babylonienne sur le Levant est consolidée. Nabuchodonosor a également mené ses troupes en Cilicie, vers l'Arabie et fait face à des révoltes ailleurs, même en Babylonie. Ce monarque a aussi étendu l'empire de Babylone à son maximum historique. Durant toutes ces années, il a également entrepris d'importants chantiers dans les grandes villes de la Mésopotamie mériodionale, poursuivant l'œuvre de reconstruction entamée par son père, et en premier lieu sa capitale Babylone, qui devient la plus renommée des cités de l'Orient, dont le souvenir est passé à la postérité. La fin de son règne, qui s'achève en 562, est mal connue.

Des successeurs contestés

Après le règne de Nabuchodonosor II, Babylone ne retrouve plus la stabilité politique, à cause de trop grands conflits au sommet du pouvoir. Ceux-ci sont déjà perceptibles dans une révolte qui secoue Babylone en 594-593[186]. Le fils de Nabuchodonosor II, Amêl-Marduk ne régne que deux ans. Il est assassiné au cours d'une révolution de palais menée par Nériglissar. Ce dernier[187] était un homme influent à la cour de Babylone. Ayant participé à des opérations militaires du temps de Nabuchodonosor II, il occupait la fonction de simmagir, était gouverneur d'une province à l'est, et était de plus le gendre de l'ancien roi. Il n'eut que peu de temps pour régner, probablement en raison de son âge avancé. Il mène cependant une campagne en Cilicie, et fait bâtir et restaurer quelques monuments à Babylone. À sa mort en 556, son jeune fils Labashi-Marduk, petit-fils de Nabuchodonosor II par sa mère, monte sur le trône. Il est assassiné l'année même de son intronisation par des dignitaires de la cour.

Stèle représentant Nabonide, devant des symboles divins.

Ce sont les deux chefs de la révolte, Nabonide et son fils Balthazar qui prennent le pouvoir[188],[189]. Nabonide était depuis longtemps un personnage important à la cour de Babylone, mais il n'avait à la différence de ses prédécesseurs aucun lien de parenté avec Nabuchodonosor II. Il est probablement assez âgé lors qu'il accède au pouvoir, et est peut-être devenu roi avant tout pour que son fils Balthazar lui succède. Cependant, il règne seize ans durant lesquels il rencontra de nombreuses difficultés. Les révolutions de palais qui avaient ébranlé la cour royale avaient eu peu de conséquences dans l'Empire, qui restait assez calme. Une fois au pouvoir, Nabonide fait ce qu'un souverain de Babylone faisait d'ordinaire : il rend le culte, rénove les monuments, et mène même une campagne en Cilicie. Pour autant, il semble avoir été contesté, notamment en raison de son attitude religieuse. Par sa mère, il avait des origines à Harran en Haute Mésopotamie, un des deux lieux de cultes principaux de Sîn, le dieu-lune, et il vouait à ce dernier plus d'admiration qu'à Marduk, ce qui lui attire l'hostilité du clergé de Babylone. De plus, pour résoudre des problèmes dans la gestion des temples, il augmente le contrôle de l'État sur ces derniers, ce qui n'arrange pas la situation. Dans ce contexte de contestations, il part mener une campagne en Palestine, avant de s'installer pendant dix ans à Taima, en Arabie, autre grand lieu de culte au dieu-lune. La raison de cet exil si long est inconnue, et diverses théories sont avancées : problème au pouvoir, religion, influence de Balthazar, etc. Quoi qu'il en soit, c'est son fils Balthazar qui gouverne effectivement Babylone pendant ces années, sans être roi. S'il semble avoir été lui aussi un restaurateur et un bâtisseur, il a hérité d'une réputation d'homme peu habile en politique, et contesté. Lorsque Nabonide revient en 541, il réorganise son administration et évince quelques membres influents de la cour. Mais il reste sans doute très critiqué par une partie des élites du royaume.

L'organisation de l'empire babylonien

L'organisation de l'empire babylonien est en gros identique à celle de l'empire néo-assyrien qu'il a remplacé, d'autant plus qu' il possédait à peu près les mêmes frontières que ce dernier[190]. Au sommet se trouvait le roi, auquel les sujets devaient prêter serment de fidélité (l'adê, héritage assyrien). À ses côtés, à la cour, se trouvaient des dignitaires ayant les mêmes fonctions qu'en Assyrie, exception faite du turtānu (le général), qui disparaît, ainsi que du rab šaqē, le grand échanson, remplacé par le rab nahatimmu, « chef cuisinier », ancienne charge assyrienne, qui exerçait un rôle identique. Alors qu'en Assyrie le roi faisait et défaisait à sa guise son entourage, constitué en majorité de sa famille, les dignitaires Babyloniens formaient une sorte de noblesse, désignée comme « Grands du pays d'Akkad » dans les textes de Nabuchodonosor II, dont on sait cependant peu de choses, sinon qu'ils participaient activement aux affaires de l'État, les archives palatiales babyloniennes étant très limitées.

Les provinces (pīhāti) de la Babylonie étaient administrées par des gouverneurs, le plus souvent appelés bēl pīhāti, ou encore šaknu, šakin tēmi[191]. L'administration locale est pour partie à la charge de ces gouverneurs, qui doivent également partager plusieurs prérogatives avec d'autres personnages et institutions. Des commissaires royaux (qīpi āli) sont parfois imposés par le roi à certaines administrations, dont celle de temples. On trouve encore des « maires » (hazannu) de villes et de villages. L'administration des grands temples est difficile à dissocier de celle des villes où ils se trouvent, car ils contribuent à leur gestion.

Des assemblées locales (puhru) constituées de notables ou d'anciens ont un rôle dans la vie locale, notamment en tant que cour de justice, bien que les autres institutions, comme des cours où siègent des juges royaux, ou les temples, aient des prérogatives juridiques[192]. L'exercice de la justice n'a donc pas changé substantiellement depuis la période paléo-babylonienne : il existe toujours une pluralité d'assemblées de justice, où siègent de façon collégiale plusieurs juges assistés de scribes. Plusieurs d'entre elles sont dirigées par des administrateurs royaux, nommés sartennu ou šukallu. Une tablette fragmentaire porte un texte qui ressemble à un code de loi néo-babylonien[193], mais les sources concernant la justice à cette époque et au début de la domination perse sont pour la plupart des documents de la pratique (compte-rendus de procès et lettres)[194]. Ils documentent différents types d'affaires (vols, malversations, litiges de propriété, affaires familiales, héritages, dettes, etc.), et offrent un aperçu vivant de la vie quotidienne des Babyloniens de cette période. Les procès ont un déroulement similaire à ceux des périodes précédentes[192]. La plupart des peines connues étant pécuniaires. On connait peu de mentions de l'ordalie, des châtiments corporels ou de la peine de mort, apparemment requise en cas d'adultère ou de crime de lèse-majesté[195].

En dehors de la Babylonie, la situation des provinces de l'empire est variée[196]. À certains endroits, on trouve des gouverneurs nommés par le pouvoir babylonien. Dans d'autres, des royaumes comme des villes gardent leur propre administration, et sont considérés comme vassaux de l'Empire. La situation peut évoluer au cours du temps : le royaume de Juda conserve son roi jusqu'à sa révolte sous Nabuchodonosor II, qui y installe alors un gouverneur à sa convenance, mais d'origine locale. Les traces de domination babylonienne sous les territoires qui semblent avoir été sous son contrôle sont très ténues, ce que l'on sait provenant avant tout de Babylonie et des cités du littoral levantin : l'Assyrie, la Syrie et la Palestine intérieures sont très mal connues. Cela est peut-être explicable par le fait qu'elles étaient en crise profonde après les conflits les ayant touché depuis la période assyrienne et auraient alors constitué des espaces vides peu intéressants pour l'administration babylonienne[197].

L'armée néo-babylonienne n'est pas mieux connue que celle des périodes précédentes, mais elle reprend les caractéristiques de l'armée néo-assyrienne qui elle est bien connue[198]. Les rois de Babylone ont d'ailleurs peut-être repris des troupes assyriennes après avoir vaincu cet empire. Les troupes reposent essentiellement sur des fantassins armées d'arcs, lances et de glaives/coutelas, regroupés en unités hiérarchisées suivant les principes déjà en place du temps de Hammurabi, dirigés en dernier lieu par le roi et ses proches qui chapeautent le corps des officiers (ša rēš šarri). Le service militaire fait partie des services (ilku) dus au roi, qui peut se concrétiser par une participation effective à la guerre ou bien une contribution pour équiper les troupes. La main-d'œuvre des grands organismes est mobilisée pour la guerre, et équipée par l'institution. Des tenures militaires existent à cette période, avec les « terres d'arcs » (bīt qašti), mais leur fonctionnement n'est bien connu que pour la période achéménide (voir plus bas). Les autres corps d'armée (charrerie, cavalerie, poliorcétique) nous échappent. La guerre est un moyen pour les rois babyloniens d'obtenir un tribut ou du butin, notamment des produits rares (métaux, bois de qualité) ou des prisonniers de guerre qui sont ensuite donnés aux temples où ils travaillent en tant qu'esclaves. Ils pratiquent également la déportation, à une moindre échelle que les Assyriens qui déplaçaient des populations dans tout leur empire, puisqu'ils l'utilisent uniquement pour établir de nouvelles populations en Babylonie. Pour autant, il ne faut pas forcément supposer que la domination babylonienne ait été moins brutale que celle de leurs prédécesseurs[199]. Même si les rois de Babylone ne se sont pas attardé à décrire les destructions et déportations qu'ils ont ordonné comme l'on fait les Assyriens, on connaît plusieurs exemples de tels actes durant leur hégémonie, notamment en Palestine.

La capitale, reflet de la puissance de l'empire

Article détaillé : Babylone.

La ville de Babylone connaît son apogée sous la dynastie néo-babylonienne[200]. C'est pour cette période qu'elle est le mieux connue. En effet, les niveaux paléo-babyloniens sont inaccessibles car noyés sous la nappe phréatique et recouverts par les constructions du Ier millénaire, et les niveaux médio-babyloniens ne sont pas mieux connus[201]. Il semble que la trame générale de la ville néo-babylonienne soit déjà en place au XIIe siècle, si l'on se fie au texte TINTIR déjà évoqué[202]. Après sa destruction brutale par Sennachérib, Babylone est réaménagée par les derniers rois assyriens et surtout les premiers rois néo-babyloniens, Nabopolassar et Nabuchodonosor II. Elle atteint alors une surface de 975 hectares, inégalée dans le Proche-Orient ancien, et est probablement l'une des plus grandes villes du monde, illustrant la puissance et le prestige de l'Empire dont elle est le centre. Seule une partie réduite de sa surface a été dégagée, surtout autour des monuments principaux, mais elle l'a été de manière remarquable durant les fouilles allemandes menées par Robert Koldewey au début du XXe siècle[9].

Babylone a une forme grossièrement rectangulaire (2,5 x 1,5 kilomètre), coupée en deux par l'Euphrate, que l'on pouvait franchir par un pont, dans le sens nord-sud. Elle est protégée par une enceinte épaisse percée de huit portes, dont la plus célèbre est la Porte d'Ishtar. À l'époque néo-babylonienne, elle est doublée d’une enceinte extérieure de forme triangulaire qui s'étend sur la rive gauche de l'Euphrate, et mesure plus de 12 kilomètres de long. On ignore si l'espace qu'elle protégeait était habité au-delà de l'enceinte intérieure, qui concentre la majorité des monuments principaux de la ville. Plusieurs canaux parcouraient la ville. L'urbanisme ne présente pas d'originalités, pas plus que celui des autres villes de Babylonie où des résidences de cette période ont été fouillées (Ur et Uruk)[203] : les rues sont étroites, même si quelques grandes artères facilitent la circulation entre les différents points de la ville ; les quartiers d'habitations dégagés sont densément bâtis, constitués par des résidences de tailles diverses organisées autour d'un espace central, ainsi que d'une salle de réception dans les maisons riches, et de pièces aux fonctions variées.

En tant que capitale du royaume, Babylone abritait plusieurs palais royaux. Le « Palais sud » et le « Palais nord » se trouvaient au bord de l'Euphrate, encastrés dans la muraille nord de l'enceinte intérieure. Seul le plan du premier est bien connu : c'est un vaste trapèze de 322 x 190 mètres et de plus de 200 pièces, organisé autour d'une succession de cinq cours disposés horizontalement, celle du milieu ouvrant sur la salle du trône. Le plan du deuxième palais, plus récent, est mal connu. Un bastion avait été bâti sur les bords du fleuve pour protéger l'édifice des crues. Au nord de l'espace protégé par l'enceinte extérieure se trouvait un troisième palais, surnommé « Palais d’été ». Quant aux « Jardins suspendus de Babylone », ils n'ont pu être repérés lors des fouilles, et leur origine est peut-être à rechercher dans les capitales assyriennes plutôt qu'à Babylone[204].

« Carte du Monde » figurant Babylone au centre de celui-ci, VIIe siècle av. J.‑C.

La capitale de l'empire est également une ville sainte, disposant de nombreux sanctuaires dédiés aux divinités principales de la Mésopotamie. Le clergé local est apparemment parvenu à imposer la vision selon laquelle cette ville était le centre du monde, là où le dieu Marduk avait créé la Terre, comme l'illustre une tablette néo-babylonienne sur laquelle se trouve une carte du monde tel qu'il était alors conçu[205]. Le grand temple de Babylone est l'Esagil, dédié au dieu Marduk et à son entourage proche, dont sa parèdre Zarpanitu[206]. Protégé par une enceinte délimitant l'espace sacré, il est particulièrement vaste (89,50 x 79,30 mètres), mais seul le « saint des saints » et les pièces adjacentes ont été mis au jour. Au nord, une autre enceinte entourait Etemenanki, la ziggurat qui était associée à l'Esagil, de base carrée de 91 mètres de côté, qui est sans doute à l'origine du mythe de la Tour de Babel. Son aspect et ses dimensions sont décrites dans la Tablette de l'Esagil, sans doute rédigée vers la période néo-babylonienne[207]. Ce groupe d'édifices était l'aboutissement de la « Voie processionnelle », artère principale de la ville qui passait par la Porte d'Ishtar et servait de trajet à des processions religieuses, notamment lors de la grande fête-akītu qui avait lieu au Nouvel An.

Les grandes villes de Basse Mésopotamie bénéficient également du patronage des rois néo-babyloniens, qui restaurent leurs monuments principaux, avant tout les temples qui comme d'habitude font l'objet des plus longues inscriptions de fondation des rois babyloniens[208]. Borsippa fait l'objet de nombreuses attentions de la part de Nabuchodonosor II qui restaure ses murailles, ses temples et sa ziggurat. Des travaux ont été réalisés dans l'Eanna d'Uruk sous les auspices de plusieurs rois assyriens et babyloniens. Nabonide, fervent dévot du dieu-lune Sîn, entreprend d'importants chantiers dans ses sanctuaires d'Ur et de Harran. Toutes les principales villes bénéficient donc des richesses des rois de Babylone, même si c'est la capitale qui profite avant tout de leurs largesses, ce qui contribue à son rayonnement qui continue même après la fin du royaume comme le montre le témoignage d'Hérodote.

Les évolutions économiques et sociales

L'expansion de l'agriculture irriguée

Rigole d'irrigation dans l'Iraq actuel, région de Bagdad.

La période néo-babylonienne voit le développement de l'agriculture se poursuivre sur un rythme sans doute plus important que durant le siècle précédent, et qui prend place dans un long cycle de croissance des potentialités agricoles de la région qui se poursuit durant la seconde moitié du Ier millénaire. L'augmentation de la densité de peuplement des campagnes mésopotamiennes est constant sur cette période[209]. Ce repeuplement est en partie initié par les rois qui déportent des peuples vaincus en Babylonie où ils les installent dans des villages. Ce mouvement commence à l'époque de la domination assyrienne, et se poursuit sous les rois babyloniens avec l'arrivée de déportés venus de Syrie et du Levant[210]. On retrouve dans les documents de la période achéménide des agglomérations nommées suivant le pays d'origine de ses habitants : on trouve ainsi une Ascalon, une Gaza, une Qadesh, une Tyr, et également une « ville de Juda » peuplée par des Judéens déportés au temps de Nabuchodonosor, dont on trouve un écho dans la Bible. Cette dernière communauté est bien connue grâce à des tablettes économiques de la période achéménide mentionnant des personnes d'origine judéenne reconnaissables par leur nom, vu que leurs activités ne les distinguent pas des autres populations[211].

Les rois babyloniens jouent un autre rôle dans l'essor agricole en remettant en état le réseau de canaux, qui avait été laissé pour compte du fait des troubles politiques des siècles précédents, et avait subi plusieurs changements du cours de l'Euphrate[212]. Le système d'irrigation était géré par une administration liée à la gestion des terres royales, auxquelles sont intégrées les voies d'eau, et à la tête duquel se trouve le mašennu, intendant du domaine royal. Au niveau local elle était gérée par le gugallu qui contrôle l'état des canaux, la gestion de la distribution de l'eau, et plus largement la mise en culture de zones agricoles[213].

L'agriculture irriguée concerne essentiellement les deux grandes cultures qui dominent en Basse Mésopotamie : les céréales, avant tout l'orge, et le palmier-dattier (associé aux cultures maraîchères) dont la culture connaît une expansion à la période néo-babylonienne du fait des profits substantiels qu'elle peut amener[214]. Les terres les mieux irriguées sont les plus convoitées, et font l'objet de tensions entre les différents propriétaires potentiels. Il est néanmoins essentiel de disposer de la main-d'œuvre et du matériel d'exploitation pour exploiter la terre qui ne paraît pas manquer. Les parcelles connues par des descriptions et des plans sont de forme quadrangulaire souvent rectangulaire, et tendent à s'allonger considérablement, avec un de leurs deux côtés courts bordant un canal d'irrigation. Cela résulte peut-être d'un programme de planification du découpage des terres, prenant en compte la concurrence pour l'accès aux canaux qu'il fallait offrir à un maximum de champs et de palmeraies-jardins[215].

Structures économiques : temples, notables et dépendants

Les structures économiques de la période néo-babylonienne fonctionnent selon un principe similaire à celui des périodes précédentes, mais des évolutions notables s'effectuent en lien avec les évolutions politiques et économiques de la Babylonie durant la période de domination assyrienne puis l'établissement de l'empire babylonien dont les retombées économiques sont fortes pour certains acteurs économiques proches du pouvoir royal. Les domaines de la couronne occupaient sans doute une place importante, mais ils ne sont pas documentés, de même que la catégorie supérieure des élites du royaume, la « noblesse » babylonienne disposant des plus hautes charges et dignités, mais reste très mal connue. Les archives des temples sont en revanche très fournies, avec deux lots majeurs : celui de l'Eanna d'Uruk[216] et celui de l'Ebabbar de Sippar[217], deux des plus grands sanctuaires de la Babylonie. Le premier disposait d'environ 17 000 hectares de terre, même s'il apparaît que la totalité du domaine n'était pas exploitée et qu'il faut prendre en compte la pratique de la jachère biennale[218]. Les sanctuaires avaient toujours leur administration propre pour leurs activités économiques, soumise en dernier recours au pouvoir royal, qui reste leur principal pourvoyeur et place certains de ses délégués auprès de l'administrateur en chef du sanctuaire, le šatammu ou šangû[219]. L'exploitation des domaines des temples pouvait se faire suivant plusieurs modalités, de façon directe ou indirecte[220]. En ce qui concerne l'élevage, la gestion des troupeaux était menée de manière très rigoureuse, selon un système hiérarchique précis[221]. On gardait les bêtes réservées pour le culte dans les étables du temple, tandis que des moutons étaient confiés à des bergers qui pouvaient les amener paître très loin, jusque dans la région du cours moyen du Tigre.

Les textes nous documentent également des activités privées de familles de notables urbains qui peuvent être divisées en deux groupes ou du moins deux modalités d'enrichissement principales, toujours en lien avec les institutions[222]. Un premier groupe est constitué de prébendiers des grands temples, qui doivent avant tout leur fortune à la détention de ces charges du culte divin qui permettent de se voir concéder des terres, des revenus ainsi qu'une dignité et de se constituer un solide réseau social, tout en pouvant tirer des revenus de propriétés foncières. Le second groupe constitue un phénomène particulier de la période néo-babylonienne, qui se voit dans la croissance des archives privées qui nous documentent les activités économiques souvent ambitieuses de groupes de familles (au sens large) de véritables entrepreneurs[223]. Ces notables sont souvent désignés d'après un ancêtre commun, comme par exemple les descendants du « Forgeron » (Nappahu) à Babylone. Dans les faits, on constate que ce groupe est peu homogène par les activités qu'il exerce (exploitation de domaines pour le compte d'institutions, constitution de patrimoines fonciers, prise en fermage de taxe, commerce, prêts, etc.). Ce qui les caractérise avant tout est la présence d'archives familiales gardées souvent durant plusieurs générations, et le rôle du chef de famille qui dirige les affaires de tout le groupe. Le cas le plus représentatif pour cette période est la famille des descendants d'Egibi, installée à Babylone, qui exerce diverses activités : commerce de denrées alimentaires autour de la capitale, prêts, prise à ferme de taxes, achats de propriétés foncières urbaines et rurales qui sont ensuite louées, achats d'esclaves, etc.[224]

Les temples comme les notables emploient un ensemble de travailleurs qui ont des conditions juridiques diverses[225]. Le grand clivage est comme toujours celui qui sépare les hommes libres, appelés mār banê à cette période, et les esclaves (masculins ardu, féminins amtu). Mais d'autres conditions de personnes que l'on peut qualifier de « dépendants » ou de « semi-libres » existaient[226]. Les mieux connus sont les « oblats » (širku) des temples, parmi lesquels on trouve des libres et des non-libres, qui sont des personnes données à un temple par leur famille, avec obligation de travailler pour l'institution, généralement en tant qu'exploitant agricole ou artisan, contre des rations d'entretien. Il s'agit ici d'un statut de dépendance totale vis-à-vis de l'institution, qui a un caractère juridique, pouvant être apparenté au servage. Les esclaves restaient une force de travail possible, mais réellement importante que sur les domaines des temples et de la couronne, ceux de ces derniers (arad/amat šarrūti) disposant apparemment d'un statut particulier[227]. Les propriétaires privés en employaient surtout à domicile, ou leur confiaient parfois des tâches plus autonomes, comme la gestion d'une exploitation agricole, d'un atelier artisanal, ou encore des missions commerciales, auquel cas l'esclave devait leur verser un rente annuelle appelée mandattu. Les couches populaires des villes babyloniennes sont un prolétariat difficile à saisir, de nombreuses personnes louant leurs bras pour des travaux urbains ou ruraux[228].

Structures familiales

L'unité de base de la société reste la famille nucléaire monogame, structure économique et culturelle essentielle[229]. Au moment de l'union qui la forme, arrangée entre les chefs de maisonnée qui sont des hommes libres (mār banê), la famille de la mariée verse comme aux périodes précédentes une dot (nudunnu) - discutée à l'avance et parfois fixée par contrat - au marié lors de l'union, la contre-dot de la période paléo-babylonienne a disparu de la documentation de cette période, même si on connaît encore des cas où l'épouse reçoit un présent (biblu) de la part du marié ou de sa famille. L'époux peut choisir de divorcer (muššuru, littéralement « relâcher ») de son épouse, généralement sur des motifs de préférences personnelles, et il doit alors lui verser une compensation financière, parfois en lui restituant sa dot[230]. À la mort du père de famille, ses possessions sont partagées entre ses fils, l'aîné prenant une part équivalant au double de celle de ses cadets, à moins que les modalités de l'héritage n'aient été précisées par testament (ce qui est un cas peu courant)[231]. Parfois les héritiers peuvent recevoir une part avant la mort du chef de famille. La dot constitue la part d'héritage des filles. Les couples stériles pouvaient adopter des héritiers, même si le contrat d'adoption sert aussi à dissimuler des arrangements économiques et financiers entre personnes[232], à moins que le mari ne prenne une épouse secondaire pour enfanter.

Le commerce : circuits et acteurs

Le commerce à la période néo-babylonienne est toujours dominé par les grands organismes qui engagent des marchands (tamkāru), pour vendre localement les surplus de leurs activités de production, avant tout des cultures (grain, dattes) et de l'élevage (laine), et pour s'approvisionner en produits rares venant de loin[233]. Ils financent des opérations de commerce à longue distance (bien moins important en volume que le commerce local), pour se procurer des produits de valeur hors de Mésopotamie ou en les faisant acheter sur les marchés de cette région où ils sont déjà acheminés par d'autres moyens. Ils recherchent avant tout des métaux (étain d'Iran, cuivre de Chypre, fer), de l'alun d'Égypte, des teintures du Levant, du vin de Syrie et de Haute Mésopotamie[234]. Les marchands semblent être indépendants des institutions, et peuvent donc agir à titre privé à l'occasion, notamment au sein d'associations commerciales. La plus répandue à cette période est le contrat ana harrāni (« pour une expédition commerciale »), qui voit une ou plusieurs personnes apporter un capital, qu'un mandataire doit faire fructifier, les profits étant répartis proportionnellement à l'apport initial[235]. On trouve ce type d'association dans les archives privées de la période, notamment pour la commercialisation de produits agricoles à l'échelle locale. Les familles d'entrepreneurs comme les Egibi sont en effet impliquées dans l'acheminement et la vente dans les villes des denrées produites dans les campagnes alentours par des paysans qui n'ont pas les moyens de les vendre eux-mêmes. Les contrats ana harrâni peuvent également servir pour des opérations financières ou agricoles.

Religion et culture

Les divinités

La période néo-babylonienne voit l'affirmation définitive de Marduk/Bēl en tant que divinité principale du panthéon babylonien[236]. Ce dieu est promu par l'idéologie royale, qui favorise généralement le rôle prépondérant de son grand temple, l'Esagil, en dehors du cas particulier de Nabonide qui a une prédilection pour le dieu-lune Sîn. Il ne faut d'ailleurs pas trop se focaliser sur les discours produits par les souverains et leur entourage, qui peuvent être en décalage avec la réalité des croyances populaires que l'on peut percevoir par exemple dans les noms de personnes, faisant souvent référence à des divinités. On constate ainsi que les grands dieux mésopotamiens anciens restent très vénérés (même si leurs aspects peuvent évoluer), que ce soit la triade Anu, Enlil et Ea, ainsi que les divinités célestes Sîn, Shamash et Ishtar, ou encore le dieu de l'Orage Adad, la déesse de la médecine Gula ou le dieu de la sagesse Nabû dont la popularité augmente fortement à cette période, menaçant presque la prééminence de son père Marduk. Ishtar est à cette période la divinité féminine principale, disposant de lieux de culte majeurs dans plusieurs cités (Uruk, Babylone, Akkad, Kish, Nippur), et ayant absorbé les caractéristiques de la plupart des anciennes déesses mésopotamiennes (Ninlil, Ninhursag, etc.).

Le culte : lieux, acteurs, moments

Cylindre d'argile commémorant la reconstruction du grand temple du dieu Sîn à Ur par le roi Nabonide, British Museum.

Le culte de la période néo-babylonienne reprend les aspects traditionnels du culte mésopotamien. Il est effectué dans des temples urbains, dominés par les grands sanctuaires les plus dotés en terres et en offrandes, qui achèvent alors de se présenter comme de vastes complexes cultuels protégés par une longue enceinte délimitant un espace sacré organisé autour d'un temple principal, d'une ziggurat et de nombreuses dépendances[208]. Ce sont l'Esagil de Babylone, temple de Marduk, l'Eanna d'Uruk, temple de la déesse Ishtar qui est le plus documenté dans le domaine cultuel[237], l'Ezida de Borsippa, temple de Nabû, l'Ebabbar de Sippar, dédié à Shamash, ou encore l'Ekur de Nippur, temple d'Enlil. Ce dernier centralisait l'organisation du culte des autres temples de sa ville, situation qui semble courante en Babylonie à cette période[238].

Le personnel chargé du culte de la divinité est constitué des personnes ayant accès à l'espace sacré du temple qui culminait dans le papahu, lieu saint abritant la statue de la divinité tutélaire du temple[239]. À l'époque néo-babylonienne on les désigne comme erīb bīti. Au sens étroit, cela comprend les prêtres accomplissant le service cultuel pour le dieu au quotidien, les spécialistes de rituels requis dans certains cas (exorcistes, devins, lamentateurs, musiciens), mais au sens large on y inclut également certains prébendiers qui réalisent le repas divin (bouchers, mais apparemment pas les boulangers ou les brasseurs) ou ceux qui sont responsables des habits, des parures et du mobilier de la divinité (orfèvres, charpentiers)[240]. Les membres les plus importants du personnel cultuel présidaient l'assemblée du temple (kiništu), qui pouvait avoir des prérogatives administratives et judiciaires. Mais l'acteur le plus important du culte babylonien reste comme aux périodes précédentes le souverain, qui peut entrer dans les sanctuaires, finance et organise les restaurations des grands temples, les pourvoit en offrandes, et participe à certains rituels majeurs. À la différence des rois néo-assyriens qui célèbrent surtout la construction de grands palais royaux, les inscriptions de fondation des rois néo-babyloniens mettent l'emphase sur les constructions religieuses.

À certains moments, le personnel cultuel était aussi mobilisé pour des rituels particuliers revenant à des intervalles réguliers ou pas. Les premiers sont les fêtes religieuses, dont la plus importante à l'époque néo-babylonienne est la fête-akītu de la capitale qui avait lieu lors du Nouvel An, dominée par la figure du grand dieu Marduk, que rejoignaient pour le célébrer les statues des autres grandes divinités de Babylonie. Le roi était l'autre acteur principal de cette fête, durant laquelle il confessait ses fautes avant de se voir remettre les insignes de la royauté par le dieu, sous la supervision du clergé de l'Esagil[241]. Il s'agit donc d'un rituel essentiel de l'idéologie royale néo-babylonienne. De nombreuses autres fêtes remplissaient le calendrier cultuel des grandes villes de Babylonie.

Le milieu lettré de Babylone

Les scribes continuent à être formés selon les méthodes des périodes précédentes, et l'écriture cunéiforme paraît encore dominer à la période néo-babylonienne malgré le fait que l'usage de l'araméen alphabétique écrit sur parchemin se développe, notamment dans l'administration où les scribes sur tablettes sont associés à des scribes sur parchemin (appelés šepiru)[242]. Au niveau supérieur du cursus, les lettrés sont les « spécialistes » (ummānu) d'une discipline dont ils ont acquis les arcanes après une formation longue, impliquant la maîtrise de l'akkadien mais aussi du sumérien. Ils ont toujours une fonction religieuse : il s'agit donc d'exorcistes (ašipu), de devins (barū), de lamentateurs (kalû), et aussi d'astronomes/astrologues (ṭupšar Enūma Anu Enlil)[243]. Ils travaillent généralement dans les grands sanctuaires de la Babylonie, dans la capitale ou bien à Uruk, Nippur et Sippar. C'est dans ces endroits que la tradition savante mésopotamienne survit, alors qu'elle n'exerce plus hors des limites du Pays des deux fleuves le rayonnement qu'elle avait à la fin du IIe millénaire.

Dans une petite pièce du sanctuaire de Shamash à Sippar, des archéologues iraqiens ont mis au jour en 1985 une bibliothèque de la période néo-babylonienne, comprenant environ 800 tablettes (soit un lot bien modeste comparé aux milliers de tablettes des bibliothèques royales d'Assyrie)[244]. Comme les autres bibliothèques mésopotamiennes, la majorité des tablettes concerne des rituels religieux, des hymnes, des prières et des listes lexicales, à côté de quelques œuvres « littéraires » (ainsi l'Atrahasis et l'Épopée de la Création) et de copies de vieilles inscriptions royales.

Il s'agit donc là les principaux types de littérature savante attestés pour cette période, qui sont souvent l'aboutissement d'une évolution de plusieurs siècles de tradition ayant vu la fixation de séries « canoniques », donc une unification et une standardisation des classiques de la littérature mésopotamienne[245]. Cela concerne en premier lieu les grandes séries de listes lexicales, notamment la plus importante, HA.RA = hubullu, composée de 24 tablettes compilant différents éléments de la réalité (objets en bois, métal, argile, textile, animaux, pierres, plantes, toponymes, etc.). On trouve également les grandes séries divinatoires comme Enūma Anu Enlil qui contient la base du savoir astrologique ou encore Barûtu pour l'hépatoscopie. Il s'agit de textes techniques servant aux prêtres spécialistes des temples, mais aussi d'œuvres regroupant un savoir à finalité encyclopédique. À partir de cette période, les grandes séries canoniques font de plus en plus l'objet de commentaires et d'explications, parfois pour chercher le sens caché des mots ou des signes qu'on y trouve : un savoir ésotérique se développe. Pour les besoins du culte, les spécialistes avaient également accès à des hymnes, des prières, et des textes décrivant des cérémonies religieuses précises se déroulant dans des temples, avec les procédures à suivre, les chants à entonner. À côté de cela, les mythes (Épopée de Gilgamesh, Épopée de la Création, Descente d'Ishtar aux Enfers, etc.) et textes de littérature sapientale ne constituent qu'une faible part des œuvres qui nous sont parvenues, et on ne sait pas dans quel contexte exact elles pouvaient être utilisées, hormis pour le cas de l'Épopée de la Création récitée lors de la fête du Nouvel An de Babylone. Les sciences sont connues par diverses tablettes de cette période (médecine, astronomie/astrologie, mathématiques, etc.)[246].

Réalisations artistiques

Panneau de briques à glaçure en relief provenant de la Voie processionnelle de Babylone : lion passant à gauche, Pergamon Museum de Berlin.
Sceau-cachet néo-babylonien en diorite avec son impression sur argile, représentant une scène d'hommage à une divinité sur un bateau, Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Les artistes néo-babyloniens continuent à réaliser des stèles sculptées dans la continuité des périodes précédentes. Les sceaux-cylindres de la période sont très peu inscrits, et leurs images témoignent d'une certaine influence thématique assyrienne[247] : un thème récurrent est celui du combat d'un héros, parfois ailé, qui s'apprête à frapper une bête avec une épée recourbée, mais on trouve aussi des scènes de purification d'arbre sacré, ou encore des rondes représentant des files d'animaux réels ou mythologiques pouvant se dérouler à l'infini. Mais les sceaux-cachets sont de plus en plus utilisés au cours du Ier millénaire, et finissent par supplanter les sceaux-cylindres qui disparaissent dans la seconde moitié du millénaire.

L'art de la terre cuite est répandu : de nombreuses figurines et reliefs sont réalisés à l'aide de moules. Les figurines les plus courantes représentent des divinités, des démons protecteurs comme Pazuzu, mais aussi femmes nues, des hommes portant des vases, des cavaliers, des barques, des lits, des tables et d'autres meubles[248]. Il peut s'agir d'objets votifs offerts à des temples, ou bien d'objets à fonction sacrée conservés au domicile pour assurer une protection magique. On connaît également des amulettes protectrices en pierre ou en métal.

Pour les décors architecturaux, les artisans néo-babyloniens améliorent la technique de la glaçure colorée, qu'ils combinent avec celle des briques moulées en reliefs pour donner les somptueux décors colorés ornant la Porte d'Ishtar de Babylone et les deux murs bordant la Voie processionnelle (sur 180 mètres de long) de cette ville, où passaient les processions lors des principales fêtes religieuses[249]. Les décors représentaient notamment des frises de lions, animal-symbole de la déesse Ishtar, ainsi que des motifs floraux, auxquels étaient joints sur la Porte d'Ishtar les dragons symbolisant Marduk et les taureaux symbolisant Adad. Un décor similaire ornait la salle du trône du « Palais sud ».

La Babylonie après la fin du royaume babylonien

Après 539, Babylone n'est plus jamais le centre d'un royaume, et l'histoire millénaire des grands royaumes mésopotamiens s'achève. La Babylonie n'est plus qu'une province parmi d'autres, mais à la différence de l'Assyrie post-impériale elle conserve sa prospérité, qui en fait un enjeu important. Pour autant, cette rupture politique ne s'accompagne pas d'une rupture dans le domaine économique et social, dans lequel les changements se font lentement. Mais la disparition progressive des institutions traditionnelles de la civilisation mésopotamienne entraîne la disparition de sa culture, qui est achevée dans les premiers siècles de notre ère.

La Babylonie sous domination étrangère

La fin de l'empire babylonien

Fragment de la Chronique de Nabonide, relatant les événements qui menèrent à la chute de ce souverain face au roi perse Cyrus II.

Alors que Nabonide faisait face à des difficultés dans son royaume, un autre roi, au contraire, s'affirmait : Cyrus II, roi des Perses, et qui met fin au royaume mède en 550. Cyrus poursuit alors une série de victoires en Anatolie, et défait le roi Crésus de Lydie, devenant ainsi une menace pour les Babyloniens. Parvenu sur les rives de la mer Égée, le roi perse change de direction, et s'empare de territoires en Iran, Afghanistan, jusqu'au sud de l'Asie centrale et la vallée de l'Indus. En dix ans à peine, il s'est bâti un empire plus grand que tous ceux qui l'avaient précédé[250]. Malgré les précautions de Nabonide, qui sentit le vent tourner et renforça ses lignes de défense septentrionales, le conflit qui se déclara en 539 fut une affaire vite réglée. Pour ne rien arranger, Gobryas/Ugbaru, gouverneur babylonien du Gutium (province frontalière de la Perse), se rallia à l'envahisseur. L'armée babylonienne est battue à Opis, Sippar se rend aux Perses qui réussissent ensuite à prendre Babylone sans longs combats, peut-être sur un coup de main mené par Gobryas. Balthasar est apparemment tué dans ces affrontements, tandis que Nabonide est sans doute exilé dans une province de l'est de l'Empire perse. En 539, Cyrus s'empare donc en quelque temps de tout l'empire babylonien, et étend sa domination sur la Mésopotamie et le Proche-Orient. C'en était fini de l'indépendance babylonienne, malgré le fait que le nouveau roi se présentait comme nouveau souverain du pays, reprenant le titre de roi de Babylone. Il était en effet devenu le roi d'un territoire immense regroupant plusieurs nations, dans lequel la Babylonie occupait une place certes importante, mais n'était plus le centre.

La période de domination achéménide

Article connexe : Empire achéménide.
L'Empire achéménide sous Darius Ier.

L'esprit d'indépendance babylonien reste présent au début de la période achéménide, comme en témoignent les rébellions qui secouent la région sous le règne de Darius Ier[251]. On voit ainsi apparaître un Nabuchodonosor III en 522, soi-disant fils de Nabonide, et un Nabuchodonosor IV l'année suivante, dans un contexte de troubles liés à la succession de Cambyse, le fils de Cyrus II. Tous deux sont vaincus sans mal par Darius, et exécutés. Xerxès Ier, le fils de Darius, réorganise l'administration de son empire, et sépare en deux la province de Babylone qui auparavant allait jusqu'à la Méditerranée ; elle est séparée de ses anciennes possessions occidentales, pour reprendre les limites d'un ensemble constitué de la Babylonie et de l'Assyrie. Quelques révoltes ont lieu les premiers temps du règne du nouveau roi, mais elles sont sans gravité. Rien ne prouve que la destruction de l'Esagil de Babylone se soit produite durant des répressions perpétrées par Xerxès comme le rapportent des sources grecques. Sous la domination perse, la Babylonie connaît une période de paix et de prospérité, restant très peu impliquée dans les conflits dynastiques perses malgré le fait que la révolte de Cyrus le Jeune y prenne fin en 401.

La période hellénistique

Article connexe : Séleucides.
Les royaumes des Diadoques vers 300.

En 331, les troupes macédoniennes d'Alexandre le Grand soumettent l'empire Perse de Darius III et s'emparent de la Mésopotamie, après les victoires d'Issos et de Gaugamèles[252]. Une fois les campagnes d'Inde achevées en 324, Alexandre, qui se présente comme le successeur des rois perses, retourne à Babylone, avec des projets pour cette illustre cité et sa région (restauration de monuments, de canaux), où il s'établit avant d'y mourir en 323.

C'est donc à Babylone que les Diadoques, les généraux d'Alexandre, décidèrent du partage de l'empire. La bonne entente fut de courte durée et ils entrèrent dans une longue période de conflits armés qui aboutirent à la division de l'héritage du conquérant[253]. C'est finalement Séleucos Ier qui devient maître de Babylone en 311, fondant la dynastie séleucide et déplaçant sa capitale à Séleucie du Tigre qu'il fonde vers 301. Le royaume séleucide connaît son apogée sous son fils Antiochos Ier (280-261). La Babylonie reste une région importante pour la prospérité de cet État, même si son centre de gravité bascule progressivement vers la Syrie. C'est également une période d'hellénisation de plusieurs cités mésopotamiennes. Les guerres opposant en Syrie les Séleucides aux Lagides, qui dominent l'Égypte, puis la présence croissante des Romains dans cette même région, ainsi que les défections de plusieurs provinces orientales du royaume et des troubles successoraux eurent pour effet d'affaiblir progressivement la position séleucide en Babylonie au milieu du IIe siècle av. J.‑C.

L'instabilité de la période parthe

Article connexe : Parthes.

C'est dans ce contexte que les rois Parthes de la dynastie des Arsacides réussissent à se rendre indépendants du pouvoir séleucide à partir de leur territoire situé sur les rebords de la Mer Caspienne[254]. Ceci aggrave la situation intérieure du royaume séleucide, et Babylone tombe entre les mains des Parthes en 141, lorsque Démétrios II Nicator est vaincu par Mithridate Ier. Le roi séleucide contre-attaque, mais est fait prisonnier, ce qui permet à son frère Antiochos VII de prendre le pouvoir. Il s'ensuit une série de conflits durant une bonne dizaine d'années. Au centre de la zone des combats, ravagée par des pillards, la Babylonie est une zone sinistrée quasiment en situation d'anarchie, le pouvoir étant exercé par des petits responsables locaux. Le vice-roi de Phraatès II (130-129), Himéros, organise la réduction en esclavage et la déportation de Babyloniens envoyés en Médie. Au début du Ier siècle, alors que le roi Mithridate II (123-88) a rétabli la stabilité du royaume parthe et réalisé de nombreuses conquêtes, il voit son royaume se diviser suite à la révolte de Gotarzès Ier (91-80), qui s'empare de la Babylonie. Le royaume parthe s'enfonce alors dans une période d'instabilité forte, alors que les Romains qui ont supplanté les Séleucides en Syrie ont des visées sur la Mésopotamie du nord. Le Ier siècle siècle après J.-C. les troubles successoraux s'aggravent ce qui permet aux pouvoirs locaux de prendre une autonomie plus importante. La Babylonie est donc secouée par une série de conflits, une très grande instabilité institutionnelle, et généralement le pouvoir central exerce une emprise moins forte qu'aux périodes précédentes, ce qui n'entrave pas forcément sa prospérité. C'est dans la seconde moitié du siècle, tandis que le pouvoir parthe est raffermi par Vologèse Ier, que Babylone devient une cité-fantôme, désertée par ses habitants, tandis que la culture millénaire dont elle était le symbole s'éteint progressivement.

L'adaptation des structures économiques et sociales

Une province riche

Le Cylindre de Cyrus, retrouvé à Babylone, dans laquelle le souverain perse se présente en successeur des rois babyloniens et rapporte avoir restauré plusieurs temples, British Museum.

Pendant les débuts de la période achéménide, les souverains perses reprennent souvent dans leur titulature le titre de « roi de Babylone », avant de l'oublier pour se contenter du titre de « Roi des pays »[255]. La province de Babylone, qui correspond en gros à la Mésopotamie, est dirigée par un gouverneur reprenant le titre babylonien traditionnellement donné au détenteur d'une charge d'administration provinciale, pahat ou bēl pahati, et non satrape, qui désigne en Babylonie une charge inférieure. Ce sont des Perses qui détiennent les plus hautes charges de l'administration, s'occupant des affaires militaires, des taxes et de la justice. Durant la période séleucide, la province de Babylone est dirigée par un satrape (muma'iru), mais elle cohabite avec des entités disposant d'autres statuts, comme les cités (grec pólis), rang auquel est élevée Babylone[256]. Au niveau local, les administrations des temples et les assemblées de notables et d'anciens continuent d'avoir des prérogatives judiciaires[192].

Le fait que la Babylonie soit réduite au statut de province et ne soit plus le centre d'un royaume puissant n'empêche pas qu'elle soit une province cruciale pour les États qui la dominent du fait de sa richesse. Durant toute la seconde moitié du Ier millénaire, elle poursuit son développement démographique et économique[257], qui culmine à la période parthe malgré les troubles politiques qui s'y produisent et qui contrastent avec les périodes de paix durable de la domination des Achéménides et aussi de celle des Séleucide, qui ont largement contribué à cette prospérité. Les rois, bien qu'étrangers à la Babylonie, y sont actifs. Les Perses poursuivent ainsi l'aménagement et l'extension du réseau de canaux entrepris par leurs prédécesseurs néo-babyloniens, pour développer la surface en culture[258].

Au service des empires : domaines royaux, terres de service et taxation

La mise en valeur de la Babylonie a donc un intérêt certain pour les empires qui la dominent, qui cherchent à en tirer des revenus importants. Une certaine réorganisation des terres est effectuée par les Perses dans ce but[259]. Des domaines sont attribués à des membres de la famille royale ou des hauts dignitaires, prises sur l'ancien domaine royal babylonien. Au Ve siècle se met en place un nouveau système de gestion des terres, reposant autour de circonscriptions nommées hatru, comprenant une population résidente, et désignées d'après le métier, l'origine ethnique ou la nature militaire des dépendants qui s'y trouvent. Il s'agit là aussi d'une forme de réorganisation des terres royales babyloniennes et des dépendants travaillant pour le palais à la période néo-babylonienne. Le domaine du roi, le plus vaste, était exploité par des dépendants appelés gardu et rétribués par des rations d'entretien[260].

Les archives de Nippur nous informent sur le fonctionnement des terres militaires, qui s'effectue dans le cadre des hatru sous la direction d'un administrateur appelé šaknu, autre titre babylonien repris[261]. Les terres militaires sont divisées selon le type d'unité que leur détenteur devait contribuer à équiper : les plus petits domaines étaient les « domaines d'arc » (bīt qašti), pour un archer, puis on trouvait des « domaines de cheval » (bīt sisî) et des « domaines de char » (bīt narkabti). La question est de savoir si ce « service » (ilku) consistait uniquement en un versement d'argent pour l'armée ou bien s'il comprenait également un service militaire effectif. On est en tout cas là aussi en présence d'un système qui correspond aux terres de services qui pouvaient être utilisées pour équiper des troupes à l'époque du royaume babylonien. Riche région de l'empire, la Babylonie fournissait donc des contributions importantes pour la puissance perse, provenant de ses terres de façon directe mais aussi indirectement par des taxes, pesant notamment sur des biens fonciers ou certaines transactions, ainsi que par des prélèvements forcés de denrées agricoles ou des corvées[260].

Durant la domination séleucide, une partie du territoire rural devait disposer du statut de terre royale (en grec chôra), sur laquelle pouvaient notamment être constitués des domaines attribués à des membres de la famille royale ou des dignitaires[256]. Le fonctionnement de taxation pour cette période est mal connu.

Temples et notables urbains

Les temples traditionnels de Babylonie continuent à fonctionner sous les dominations perse et grecque. Pour la première période, nos informations sont limitées et problématiques : les archives des grands temples de Sippar et d'Uruk décrits pour la période néo-babyloniennes cessent lors des dernières années du règne de Darius Ier et le début du règne de Xerxès Ier, en même temps que d'autres fonds privés de personnes liées à des temples par la détention de prébendes, surtout dans des villes de Babylonie du nord (Borsippa par exemple). Mais d'autres lots privés continuent, notamment à Uruk. Cela pourrait être la conséquence de la répression d'une révolte, et renvoie à plusieurs auteurs grecs mentionnant la destruction du grand temple de Babylone par Xerxès Ier, dont la réalité reste débattue[262]. Mais ce phénomène de fins d'archives reste mal compris, et peut être lié à d'autres phénomènes et n'affecte pas que le milieu des temples, qui du restent continuent à fonctionner[263]. Les propriétés foncières des temples semblent avoir été réduites suite à la réorganisation du régime des terres à la période achéménide, même si elles restent fortes[264]. Il apparaît en tout cas que les premiers rois séleucides, notamment Antiochos Ier, doivent s'atteler à remettre en état plusieurs sanctuaires, dont l'Esagil de Babylone[265].

L'organisation des temples reste similaire à celle de la période précédente[264]. La place importante des autorités des plus importants dans l'administration de certaines villes se poursuit. Il en va de même que la concentration de la gestion des temples d'une même cité ou région : ainsi à Uruk le grand temple traditionnel, l'Eanna, est supplanté à la période séleucide par un nouveau temple, le Bīt Resh, dédié à Anu et sa parèdre Antu, qui gère les autres temples de la ville et aussi celui de Larsa. Le mélange des charges administratives et cultuelles et l'imbrication forte entre les familles de notables et les sanctuaires sont toujours de rigueur. Un exorciste peut ainsi avoir une tâche de gestion, et sa famille peut aussi recevoir des rations d'entretien de la part du temple. Le système de prébendes continue à exister pour les besoins du culte. Ces pratiques sont attestées sous la période séleucide et jusqu'au tout début de la période parthe, par des lots provenant de deux villes, Babylone et Uruk, et documentant plusieurs familles de notables[266]. Le cas le mieux connu de ces familles de notables est celui des descendants de Murashu, établis à Nippur, qui sont eux en lien avec l'administration perse achéménide[267]. Ils font fortune non pas par des acquisitions de propriétés foncières mais par la prise en location de domaines militaires qu'ils mettent en valeur grâce à leur important capital d'exploitation (outillage, animaux, travailleurs dépendants), activité complétée par la prise en charge de la perception de taxes, et des prêts.

Échanges, monnaie et variations des prix

L'argent (le métal) reste le moyen de paiement de base, et il est divisé entre argent de bonne et de moyenne qualité, marqué officiellement par un sceau de l'État. Il est toujours pesé durant cette période, jamais compté, et quand les premières pièces de monnaie séleucides sont introduites en Babylonie on leur donne uniquement une valeur pondérale[268]. L'économie babylonienne du Ier millénaire est souvent présentée comme revêtant de plus en plus d'aspects jugés comme « modernes », avec le fait que de plus en plus d'échanges locaux s'effectuent avec la médiation de la monnaie-argent, donc suivant des mécanismes de marché[269], ce qui impliquerait un recul des procédés de redistribution en nature (comme les salaires versés en rations d'entretien), même s'ils ont pu rester la forme de rétribution largement majoritaire[270]. Cette évolution pourrait être le résultat de la place croissante du secteur « privé », et de l'emploi d'une main-d'œuvre salariée employée épisodiquement et payée en monnaie par les institutions.

Les prix et leurs fluctuations sont bien documentées pour la seconde moitié du Ier millénaire, grâce à des actes de la pratique (contrats), et surtout des rapports astronomiques mentionnant aux côtés des mouvements d'astres l'évolution mensuelle des prix de produits de consommation courante[271] : grains d'orge, de sésame, de moutarde (ou de cuscute ?) et de cresson (ou de cardamone ?), dattes, et laine. Ils s'étalent sur quatre siècles des périodes achéménide, séleucide et parthe (460-61). Ces documents précisent quelle quantité de ces produits on pouvait se procurer pour 1 sicle d'argent. Ils posent divers problèmes d'analyse et leur interprétation est sujet à des débats encore ouverts. Au premier chef, le fait que les prix indiqués soient les prix effectivement pratiqués sur les marchés de Babylonie a été contesté[272].

La nature des variations de prix et leur interprétations font l'objet de la plupart de ces débats, car ils posent des questions intéressantes sur la nature de l'économie de la Babylonie antique. Des variations de prix saisonnières sont incontestables, sur le court terme, ainsi que des crises dues à des sécheresses, crues, parfois des épidémies ou des conflits, mécanismes courants dans les sociétés pré-industrielles. Si le jeu de l'offre et de la demande semble indéniable au moins à un niveau spatialement et temporellement limité, reste à déterminer jusqu'où il peut jouer, et si l'économie d'alors suit des mécanismes de marché (vision « moderniste »), ou bien si on est au contraire en présence d'une économie de subsistance où les prix varient peu[273]. Des variations sur le long terme sont également visibles, mais leurs tendances et surtout leurs explications sont mal établies. En gros, les prix des denrées de base semblent élevés à la période achéménide, avant de diminuer à la période séleucide puis d'augmenter à nouveau durant les temps troubles de la période parthe. Ces évolutions sont manifestement déterminées par des tendances démographiques (une augmentation de la population), productives (extension de l'agriculture irriguée) et par les comportements des acteurs (le pouvoir royal, les temples et le secteur privé, mais aussi le « prolétariat »), mais là encore les spécialistes débattent beaucoup sur ces questions[274].

La lente disparition de la culture babylonienne

Seizième tablette de la liste lexicale HA.RA = hubullu sur les pierres et objets en pierre, Uruk, Ier siècle av. J.‑C., Musée du Louvre.

Le culte religieux dans la Babylonie de la seconde moitié du Ier millénaire

La présence d'une administration dans les temples et de personnes y exerçant des charges, dont des prébendiers, produisant des textes rédigés en cunéiforme, nous indique que les temples babyloniens continuent à fonctionner suivant les principes posés durant les siècles « classiques » de la civilisation mésopotamienne. Cela concerne au moins les deux grands temples qui nous ont livré des tablettes rituelles pour la période hellénistique : l'Esagil de Babylone et le Bīt Resh d'Uruk[275]. À côté de l'entretien quotidien du dieu qui se déroule toujours dans ces sanctuaires, on trouve des mentions de plusieurs grandes fêtes qui rythment l'année liturgique dans ces endroits : la fête-akītu est toujours un événement majeur, aux côtés de rituels non périodiques comme une fête se déroulant lors d'une éclipse de lune. Tout cela suppose la rédaction et la transmission de ces rituels selon les traditions anciennes qui sont conservées dans ces lieux. Des changements dans le panthéon peuvent se produire comme la perte de prééminence d'Ishtar au profit d'Anu à Uruk, peut-être suite au retrait de l'emprise et de l'influence babylonienne sur cette ville[276]. À l'époque séleucide y est construit le Bīt Resh dédié au nouveau grand dieu du panthéon local, le dernier grand complexe sacré bâti en Basse Mésopotamie suivant la tradition babylonienne[277].

Les moyens de la transmission de la culture babylonienne

Les dernières tablettes cunéiformes de la période hellénistique et parthe nous montrent que certains groupes de villes de la Babylonie préservaient les traditions anciennes de la culture et de la religion mésopotamienne[278]. On trouve ainsi des corpus de textes qui sont parfois de véritables bibliothèques, se trouvant dans le temple ou chez les lettrés acteurs du culte qui sont les mêmes que précédemment, donc des astrologues/astronomes, des exorcistes, lamentateurs, etc. se transmettant leur charge au sein d'une même famille. L'éducation se poursuit suivant les principes posés à la période paléo-babylonienne, et les types de textes sont également similaires : grandes séries de listes lexicales, textes divinatoires, exorcismes, et des commentaires. Les dynasties de lettrés les mieux connues sont celles d'Uruk, les groupes de notables gravitant autour du temple évoqués plus haut[279]. Parmi elles, se trouve une famille de lamentateurs qui dit descendre de Sîn-leqe-uninni, lettré de la période kassite à qui est attribuée la rédaction de la version canonique de l'Épopée de Gilgamesh[280]. Une tentative de transmettre la tradition babylonienne aux Grecs est tentée par Bérose, prêtre de Babylone, qui rédige vers 281 les Babyloniaka, présentant des mythes et l'histoire ancienne de la Mésopotamie, qui ne nous sont parvenues que de façon indirecte, et sans doute peu diffusées dans l'Antiquité car suscitant peu d'intérêt chez les destinataires souhaités. À l'époque parthe, des lettrés babyloniens adaptent les listes lexicales à l'hellénisation, en élaborant des textes dits « gréco-babyloniens », qui portent un texte lexical ou savant en cunéiforme, et sa transcription (et non sa traduction) en caractères alphabétiques grecs pour faciliter sa compréhension dans un monde où les utilisateurs du cunéiforme se raréfient face au triomphe des alphabets araméen et grec[281].

Les sciences babyloniennes au Ier millénaire

Les sources cunéiformes des périodes du royaume babylonien et surtout de celles suivant sa chute, couplées à celles provenant de l'Assyrie du VIIe siècle qui a beaucoup puisé ses savoirs dans les centres intellectuels méridionaux, apportent des informations variées sur l'état des connaissances scientifiques des derniers lettrés héritiers de la tradition mésopotamienne, donc l'état final des sciences babyloniennes[246]. Les textes magico-médicaux peuvent être divisés entre les textes de diagnostics, et ceux comportant les procédures thérapeutiques, comprenant remèdes pharmaceutiques, rituels et incantations. Dans le domaine des connaissances mathématiques, il semble y avoir eu peu d'évolutions depuis la période paléo-babylonienne, si ce n'est l'utilisation du zéro positionnel (le zéro en tant que chiffre). Cependant, les applications de ces connaissances ont pu évoluer, notamment avec leur utilisation en astronomie/astrologie[282].

Le principal domaine dans lequel les savants babyloniens sont renommés chez leurs voisins est en effet celui de l'astronomie/astrologie, plus développé dans cette région qu'ailleurs dans le monde ancien, et qui est le seul domaine dans lequel le savoir babylonien est vraiment novateur à cette période[283]. Des observations régulières et très précises des mouvements des astres sur une très longue durée (au moins de 661 à 61) étaient compilées sur des séries tablettes de rapports astronomiques[271]. Ces données, combinées avec les savoirs mathématiques hérités des périodes précédentes, permettaient à certains savants de prédire de façon assez précise les éclipses lunaires puis solaires, ou de calculer très précisément la durée des années lunaires et solaires ainsi que les correspondances entre les deux. C'est également durant cette période qu'est finalisée la mise au point du zodiaque babylonien, d'où découle celui qui est encore en usage actuellement[284]. L'astrologie/astronomie est en fin de compte l'aspect de la culture et de la science babylonienne qui s'est le plus diffusé hors de Mésopotamie, souvent réduit à son aspect divinatoire, certains spécialistes « chaldéens » étant renommés chez les Grecs ou les Romains, comme Kidinnu/Kidenas[285].

Une architecture et un art sous influences

Statuette en albâtre d'une déesse nue provenant d'un tombeau de Babylone, Ier siècle av. J.‑C.-Ier siècle après J.-C., musée du Louvre.

La dernière période de la culture babylonienne est marquée dans le domaine architectural et artistique par des éléments de continuité mais aussi de profonds changements notamment dus à l'influence de la civilisation hellénistique qui domine durant la période séleucide et parthe[286], après une période achéménide plutôt conservatrice dans ce domaine[287]. Dans le domaine architectural, si les résidences suivent le modèles des siècles précédents, l'architecture monumentale connaît quelques changements d'inspiration grecque, avec par exemple la construction d'un théâtre à Babylone, d'une cour à péristyle dans le palais d'été de cette même ville. Mais la tradition babylonienne reste présente, comme l'atteste le nouveau complexe cultuel d'Uruk, comportant deux grands sanctuaires organisés autour de différentes cours suivant les habitudes mésopotamiennes, dont un est accompagné de la dernière ziggurat à avoir été bâtie, auxquels il faut ajouter le dernier temple dédié à la fête-akītu connu situé hors des murs de la ville[288]. Le seul lieu où l'impact de la tradition architecturale grecque est fort est Séleucie du Tigre (Tell 'Umar), nouvelle capitale et colonie fondée par Séleucos Ier Nicator, vaste ville de plan hippodamien[289]. À l'époque parthe, le dernier temple construit à Uruk, qui suivant une inscription retrouvée sur place était dédié à une divinité nommée Gareus sur laquelle on ne sait rien de plus, présente certains traits inspirés de l'architecture gréco-romaine (notamment les demi-colonnes extérieures). L'influence architecturale iranienne se retrouve quant à elle dans la construction d'iwans à Nippur[290]. Ctésiphon, située en face de Séleucie du Tigre, devient une capitale parthe à partir de la fin du IIe siècle.

Dans les arts plastiques, l'influence hellénistique est très forte dans la sculpture en terre cuite de Babylone, où apparaissent de représentations de divinités grecques[286]. Des motifs babyloniens et perses sont aussi attestés, même si une influence du style grec y est perceptible. Les statuettes en albâtre de cette période sont représentative de ce phénomène, notamment celles représentant des déesses nues debout ou allongées. Elles montrent une adaptation de traditions mésopotamiennes anciennes, notamment les matériaux utilisés (albâtre, mais aussi or, pierres précieuses comme le rubis) au nouveau contexte culturel illustré par le fait que le modelé soit de style grec[291]. Dans le domaine de la glyptique, le sceau-cylindre est définitivement abandonné dans la seconde moitié du Ier millénaire, et supplanté par le sceau-cachet dont le répertoire est là aussi marqué par des thèmes grecs. Les trouvailles de cette période provenant essentiellement de sites marqués par l'influence grecque (surtout Babylone), il est impossible de savoir dans quelle mesure cela reflète la réalité des changements culturels affectant toute la Babylonie.

La fin de la culture mésopotamienne

Le document cunéiforme le plus récent qui soit connu est une tablette astrologique datée de 75 ap. J.-C., donc de la période parthe, retrouvée dans l'Esagil de Babylone[292]. Même s'il ne s'agit vraisemblablement pas du dernier document à avoir été écrit en cunéiforme, tout laisse à penser que cette écriture et la culture plusieurs fois millénaire qu'elle servait à noter ont disparu dans le milieu des temples, qui est le dernier dans lequel la culture mésopotamienne survivait. Le grand sanctuaire de Marduk à dû arrêter de fonctionner vers la fin de la période parthe, même si on trouve encore des traces de prêtres et de culte rendu aux anciennes divinités babyloniennes aux débuts de la période sassanide, au IIIe voire au IVe siècle de notre ère. Il est plausible que le « dernier coin » ait été écrit sur une tablette au plus tard au IIIe siècle[293]. À cette période, l'ancienne culture mésopotamienne ne devait plus avoir d'ancrage social, alors que l'akkadien avait cessé d'être une langue vernaculaire depuis longtemps (sans doute à la période achéménide)[294]. Le nouvel empire avait pour religion officielle le zoroastrisme, profondément différent de l'ancienne religion babylonienne tout comme le christianisme qui se développait en différents courants dans la région, alors que l'écriture alphabétique araméenne ou grecque avait depuis bien longtemps pris le pas sur le cunéiforme[295].

Notes et références

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  39. Charpin 2003, p. 261-266
  40. Joannès 2006, p. 165-166
  41. Charpin 2003, p. 259-261. Joannès 2006, p. 160-161
  42. Charpin 2003, p. 266-269
  43. Joannès 2006, p. 193-194. Synthèse plus détaillée sur les conditions écologiques de cette région dans P. Sanlaville, Le Moyen-Orient arabe, Le milieu et l'homme, Paris, 2000, p. 101-103, et 183-187 pour une perspective historique.
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  50. Joannès 2006, p. 195-196
  51. (en) D. T. Potts, op. cit., p. 62-70 pour une liste des différents légumes, fruits et herbes cultivés dans la Basse Mésopotamie antique.
  52. Ibid., p. 86-89
  53. Résumé des débats sur cette question dans J.-L. Huot, Les Sumériens, entre le Tigre et l'Euphrate, Paris, 1996, p. 91-98. Voir aussi Joannès 2006, p. 194 et 196-198
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  58. (en) E. C. Stone, op. cit., p. 238-240
  59. Charpin 2003, p. 244-245
  60. (en) E. C. Stone, op. cit., p. 240-242
  61. Charpin 2003, p. 242-243. (en) H. Crawford dans Leick (dir.) 2007, p. 91-92
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  70. J. Margueron, « Sanctuaires sémitiques », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible fasc. 64 B-65, 1991, col. 1126-1127, et 1165-1173 pour la description des temples de Basse Mésopotamie de la période paléo-babylonienne qui ont été mis au jour.
  71. Joannès 2006, p. 43-44 et 165-166
  72. J. García Recio, op. cit., p. 56
  73. Joannès 2006, p. 166-168
  74. Joannès 2006, p. 169-172. J. García Recio, op. cit., p. 56-57
  75. Charpin 2003, p. 117-125
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  79. Charpin 2008, p. 70-88
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  81. Joannès 2006, p. 173-174
  82. (en) J. E. Taylor, « Babylonian lists of words and signs », dans Leick (dir.) 2007, p. 433-437
  83. Cf. à ce sujet l'article fondateur de J. Bottéro, « Symptômes, signes, écritures en Mésopotamie ancienne », dans J.-P. Vernant (dir.), Divination et rationalité, Paris, 1974, p. 70-197, puis Id., Mésopotamie, l'écriture, la raison et les dieux, Paris, 1987, notamment p. 133-223. Voir aussi J. Ritter, « Babylone - 1800 », dans M. Serres (dir.), Éléments d'histoire des sciences, Paris, 1989, p. 16-37
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  87. Parmi l'abondante bibliographie sur cette tablette, voir dernièrement (en) E. Robson, « Words and pictures: new light on Plimpton 322 », dans American Mathematical Monthly 109/2, 2002, p. 105–120
  88. E. Klengel-Brandt, « La culture matérielle à l'époque paléo-babylonienne », dans Babylone 2008, p. 58-59 et Babylone 2008, p. 84-95
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  95. a et b Sur cette période, voir en dernier lieu J. Freu et M. Mazoyer, Des origines à la fin de l'ancien royaume hittite, Les Hittites et leur histoire 1, Paris, 2007, p. 111-117.
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  111. (en) K. Slanski dans Westbrook (dir.) 2003
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  119. Mise au point de cette question dans (de) W. Sommerfeld, « Der babylonische "Feudalismus" », dans M. Dietricht et O. Loretz (éds.), Vom Alten Orient Zum Alten Testament : Festschrift für Wolfram Freiherrn von Soden, Neukirchen-Vluyn, 1995, p. 467-490. Voir aussi S. Lafont, « Fief et féodalité dans le Proche-Orient ancien », dans J.-P. Poly et E. Bournazel (dir.), Les féodalités, Paris, 1998, p. 575-577
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  195. (en) J. Oelsner, B. Wells et C. Wunsch, dans Westbrook (dir.) 2003, p. 961-967 pour une description des délits et crimes connus et des sentences.
  196. Joannès 2000, p. 91-92
  197. C'est l'avis de M. Liverani, cf. par exemple La Bible et l'invention de l'histoire, Paris, 2008, p. 317-320.
  198. F. Joannès, « Guerre et économie dans l'empire néo-babylonien », dans J. Andreau, R. Descat et P. Briant (dir.), Économie antique, La guerre dans l'économie antique, Saint-Bertrand de Comminges, 2000, p. 63-80
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  200. Divers articles sur Babylone à la période de son apogée dans Babylone 2008. Voir aussi (en) D. J. Wiseman, Nebuchadrezzar and Babylon, Londres, 1985 et une synthèse plus concise dans B. André-Salvini, Babylone, Paris, 2009 (collection Que-sais-je ?).
  201. E. Klengel-Brandt, « La culture matérielle à l'époque paléo-babylonienne », dans Babylone 2008, p. 58 et Ead., « La culture matérielle à l'époque kassite », dans Babylone 2008, p. 110
  202. (en) H. D. Baker, « Urban form in the First Millennium B. C. », dans Leick (dir.) 2007, p. 75-76
  203. Synthèse sur l'urbanisme de cette période en Babylonie dans (en) H. D. Baker dans Leick (dir.) 2007, p. 66-77
  204. (en) S. Dalley, « Nineveh, Babylon and the Handing Gardens », dans Iraq 56, 1994, p. 45-58
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  206. J. Marzahn, « Le sanctuaire et le culte du dieu Marduk », dans Babylone 2008, p. 168-171
  207. Image et description sur le site du Musée du Louvre. (en) A. R. George, Babylonian Topographical Texts, Louvain, 1992, p. 109-119
  208. a et b J. Margueron, « Sanctuaires sémitiques », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible fasc. 64 B-65, 1991, col. 1205-1213 offre un aperçu de nos connaissances architecturales sur les grands temples de la période.
  209. (en) R. McCormick Adams et H. J. Nissen, op. cit., p. 55-57. (en) R. McCormick Adams, Heartland of Cities, Chicago, 1981, fig. 33-35. (en) T. J. Wilkinson, op. cit., p. 246 et fig. 4
  210. Joannès 2000, p. 147
  211. (en) R. Zadok, The Jews in Babylonia during the Chaldean and Achaemenian Periods according to the Babylonian Sources, Haifa, 1979. (de) G. Wallis, « Jüdische Bürger in Bäbylonien während der Achämeniden-Zeit », dans Persica 9, 1980, p. 129-188. (en) L. E. Pearce, « New Evidence for Judeans in Babylonia », dans O. Lipschits et M. Oeming (dir.), Judah and the Judeans in the Persian Period, Winona Lake, 2006, p. 399-411
  212. F. Joannès, « Les droits sur l'eau en Babylonie récente », dans Annales, Histoire, Sciences Sociales 57/3, 2002, p. 578-584
  213. Ibid., p. 587-592
  214. Joannès 2000, p. 107-109. (en) M. Jursa, « The Babylonian Economy in the First Millennium B.C. », dans Leick (dir.) 2007, p. 225-227
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  217. (de) M. Jursa, Die Landwirtschaft in Sippar in Neubabylonischer Zeit, Vienne, 1995. (en) A. Bongenaar, The Neo-Babylonian Ebabbar Temple at Sippar: its Administration and Prosopography, Istanbul, 1997
  218. Joannès 2000, p. 109
  219. (en) A. Bongenaar, op. cit. est l'étude la plus complète sur l'administration d'un temple néo-babylonien. Synthèses dans Joannès 2000, p. 112-114 et (en) M. Jursa dans Leick (dir.) 2007, p. 228-229
  220. (de) M. Jursa, Die Landwirtschaft in Sippar in Neubabylonischer Zeit, Vienne, 1995, est une étude fondamentale de l'organisation de l'exploitation d'un domaine de temple néo-babylonien. Joannès 2000, p. 114-115 et (en) M. Jursa dans Leick (dir.) 2007, p. 225-226 pour une approche synthétique.
  221. Joannès 2000, p. 110-111. (en) M. Jursa dans Leick (dir.) 2007, p. 227-228
  222. On reprend ici la distinction proposée par (en) M. Jursa dans Leick (dir.) 2007, p. 229-230
  223. Joannès 2000, p. 104-108 propose une synthèse sur ce groupe, désigné sous l'appellation de « notabilité urbaine ». Pour (en) M. Jursa, op. cit., c'est une sorte de « bourgeoisie », mais il précise qu'il faut prendre garde à l'emploi de ce terme hors de son véritable contexte historique.
  224. (de) C. Wunsch, Das Egibi Archiv I. Die Felder une Gärten, Groningen, 2000. (en) Ead., « The Egibi Family », dans Leick (dir.) 2007, p. 236-247
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  226. F. Joannès, « La dépendance rurale en Babylonie, VIIe-IVe siècle av. J.‑C. », dans B. Menu (dir.), La dépendance rurale dans l'Antiquité égyptienne et proche-orientale, Le Caire, 2004, p. 239-251
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  255. Joannès 2000, p. 144-146
  256. a et b Joannès 2000, p. 167-168
  257. (en) T. J. Wilkinson, op. cit., p. 246 et fig. 4
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  259. Joannès 2000, p. 146-147
  260. a et b Joannès 2000, p. 153
  261. Étudié dans (en) M. Stolper, Entrepreneurs and Empire: the Murašû Archive, the Murašû Firm, and Persian rule in Babylonia, Istanbul, 1985. Résumé par Joannès 2000, p. 149-151. Description plus précise du système sur la page consacrée à Nippur.
  262. (en) C. Waerzeggers, « The Babylonian Revolts against Xerxes and the ‘End of Archives’ », dans Archiv fur Orientforschung 50, 2003/2004, p. 150-173
  263. Joannès 2000, p. 144
  264. a et b Joannès 2000, p. 169-170
  265. (en) R. J. Van der Spek, « The Size and Significance of the Babylonian Temples under the Successors », dans P. Briant et F. Joannès (dir.), La Transition entre l'empire achéménide et les royaumes hellénistiques, Persika 9, Paris, 2005, p. 261-307
  266. Joannès 2000, p. 171-174. Le dernier lot de ce type connu : (en) R. J. Van der Spek, « Cuneiform Documents on Parthian History: The Raimesu Archive. Materials for the study of the standard of living », dans J. Wiesehöfer (dir.), Das Partherreich und seine Zeugnisse. The Arsacid empire: Sources and documentation, Stuttgart, 1998, p. 205-258
  267. (en) M. Stolper, op. cit. Description détaille dans Nippur. Sur les notables urbains à cette période, voir aussi (en) F. Joannès, « Private Commerce and Banking in Achaemenid Babylon », dans J. M. Sasson (dir.), Civilizations of the Ancient Near East, New York, 1995, p. 1475-1485.
  268. F. Joannès, « Métaux précieux et moyens de paiement en Babylonie achéménide et hellénistique », dans Transeuphratène 8, 1994, p. 137-144
  269. P. Vargyas, « La monétisation de l'économie rurale en Babylonie et en Égypte pendant le Ier millénaire av. J.-C. », dans B. Menu (dir.), La dépendance rurale dans l'Antiquité égyptienne et proche-orientale, Le Caire, 2004, p. 109-120. (en) M. Jursa, « Exchange and Redistribution : The Transformation of the Institutional Economy in first Millennium Babylonia », dans Ph. Clancier, F. Joannès, P. Rouillard et A. Tenu (dir.), Autour de Polanyi : vocabulaires, théorie et modalités des échanges, Paris, 2004, p. 171-186.
  270. C'est l'avis de F. Joannès, « Prix et salaires en Babylonie du VIIe au IIIe siècle avant notre ère », dans J. Andreau et al. (dir)., Économie antique, Prix et formation des prix dans les économies antiques, Entretiens d'archéologie et d'histoire, Saint-Bertrand-de-Comminges, 1997, p. 327
  271. a et b Édités dans (en) A. Sachs et H. Hunger, Astronomical Diaries and Related Texts from Babylonia, 3 vol., Vienne, 1988-1996
  272. (en) C. Zaccagnini, « Price and Price Formation in the Ancient Near East. A Methodological Approach », dans J. Andreau et al. (dir.), op. cit., p. 375-376
  273. P. Vargyas, « Les prix des denrées alimentaires de première nécessité en Babylonie à l'époque achéménide et hellénistique », dans J. Andreau et al. (dir.), op. cit., p. 345. Conclusions plus modérées dans F. Joannès, « Prix et salaires en Babylonie du VIIe au IIIe siècle avant notre ère », dans J. Andreau et al. (dir.), op. cit., p. 325-328.
  274. Il serait trop fastidieux de développer ces interprétations ici, d'autant plus qu'il y en a à peu près autant qu'il y a d'interprètes. Voir les différents articles concernant cette période dans J. Andreau et al. (dir)., Économie antique, Prix et formation des prix dans les économies antiques, Entretiens d'archéologie et d'histoire, Saint-Bertrand-de-Comminges, 1997. Pour les études publiées par la suite, voir notamment : (en) A. L. Slotsky, The Bourse of Babylon. Market Quotations in the Astronomical Diaries of Babylonia, Bethesda, 1997 ; (en) J. D. Graiger, « Prices in Hellenistic Babylonia », dans Journal of Economic and Social History of the Orient 42, 1999, p. 303-325 ; (en) R. J. Van der Speck et C. A. Mandemakers, « Sense and nonsense in the statistical approach of Babylonian prices », dans Bibliotheca Orientalis 60, 2003, p. 521-537 ; (en) P . Vargyas, A History of Babylonian Prices in the First Millennium BC. 1. Prices of the Basic Commodities, Heidelberg, 2001.
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Voir aussi

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Bibliographie

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