Babylone (Irak)

Babylone

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32° 32′ 08″ N 44° 25′ 39″ E / 32.535544, 44.427531

Ruines de Babylone photographiées en 1975
Babylone et les principales cités de la Mésopotamie du IIe millénaire.

Babylone est le nom d'une ville antique de Mésopotamie située sur l'Euphrate dans ce qui est aujourd'hui l'Irak, à environ 100 km au sud de l'actuelle Bagdad, près de la ville moderne de Hilla. Le nom de « Babylone » est parfois utilisé pour désigner la totalité de l'empire babylonien.

Sommaire

Étymologie

Le nom de la ville de Babylone provient (sans doute) du nom pré-sumérien Babulu, que les Akkadiens ont expliqué étymologiquement par bab-ili(m), « la Porte du Dieu », également en arabe باب, la porte et إله, Dieu soit la Porte de Dieu; devenu plus tard bab-ilāni, « la Porte des Dieux ». Ce nom a été traduit en sumérien selon le même sens en KA.DINGIR.RA. Les Grecs ont traduit ce nom en Babylon, qui a été repris par la suite par les Européens.

Les phases de l'histoire de Babylone et de son développement urbain

Babylone est mentionnée pour la première fois au XXIVe siècle av. J.-C., sous le nom de Babil, dans un texte cunéiforme, à l'époque du règne de Shar-kali-sharri, roi de l'empire d'Akkad dont elle fait partie. Mais les plus anciennes traces de peuplement sur le site remontent au néolithique, et des niveaux des époques d’Obeid et d’Uruk ont été identifiés.

La cité est un centre administratif secondaire de l'Empire d'Ur III. La cité n'a pas le prestige de ses voisines du Sud, comme Nippur. Elle ne devient un centre politique important qu'avec l'installation d'une dynastie amorrite au début du IIe millénaire av. J.-C.

Babylone sous la dynastie amorrite

Le roi Hammurabi de Babylone face au dieu Shamash, détail de la stèle du Code d'Hammourabi, XVIIIe siècle

La dynastie amorrite de Babylone est fondée vers 1894 av. J.-C. par Sumu-abum (18941881 av. J.-C.)[1]. Son successeur Sumu-la-El (18801845 av. J.-C.) est le véritable fondateur du royaume babylonien, qui prend sous son règne une certaine importance. Ses successeurs agrandissent le royaume, et sous Sîn-Muballit (18121793 av. J.-C.) Babylone devient une puissance capable de rivaliser avec les grands royaumes amorrites voisins que sont Larsa, Eshnounna, Isin et Uruk. Son fils Hammurabi (17931750 av. J.-C.) sait jouer intelligemment son rôle dans le concert international de son temps et cette première dynastie babylonienne ne devient puissante que sous son règne. Après une première partie de règne peu fructueuse, il parvient à subjuguer les royaumes qui l'entourent : Larsa, Eshnunna, puis Mari. Il se désengage aussi de la tutelle de l'Élam. Babylone devient alors la plus grande puissance politique de Mésopotamie.

Le site de la ville est un peu excentré par rapport aux autres capitales anciennes et futures de la Mésopotamie Agadé (Akkad), Eshnunna, Séleucie, Ctésiphon et Bagdad. Cependant il est proche de l'endroit ou le Tigre et l'Euphrate sont peu éloignés l'un de l'autre. Cela apporte la présence d'un fort réseau de voies d'irrigation et partant de là une forte productivité des terres agricoles. Enfin, après l'époque de Hammurabi le sud de la Mésopotamie voit une forte dégradation de sa situation démographique et économique, pour des raisons qu'il est encore difficile à élucider. C'est alors que de grandes métropoles telles Ur, Nippur, Uruk ou Larsa sont abandonnées pour de longues périodes au profit d'autres villes notamment Babylone au cœur d'une zone agricole prospère. Babylone récupère ainsi les forces vives de ces villes et intègre leurs traditions culturelles et religieuses.

Le paysage urbain de la Babylone du IIe millénaire av. J.-C. n’est connu que par des textes, les niveaux anciens étant encore recouverts par ceux de la Babylone du Ier millénaire av. J.-C., et souvent noyés par la nappe phréatique. Dès sa fondation la ville s'étend sur les deux rives de l'Arahtu un bras alors secondaire de l'Euphrate avant d'en devenir le lit principal au Ier millénaire av. J.-C. Sur la rive droite se trouvait un parc, appelé « le jardin de l'abondance ». La partie orientale de la ville, sur la rive gauche, était nettement plus étendue. Au nord de cette partie de la ville se trouvaient les quartiers royaux avec au centre le palais royal, édifié par Sumu-la-El. Sous le règne de Hammurabi la population du palais s'est fortement accrue car les rois amorrites avaient pour tradition en cas de victoire d'emmener la population féminine du harem du souverain vaincu. Cela dit, cette population proche du souverain reste peu connue. Par les archives de Mari, nous savons que le palais de Babylone à l'époque amorrite est conçu avec une seule grande porte permettant de filtrer les entrées et comporte plusieurs bâtiments répartis autour d'une large cour arborée. On sait également que Samsu-iluna, successeur de Hammurabi, a construit un nouveau palais.

Au centre de la partie orientale de Babylone se trouve le temple de Marduk, l’Esagil, qui est déjà bordé par sa ziggurat, Etemenanki. L’autre grand temple de la Babylone amorrite était consacré à la déesse Ishtar. Au sud se trouvaient les quartiers commerciaux qui servent de quartiers résidentiels aux notables et aux commerçants, les seuls niveaux paléo-babyloniens de la ville à avoir été fouillés, et où ont été retrouvées des archives privées, datant des règnes de Samsu-iluna et de ses successeurs[2].

Le règne de Samsu-iluna (17491712 av. J.-C.), est marqué par de nombreuses révoltes qui affaiblissent son royaume. Les rois suivants voient leur territoire se désagréger sous l'effet de révoltes, d'attaques de peuples ennemis, en premier lieu les Kassites mais aussi les Hourrites, le tout dans un climat de crise agraire. Samsu-ditana (16251595 av. J.-C.), dont le royaume ne comporte plus que les environs immédiats de Babylone, rentre finalement dans un conflit contre le roi hittite Mursili Ier, qui réussit en 1595 av. J.-C. un raid sur Babylone. La ville est pillée et la dynastie amorrite disparaît.

La période kassite

Après le déferlement des Hittites sur Babylone, les Kassites, venant du Nord, Nord-Est, s'installent à Babylone et fondent leur dynastie par Agum. La date et les conditions exactes de cette prise du pouvoir nous sont inconnues, les premières décennies de la dynastie kassite nous étant inconnues. Vers 1500 av. J.-C., assure sa domination sur toute la basse Mésopotamie, puis prend le nom de Karduniash (Babylonie).

On ne sait pratiquement rien de la ville de Babylone sous les rois kassites. C’est peut-être à cette période que se fixe le plan définitif de la cité, avec son plan quadrangulaire, divisé en dix quartiers. L’Esagil reçoit de nombreuses terres en donations, comme l’attestent les kudurrus (stèles gravées) retrouvées pour cette période. Babylone perd un temps son rôle de capitale politique au profit d’une nouvelle fondation, Dûr-Kurigalzu (« Fort Kurigalzu », du nom de son fondateur). Mais elle s’affirme comme capitale culturelle et religieuse de la basse Mésopotamie, et acquiert un grand prestige dans tout le Proche-Orient. Le clergé babylonien cherche de plus en plus à faire de Marduk le plus grand des dieux mésopotamiens.

Au XIVe siècle av. J.-C., les rois kassites font face à l’émergence d’un ennemi redoutable, l’Assyrie, qui domine la haute Mésopotamie. Commence alors une lutte pluriséculaire entre le Nord et le Sud du pays des deux-fleuves. Ces conflits aboutissent à la fin du XIIIe siècle av. J.-C. à la prise et au pillage de Babylone par l’Assyrien Tukulti-Ninurta Ier, qui aurait abattu les murailles de la ville, et qui enlève à son tour la statue de Marduk, ainsi que des textes littéraires, et fait rédiger un grand texte célébrant sa victoire (connu de nos jours sous le nom d’Épopée de Tukulti-Ninurta). Mais il ne peut faire durer sa domination sur la région, qui est alors plongée dans une période très troublée, ce dont commence à profiter un autre voisin de Babylone, situé lui à l’est, l’Élam, qui se trouve géographiquement aujourd'hui en Iran.

Après un rétablissement du pouvoir par les Kassites, ce sont finalement les armées élamites qui investissent à leur tour la Babylonie au milieu du XIIe siècle av. J.-C.. Leur roi Shutruk-Nahhunte s’empare de la capitale, la pille, et emporte à son tour la statue de Marduk, ainsi que de nombreux monuments prestigieux des cités de basse Mésopotamie. Son fils Kutir-Nahhunte III est chargé de conserver le pouvoir élamite en Babylonie.

La seconde dynastie d’Isin et la période d’affaiblissement de la Babylonie

Shutruk-Nahhunte et son fils disparaissent peu après leur conquête, et leur successeur Shilhak-Inshushinak ne réussit pas à garder pied en Babylonie. Il est chassé du pays par le roi d'Isin (une dynastie locale) Ninurta-nadin-shumi (1132-1127), qui prend le pouvoir à Babylone vers 1130 av. J.-C.. Son successeur Nabuchodonosor Ier réussit à envahir l'Élam quelques années plus tard et rapporte de Suse la statue de Marduk.

Le dieu Marduk et son dragon-serpent

La période de la dynastie d’Isin est cruciale pour l’histoire de Babylone, puisqu’elle voit l’aboutissement du processus qui donne la primauté à Marduk sur les autres dieux mésopotamiens, avec la rédaction de l’Épopée de la Création (Enūma eliš), qui narre comment il est devenu roi des dieux. Ce récit fait de Babylone une cité construite par les dieux, et située au centre du Monde, au contact du Ciel et de la Terre (matérialisé par sa ziggurat, dont le nom signifie « Maison-lien du Ciel et de la Terre »).

De cette période date également un document exceptionnel, nommé TINTIR (un des noms alternatifs de Babylone)[3], qui est un texte topographique décrivant l’emplacement des grands temples de la cité, mais aussi des lieux de cultes plus modestes (chapelles, autels), ainsi que tous les lieux marqués par la religion : portes et murailles nommés en fonction de dieux, rivières (divinisées), rues parcourues par des processions. Ce texte participe donc à la consécration de Babylone comme ville sainte. À partir de 1050 av. J.-C., la Babylonie est submergée par les incursions des Araméens, auxquels s’ajoutent plus tard les Chaldéens. Les deux constituent des entités politiques rivales du pouvoir babylonien. La fin du règne de Nabû-shum-libur (10321025 av. J.-C.) marque pour Babylone le début d'un certain chaos et de changements dynastiques fréquents, les sources concernant l'Assyrie et la Babylonie se tarissent.

Babylone face à la domination assyrienne

Bas-relief du palais royal de Ninive, représentant des soldats assyriens comptabilisant leur butin au cours d'une campagne en Babylonie.

La fin du Xe siècle av. J.-C. est marquée par le rétablissement de la monarchie assyrienne par Adad-Nirari II. Celui-ci devient menaçant pour Babylone, mais il est repoussé par Nabû-shum-ukin (880 av. J.-C.–860 av. J.-C.), qui réussit à améliorer momentanément la situation de son royaume. Après sa mort, une crise de succession secoue Babylone, dont profitent les rois assyriens. Le reste du IXe siècle av. J.-C. est marqué par des luttes dynastiques à Babylone et en Assyrie, dont profite à son tour l'un ou l'autre des deux royaumes pour établir sa suprématie sur son voisin. Les Assyriens finissent par l'emporter vers 800 av. J.-C., et la Babylonie tombe à nouveau dans le chaos, des rois Chaldéens tentant de s'établir à Babylone. Ces luttes internes finissent par profiter au royaume assyrien, qui est devenu un véritable Empire sous le règne de Teglath-Phalasar III. Après plusieurs années de luttes, celui-ci réussit à prendre Babylone en 728 av. J.-C., et il s'y proclame roi.

La domination assyrienne n’est pour autant pas assurée, et le nouveau souverain Sargon II (qui a restauré des temples et les remparts de Babylone) doit faire face à un adversaire coriace en Babylonie, Mérodach-baladan, qui réussit à régner sur la cité à deux reprises. Sennachérib, le successeur de Sargon II, faisant face à de nouvelles révoltes en Babylonie, place un de ses fils sur le trône de la cité. Ce dernier tient peu de temps, une nouvelle révolte babylonienne survenant. Les comploteurs le capturent, et le livrent à leurs alliés élamites qui l’exécutent. La réplique de Sennachérib est terrible, et le récit qu’il en laisse est plein de haine contre Babylone, qu’il souhaite anéantir, se vantant de l’avoir rasée, et apparemment la statue de Marduk n’est pas enlevée, mais détruite. Son fils Assarhaddon choisit la voie de l’apaisement, et entreprit de restaurer la cité, entreprise longue et coûteuse (en partie payée avec le butin d’une campagne en Égypte), qui ne pris fin que sous le règne suivant, celui d’Assurbanipal.

Assurbanipal représenté en bâtisseur, sur une stèle commémorant la restauration de l'Esagil.

La succession d’Assarhaddon, en 652 av. J.-C., avait en fait donné lieu à une organisation politique spéciale : Assurbanipal régnait depuis l’Assyrie, alors que son frère Shamash-shum-ukin était placé sur le trône de Babylone, en position de vassal. Ce dernier se révolte finalement en 652 av. J.-C., mais finit par être vaincu après une guerre âpre de quatre ans. Il meurt lors du siège de Babylone, brûlé (peut-être volontairement), histoire qui donna naissance au mythe grec de Sardanapale. Assurbanipal se révèle moins brutal que son grand-père, et restaure Babylone, rapportant ou refaisant une statue de Marduk, acte de réconciliation très symbolique.

Même sous la domination étrangère les élites lettrées et marchandes de Babylone se battent avec énergie pour le maintien du statut de grande ville religieuse, dont les habitants sont exemptés de toute charge fiscale. Un texte pro-babylonien de cette époque, le Miroir du Prince, estime que la fiscalité royale ne peut concerner Babylone, ainsi que Nippur et Sippar.

La dynastie chaldéenne et l'apogée de Babylone

Cette succession de révoltes en Babylonie a sans doute affaibli l'Assyrie, tandis qu'à Babylone l'esprit de résistance était de plus en plus fort, et les résistants de plus en plus actifs et unis. À la mort d'Assurbanipal en 627 av. J.-C., ses successeurs rentrent dans une querelle de succession qui est fatale à leur royaume. Nabopolassar, sans doute le gouverneur de la région du Pays de la Mer, et probablement d'origine chaldéenne, profite des troubles en Assyrie pour prendre le pouvoir à Babylone en 625 av. J.-C. Il prétend soutenir l'un des prétendants assyriens, Sin-shar-ishkun qui lui confère l'autorité sur Babylone en échange de son appui militaire. Après quelques années de conflit, il réussit finalement à abattre l'Empire assyrien, avec l'aide du roi des Mèdes, Cyaxare, entre 614 av. J.-C. et 610 av. J.-C. Son fils Nabuchodonosor II (605 av. J.-C.562 av. J.-C.) lui succède. Avec lui, Babylone connaît son apogée. Il fonde l'empire dit Néobabylonien qui couvre une grande partie du Proche-Orient des frontières de l'Égypte jusqu'au Taurus anatolien et aux abords de la Perse.

Les règnes de Nabopolossar et Nabuchodonosor II correspondent à une période de profondes transformations de la ville, initiées par le premier et achevées par le second, connues par de nombreuses inscriptions de fondation[4]. Ce sont ces travaux qui vont contribuer à l'image, légendaire, reproduite par Hérodote d'une ville ceinte par des murailles de 25 mètres de hauteur. En réalité Nabuchodonosor fait restaurer totalement les deux enceintes traditionnelles de Nimit-Enlil et Imgur-Enlil sur une longueur d'environ 8 kilomètres, lesquelles enserrent la surface bâtie de la cité. Puis il fait construire une seconde muraille externe d'environ 11 kilomètres qui part de la colline de Babil 300 mètres au nord de la ville et rejoint l'Euphrate au sud. Elle entoure une zone agricole qui pouvait contribuer au ravitaillement de Babylone en cas de siège. Les monuments principaux de la cité sont restaurés : palais royal, temples, ziggurat, artères principales, dont la « Voie processionnelle » partant de la Porte d’Ishtar.

Quelques corpus d’archives sont datés de cette période. Du palais royal proviennent des listes de rations, qui ont la particularité de mentionner le roi de Juda Joaquin et ses fils, déportés par Nabuchodonosor et hébergés au palais. Les temples ont également livré des tablettes scolaires temple de Ninmah et de Nabû). Des lots d’archives privées, retrouvés dans les quartiers résidentiels au sud de la ville, près du temple de Ninurta, nous informent quant à eux sur les activités de famille de notables, les descendants de Nur-Sîn, Nappāhu[5], et surtout les Egibi[6], qui se constituent une propriété foncière importante dans la ville et dans la campagne environnante.

Les successeurs de Nabuchodonosor II réussissent à tenir tant bien que mal leur royaume, mais ils n'ont pas la trempe des fondateurs de la dynastie. Le dernier roi de Babylone, Nabonide (556 av. J.-C.539 av. J.-C.), est un personnage énigmatique qui réussit à se mettre à dos une grande partie des nobles de son royaume.

Babylone sous domination étrangère

Quand le roi des Perses Cyrus II attaque Babylone en 539 av. J.-C. par une attaque surprise contre la porte d'Enlil au nord ouest de la ville, la lutte tourne court et la cité et l'Empire tout entier tombent entre ses mains. Dès lors, Babylone perd son indépendance. Le nouveau maître de la cité proclame néanmoins son souhait de préserver la cité, et s’attache les faveurs du clergé local en proclamant un décret très favorable envers eux, qui a été retrouvé inscrit sur un cylindre d’argile trouvé à Babylone.

La chute du royaume babylonien et la fin de l'indépendance politique ne signifient pas le déclin de la métropole mésopotamienne. Certes à deux reprise la ville se révolte contre Darius Ier (en 520 av. J.-C.519 av. J.-C. puis en 514 av. J.-C.) et celui-ci finit par démanteler une partie des fortifications. Mais sous la domination des Achéménides Babylone reste la ville la plus développée économiquement de la région et la plus peuplée, même si on lui enlève les parties orientales (la Transeuphratène) de la province qu’elle dirigeait au départ, issues de son ancien empire. De plus elle a rang de ville impériale et offre aux souverains perses une résidence hivernale. Il est possible que cette époque ait vu un changement du cours de l'Euphrate, qui aurait alors coupé le palais royal du reste de la partie orientale de la cité en allant couler le long de son angle sud, le séparant du quartier sacré. Des textes de la fin du Ve siècle documentent les activités économiques d'un gouverneur de Babylone, Bēl-shunu[7].

En 331 av. J.-C., l'Empire achéménide tombe entre les mains du roi macédonien Alexandre le Grand après la victoire de Gaugamèles[8]. Des négociations s'ouvrent entre Alexandre et l'aristocratie de Babylone. La ville se rend sans combats trois semaines plus tard et un satrape, rallié au souverain macédonien Mazaios, en devient le gouverneur. Babylone semble accueillante pour les nouveaux vainqueurs, selon ce que rapportent les chroniqueur grecs. Alexandre se montre habile en ordonnant la restauration de l'Esagil se ralliant ainsi les prêtres du culte de Marduk. Souhaite-t-il faire de sa nouvelle conquête sa capitale ? C'est plausible car nulle part, selon Quinte-Curce, il ne réside aussi longtemps en Asie[9]. Les derniers mois de son règne semblent consacrés à l'administration et à des travaux dans les alentours de la ville. Il établit également un atelier de frappe pour les émissions monétaires à son propre type, les « alexandres ». C'est enfin à Babylone qu'il meurt de maladie, le 10 juin 323 av. J.-C., dans le palais qu'avait bâti et habité Nabuchodonosor II, et qu’il avait peut-être entrepris de restaurer.

Le nouveau maître de la Mésopotamie, Séleucos Ier, général d'Alexandre le Grand, s'empare de Babylone en 312 av. J.-C. mais préfère construire une nouvelle capitale, Séleucie du Tigre et n'hésite pas à utiliser des matériaux de constructions pris à Babylone. Mais les rois séleucides sont toujours respectueux de la prestigieuse cité, et ils restaurent certains de ses monuments, et lui laissent le statut de capitale provinciale, ce qui ne l’empêche pas de décliner. Babylone est promue au rang de cité, sans doute sous Antiochos IV (vers 170 av. J.-C.), et les textes cunéiformes parlent alors de puliṭē ou puliṭānu (« citoyens », politai), dirigés par un épistate, et qui se réunissent dans un théâtre (appelé en akkadien bīt tamartu, « maison/lieu où on voit ») construit à l'est de la zone sacrée[10].

Mais la ville reste peu hellénisée, et la population autochtone demeure majoritaire, représentée devant les autorités grecques par l’Esagil, qui a donc un poids très important dans la vie de la cité. Il est dirigé par le kiništu, un conseil, présidé par le šatammu (administrateur), qui gèrent un domaine foncier toujours important, et sont chargés de l’organisation du culte des autres temples de la ville. Les archives cunéiformes de l'Esagil restent en nombre assez important par rapport aux autres villes de la région où elles se tarissent progressivement, et renseignent sur ses activités cultuelles et économiques[11]. C’est de ce temple qu’est issu Bérose, prêtre qui tente de faire connaître la civilisation mésopotamienne antique aux Grecs, dans ses Babyloniaka.

La fin de la Babylone antique

Les Parthes arsacides prennent le pouvoir en Babylonie entre 141 av. J.-C. et 122 av. J.-C.. Babylone poursuit son déclin, mais reste le conservatoire de la civilisation mésopotamienne antique, et c’est de l’Esagil que provient le dernier document écrit en cunéiforme, une tablette astrologique de 67 apr. J.-C.[12] Pline l'Ancien écrit vers la même époque que le temple continue à être actif, bien que la cité soit en ruines[13]. Il semble que la population urbaine abandonne définitivement le site au deuxième siècle de l'ère chrétienne. À l'emplacement de la ville s'installent des agriculteurs qui utilisent les briques de la ziggourat pour enrichir leurs terres et plantent des palmeraies au cœur de l'ancien quartier commercial. Désormais Babylone est reléguée au rang de mythe, ce qui va assurer sa survie dans les mémoires avant sa mise au jour par les archéologues de l’époque contemporaine, privilège partagé par peu d’autres cités de la Mésopotamie antique.

La Babylone de Nabuchodonosor II

Comme il a été dit plus haut, les niveaux anciens de Babylone n'ont pu être fouillés, à l'exception de quelques résidences paléo-babyloniennes. L'essentiel des niveaux dégagés remontent à la période néo-babylonienne (624 av. J.-C.-539 av. J.-C.) et au début de la période achéménide (539 av. J.-C.-331 av. J.-C.). Cet état de la cité est néanmoins pour une grande partie un héritage des périodes précédentes, comme l'indique le texte topographique TINTIR. De grands aménagements sont cependant effectués par Nabopolassar et surtout Nabuchodonosor II, qui donnent à la cité sa physionomie finale[14]. À cette époque, elle couvre une surface d'environ 975 hectares : c'est la plus vaste ville de la Mésopotamie antique.

Les remparts

Les murs de Babylone après leur reconstruction récente.

L'enceinte extérieure englobe la cité sur la rive est de l'Euphrate. Ses contours sont de forme triangulaire. Elle englobe la partie est de la ville intérieure. Elle consiste en une succession de trois murs, celui du milieu étant le plus solide, séparés par un fossé. Devant eux, un fossé de 50 mètres de long rempli d'eau avait été creusé. Sur les fortifications, 120 tours défensives étaient réparties tous les 50 mètres. Le mur ne semble pas avoir englobé toute la partie de la ville située à l'est de l'Euphrate, et était coupé par endroits.

La muraille intérieure était composée de deux murs délimitant un espace rectangulaire d'environ 3 kilomètres sur 2. Le premier mur était nommé Imgur-Enlil (« Enlil a montré sa faveur »), et le second Nimit-Enlil (« Rempart d'Enlil »). Devant eux, trois autres murs moins imposants suivaient le tracé d'un fossé large de 50 mètres, rempli d'eau. Ces murailles étaient elles aussi défendues par des tours de garde, et même par deux forteresses, une près du Palais sud, l'autre au nord de la muraille, près du Palais nord.

La Porte d'Ishtar, Pergamon Museum de Berlin.

Les murailles de Babylone étaient percées par huit portes monumentales, connues par TINTIR, qui donne leur nom, qui est sauf dans un cas celui d’une divinité (qui a une fonction protectrice), ainsi qu’un « nom sacré » mettant l’emphase sur leur rôle défensif :

  • Porte d’Urash, « L’ennemi lui est répugnant » ;
  • Porte de Zababa, « Elle déteste ses attaquants » ;
  • Porte de Marduk, « Son Seigneur est berger » ;
  • Porte d’Ishtar, « Ishtar vainc son assaillant » ;
  • Porte d’Enlil, « Enlil la fait briller » ;
  • Porte du Roi, « Que son fondateur prospère ! » ;
  • Porte d’Adad, « Ô Adad, protège la vie des troupes ! » ;
  • Porte de Shamash, « Ô Shamash, soutiens les troupes ! ».

La plus célèbre est la Porte d'Ishtar, le monument le mieux conservé de l'ancienne Babylone, transportée au Pergamon Museum de Berlin par les archéologues allemands[15]. Elle a connu trois états successifs. Elle était décorée par des panneaux en briques glacées bleues ou vertes représentaient des lions, des taureaux ou des dragons. Elle bordait les palais royaux, et ouvrait sur la principale voie processionnelle de la cité (chaque porte ouvrant sur une des ces avenues), qui menait 900 mètres plus loin au quartier sacré du dieu Marduk.

Plan et urbanisme de la ville intérieure

Plan de la ville intérieure de Babylone au VIe siècle

Le cœur de Babylone est la ville intérieure, entourée par la muraille intérieure, sur près de 500 hectares. On y trouvait tous les monuments qui ont fait la grandeur de la ville, et qui ont émerveillé tant de voyageurs.

La ville interne est divisée en dix quartiers. Les plus importants sont Eridu, Shuanna et KA.DINGIRRA, situés côte à côte le long de la rive est de l'Euphrate. Eridu tient son nom de la ville sumérienne d'Eridu, grand centre religieux, cité d'Enki/Ea, père de Marduk. C'est le quartier sacré de la ville, où se trouve l'Esagil, le temple du dieu national Marduk, ainsi que la ziggurat Etemenanki, la « Tour de Babel », et d'autres temples. Au nord d'Eridu, le quartier KA.DINGIRRA, où se trouvent quelques temples, mais surtout les deux palais de Nabuchodonosor II, le Palais Sud et la Palais Nord, ainsi que l'espace dénommé de nos jours Merkès, un quartier résidentiel. Shuanna était un autre quartier d'habitat, où résidait notamment la famille d'hommes d'affaires Egibi.

À la vieille ville, proche du fleuve et constituée de rues sinueuses et étroites, s'ajoutent, au nord-est de la cité en face de KA.DINGIRRA et d'Eridu, des quartiers caractérisés par de grandes avenues se coupant à angles droit, dans une sorte de plan en damier. Les contrats de vente des maisons situées sur ces axes de circulation appellent ces derniers « voie de passage du roi et des dieux » (mutaq šarri u ilāni). Il s'agit de grandes voies processionnelles. La plus célèbre est surnommée « Puisse l'ennemi arrogant ne pas réussir » (Ay-ibur-šabu) et part de la Porte d'Ishtar jusqu’à l'enceinte extérieure de l'Esagil. Les dalles qui pavent le sol de cette rue sont au nom de Nabuchodonosor. Au sud-est, on trouve les quartiers de Kullab (reprenant le nom d'un grand quartier d'Uruk) et de TE.EKI.

Le long de la rive gauche un quai de brique et une muraille protège les deux palais du roi ainsi que le quartier des temples et le quartier commercial. De plus, un pont en dur (bois et briques cuites), un des seuls du Moyen-Orient, permet de relier à proximité de l'Esagil et de l'Etemenanki les deux rives. Afin d'éviter les inondations et de protéger la ville, Nabuchodonosor fait construire un énorme écueil en brique afin de briser la force du courant et de contraindre le fleuve à faire un coude.

Les fouilles dans le quartier de Shuanna montrent que certaines maisons atteignent parfois 400 m². Cependant la densité du bâti est variable et plus l'on s'éloigne du fleuve plus le tissu urbain est discontinu, avec de véritables zones de culture en son sein. Il est donc particulièrement difficile de connaître le nombre précis des habitants de la métropole babylonienne car outre les fortes inégalités entre quartiers il faut prendre en compte le personnel des palais et des temples, difficile à évaluer, ainsi que la présence de nombreux déportés conséquence des guerres des souverains babyloniens. De plus, la présence de commerçants étrangers est avérée sans qu'il soit possible d'en faire une estimation chiffrée.

En empruntant le pont que Nabuchodonosor fit construire sur l'Euphrate, on accédait à la partie ouest de la ville interne, aux quartiers de Bab-Lugalgirra, du Kumar, de Tuba, un dernier au nom illisible puisque le texte TINTIR, donnant le nom des quartiers de la ville est fêlé à cet endroit. On sait peu de choses sur les quartiers autres que les trois premiers, puisqu'ils n'ont pas été fouillés en raison de leur faible attrait archéologique.

Le quartier sacré

TINTIR donne les noms de 43 temples situés à l’intérieur de Babylone, dont 13 pour le seul « quartier sacré », Eridu. Ceux qui ont été fouillés et identifiés, hors du complexe de Marduk, se sont révélés être les temples de :

  • Ninmah, l’É.MAH (« Maison exaltée ») ;
  • Nabû ša hare, l’É.NIG.GIDAR.KALAM.MA.SUM.MA (« Maison qui octroie le sceptre de la Terre ») ;
  • Ashratum, l’É.HI.LI.KALAM.MA (« Maison de l’abondance de la Terre ») ;
  • la Dame d’Akkad (une hypostase d’Ishtar), É.MAŠ.DA.RI (« Maison des offrandes animales ») ;
  • Ishkhara, É.ŠÀ.SUR.RA (« Maison de l’Utérus ») ;
  • Ninurta, É.HUR.SAG.TIL.LA (« Maison qui extermine les montagnes »).

Ils sont tous construits selon un même plan, autour d’une cour centrale ouvrant sur la chapelle abritant la statue de la divinité.

L’ensemble cultuel principal de Babylone est celui dédié au dieu de la cité, Marduk, l’É.SAG.ÍL (quelque chose comme « Maison à la tête haute »). D'après la tradition babylonienne, c'est le centre du Monde. Ses dimensions sont d’environ 180 m sur 125 m, ce qui en fait un complexe de grande taille, mais selon des données récoltées sur une tablette métrologique il comporterait des bâtiments en plus de ceux repérés par les archéologues. L’aile principale du bâtiment mesurait environ 85 x 79 m, et était organisée autour d’une cour centrale ouvrant sur des salles intérieures. Les cellae de Marduk, ainsi que celle de sa parèdre Zarpanitum et de leur fils Nabû se trouvaient dans les salles situées à l’ouest. On y accédait par quatre grandes portes. Une autre cour bordait son côté est, qui servait sans doute de lieu à la grande assemblée des dieux, et une autre cour se trouvait au sud de l’édifice. Le temple, organisé autour de ces trois cours, devait avoir une forme en « L ».

Au nord de l’Esagil se trouvait la ziggurat É.TEMEN.AN.KI, « Maison-fondement du Ciel et de la Terre », passée à la postérité sous le nom de Tour de Babel[16] . Elle était dans une enceinte de plus de 400 m de côté. Sa base était carrée, d’environ 91 m de côté, et un escalier monumental menait à son sommet depuis le côté sud, dont on a retrouvé les traces de l’avancée sur 52 m. La ziggurat était décrite dans un texte métrologique, la Tablette de l’Esagil[3], dont on a retrouvé une copie du IIIe siècle, mais dont l’original datait sans doute de la période néo-babylonienne. On a pu estimer que la ziggurat s’élevait sur 90 m de haut, et comprenait sept étages. Le temple haut abritait les dieux de Babylone (Marduk, sa parèdre et leur fils), ainsi que la grande « triade » mésopotamienne, Anu, Enlil et Ea. Diverses tentatives de reconstitution de son apparence ont été faites[17].

Les palais royaux

Décoration des murs de la salle du trône de Palais Sud.

Trois principaux palais royaux fonctionnaient à Babylone à l’époque de Nabuchodonosor II : le Palais Nord, le Palais Sud et le Palais d’Été.

Le Palais Sud, « Palais de l’émerveillement du peuple », est encastré dans la muraille Imgur-Enlil. C’est un vaste bâtiment de forme trapézoïdale, mesurant 322 x 190 m, dans lequel on accédait par une porte monumentale située à l’est. Il était organisé autour de cinq grandes cours se succédant d’est en ouest. Les deux premières desservaient les salles destinées aux affaires administratives et économiques, et la troisième cour, au centre de l’édifice, qui est la plus vaste de toutes (66 x 55 m), ouvrait sur son côté sud vers la salle du trône, mesurant 52 x 17 m. Ses murs étaient décorés de briques glaçurées. La partie occidentale devait constituer la partie « privée » du palais. L’édifice comptait au moins un étage supérieur. Il s’agissait du lieu de résidence privilégié du roi. Nabuchodonosor y avait adjoint à l’ouest un « bastion » de forme rectangulaire (230 x 110 m), qui débordait sur le fleuve dont il obstrua le cours, obligeant à un réaménagement du quai.

Le Palais Nord, ou Palais principal, « Grand Palais », est construit à l’époque de Nabuchodonosor à cheval sur les remparts, juste au nord du Palais Sud. Seule sa partie nord-est a été fouillée. Il avait une forme rectangulaire, d’environ 180 x 120 m, et était organisé autour de deux grandes cours. Un « bastion » aux murs très épais avait été construit en même temps que le palais, sur son côté nord.

Le Palais d’Été (« Vive Nabuchodonosor ! Longue vie à celui qui protège l’Esagil ! ») est une autre construction de Nabuchodonosor II, datant de la fin de son règne. Il est situé près de l’enceinte extérieure, 2 km au nord des deux autres. Il ne reste que ses soubassements. Cet édifice de forme carrée (250 m de côté) a été plus tard fortifié par les Parthes.

Les « Jardins suspendus »

Représentation des jardins royaux assyriens d'après un bas-relief de Ninive.

Dès les premières campagnes de fouilles, on chercha la « merveille du monde » de Babylone : les Jardins suspendus que Nabuchodonosor aurait fait construire pour son épouse mède, nostalgique de son verdoyant pays natal. Ces efforts furent vains, au point qu’on se demanda s’il ne fallait pas y voir une affabulation de plus des auteurs grecs à propos de la Mésopotamie, d’autant que leurs récits concordent fort peu (mais pour une fois Hérodote n’y est pour rien, vu qu’il n’en parle pas). Ces jardins ne sont mentionnés dans aucun texte babylonien, et on a pu proposer qu’il y avait eu confusion avec ceux dont parlent les sources des capitales assyriennes[18]. Le mystère demeure ...

Heurs et malheurs de Babylone à l’époque contemporaine

Plan du site actuel

Plan mural de Babylone, sur le site même.

Le site actuel de Babylone est divisé en plusieurs secteurs, la plupart coïncidant à des tells distincts. Babil est situé à l’emplacement de l’ancien Palais Nord, donc à l’entrée septentrionale du site. Le Qasr comprend entre autres le palais royal et la Porte d’Ishtar. Les ruines du sanctuaire de Marduk se trouvent à Amran Ibn ‘Ali, à côté du Sahn, le trou correspondant à l'emplacement de la ziggurat, et bordé par le Merkès à l’est, où se trouvent les ruines d’un quartier résidentiel. Les pierres destinées à la reconstruction de la ziggurat constituent le tell de Humra (comprenant aussi les ruines du théâtre hellénistique). Ishin Aswad se trouve à l’emplacement de l’ancien quartier de Shuanna.

Redécouverte, fouilles et dégâts

Babylone en 1932

L'emplacement du site de Babylone ne fut jamais réellement perdu, et, de tout temps, les explorateurs ayant visité la région se sont attardés sur le site, certains relevant des inscriptions et les ramenant dans leur pays. Lors des premières fouilles effectuées en Mésopotamie, la ville ne fut que peu visitée, puisqu'on se concentrait alors surtout sur l'Assyrie. Le dégagement de la ville, de par son immense prestige, paraissait de plus d'avance une tâche harassante, que peu envisageaient d'entreprendre.

Le Français Jules Oppert fut le premier à s'aventurer sur le site en 1852. Mais il n'effectua que des fouilles superficielles. Il en fut de même pour l'Anglais Henry Rawlinson et son associé l'Irakien Hormuzd Rassam, qui visitèrent le site en 1854 et 1876.

C'est finalement l'Allemand Robert Johann Koldewey qui décida de fouiller la ville, avec ses nouvelles méthodes scientifiques totalement novatrices par leur rigueur et leurs résultats, très portées vers le dégagement de restes architecturaux, plutôt que d’œuvres d’art (Koldewey ayant une formation d’architecte). Il arriva sur le site en 1899 avec son collaborateur Walter Andrae. Aidé des repérages effectués par ses prédécesseurs, ainsi que des ouvrages classiques (qui se révélèrent peu fiables), il se concentra sur les quartiers principaux de la ville, Eridu, Ka-dingirra et Shuanna, dégagea les principaux monuments de la ville, et dressa les plans de celle-ci. Il ne put fouiller que les monuments de l'époque néo-babylonienne, ceux des époques précédentes ayant été anéantis pour diverses raisons. Il repartit en 1917, après avoir effectué un travail remarquable, cette fouille ayant longtemps servi de référence[19].

Cette période voit une série de dégâts se produire sur le site : les Turcs avaient déjà utilisé des briques du site pour la construction d'un barrage, puis les Allemands emportèrent la porte d'Ishtar et les reliefs de briques glaçurées de la Voie processionnelle, qui aujourd'hui sont exposés au Pergamon Museum de Berlin. Les Français prirent également quelques œuvres d'art[20].

D'autres expéditions furent menées plus tard par des Allemands (années 1960), des Italiens (1974 et 1987), et des Irakiens (depuis 1958)[21].

La reconstruction sous Saddam Hussein

Babylone, tout comme le passé préislamique de l’Irak en général, n’a pas fait l’objet de récupération politique avant la prise du pouvoir par Saddam Hussein. Ce dernier change cette situation, en se rattachant à ce passé illustre pour des besoins de propagande nationaliste, en se présentant comme successeur de Hammurabi, de Nabuchodonosor II (et également de souverains assyriens). Cela entraîne à partir de 1985 le début de programme de reconstruction de monuments antiques, dont Babylone, qui faisait déjà l’objet d’une restauration auparavant[20]. Les murs de certains monuments sont restaurés, une partie des murailles, avec la porte d’Ishtar, et certains bâtiments sont intégralement reconstruits (comme le temple de Ninmah), Saddam Hussein laissant même des inscriptions de fondation comme le faisaient les anciens souverains babyloniens. Après la guerre du Golfe, il se fait construire un palais à proximité du palais de Babylone. Cette entreprise assure le succès touristique de Babylone, mais est fortement critiquée par les archéologues, parce qu’elle empêche les fouilles sur une grande partie du site, et dégrade les monuments anciens.

« Camp Alpha »

US Marines devant les ruines reconstruites de Babylone, 2003.

Mais les dégradations du site de Babylone ont empiré à la suite de l'invasion de l'Irak de 2003 par les armées américaines. En effet, le site de Babylone est choisi pour établir une base militaire, nommée « Camp alpha », comprenant notamment un héliport militaire. Ces activités ont endommagé certains édifices, dus à la présence de véhicules militaires (hélicoptères, blindés à chenilles), d'une population conséquente, et surtout à d'importants travaux de terrassement. Des tranchées sont creusées sur des sites archéologiques, le pavement de la Voie processionelle est endommagé par les véhicules. Le site est ensuite transféré sous la responsabilité de l'armée polonaise, sans que les dégradations ne s'arrêtent. Certaines œuvres antiques ont ainsi été enlevées, sans doute pour être revendues sur le marché des antiquités qui est en plein essor depuis la chute de Saddam Hussein[22].

Babylone et l'eschatologie chrétienne

Babylone représente symboliquement, dans le livre de l'Apocalypse, la société mercantile, décadente, déshumanisée et pervertie. Néanmoins, la Bible, qui en fera le symbole de la corruption et de la décadence, nous en transmettra le souvenir et le prestige qui survécurent à sa chute.

Cette conception symbolique du terme de "Babylone" a été reprise dans l'idéologie et la religion du rastafarisme, c'est la raison pour laquelle on retrouve régulièrement le nom de cette cité pour désigner le mode de vie moderne, urbain et consumériste dans de nombreuses œuvres de reggae.

Notes et références

  1. Sur l'histoire du royaume babylonien, voir Babylone (royaume), et la bibliographie qui y est présentée.
  2. (de) H. Klengel, Altbabylonische Texte aus Babylon, Berlin, 1983
  3. a  et b (en) A. R. George, Babylonian Topographical Texts, Louvain, 1992
  4. (en) D. J. Wiseman, Nebuchadrezzar and Babylon, Londres, 1985
  5. (en) H. Baker, The Archive of the Nappāḫu Family, Vienne, 2004
  6. Voir notamment (de) C. Wunsch, Das Egibi Archiv I. Die Felder une Gärten, Groningen, 2000
  7. (en) M. W. Stolper, « Kasr Texts: Excavated, But Not in Berlin », dans M. T. Roth, W. Farber, M. W. Stolper et P. von Bechtolsheim (éds.), Studies Presented to Robert D. Biggs, June 4, 2004, Chicago, 2007, p. 243-283 [1]
  8. Sur la période hellénistique, voir (en) T. Boyt, Late Achaemenid and Hellenistic Babylon, Louvain, 2004
  9. Quinte-Curce, L'Histoire d'Alexandre le Grand, V, 1
  10. (en) R. J. Van der Spek, « The theatre of Babylon in cuneiform », dans W. H. van Soldt (dir.), Veenhof Anniversary Volume. Studies presented to Klaas R. Veenhof on the occasion of his sixty-fifth birthday, Leyde, 2001, p.445-456
  11. Sur les archives de cette période, voir notamment (en) D. Kennedy, Late Babylonian Economic Texts, Londres, 1968 ; (en) M. J. H. Lissen, The Cults of Uruk and Babylon, The Temple Rituals Texts as Evidence for Hellenistic Cult Practices, Leyde, 2004
  12. (en) A. J. Sachs, « The Latest Datable Cuneiform Tablets », dans B. L. Eicher, Kramer Aniversary Volume: cuneiform studies in honor of Samuel Noah Kramer, Neukirschen, 1976, p. 379-398
  13. Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, VI, 30 [2]
  14. Voir avant tout (en) D. J. Wiseman, Nebuchadrezzar and Babylon, Londres, 1985, ainsi que B. André-Salvini, Babylone, Paris, 2001. On pourra également se référer à des articles synthétiques plus courts en langue française : J. Goodnick-Westenholz, « Babylone, lieu de création des grands dieux », dans Les Cités royales des pays de la Bible, Dossier d'Archéologie n°210, 1995, p. 72-79 ; J.-C. Margueron, « Babylone, la première mégapole ? », dans C. Nicolet (dir.), Mégapoles méditerranéennes, Paris, 2000 ; F. Joannès et M. Sauvage, « Babylone (ville) », dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, 2001, p.111-115 ; F. Joannès, « La ville au centre du monde », dans L'Histoire n°301, septembre 2005
  15. J. Marzahn, La porte d'Ishtar de Babylone, Mayence, 1993
  16. (de) H. Schmid, Der Tempelturm Etemenanki in Babylon, Mainz, 1995 ; J. Vicari, La Tour de Babel, Paris, 2000
  17. J. Vicari, op. cit., p. 7-33
  18. (en) S. Dalley, « Nineveh, Babylon and the Handing Gardens », dans Iraq LVI, 1994, p. 45-58
  19. Voir notamment la réédition (de) R. Koldewey, Das wiedererstehende Babylon, Leipzig, 1990 (édition d'origine Berlin, 1925)
  20. a  et b Herald Tribune du 21 avril 2006 [3]
  21. B. André-Salvini, Babylone, Paris, 2001, p. 20-25
  22. (en) J. E. Curtis, « Report on Meeting at Babylon 11 – 13 December 2004 », British Museum, 2004 [4] ; Le monde du 16 août 2007

Bibliographie

  • (en) D. J. Wiseman, Nebuchadrezzar and Babylon, Londres, 1985 ;
  • B. André-Salvini, Babylone, Paris, 2001 ;
  • F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, 2001 ;
  • B. André-Salvini (dir.), Babylone, L'album de l'exposition, Paris, 2008.

Voir aussi

Articles connexes


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