Baba cool

Hippie

Le mouvement hippie était un courant de contre-culture apparu dans les années 1960 aux États-Unis avant de se diffuser dans le reste du monde occidental. Les hippies, rejettaient les valeurs traditionnelles, le mode de vie de la génération de leurs parents et la société de consommation.

L'ouverture à d'autres cultures, un besoin d'émancipation et la recherche de nouvelles perceptions sensorielles les amènent aux expressions artistiques du psychédélisme. Dans leurs communautés, ils tentent de réaliser leur aspiration à vivre librement, dans des rapports humains qu'ils veulent plus authentiques.

En créant une rupture avec les normes des générations précédentes, le mouvement a eu une influence majeure dans la culture, en particulier dans le domaine musical. L'assimilation de nombreuses valeurs issues de ce courant a apporté une évolution des mœurs de la société dans son ensemble même si le mouvement lui-même s'est rapidement dissous, en partie par son manque d'organisation et à la suite de ses excès.

Les hippies se distinguaient du reste de la population, qu'ils appelaient les straight (que l'on pourrait traduire par « politiquement correct » aujourd'hui), par leurs tenues vestimentaires, leurs chevelures et une liberté ostentatoire dans leurs relations amoureuses.

À compter du milieu des années 1960 jusqu'à la fin des années 70, ce mouvement eut un impact considérable dans les pays industrialisés, d'autant plus qu'il concernait une grande partie de la jeunesse nombreuse née du baby-boom de l'après-guerre. Bien qu'aujourd'hui éteint, le mouvement hippie a laissé une empreinte durable dans le mode de vie "à l'occidentale".

Sommaire

Étymologie

Le terme hippie trouverait son origine dans un vocable africain, hip, que certains pensent être un terme wolof (hipi signifiant « ouvrir ses yeux »)[1], repris dans le mot hipster désignant les amateurs de bebop des années 1940. L'acronyme serait également un jeu de mot avec hype signifiant « décontracté, branché, dans le coup ». Comme le hipster, le hippie devait en effet être « cool ».

Une autre origine du terme parfois donnée est une dérivation de l'acronyme H.I.P., désignant un quartier de San Francisco, le Haight-Ashbury Independant Property, occupé par les hippies.

La première occurrence du mot dans les médias semble être trouvée dans un numéro du Time de novembre 1964 évoquant l'usage de drogue d'un jeune homme de 20 ans qui avait fait scandale[2].

Cependant, les hippies n'utilisaient pas ce terme pour se désigner eux-mêmes, ils se disaient plutôt freaks ou heads voire acid heads (les monstres ou les têtes)[3], et étaient assez indifférents à ces étiquettes.

Histoire

Les précurseurs

Diogène de Sinope, le premier véritable Cynique, est parfois présenté comme un précurseur de la philosophie hippie[4].

Même si le phénomène hippie naît véritablement aux États-Unis au début des années 1960, on en trouve les prémices au moins dès le XIXe siècle.

Le mouvement hippie est considéré par l'historien de l'anarchisme Ronald Creagh comme la dernière résurgence spectaculaire du socialisme utopique[5], qui se caractérise par une volonté de transformation de la société non pas par une révolution politique, ni sur une action réformiste impulsée par l'État, mais sur la création d'une contre-société socialiste au sein même du système, en mettant en place des communautés idéales plus ou moins libertaires. La Désobéissance civile, œuvre de Henry David Thoreau explicitant ce radicalisme, fut une référence pour les pacifistes des années 1960[6]. Cette filiation est revendiquée par certains d'entre eux[7], comme par exemple les Diggers de San Francisco dont le nom est une référence à un collectif de squatteurs du XVIIe siècle.

En Allemagne également dès 1896, la Lebensreform inspirée du paganisme ancien, avec les wandervogel et les naturmensch, précédait les hippies de plusieurs décennies. Adolf Just ouvrit son premier centre en 1896 dans les montagnes du Harz et publia son livre best-seller « Retour à la nature », qui devint le modèle des « enfants de la nature » la même année[8]. Les photographies de l’époque, si elles n’étaient pas en noir et blanc, pourraient donner l’impression d’avoir été prises dans une communauté hippies des années 1960 aux États-Unis[9]. Un immigrant allemand, Bill Pester, s'installa en 1906 à Palm Canyon en Californie dans une hutte pour vivre un mode de vie en tout point identique à celui qui allait surgir au sein de la société américaine soixante ans plus tard[9]. Un autre allemand, Maximillian Sikinger, s'installa à Santa Monica Mountains à partir de 1935 pour inspirer les américains à devenir des « Nature Boys » (naturmensch) et fut très actif au sein du mouvement hippie des années 1960[9].

Les précurseurs directs dans les années 1950 sont les beatniks, dont les figures emblématiques telles que William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac furent des références pour le mouvement hippie.

Les débuts aux États-Unis

Aux États-Unis, les débuts du mouvement se situent autour des années 1960[10] dans un contexte de contestation et de refus de l'ordre établi; les manifestations contre la guerre du Viêt Nam et les émeutes des Noirs dans les grandes villes américaines fédérèrent une partie de la jeunesse. Mais cette génération, née juste après la Seconde Guerre mondiale, refusait aussi le conformisme, la soumission au pouvoir et aux canons de l'art. Elle cherchait à fuir la société de consommation en mettant en avant des valeurs écologistes et égalitaires inspirées des philosophies orientales et primitives[4].

Beaucoup des aspirations hippies sont héritées des écrivains de la Beat generation, également considérés comme précurseurs du mouvement car eux aussi exprimaient une rupture avec la société de masse. Ils mènent une vie libérée, faite de déplacements constants : Sur la route était un livre emblématique de cette quête, il le restera pour les hippies, bien que Kerouac se désintéressa du mouvement. Allen Ginsberg par contre en resta proche, et inspira entre autres Bob Dylan.

À l'idéal d'une vie centrée sur la liberté, le sexe et la musique, les hippies ajoutent le psychédélisme et sa recherche de nouvelles perceptions par l'usage de drogues.

Further, le bus des Merry Pranksters

Timothy Leary prônait la révolution psychédélique par le LSD - à cette époque encore légal - et en 1964 l'écrivain Ken Kesey fonda les Merry Pranksters avec qui il sillonnait les États-Unis dans un bus décoré par leurs soins afin d'organiser des acid tests autour du rock psychédélique des Grateful Dead.

La médiatisation des Merry Pranksters entraîna la naissance de communautés comme Haight-Ashbury à San Francisco ou l'East Village à New York[11]. À partir de 1965, de nombreux hippies commencèrent à s'installer à San Francisco, dans le quartier de Haight-Ashbury. Les diggers, un groupe de théâtre de rue, en assurèrent l'intendance, en pratiquant entre autres la récupération des surplus de la ville, et distribuant gratuitement nourriture, soins et LSD.

L'essor des communautés hippies inquiéta les autorités. La Californie interdit l'usage du LSD le 6 octobre 1966, rapidement suivie par le reste du pays. L'image populaire du LSD changea et devint celle d'un produit dangereux[11].

Summer of Love

Article détaillé : Summer of Love.
L’affiche de l’Human Be-In par Michael Bowen

En 1967, de grandes réunions ou « love-in » (ou « be-in » également) et des concerts gratuits furent organisés au Golden Gate Park, à proximité de Haight Ashbury. En particulier en janvier, le happening géant du Human Be-In, considéré comme l'instant de grâce du mouvement, y rassembla des centaines de personnes, issues des différentes « tribus » de la contre-culture de l'époque, venues lire de la poésie, être ensemble et écouter la musique de groupes comme les Grateful Dead, Jefferson Airplane ou Country Joe and the Fish [12]. Au coucher du soleil, la foule se dirigea vers la plage pour y passer la soirée. Ce soir là, la police profita de l'absence des habitants de Haight-Ashbury, pour arrêter cinquante personnes, ce qui occasionna une période de traque aux dealers de drogues douces[13].


Des étudiants des colleges et high schools commencèrent à arriver à Haight-Ashbury durant leurs vacances de printemps 1967. Les dirigeants de la municipalité étaient déterminés à arrêter l'afflux de jeunes gens que leurs écoles avaient laissé libres pour l'été, et, malgré eux, attirèrent davantage l’attention sur l'événement. Une série d'articles d'actualité dans les journaux locaux alerta les médias nationaux sur le mouvement hippie grandissant. Certains membres de la communauté de Haight y répondirent en formant le Council of the Summer of Love, donnant à un mouvement créé par le bouche-à-oreille un nom officiel[14].

L'évolution personnelle et artistique des Beatles à cette époque a également joué un rôle dans la portée qu'a eu le Summer of Love : All You Need Is Love, écoutée dans le monde entier, insistait sur les idéaux d'amour, de paix et d'unité véhiculés par la contre-culture. L'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band sorti en juin 1967 synthétisait par ses influences psychédéliques, ses instruments indiens, sa pochette aux couleurs vives l'essence même du Summer of Love[15].

Haight-Ashbury, ancien quartier hippie de San Francisco, aux États-Unis.

Durant l'été, pas moins de 100 000 jeunes originaires du monde entier ont convergé dans le quartier d'Haight-Ashbury, à San Francisco, à Berkeley, et dans d'autres villes de la région de San Francisco, pour se joindre à une version populaire de l'expérience hippie[16]. L'évènement de l'été est le festival international de musique pop de Monterey qui rassemble 200 000 personnes et où Jimi Hendrix et The Who jouent pour la première fois.

Haight-Ashbury est alors victime de son succès : tandis que des hippies, de plus en plus jeunes, continuent d'affluer, les drogues dures y font leur apparition et les descentes de police se multiplient[17]. Les hippies estimaient alors leur nombre à 300 000 dans tout le pays[4].

Les révolutions de 1968

À cette époque, le mouvement hippie était encore peu présent en Europe continentale, où il commençait à arriver par l'influence de sa musique[18]. En France, les relais du courant hippie au début des années 1960 étaient le magazine Rock & Folk ainsi que le Pop Club sur France Inter avec Patrice Blanc-Francard[19]. Le magazine Actuel, la référence du mouvement en France, ne sera créé qu'en 1970.

Les paroles d'un jeune hippie français de ces années-là n'étaient pas différentes de celles d'outre-Atlantique :

« Ainsi vont les choses dans nos sociétés dites de consommation : passée l’adolescence, âge irrécupérable mais dont on sait qu’il n’a qu’un temps, une certaine image de vous-même vous attend, tirée d’ailleurs à plusieurs millions d’exemplaires ; elle vous guette d’autant plus tôt que votre famille ne dispose pas des ressources financières qui, quelques années encore, vous garantiraient le droit à l’irresponsabilité. Gare à vous si vous ne marchez pas ensuite. On vous culpabilisera d’abord ; quelques bonnes lois feront le reste. »

— Pourquoi n'êtes-vous pas hippie?, de Bernard Plossu, p. 8

Alors qu'aux États-Unis sous l'influence d'activistes comme Jerry Rubin et Abbie Hoffman une partie du mouvement hippie se radicalisait et parlait de révolution[20], dans de nombreux autres pays du monde, les années 1960 virent également fleurir une contestation de l'ordre établi plus vaste et violente que celle des hippies.

Les manifestations étudiantes au Mexique finiront par le massacre de Tlateloco

En France, les situationnistes prônaient l'autogestion et la révolution de la vie quotidienne, projet libertaire et hédoniste résumé par ce slogan : « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave ». Aux Pays-Bas, les provos d'Amsterdam prônaient la gratuité. Ce mouvement de gauche invitait chacun à peindre son vélo en blanc et à le laisser à la libre disposition des habitants[21], ou organise des manifestations lors du mariage de la reine Beatrix avec Claus von Amsberg, ancien membre des Jeunesses hitlériennes. Plus provocateurs, plus politisés et militants que les hippies, ils sont parfois crédités des changements survenus à cette époque en Europe[22]. Pour Dany Cohn-Bendit, « sans les provos et l'exemple qu'ils ont donné aux jeunes des autres pays, l'Europe d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est devenue. »[23].

L'année 1968 fut marquée, dans un contexte d'ébullition générale de part et d’autre du Rideau de fer, par l'explosion de ces mouvements de révolte dans les milieux étudiants et ouvriers d'un grand nombre de pays notamment en Allemagne, en France, en Italie, aux États-Unis, au Japon, au Mexique et au Brésil, sans oublier la Tchécoslovaquie du printemps de Prague ou la Chine de la Révolution culturelle.

En France, mai 1968 vit se déployer une contestation multiforme de tous les types d'autorité. Une partie active du mouvement lycéen et étudiant revendiqua notamment la « libéralisation des mœurs », et au-delà, contesta la « vieille Université », la société de consommation, le capitalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles. Si ces revendications sont proches des leurs, l'ouvriérisme et les arguments liés à la « lutte des classes » sont par contre étrangers à la contre culture hippie qui se situe plus dans ce qu'Edgar Morin appellera un « gauchisme existentiel » amenant à changer la vie quotidienne plus que le système politique[6].

Le retour à l'ordre fut brutal, et certains militants basculèrent dans l'action armée. D'autres renoncent à changer la société et adoptent le principe hippie disant que « le personnel est politique »[6]. C'est après le massacre de Tlateloco que nait le mouvement hippie mexicain de La Onda Chicana (en).

L'apogée du mouvement

Article détaillé : Festival de Woodstock.

À partir de 1968, les jeunes européens prennent également la route, d'abord vers Ibiza, et vers Amsterdam qui devient la capitale européenne des hippies. C'est là que Yoko Ono et John Lennon organisent en 1969 le premier « Bed-in for Peace ».

En août 1969 eut lieu le festival de Woodstock, un festival de musique et un rassemblement emblématique de la culture hippie. Il eut lieu à Bethel sur les terres du fermier Max Yasgur aux États-Unis, à une soixantaine de kilomètres de Woodstock dans l'État de New York.

Organisé pour se dérouler du 15 au 17 août 1969, et accueillir 50 000 spectateurs, il en accueillit finalement plus de 450 000, et fut finalement gratuit; il se poursuivit un jour de plus, soit jusqu'au 18 août 1969 au matin. Le festival accueillit les concerts de 32 groupes et solistes de musiques folk, rock, soul et blues[24].

En dépit de la pluie et d'une organisation totalement dépassée par les évènements, le festival resta dans les mémoires comme un moment exceptionnel, épargné par toute violence, et devint un mythe. Joe Cocker sortit de scène sur ces mots « Aucun de ceux qui étaient ici n'aura plus jamais besoin de se sentir seul » [25] et quarante ans plus tard, Arlo Guthrie évoque encore son « sentiment d’avoir retrouvé foi en l’individu » [26].

Une semaine plus tard, le festival de l'île de Wight, avec Bob Dylan en vedette et 250 000 spectateurs eut une ampleur comparable. Contrairement aux États-Unis et l'Angleterre, les grands festivals rock n'ont pas eu en France le même caractère rassembleur. En 1967, le premier spectacle psychédélique à Paris, La Fenêtre rose, n'attire encore que peu de monde. Le premier festival, refusé par plusieurs municipalités françaises, aura finalement lieu à Amougies, en Belgique, fin 1969[27]. En 1971, un festival gratuit est organisé à Auvers-sur-Oise, mais s'il ressemble bien à celui de Woodstock à cause de la pluie et de la boue, il est finalement annulé dans la nuit à cause de divers problèmes techniques alors que 20 000 personnes sont rassemblées[28]

Idéologie du mouvement hippie

Référence au Flower Power

Jack Weinberg, leader du « Free Speech Movement » dans les années 1960, était l'auteur de la célèbre phrase « Ne faites pas confiance à quelqu'un de plus de trente ans »[29] qui traduisait sans équivoque la volonté de se distinguer de la génération précédente.

De manière générale, les hippies contestaient le matérialisme et le consumérisme des sociétés industrielles, et tout ce qui y était lié. Ils rejetaient en particulier les valeurs associées au travail et à la réussite professionnelle, ainsi que le primat des biens technologiques au détriment des biens naturels. Ils aspiraient à une sorte de fraternité universelle pour laquelle ils espéraient trouver idées et techniques dans des sociétés traditionnelles[4]. Ce complexe idéologique, essentiellement constitué en une praxis, n'a pas réellement été théorisé ; jamais non plus il n'a fait l'objet d'une homogénéité pratique parmi celles et ceux qui se reconnaissaient pourtant comme hippies.

Les communautés

Selon Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, « les communautés sont l'expression par excellence du movement : son infrastructure, l'ancrage social sans lequel il aurait vite été réduit à une simple mode aussi extravagante qu'éphémère. Les communautés sont sa signature au bas de l'histoire du XXe siècle. ». Elles se comptaient par milliers aux États-Unis vers 1969, au point que dans les Rocheuses les hippies furent près d'élire un des leurs comme shérif. En France, on en dénombrait environ 500 au début des années 1970[30].

Il n'y eut pas d'unité d'organisation entre ces communautés; les unes étaient des communautés urbaines, d'autres tentèrent de vivre d'agriculture et d'élevage et certaines n'étaient que des lieux de passage[30]. Confrontées aux problèmes de subsistance, et aux difficultés de la vie en commun en réinventant de nouvelles relations, la plupart eurent une durée d'existence assez brève[31].

La plus vaste expérience européenne fut celle de la commune libre de Christiania (Danemark), Copenhague; créée en septembre 1971, elle existe encore en 2009.

Au début du XXIe siècle, il existait encore une quarantaine de communautés hippies en Allemagne[32]. En France, il n'en resterait qu'une à Charleval en Normandie[33].

Le refus de l'autorité

En 1967, une manifestante offre une fleur à un agent de police

Les hippies remettaient en cause l'idée d'autorité, d'abord l'autorité parentale[34], et tout ce qui en découlait : toute domination de l'un sur l'autre. Cherchant à établir d'autres rapports avec leurs propres enfants, les hippies adoptèrent les pédagogies anti-autoritaires; dans les communautés naquirent des « écoles sauvages » ou « écoles parallèles »[35], et le livre Libres enfants de Summerhill traduit en français en 1971 fut un succès pendant toute la décennie[36].

Ils refusaient aussi les frontières et la violence en général; le mot « pigs » (porcs) était régulièrement utilisé à l'encontre des forces de l'ordre[37].

Les hippies n'avaient pas le désir de contrôler la société, contrairement aux rébellions des générations précédentes, comme les wobblies ou les « activistes de la nouvelle gauche ». Bien que très critiques, ils étaient perçus comme ne proposant pas d'alternative à la société, avec un mot d'ordre étant plutôt « faites ce que vous voulez faire et ne vous préoccupez pas de ce que les autres en pensent » (« do your own thing and never mind what everyone else thinks »)[4]. Selon Chuck Hollander, expert en drogues pour la National Student Association au début des années 1960 : « S'il existait un code hippie, on pourrait le présenter ainsi : faites ce que vous avez envie de faire, où vous le voulez et quand vous le voulez. Lâchez la société que vous avez connue. Explosez l'esprit de toutes les personnes rigides que vous rencontrez, branchez-les, sinon par la drogue, au moins par la beauté, l'amour, l'honnêteté et la rigolade »[4].

Pour les hippies, la révolution de la vie privée passait avant la lutte pour la réforme de la société[6]; ils considéraient que les politiciens, fussent ils « de gauche », étaient avant tout des straight.

Les yippies sont des représentants notoires de cette prise de position. Un de leurs fondateurs, Jerry Rubin, initiateur des manifestations contre la guerre du Vietnam, fut arrêté et condamné pour conspiration et incitation à l'émeute, il écrivit en particulier Do it! scénarios de la révolution[38]. Perçus comme des « hippies avec des fusils », ils étaient aux États-Unis la frange la plus radicale du mouvement.

Le pacifisme : « peace and love »

Partie de la sculpture « Hippie memorial » dans L'Illinois aux États-Unis, représentant le symbole de la paix

Peace and love, « paix et amour », est l'expression du pacifisme hippie des années 1960. Un autre slogan, issu de la guerre du Viêt Nam, Make Love, not War[39], « faites l'amour, pas la guerre » a été repris par le courant hippie pour les mêmes raisons ; l'expression apparaît en 1974 dans la chanson Mind Games de John Lennon.

Flower Power, « le pouvoir des fleurs », est une autre expression pacifique qui trouve son origine dans le Summer of Love de 1967 à San Francisco. Consigne était alors donnée de « porter des fleurs dans les cheveux », comme l'illustre la chanson de Scott McKenzie San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair). Les hippies furent dès lors communément appelés flower children, « enfants-fleurs ». L'ensemble de ces expressions cherchaient à traduire une opposition à la guerre et à la violence en général, sans pour autant que les revendications soient toujours plus élaborées ou véritablement théorisées.

Le retour à la nature

Après les premières manifestions pacifiques contre la pollution en 1968 à San Francisco, et leur répression, de nombreux hippies rejoignirent des communautés rurales[40].

En France, le Larzac fut un lieu de prédilection du mouvement; il rassembla 60 000 personnes en août 1973 pour une manifestation intitulée « ouvriers et paysans, même combat », où les hippies se mêlèrent aux antimilitaristes et maoïstes[41] pour protester contre l'extension d'un camp militaire.

Ce retour à la terre amenait l'idée d'un plus grand respect de la planète incluant produits bios, utilisation d'énergies renouvelables et recyclage[42]. Le Whole Earth Catalog, un guide créé par Stewart Brand, un des Merry Pranksters, décrivait les techniques pour tout faire soi-même, en privilégiant la récupération et les moyens non polluants; il fut ensuite repris ensuite en français sous le nom de Catalogue des Ressources [43].

Selon Timothy Leary, les hippies sont à l'origine du mouvement écologique dans le monde[44]. L'hypothèse Gaïa a été en effet formulée par James Lovelock à cette période où les premières craintes pour l'environnement commençaient à s'exprimer[45].

La liberté sexuelle

La liberté sexuelle fait partie intégrante de l'idéologie hippie. Elle prône la légalisation de la pilule contraceptive et le droit universel à l'avortement, ce qui va à l'encontre, aux États-Unis, de l'idéologie conservatrice américaine des autorités religieuses en majorité chrétiennes. Les hippies vivent alors en communauté et ont des pratiques sexuelles diverses s'inspirant parfois du Kama sutra, mais surtout rompant avec les stéréotypes du couple traditionnel exclusif. Le mot d'ordre était « Free Love » (amour libre), que l'on retrouve dans l'appellation du « Summer of Love ». Il est généralement considéré que c'est au retour de ce rassemblement que les valeurs et le mode de vie du mouvement hippie ont commencé à vraiment se diffuser.

Les portes de la perception et l'influence orientale

Les hippies recherchèrent un sens à la vie dans des spiritualités qu'ils jugeaient plus authentiques que les pratiques religieuses dont ils avaient hérité, s'aidant parfois de substances psychotropes. Le livre Les Portes de la perception (The Doors of Perception) d'Aldous Huxley (1954) fut une inspiration pour beaucoup (il a, entre autres, inspiré le nom du groupe The Doors).

« Aujourd'hui, après deux guerres mondiales et trois révolutions majeures, nous savons qu'il n'y a pas de corrélation nécessaire entre la technologie plus avancée et la morale plus avancée. »

— Aldous Huxley, Les Portes de la perception

Balbutiements du New Age

Selon certains témoins de l'époque, c'est au moment du Summer of Love de 1967 que furent fondés les prémices du New Age[46]. Les hippies avaient commencé à explorer les traditions orientales, le bouddhisme, l'hindouisme et le taoisme et certains ouvrages populaires tentaient d'en faire une analyse syncrétique « libre »[47], une manière d'aborder la spiritualité qui allait devenir la marque du New Age.

Les hippies trouvaient leur inspiration spirituelle chez des personnalités comme Gautama Bouddha qui, incarnant la négation du monde matérialiste en tant que seule voie possible d'atteindre le bonheur permanent, avait tourné le dos au roi, son père, et voyageait comme un mendiant, François d'Assise, qui abandonna également une famille riche pour vivre dans la pauvreté et dans la nature, et bien sûr le Christ (« a groovy cat » selon l'expression consacrée), ainsi que Gandhi, Aldous Huxley et Tolkien[4].

Élève d'Alan Watts, introducteur de la pensée orientale à San Francisco, Gary Snyder, rejoint par Jack Kerouac puis plus tard par Allen Ginsberg, également vont populariser la pratique de la méditation, et plus généralement du Tao et du Bouddhisme Zen.

Composition psychédélique

Les psychotropes

Le LSD (ou « acide ») fut découvert en 1943 par Albert Hofmann dans le laboratoire suisse Sandoz mais sera déclaré illégal aux États-Unis le 6 octobre 1966, ainsi que par l'ONU comme stupéfiant dans une convention de 1971. Jusqu'à cette interdiction sur le sol américain, la firme Sandoz met le LSD à disposition des chercheurs sous la forme d'une préparation appelée delysid. Le LSD apparaît d'abord comme prometteur dans le traitement de certaines maladies psychiatriques. Puis, il est popularisé comme étant un traitement dit miraculeux par les médias à partir du milieu des années 1950. Dans les années 1960, il devient un ingrédient du courant hippie.

L'esthétique psychédélique peut être assimilée aux visions provoquées par le LSD qui provoque, en somme, une déformation de la vision et entraîne dans un état rêveur où réalité et rêve sont confondus. Le psychologue Timothy Leary, le chimiste Augustus Owsley Stanley III et le romancier Ken Kesey ont parmi d'autres encouragé la consommation de LSD. À cette époque, « l'acide » a notamment été distribué gratuitement lors des acid tests des Merry Pranksters. L'écrivain William S. Burroughs est considéré comme l'un des théoriciens de la pratique junkie liée à la mentalité hippie. Dans Junky, il explique en quoi la drogue est une philosophie qui mène à ouvrir les portes de la perception et à découvrir l'« équation de la came ». Le point culminant de l'usage du LSD aux États-Unis fut atteint à l'été 1967, au cours du Summer of Love (« Été de l'amour »).

Il est possible de rattacher de nombreux courants artistiques à la consommation de psychotropes, aussi bien en musique (rock psychédélique, acid rock) que dans le dessin et la mode.

Outre le LSD, le cannabis était aussi massivement consommé par les hippies, en particulier sous sa forme la plus répandue, la Marijuana (qu'ils appelaient maryjane ou thé)[4].

Un groupe de hippies partageant un « joint » en 1969 en Californie

Pour les hippies, le but de cette consommation de psychotropes est présenté comme une volonté d'ouverture d'esprit et d'abolition des frontières mentales. Une étude des années 1960 de l'Université de Californie du Sud avait dégagé trois tendances dans la communauté hippie de l'époque : Les « groovers » (les fêtards), qui prenaient du LSD pour faire la fête et trouver des partenaires, les « mind trippers » (les touristes de l'esprit), qui portent des vêtements à fleurs et cherchent une thérapie, et les « cosmic conscious » (les mystiques), « planant », dont la consommation de drogue « est par nature eucharistique »[4].

La route

« La route des hippies » (Hippie trail) est une expression utilisée pour évoquer les voyages entrepris par cette génération des années 1960, principalement vers l’Europe et l’Asie. Le voyage se faisait fréquemment par bus ou en auto-stop, les étapes obligées étaient Amsterdam, Londres et les destinations Goa (Inde), Katmandou (Népal) mais aussi la Turquie et l’Iran. Un des objectifs déclarés de ces voyages était la « quête de soi » ou « la recherche de Dieu » mais également la recherche de toutes nouvelles expériences. Des ouvrages comme Sur la route et Les Clochards célestes de Jack Kerouac, ouvrages fondateur de la Beat Generation[48] ont contribué au mythe de « la route »[49].

L'esthétique hippie

Le corps et ses usages

Apparence traditionnelle du hippie

En partie par rébellion contre les usages, le hippie portait les cheveux longs, pour les hommes comme pour les femmes. Ces dernières les portant généralement défaits, sans aucun apprêt. La liberté du corps (Body freedom) est complémentaire à la liberté de l'esprit qu'il préconise. Les relations sexuelles libérées, le naturisme sont des valeurs qui sont mises en avant dans son mode de vie[50].

Le vêtement

Les vêtements, aux couleurs vives, étaient choquants pour une époque où les tenues étaient assez uniformisées et sombres. Leurs pantalons étaient à « pattes d’éléphants », style lancé par les hippies californiens et l’influence de l’Orient leur avait donné le goût des sandales, des tuniques indiennes avec des motifs très fleuris et colorés, des gilets afghans et du patchouli. Ils portaient de petites lunettes rondes, des bandeaux dans les cheveux, des colliers et des bracelets de perles[51]. Ils pouvaient tout aussi bien être nus quand la situation le permettait[52]. Le blue-jeans est également un vêtement emblématique de la génération hippie, il est souvent porté peint, brodé, cousu, couvert de coquillages, de strass, de bijoux, de fleurs, et toujours avec les pattes d'éléphant.

Quand elles n'étaient pas en mini-jupes, les femmes adoptaient fréquemment ce même type d'habillement. Ce caractère androgyne du style d'habillement hippie était également surprenant à cette époque.

La musique

Article détaillé : Rock psychédélique.
Steve Hillage en 1974

La musique est un élément capital et fédérateur des hippies, avec de multiples festivals, Monterey en 1967, Woodstock en 1969, l'Île de Wight en 1970, qui rassemblent des centaines de milliers de spectateurs. Une nouvelle génération de chanteurs apparait à la suite de Bob Dylan, renouvelant le genre musical de la protest song et créant une nouvelle musique populaire exprimant leurs révoltes[53], leur refus du racisme, leur refus du Vietnam, leur refus de la répression. Blowin' in the Wind de Bob Dylan, inspiré d'un negro spiritual, fut reprise par les 250 000 manifestants de la marche sur Washington organisée par les leaders des droits civiques; plus tard vinrent Ohio de Crosby, Stills & Nash (and Young), ou Alice's Restaurant d'Arlo Guthrie.

À la même époque, le rock psychédélique et plus spécifiquement l'acid rock accompagne les acid tests organisés par les Merry Pranksters dès 1966; inspiré par l'usage de drogues hallucinogènes et notamment du LSD, il tente d'en retraduire les effets. Il est caractérisé par une construction rythmique peu complexe et hypnotique, des mélodies répétitives et pénétrantes, des solos instrumentaux longs et tortueux, modelés d'effets sonores tels que la wah-wah et la distorsion, dans de longues improvisations.

Les hippies apprécient le folk-rock de Bob Dylan et Crosby, Stills & Nash (and Young) ou le rock psychédélique de Janis Joplin, de Grateful Dead ou Jefferson Airplane.

Si ces derniers peuvent être considérés commes hippies, d'autres musiciens s'en distancient un peu plus.

Les réactions

La révolte contre l'ordre établi eut des conséquences sur le mouvement hippie. Outre les poursuites pour usages ou possessions de drogues, des condamnations pour outrage aux mœurs répondirent à leurs provocations en ce domaine. Les communautés connurent diverses tracasseries, qu'elles soient ou non des squats.

La « société de consommation » tant décriée des hippies s'accommoda par contre fort bien de ce mouvement qu'elle ne voulut voir que comme un effet de mode. Les productions décrivant les hippies furent des succès commerciaux, comme la comédie musicale Hair ou, pour les livres, L'Antivoyage de Muriel Cerf. Après avoir moqué les « Cheveux longs, idées courtes » Johnny Halliday lui-même s'afficha un temps en look hippie pour chanter Jésus Christ est un hippie.

Les majors étaient largement présents à Woodstock[54]; le film du festival fut présenté à Cannes, et les idoles pop connurent la gloire à Hollywood. Cette utilisation commerciale était vue par les hippies comme contraire à leurs idéaux[55]; dès le festival de Monterey, Grateful Dead la refusait en ces termes : « Personne ne sait exactement comment, mais nous savons par expérience que quelqu'un, quelque part, va faire de l'argent avec toute cette musique gratuite et tout cet amour libre… »[12].

Le déclin

Le concert gratuit des Rolling Stones à Altamont en décembre 1969, qui se voulait un second Woodstock, rassembla 300 000 personnes à l'est de San Francisco. Tout aussi mal organisé que Woodstock, il eut cette fois un déroulement catastrophique : le service d'ordre constitué de Hell's Angels déclenchait des bagarres avec les spectateurs et poignarda l'un d'eux, Meredith Hunter, un jeune homme de 18 ans qui aurait pointé un revolver en direction de Mick Jagger[56]. À la même époque, l'adoption du style hippie par des personnalités comme Charles Manson et sa famille, condamnés pour meurtres (dont celui de Sharon Tate) dans la région de Los Angeles, portèrent un coup fatal au Peace and Love du mouvement. L'Amérique choquée et une bonne partie des hippies eux-mêmes commencèrent à prendre des distances sans pour autant que le mouvement disparaisse tout à fait.

Le passage aux « drogues dures » et la mort de Jimi Hendrix, de Jim Morrison et de Janis Joplin, entre autres, à la suite d'abus d'alcool, de médicaments ou par overdose contribua grandement à l'impression de chute. Neil Young écrivit The Needle and the Damage Done (« l'aiguille et les dommages causés ») pour évoquer tardivement le problème.

Avec la fin de la guerre du Vietnam, les médias perdirent leur intérêt pour les hippies. Avec l'arrivée du heavy metal, du disco, les hippies commencèrent même à apparaître ridicules; plus tard, ils furent désignés sous le terme de baba cool qui en est devenu un synonyme[57].

Le mouvement punk qui vient après eux est un autre type de révolte qui revendique son désespoir : « no future ».

La plupart des hippies finirent par abandonner leur envie de régénérer le « vieux monde » et se rangèrent dès la fin des années 1970 et le courant des années 1980. La trentaine venue, ils trouvent du travail, fondent une famille et s'intègrent dans la société de consommation qu'ils dénonçaient auparavant. Une étude américaine estimait que 40 % des hippies californiens s'étaient rangés, moins de 30 % restant « en marge »[58]. Jerry Rubin, devenu un des premiers actionnaires d'Apple[59], déclarait en 1985 : « Non, je ne lutte plus contre l'État. Ce n'est plus la peine, ce n'est plus le bon combat .../... La meilleure, la seule façon aujourd'hui de combattre l'État, c'est de le remplacer. Et nous sommes assez nombreux pour le faire. »[23].

L'héritage du mouvement hippie

La culture

Dans les arts, la musique et le pop-art marquèrent les esprits.

Le phénomène hippie, en particulier dans les premières années, est une période d'expérimentation où se rencontrent différents genres musicaux[54]. Leurs festivals ne sont pas dédiés à un seul style musical, et sont ouverts à de multiples influences, comme celle de Ravi Shankar, joueur de sitar indien qui participa au festival de Monterey. De ces influences multiples naissent des musiques très personnelles : The Doors empruntent à la fois au blues, au jazz mais aussi au flamenco et aux musiques de fanfare, Frank Zappa au doo-wop à la musique contemporaine, parfois dans le même morceau.

La liberté de ces créations musicales est considérée comme une révolution dans l'histoire de la musique [54]. Le festival de Woodstock reste un des plus grands moments de l'histoire de la musique populaire et a été classé parmi les « 50 Moments qui ont changé l'histoire du rock and roll [60]. »

Encore au début des années 1990, la rencontre entre les derniers hippies de Goa et les disc-jockeys internationaux, fans de musiques électroniques et issus, en partie, de la vague Acid house, a donné naissance à la Trance-Goa ou trance psychédélique (psytrance), régulièrement jouée depuis en rave party.


À la fin des années 1970, de nombreux aspects vestimentaires hippies seront récupérés par la mode disco, adaptés sous une forme plus urbaine. Par la suite, les tuniques indiennes ou les vêtements brodés de fleurs sont réapparus périodiquement; le port du pantalon en jeans est probablement le seul attribut vestimentaire hippie à avoir résisté au temps et aux diverses modes qui se sont succédé, puisqu'il est toujours resté très présent depuis 40 ans. Mais c'est surtout une décontraction dans la façon de s'habiller qui est le changement marquant hérité de cette époque.

Les mœurs

Une jeune hippie contemporaine
Article détaillé : Libération sexuelle.

Il est difficile de déterminer dans les changements de mœurs survenus dans les années 1960 et 1970, ce qui peut être attribué aux hippies, à la jeunesse en général, ou au mouvement féministe. Ils ont joué un rôle dans l'évolution des mentalités concernant la sexualité. En plus de la liberté exprimée dans les relations amoureuses, les premiers sex-shops vendant divers jouets sexuels (Good Vibrations à San Francisco était le premier) et la diffusion des films pornographiques et leurs projections en salle de cinéma sont apparues au sein de la communauté hippie. Ils allèrent jusqu'à demander la légalisation de la prostitution à une époque où la masturbation était publiquement condamnée et où personne n’aurait jamais ouvertement fait la promotion du plaisir[61]. Les hippies considéraient plus l'homosexualité comme une expérimentation parmi d'autres que comme un tabou; c'est à cette époque que la première Gay Pride à lieu à New York, et San Francisco demeurera la capitale des deux tendances.

Les institutions

Le « mouvement hippie », bien que peu structuré, portait en lui les germes d'un renouvellement inventif de la culture et du mode de vie des années d'après-guerre qui, par la réussite même de ses buts matérialistes, arrivait à un essoufflement particulièrement perceptible par la jeunesse. Dans différents domaines, des idées nouvelles perçaient : l'autogestion, l'écologie et le rejet des religions traditionnelles.

Il est difficile de déterminer précisément quelle influence peut être exclusivement attribuée aux hippies, mais ils sont, entre autres, crédités de divers apports, dont l'« auto-stop », une mode vestimentaire encore en vogue au XXIe siècle, les communautés écologiques et leurs propositions, la promotion d'un usage « récréatif » de drogues, les coopératives[61], etc.

Les faillites

La révolution hippie s'est rapidement éteinte malgré le choc salutaire qu'elle apporta à la société de l'époque. Selon certaines analyses, elle a souffert principalement du manque de discernement dans l'attaque des institutions qui étaient toutes mises dans le même panier. En se coupant de possibles ressources, à cause de ce qui pouvait être perçu comme de la paranoïa, elle ne pouvait que disparaître. La prédominance des drogues dans la culture et les communautés hippies ainsi que les décès qui en ont résulté ont terni l'idéal des premiers temps[62]. L'explosion de liberté s'est faite au détriment d'un projet structuré dont l'absence a fini par provoquer la dissolution du mouvement.

Le sénateur de New York, Robert Kennedy, présentait en 1967 la revendication hippie de cette manière : « Ils veulent être reconnus comme des individus dans une société où l'individu joue un rôle de moins en moins important. Voilà une combinaison difficile »[4]. Cet individualisme est pourtant passé dans les mœurs et l'arrivée du néo libéralisme aurait pour certains récupéré, en les dénaturant, les valeurs hippies[63].

Notes et références

  1. L'histoire de "hip" par Jesse Sheidlower
  2. Time Magazine
  3. McCleary, John Bassett The Hippie Dictionary: A Cultural Encyclopedia of the 1960s and 1970s, Ten Speed Press, pp. 246–247, 2004Extraits du dictionnaire
  4. a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j Archives du Times de 1967 : Les hippies
  5. « Ronald Creagh, qui a travaillé sur ces « laboratoires de l’utopie » libertaires aux États-Unis, replace le mouvement communautaire dans une histoire bien plus longue qui commence avec les communautés d’inspiration owenistes ou fouriéristes. Pour lui, il y aurait eu deux phases de floraison des communautés, l’une avant 1860, l’autre après 1960. » L'En Dehors - « Communes », « Communautés », « Milieux libres »
  6. a , b , c  et d Révolte des campus et nouvelle gauche américaine, Marie-Christine Granjon, Matériaux pour l'histoire de notre temps, Année 1988, Volume 11, Numéro 1, p. 10 - 17
  7. Selon Patrick Rambaud, l'un des piliers d'Actuel, acteur et observateur du mouvement soixante-huitard français « Les communautés ne sont pas nées dans les années 1960 aux États-Unis en France et en 70 en France. Ça existait au XIXe siècle avec Fourier, Cabet qui part en Floride fonder l'Icarie, et même les pirates du XVIe siècle ! » par Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, Plon, 1992, page 124 et Bernard Thésée, Les Aventures communautaires de Wao le laid, 1974 cité page 126-127 .
  8. Return to nature
  9. a , b  et c Lebensreform en allemagne
  10. En partie parce que les journaux et magazines de l'époque commencent à utiliser le terme « hippie » (voir les archives du Times de 1967 : Les hippies) et parce que des prises de position plus affirmées contre les décisions du gouvernement commencent à apparaître cette année-là (en opposition au tournant dans la guerre du Vietnam qui provoqua des réactions plus vives à partir de 1964)
  11. a  et b Denis Richard, Jean-Louis Senon, Marc Valleur, Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse, 2004 (ISBN 2-03-505431-1) 
  12. a  et b Les festivals précurseurs, Stan Cuesta, article paru dans Rolling Stone hors série spécial Woodstock, juillet-août 2009
  13. Hippies, Barry Miles
  14. The Year of the Hippie: Timeline, PBS.org. Consulté le 24 avril 2007
  15. (fr) Steve Turner, L’Intégrale Beatles: les secrets de toutes leurs chansons [« A Hard Day’s Write »], Hors Collection, 1999 (ISBN 2-258-06585-2), p. 133-156 
  16. San Francisco Oracle
  17. Hippies, Barry Miles, pages 195-206
  18. L'Aventure hippie, Bouyxou et Delannoy, page 86
  19. http://paris70.free.fr/babas.htm Paris années 70
  20. Hippies, Barry Miles, page 286-290
  21. Provo movement and it’s influence on the City of Amsterdam, Kryštof Zeman, 1998
  22. Niek Pas, Provos in La France des années 1968, Syllepse, 2008
  23. a  et b Nous l'avons tant aimée, la révolution, Dany Cohn-Bendit, Point Actuels, 1988, page 47
  24. Woodstock in 1969, 24-06-2004
  25. L'Aventure hippie Page 95
  26. Woodstock - Histoire de vétérans de la paix, Libération, 15/08/2009
  27. L'Aventure hippie, Bouyxou et Delannoy, page 120
  28. http://paris70.free.fr/auvers71.htm Festival d'Auvers
  29. Sur Berkeley Daily Planet
  30. a  et b Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, 10-18, page 141 et page 166.
  31. « Treize mois, six jours, durée moyenne d'une communauté rurale », L'Aventure hippie, p 175-176
  32. Sur Arte
  33. Reportage sur la communauté de Charleval
  34. L'histoire des Hippies
  35. Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, 10-18, page 142.
  36. Les beaux jours de Summerhill, Le Monde, 20 février 2000
  37. Cops=Pigs"Pour manifester leur mépris de la politique, les manifestants avaient amenés un cochon qu'ils présentaient comme leur candidat, quand les forces de l'ordre tentèrent de les disperser, les porte-parole, s'adressant aux agents de police, dirent «Mais vous êtes les vrais porcs !». L'expression circula et tout le monde se mit à chanter «Pigs, Pigs». Les journaux reprirent l'expression en titre et elle se diffusa dans tout le mouvement ensuite.
  38. Do it! scénarios de la révolution, Seuil, 1973
  39. George Alexander Legman serait le créateur de la formule, lors d'une conférence à l'Université de l'Ohio. Love and death (and schmutz) : G. Legman's second thoughts Village Voice, p. 41-43
  40. Je veux regarder Dieu en face, Michel Lancelot, cité dans L'Aventure hippie, p 90.
  41. Larzac, trente ans de contestation : 1973 à 2003 Ouest France, 7 août 2003
  42. Les hippies avaient raison sur toute la ligne, San Francisco Chronicle, repris dans Courrier International n° 894-895 du 20 décembre 2007
  43. Le guide pratique du hippie écolo, Libération, 17/08/2009
  44. Timothy Leary, Michael Horowitz, Vicki Marshall Chaos and Cyberculture, 1994
  45. McIntosh, R. (1985) The Background of Ecology. Concept and Theory. New York: Cambridge University Press
  46. Messenger from the Summer of Love de David Rey Echt Deeds Publsihers 2001
  47. Voir This Season's People: A Book of Spiritual Teachings de Stephen Gaskin Book Publishers 1978
  48. Sur la route de Jack Kerouac Gallimard 1997
  49. Magic Bus : sur la route des hippies d'Istanbul à Katmandou de Rory MacLean Hoëbeke, 2008
  50. Strange days indeed, Stuart Ward, Desert Sage books
  51. Tenues vestimentaires du hippie américain
  52. « Vivre nu » dans l'émission Temps présent du 14 septembre 1972 par Yvan Butler
  53. De la misère en milieu hippie, Ken Knabb, groupe Contradiction, 1972
  54. a , b  et c Woodstock marque le début de la récupération de l'idéologie hippie, Interview de Pierre Delanoy et Jean-Yves Reuzeau, Le Monde, 14 août 2009
  55. L'Aventure hippie
  56. Rolling Stones Photo Galleries, Hell's Angels at Altamont, 6 décembre 1969, consulté le 30/03/09
  57. Qu'est-ce qu'un hippie ?
  58. Enquête de l'Institut national d'hygiène mentale, citée par L'Aventure hippie, P 352
  59. The Utopian
  60. Woodstock in 1969, 24-06-2004
  61. a  et b Un homme d'affaire fait l'inventaire de l'influence des hippies sur le monde occidental
  62. Dans The Atlantic, analyse de 1967
  63. Pour Charles Shaar Murray, « Le chemin qui mène des hippies aux yuppies n'est pas aussi tortueux que beaucoup aiment le croire. Une bonne partie de la vieille rhétorique hippie pourrait parfaitement être reprise par la droite pseudo-libertaire, ce qui s'est d'ailleurs produit. Rejet de l'État, liberté pour chacun de faire ce qu'il veut, cela se traduit très facilement par un yuppisme 'laisser-faire'. Voilà ce que cette époque nous a légué. » Cité dans Thatcher, héritière des hippies, The Guardian, Courrier international n° 894-895

Voir aussi

Articles connexes

Films

Bibliographie

  • René Barjavel, Les Chemins de Katmandou, Hachette, 1969 
  • Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, 10/18, 2004, 416 p. 
  • Alain Dister, Oh, hippie days !, J'ai lu, 2001 
  • Charles Duchaussois, Flash ou le grand voyage, Livre de poche 
  • Michel Lancelot, Je veux regarder Dieu en face : le phénomène hippie, Albin Michel, 1968 
  • Rory Maclean, Magic Bus : sur la route des hippies d'Istanbul à Katmandou, Hoëbeke, 2008 
  • Barry Miles (trad. Denis Montagnon), Hippies, Octopus/Hachette, 2004 
  • Tom Wolfe, Acid test, Le Seuil, 1975 
  • Jacques Plessis et Émilie Leduc, Les années hippies, Dargaud, 2005 
  • Edgar Morin, Journal de Californie, 1970 
  • (en) Lewis Yablonsky, The Hippie Trip: A Firsthand Account of the Beliefs and Behaviors of Hippies in America, iUniverse, 2000 
  • (en) Skip Stone, Hippies From A to Z: Their Sex, Drugs, Music and Impact From the Sixties to the Present, Hip, 1999 

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