Uruk


Uruk
Uruk
Localisation
Pays Drapeau d'Irak Irak
Province Al-Muthanna
Coordonnées 31° 19′ 28″ Nord
       45° 38′ 11″ Est
/ 31.324387, 45.63652
Localisation d'Uruk et des principales cités de Mésopotamie.
Localisation d'Uruk et des principales cités de Mésopotamie.
Iraq location map.svg
Uruk
Uruk

Uruk (ou Ourouk) est une ville de l'ancienne Mésopotamie, dans le sud de l'Irak. Le site est aujourd'hui aujourd'hui appelé Warka, terme dérivé de son nom antique qui vient de l'akkadien, lui-même issu du nom sumérien ou pré-sumérien UNUG, et qui a aussi donné l'hébreu Erech dans la Bible[1]. Le site d'Uruk fut occupé à partir de la période d'Obeid et ce jusqu'au IIIe siècle. Cette ville joua un rôle très important sur les plans religieux et politiques pendant quatre millénaires.

Uruk fut notamment la ville du roi mythique Gilgamesh. Elle passe également pour être la plus ancienne agglomération à avoir atteint le stade urbain dans la seconde moitié du IVe millénaire, et c'est potentiellement là que l'écriture a été mise au point au même moment. Le regain d'activité que la ville connaît durant la seconde moitié du Ier millénaire en fait un des derniers lieux où se conserve l'antique tradition mésopotamienne, avec sa littérature et ses textes religieux et astronomiques rédigés en écriture cunéiforme. Uruk est donc un site capital situé aux deux extrémités de la longue histoire de la Mésopotamie, et le produit de ses fouilles est crucial pour comprendre cette civilisation.

Le site est organisé autour de deux entités, qui correspondent peut-être à deux villages unifiés pour former la cité d'Uruk : Kullab à l'ouest, et Eanna à l'est, séparés d'environ 500 mètres seulement, localisés au centre du tell. Mais la ville s'étendait bien au-delà de ces quartiers, recouvrant à son apogée durant les Dynasties archaïques (IIIe millénaire) une surface de 400 hectares.

Sommaire

Fouilles

Plan général du site d'Uruk/Warka.

Le site d'Uruk a été localisé au milieu du XIXe siècle, grâce à ses ruines restées imposantes malgré le sable les recouvrant, par le géologue anglais William Kenneth Loftus, qui entreprit les premières fouilles en 1849 et en 1853. Walther Andrae y effectue quelques prospections en 1902. À partir de 1912, elles sont réalisées sous la responsabilité de la Deutsche Orient-Gesellschaft (DOG), société scientifique allemande fondée en 1898 à Berlin, à la suite de l'intérêt manifesté à la fin du XIXe siècle pour les nouvelles découvertes concernant le « pays de la Bible ». La première campagne est dirigée par Julius Jordan, jusqu'en 1913, et se concentre surtout sur le secteur de l'Eanna, tout en explorant les restes des murailles qui ceignaient la cité.

Jordan revint à Warka en 1928, toujours pour le compte de la DOG, associée à la Notgemeinschaft der Deutschen Wissenschaft (NG, « Association d'urgence de la science allemande »). Il y resta une dizaine d'années, avant de laisser sa place à Arnold Nöldeke, puis Ernst Heinrich jusqu'en 1941. Les vestiges des époques récentes furent délaissés, pour explorer les niveaux anciens de l'Eanna. Les archéologues effectuèrent un sondage du sol en 1931, pour bien se rendre compte des différentes époques de la cité, et reconstituèrent le plan général de celle-ci. Ils dégagèrent les deux secteurs des temples principaux, l'Eanna et le Bīt Resh, et y trouvèrent de nombreuses tablettes d'argile datant de différentes époques depuis les débuts de l'écriture jusqu'à la fin de la civilisation mésopotamienne, les premières étant publiées par l'épigraphiste Adam Falkenstein. Interrompues en 1941, les fouilles d'Uruk furent poursuivies par différentes équipes sous l'égide de l'Institut allemand d'archéologie, dirigées successivement par Heinrich Jacob Lenzen, Jürgen Schmidt et depuis 1980 Rainer Michael Boehmer. De 1982 à 1984, un sondage fut réalisé sur toute la surface du site. Les recherches sur place stoppèrent en 1989. Trente-neuf campagnes avaient alors été menées sur le site d'Uruk.

Les résultats des fouilles d'Uruk, dont les tablettes exhumées sur le site, ont été et sont encore publiés dans deux séries successives :

  • Ausgrabungen der Deutschen Forschungsgemeinschaft in Uruk (ADFU), 17 vol., 1912-1985 ;
  • Ausgrabungen in Uruk-Warka, Endberichte (AUWE), 24 vol., 1987-2003 (série toujours en cours de publication)[2].


En avril 2003, une expédition allemande aurait découvert ce qui pourrait être le tombeau de Gilgamesh[3].

La période d'Uruk : la « première ville »

Article connexe : Période d'Uruk.
Sceau-cylindre de la période d'Uruk, représentant une « ronde » de bovins.

Le choix du nom d'Uruk comme site éponyme pour désigner cette période est peu contestable comparé à d'autres périodes, du fait de l'importance que la cité a manifestement à cette période, et surtout pour l'historiographie de celle-ci, en raison de l'importance des découvertes architecturales et épigraphiques qui ont révélé son caractère « révolutionnaire[4] ». La ville couvrait dans les 70 hectares au début du IVe millénaire, elle atteint les 100 hectares au début de l'Uruk final, puis 230 hectares à l'extrême fin de la période. C'est alors, et de loin, la plus grande agglomération de Basse Mésopotamie. On y a identifié les caractéristiques majeures de la période d'Uruk. D'abord le début de l'urbanisation, qui se marque par la taille croissante de l'agglomération, les traits d'une société de plus en plus hiérarchisée, la présence d'une architecture monumentale montrant l'existence d'un pouvoir fort, qui atteint le stade de l'État. Cependant aucun quartier d'habitation n'a été mis au jour : on ne sait rien du cadre quotidien des habitants celle qui passe parfois pour être la « première ville ». L'art de cette période apparaît dans les objets exhumés à Uruk, notamment les sceaux-cylindres, qui sont une innovation de cette période, et représentent alors beaucoup de thèmes religieux, ainsi que la vie quotidienne. C'est enfin sur ce site (avec celui de Suse) que sont représentés le plus clairement les progrès dans la comptabilité accomplis à cette période, et surtout les débuts de l'écriture, une autre des inventions majeure de la période d'Uruk. Le rayonnement de la cité au-delà des limites de la Basse Mésopotamie, est là encore incertain. Il est manifeste que la culture « urukéenne » exerce un rayonnement fort dans plusieurs régions du Moyen-Orient dans les derniers siècles du IVe millénaire, mais il est impossible de le faire correspondre avec un éventuel « proto-empire ».

Chronologie

Les divers sondages effectués à Warka, et l'analyse des céramiques qui en ont été extraites, révèlent que le site est occupé à partir de la fin de la période d'Obeïd, vers la fin du Ve millénaire, sur le bord de l'Euphrate, qui correspond aux niveaux archéologiques d'Uruk XVIII à XIII. La période suivante, à laquelle la ville a donné son nom, la Période d'Uruk, couvre les niveaux XII à IV, plus le III pour la période dite de Djemdet Nasr qui est proche de celle d'Uruk. La chronologie de ces niveaux, qui couvrent en gros le IVe millénaire, est très approximative et débattue. Il est très complexe de dater les niveaux archéologiques (chronologie absolue), et de les faire correspondre avec ceux des autres sites de la Mésopotamie et des régions voisines (chronologie relative). D. Surenhagen a distingué plusieurs phases[5]. Les premières, celles de l'Obeid final, correspondant à une phase formatrice de la période d'Uruk, voient l'introduction de nouveaux types de céramiques (grise et rouge), ce qui reflète peut-être l'arrivée de nouvelles populations, mais d'autres explications sont possibles. La phase suivante, l'Uruk ancien (niveaux XII à IX) est celle durant laquelle se constituent les types de céramiques caractéristiques de la période d'Uruk : d'abord les premières poteries réalisées au tour, non peintes, de couleur grise ou à engobe rouge, donc une vraie révolution, puis les écuelles à bords biseautés (beveled-rim bowls) réalisées en série à la main. Le début de la phase d'Uruk moyen (niveaux VIII à VI) est marqué par une multiplications des formes de céramiques, des décors, qui traduisent manifestement de nouvelles mutations. Le matériel céramique connaît à nouveau une série de changements au début de la période d'Uruk récent (niveaux V à IV). Ainsi se dégageraient plusieurs périodes marquées par des changements, dont l'interprétation sociale, politique et encore plus ethnique est impossible à faire en l'état actuel de la documentation. Ce sont les traces architecturales qui permettent finalement de mieux connaître Uruk à la période à laquelle elle a donné son nom. Là encore le constat est frustrant puisque les niveaux fouillés sont ceux de l'Uruk final et de Djemdet Nasr (niveaux V, IV et III), et ne concernent que les édifices monumentaux dont l'interprétation est difficile.

Les monuments de la période d'Uruk final

Dès le niveau V (3500 av. J.‑C.) et certainement bien avant, il est certain que l’agglomération d'Uruk n'est plus un village mais est devenue une cité. On ne peut décrire l'organisation de la ville car les fouilles pratiquées dans le secteur de l’Eanna et dans celui du temple Blanc ne donnent aucune indication sur la structure, ni sur les composantes de l'agglomération. L'interprétation des bâtiments mis au jour est débattue, même s'il est manifeste qu'ils reflètent la présence d'un pouvoir de plus en plus fort qui souhaite à y imprimer la marque de sa puissance. Il est capable de mobiliser bien plus de travailleurs que ceux mobilisés pour les constructions des périodes précédentes, ce qui illustre le niveau de richesse qu'il a atteint. Ces constructions sont également l'occasion de diverses innovations architecturales et artistiques, les différents chantiers d'Uruk ayant été une opportunité pour les artistes de l'époque de mettre en œuvre leur imagination créatrice.

Les constructions du niveau IVa de l'Eanna.
Les constructions du niveau IVb de l'Eanna.

Le premier groupe de constructions est celui de l'Eanna, le quartier de la ville qui voit le plus grand développement architectural durant la période d'Uruk[6]. Les restes d'au moins sept temples superposés ou juxtaposés, datant de la deuxième moitié de la période, ont été retrouvés au pied de la ziggourat bâtie à la fin du IIe millénaire. Ils sont remarquables par leur taille.

Le plus ancien bâtiment date du niveau VI, et ses colonnes sont ornées de cônes de terres cuite enfoncés dans l'enduit d'argile formant une mosaïque géométrique noire, blanche et rouge, comme dans certains édifices construits plus tard dans l'Eanna. Il est recouvert par le « Temple calcaire », datant du niveau V. Il est construit sur un soubassement en blocs de calcaire, extrait dans des carrières voisines d'Uruk. Son plan suit la forme tripartite développée à la période d'Obeid, mais de proportions grandioses : 30 m sur plus de 80 m, avec une salle centrale large de 12 m. Une nouvelle étape a été franchie dans la monumentalité.

Le Temple calcaire jouxte une grande cour de la période suivante, le niveau IVA, dont un côté est formé d'un portique de huit colonnes en briques crues de 2,32 m de diamètre[7]. Les murailles de la cour, les colonnes et leur soubassement sont ornées de mosaïques, reprenant le procédé du bâtiment du niveau VI. On retrouve également ce type de décoration dans un bâtiment situé à l'ouest du complexe, de plan tripartite, et protégé par une petite enceinte intérieure. Les archéologues ont baptisé ces deux lieux respectivement « Hall aux mosaïques » et « Temple aux mosaïques ». Au sud-ouest du Hall aux mosaïques, se trouvait le « Bâtiment carré », nommé ainsi en raison de la forme de sa base, originale pour la période. Une grande cour occupe son centre. Les murs de cette dernière ainsi que ceux de l'extérieur de l'édifice sont troués de niches, comme d'autres constructions de la même époque. D'autres édifices avaient été construits au nord-ouest du Hall aux mosaïques. Une autre construction, située à l'emplacement de l'ancien Temple calcaire, doit son nom de « Temple rouge » au badigeon qui recouvrait ses murs.

Le niveau IVB voit la construction de grands bâtiments, alors que d'autres de la période précédente continuent à être en service[8]. La Cour située à l'est de l'ancien emplacement du Temple aux mosaïques était peut-être un bassin. Au nord-ouest de complexe, le « Temple C » et le « Temple D » présentent un plan tripartite. Le second est le plus vaste bâtiment de l'Eanna, avec des dimensions de 80 mètres sur 50. Le premier est plus petit (54 x 22 mètres). Un « Grand hall » bordé par des piliers est construit au nord-ouest.

Au niveau III, correspondant à la période de Djemdet-Nasr, datée des derniers siècles du IVe millénaire et qui marque la transition entre la Période d'Uruk et celle des Dynasties archaïques, une grande rupture architecturale se produit[9]. Les constructions sont arasées, et on y construit une vaste terrasse de 2 mètres de haut, sur laquelle devait se trouver un édifice dont il ne reste plus rien. Ce niveau archéologique a également livré des œuvres d'art remarquables, dont certaines dans un dépôt qui avait probablement une fonction culturelle, nommé Sammelfund par les fouilleurs du site.

Les niveaux VI-IV de l'Eanna auraient été occupés, selon les archéologues allemands qui les ont mis au jour, par des temples[9]. En fait cette identification est loin d'être assurée, car on ne sait rien de la nature exacte du pouvoir qui dominait Uruk à cette époque. Aucun des édifices dégagés ne présente la moindre installation cultuelle et n'ont été identifiés comme temples que parce que les théories dominantes à l'époque de leur découverte voulaient que le pouvoir ait été exercé par une sorte de pouvoir théocratique (on parlait de « cité-temple »). L'Eanna peut aussi bien être considéré comme le centre du pouvoir politique. En réalité, il est probable que toutes les constructions n'aient pas une même fonction, et qu'on doive y trouver des palais, des bâtiments administratifs et des temples[10]. Quoi qu'il en soit, il est incontestable que le pouvoir qui dirige Uruk durant les derniers siècles du IVe millénaire est d'une importance bien supérieure à celui qui existait dans les périodes précédentes[11]. Il a les moyens de mobiliser des ressources variées pour créer un vaste complexe monumental planifié, en stimulant le savoir-faire et la capacité d'innovation des artisans, qui peuvent y faire preuve de grande créativité dans le plan des édifices ou encore les techniques employées. Cet aménagement est sans précédent en Mésopotamie, et montre bien la puissance d'Uruk à cette période.

Le sanctuaire d'Anu à la période d'Uruk III.

À 500 m à l'ouest d'Eanna se dressait le deuxième groupe monumental, dans le quartier de Kullab[12]. Sur une plate-forme de 13 mètres de haut et d'une quarantaine de mètres de côté avait été bâti un temple de 22,30 m sur 17,50 m surélevé sur un socle de 30 cm à 40 cm, le « Temple blanc ». Il doit son nom au plâtre qui recouvre ses murs, encore conservés sur trois mètres de haut et est daté de la période du niveau V d'Uruk. Organisé autour d'une salle centrale rectangulaire ouvrant sur plusieurs salles situées sur ses deux côtés les plus longs, il comprend toujours un autel, ce qui est exceptionnel. Les fouilles ont révélé que cet édifice recouvre toute une série d'édifices antérieurs, et dessous, une autre terrasse et deux très grands sanctuaires de la période d'Obeid. Le Steingebäude (« Bâtiment de pierre »), datant apparemment du début de la période d'Uruk, situé au sud-ouest de la ziggurat, est celui dont les ruines sont encore les plus apparentes.

Un art novateur, reflet des évolutions socio-politiques

Les changements politiques et sociaux de la période d'Uruk récent ont été accompagnés par des changements dans les arts visuels reflétant les évolutions de l'idéologie, notamment dans les domaines politique et religieux[13]. La construction de plusieurs bâtiments de l'Eanna est l'occasion de la mise au point de décors de mosaïques réalisés avec des cônes d'argile peints. La glyptique connaît un fort développement avec la mise au point des sceaux-cylindres, permettant de dérouler des images plus complexes que les sceaux-cachets des périodes précédentes, notamment des frises se déroulant à l'infini. L'art prend une tournure réaliste, dans la représentations des humains dans les activités quotidiennes, ou de rondes d'animaux. Les animaux sont également représentées par plusieurs statuettes. Les figures dominantes des différentes formes de gravure et de sculpture provenant d'Uruk sont de forme humaine. D'abord la grande déesse, sans doute Inanna, considérée aux périodes suivantes comme la maîtresse de la ville, dont l'Eanna est justement le sanctuaire. La période d'Uruk porte les premières traces d'un anthropomorphisme des divinités mésopotamiennes. Le second personnage majeur est le « roi-prêtre », un personnage barbu portant un bandeau, manifestement une figure royale, s'illustrant dans des scènes de combat ou de dévotion à la grande déesse. Des œuvres majeures montrant ces personnages ont été mises au jour dans le Sammelfund du niveau III, comme le grand vase en albâtre mesurant 1,20 mètre de hauteur, sculpté sur trois registres, représentant notamment un scène d'offrande à la grande déesse[14]. Un autre découverte de ce niveau, la tête de la « Dame de Warka », une sculpture grandeur nature d'un visage féminin très mutilé dont il ne reste que le masque de marbre, pourrait représenter cette déesse[15]. Le « roi-prêtre » est quant à lui le personnage principal de la stèle de la chasse, qui le montre en train de chasser des lions, attitude caractéristique des rois mésopotamiens qui culmine chez les Assyriens plus de deux mille ans après[14]. Plusieurs statues en ronde-bosse représentent également cette figure.

Art de la période d'Uruk

Les débuts de l'écriture

Tablette administrative (détail) de la fin de la période d'Uruk.

C'est à Uruk qu'apparaissent les plus anciennes tablettes écrites en Mésopotamie[16]. Cela concorde bien avec certains récits légendaires sumériens qui font de cette ville le lieu d'invention de l'écriture. C'est au niveau IV (période d'Uruk finale) qu'ont été exhumées les plus anciennes tablettes, avant tout dans le secteur de l'Eanna, confirmant la vocation de celui-ci comme centre du pouvoir dans la ville. Près de 2 000 tablettes remontent à cette période. Elles avaient été réutilisées dans des constructions peu de temps après leur réalisation, ce qui fait qu'elles ont été retrouvées hors de leur contexte de rédaction. Il s'agit de textes de comptabilité avant tout, donc servant à l'administration d'une institution, dont la nature exacte reste inconnue. Le niveau III (Période de Djemdet Nasr) a lui livré plus de 3 000 tablettes, elles aussi avant tout comptables. Mais on trouve dès les premiers temps de l'écriture des listes lexicales. Le corpus de textes mis au jour dans les niveaux IV et III s'élève à plus de 5 000 tablettes, ce qui constitue de loin le plus important lot de la période des débuts de l'écriture[17].

Les tablettes se complexifient entre les périodes IV et III : elles sont plus grandes et comprennent plus de signes plus on avance dans le temps, les dessins se simplifient, et elles sont plus précises, contiennent plus d'informations. C'est également à la période de Djemdet Nasr que l'on commence à utiliser des calames à l'extrémité taillée en triangle pour inciser les tablettes, ce qui aboutit finalement à la graphie cunéiforme. Robert Englund distingue trois types de tablettes pour le niveau IV : des étiquettes d'argile indiquant sans doute la personne recevant ou donnant un produit ; des petites tablettes avec des nombres associés à des pictogrammes représentant des objets ou personnes ; de plus grandes tablettes, divisées en plusieurs sections, comportant les deux mêmes éléments que le type précédent, mais plus nombreux, constituant sans doute des récapitulatifs (parfois le total numérique des objets est noté au revers de la tablette). Ce dernier type est celui qui est le plus courant au niveau III.

Les causes du début de l'écriture sont sujettes à de nombreux débats[18]. Elle est précédée par l'apparition aux périodes antérieures de procédés que l'on identifie parfois comme de la « pré-écriture » : des sceaux servant à contrôler des biens entreposés ou transitant entre plusieurs endroits, dont les sceaux-cylindres qui apparaissent à la période d'Uruk ; des jetons (calculi) servant sans doute à indiquer quels étaient les produits contrôlés ; et des bulles d'argile contenant ces mêmes jetons. Plus tard, à la période précédent directement l'invention de l'écriture (Uruk V), la bulle est aplatie, et devient une tablette, comportant des signes rudimentaires (des chiffres) et/ou des empreintes de sceaux. Mais les liens entre les jetons et les signes qu'ils comportent, et les premiers signes écrits sont loin d'être probants, et faire du second le dérivé des premiers est sans doute trop hâtif.

Il est en tout cas évident que l'écriture participe des innovations qui accompagnent à la période d'Uruk la constitution de plus grandes entités politiques, qui deviennent de véritables États. Les tablettes retrouvées sont probablement issues des archives d'une grande institution (temple ou palais) qui dispose d'un grand poids dans l'économie et la société d'Uruk au cours des derniers siècles du IVe millénaire. Les périodes suivantes voient le développement de l'écriture se poursuivre, mais le site d'Uruk n'a offert aucun témoignage de cela.

Période des dynasties archaïques

Les rois légendaires

Masse d'armes dédiée au roi d'Uruk Gilgamesh divinisé, Girsu, période d'Ur III.

La Liste royale sumérienne[19], montrant les souverains archaïques rapportés par la tradition sud-mésopotamienne, attribue à Uruk une « première dynastie » qui aurait exercé la domination sur les royaumes voisins, vers une période que les historiens contemporains situent au Dynastique archaïque II (DA II, 2800-2600)[20]. Elle enlève la suprématie au royaume de Kish sous les rois Dumuzi le pêcheur (différent de Dumuzi le berger, dieu sumérien époux d'Inanna), qui aurait capturé le roi Enmebaragesi de Kish, et sous son successeur Gilgamesh. Ces deux souverains sont en fait précédés par trois autres : le premier, Meskiangasher, est présenté comme étant le fils du dieu-soleil Utu, et ayant régné à Eanna ; son successeur Enmerkar est quant à lui présenté comme roi d'Uruk, qu'il aurait construite ; son fils Lugalbanda règne ensuite. Ce même texte fait de Gilgamesh le roi de Kullab, et non d'Uruk.

Trois de ces souverains sont connus par des cycles de récits épiques qui les mettent en scène. Enmerkar et Lugalbanda sont souvent présentés comme luttant contre la cité d'Aratta, un royaume situé vers l'Iran actuel, auquel ils disputent les faveurs d'Inanna, qui finit par devenir la déesse d'Uruk[21]. C'est au cours d'un de ces conflits que le premier aurait inventé l'écriture. Gilgamesh est quant à lui le héros de nombreux récits sumériens[22], avant la rédaction de sa fameuse épopée au début du IIe millénaire[23]. Divers récits racontent sa lutte contre le roi Agga de Kish, qui est d'après la Liste royale le dernier souverain de la dynastie de Kish vaincue par Uruk : le passage de témoin entre les deux hégémonies se ferait donc sous ces deux rois.

Mais la tradition sumérienne connue par d'autres textes est diverse voire parfois contradictoire, et on ne peut en tirer de certitude quant à la réalité historique des faits qu'elle rapporte, d'autant plus que les récits mis par écrit ont souvent une visée politique (la Liste royale servant à légitimer la dynastie régnant à Isin au début du XIXe siècle). On peut au mieux en tirer quelques traits généraux : l'importance du royaume d'Uruk durant les premiers siècles des Dynasties archaïques, avec apparemment des rois qui ont marqué l'histoire du pays de Sumer ; l'importance de la déesse Inanna dans la cité et dans son rayonnement ; divers conflits qui ont marqué l'histoire de la ville.

Les premiers rois « historiques » d'Uruk

Clou de fondation commémorant le traité de paix conclu entre Enmetena de Lagash et Lugal-kinishe-dudu d’Uruk.

C'est à partir du DA III (2600-2340) que l'on dispose de sources plus fiables sur l'histoire du pays de Sumer, provenant avant tout de Girsu (Tello), dans le royaume de Lagash. Quelques documents font allusion à des souverains d'Uruk. Si l'on se réfère à la Liste royale sumérienne, une nouvelle dynastie d'Uruk exerce la domination à Sumer, quand son roi Enshakushana bat Hadanish de Hamazi (un royaume situé dans le Zagros). Ce roi est connu par des inscriptions de la période, dont une qui le présente dans une inscription comme le fils d'un roi d'Ur, Elili : les liens entre Uruk et la cité voisine semblent forts à cette période. D'autres documents indiquent qu'Enshakushana a réussi à atteindre à un moment de son règne une grande puissance, puisqu'il est le premier souverain connu à se proclamer « EN (titre souverain) de Sumer (KI.EN.GI) », et « roi du pays » (LUGAL.KALAM.MA)[24]. Il prétend avoir vaincu Enbi-Ishtar de Kish, non présent dans la Liste royale. Il s'agit d'un des précurseurs des premières constructions proto-impériales de Mésopotamie. Lugal-kinishe-dudu, qui est sans doute son successeur, est connu par un clou d'argile commémorant un traité de paix qu'il conclut avec son homologue Enmetena de Lagash. Son fils Lugal-kisalsi monte ensuite sur le trône d'Uruk. Les inscriptions de ces deux rois indiquent qu'ils domineraient plusieurs grandes villes importantes de Sumer[25]. Finalement, leur État tombe sous la coupe de Lugal-zagesi, originaire d'Umma vers 2350. Ce dernier se constitue un royaume dominant toute la Basse Mésopotamie, dont il établit la capitale à Uruk : la Liste royale comme plusieurs de ses inscriptions le présentent comme un roi d'Uruk. Cela montre l'importance de cette ville en tant que capitale politique dans le sud de Sumer. Mais cette période est éphémère, puisque Lugal-zagesi est battu par Sargon d'Akkad, qui s'empare de ses possessions.

La cité au dynastique archaïque

Uruk atteint sa taille maximale au Dynastique archaïque, quand elle recouvre une surface de 400 hectares environ. C'est de cette période que date la construction de sa vaste muraille de 9 kilomètres de long, que la tradition attribue à Gilgamesh. Les sondages réalisés dans la surface enceinte indiquent que c'est à cette période que l'occupation du site est la plus dense, même si toute la surface n'est pas bâtie. La ville est toujours organisée autour de ces deux centres, Eanna et Kullab. Le premier est l'un des sanctuaires les plus importants du pays de Sumer[26], sans doute même le plus important, de par le rayonnement de ses deux divinités tutélaires, Anu et sa fille Inanna. Son centre bascule plus au nord des anciennes constructions des niveaux IVa et IVb, à la période de Djemdet Nasr (niveau III et peut-être II) et au début des Dynasties archaïques. Un temple sur terrasse y est bâti pour dominer ce nouvel ensemble. Il est agrandi à la fin du DA III. La terrasse a une base de 23,50 x 18,30 mètres, et est ornée par des demi-colonnes sur un côté.

Premiers empires et derniers rois d'Uruk

Uruk sous les empires d'Akkad et d'Ur

Inscription d'Ur-Nammu commémorant la reconstruction de l'Eanna.

Sous l'empire d'Akkad (2340-2154), Uruk reste l'une des principales cités du pays de Sumer, d'autant plus que sa déesse tutélaire Inanna/Ishtar est la patronne de la dynastie régnante (même si les souverains semblent plutôt privilégier Ishtar d'Akkad). Mais la cité reste insoumise, comme ses voisines, et participe aux grandes révoltes qui secouent les règnes de Sargon et surtout Naram-Sîn. C'est un certain Amar-girid, proclamé roi d'Uruk, qui dirige la révolte des villes sumériennes contre ce dernier, et qui est difficilement réprimée[27]. La domination akkadienne s'achève quelques années après après, selon la tradition sous les coups de tribus Gutis. Une nouvelle dynastie règne depuis Uruk. C'est un roi de cette cité, Utu-hegal, qui aurait débarrassé vers la fin du XXIIe siècle la Basse Mésopotamie de ces mêmes Gutis en défaisant leur roi Tirigan. Ce succès qui a été commémoré dans un texte littéraire sumérien lui a valu de voir son souvenir préservé par la tradition mésopotamienne postérieure[28],[29].

Mais son règne s'achève peu après, quand il est vaincu par Ur-Nammu, qui est sans doute son propre frère, mais choisit de régner depuis Ur, dont il fonde la Troisième dynastie (abrégée en Ur III). Son successeur Shulgi fait de cet État un véritable empire. C'est à ces deux rois que l'on doit des restaurations effectuées à Uruk, ainsi que la construction de la ziggurat de l'Eanna, l'É.GIPAR.INIM, au-dessus de l'ancien temple sur terrasse de la période protodynastique[30]. Elle a une base presque carrée de 55 x 51,5 mètres de côté, et ses ruines s'élèvent encore sur 14 mètres. Comme les autres ziggurats de cette période, on parvient à son sommet par un triple escalier (deux escaliers accolés à la façade et un escalier perpendiculaire rejoignant le centre de l'édifice). La ziggurat est accolée sur trois côtés à des murailles abritant des pièces servant sans doute aux besoins du culte, avec probablement le sanctuaire abritant la statue de la déesse principale, et bordée par plusieurs cours murées. Des parties de colliers en agate inscrits aux noms de Kubatum l'épouse du roi Shu-Sîn et de sa concubine Tiamat-Bashti ont été exhumés. Le sanctuaire est complété par un temple dédié au dieu Ningishzida. Shu-Sîn semble s'être fait enterrer dans un mausolée situé dans les alentours d'Uruk, qui sert également à son culte funéraire[31]. Cela indique que les rois d'Ur III ont peut-être continué à se faire ensevelir près de la cité dont leur dynastie est originaire.

Plusieurs textes de cette période font référence à un rituel important qui se déroule à Uruk, le « mariage sacré » (ou hiérogamie), qui a pour origine les récits sur les amours de la déesse Inanna avec le dieu Dumuzi, présents dans plusieurs textes qui ont peut-être été rédigés par le clergé de l'Eanna[32]. Mais à la période d'Ur III le roi prend la place symbolique du dieu et devient ainsi l'époux de la déesse. Un hymne présente le rituel avec la roi Shulgi comme acteur principal : il se rend à Uruk en bateau, avant de se rendre dans l'Eanna où a lieu le rituel, vêtu d'habits d'apparat. Le déroulement exact du rituel d'union nous échappe. Des hymnes d'amours dans lesquels Inanna célèbre Shulgi et son deuxième successeur Shu-Sîn sont également issus de cette tradition, qui se diffuse dans d'autres villes mésopotamiennes durant les siècles suivants.

Les derniers rois d'Uruk durant la période amorrite

La dynastie d'Ur III s'effondre en 2004 sous les coups des Élamites. Uruk subit peut-être des destructions à ce moment-là. Un texte appartenant à la série des « Lamentations » sur les malheurs villes de Sumer, rédigé quelques décennies après les faits, lui est en tout cas dédié (Lamentation sur la destruction d'Uruk[33]). Mais il n'est pas sûr que cela se soit produit ainsi, étant donné que ce type de textes répond plus à un topos littéraire qu'à une volonté de rapporter un événement réel. Ce sont les Amorrites qui tirent parti de la situation suivant la chute d'Ur, puisque plusieurs dynasties issues de cette ethnie s'installent à la tête de royaumes en basse Mésopotamie. Le premier royaume à dominer la région est celui d'Isin, dans lequel Uruk est inclus, avant de passer sous la coupe de Larsa après les victoires de son roi Gungunnum (1932-1906). Uruk connaît un bref épisode d'indépendance autour de 1900, avec les rois Alila-hadûm et Sūmū-El, avant de repasser sous la coupe de Larsa en 1891.

En 1860, la cité redevient indépendante grâce à Sîn-kashid, qui fonde une nouvelle dynastie, plus durable[34]. Mal documentée depuis Uruk, cette période reste surtout connue par les sources extérieures à la cité. Sîn-kashid construit un grand palais royal à l'ouest du quartier de Kullab, donc en périphérie de la ville, ce qui est inhabituel. Il n'en reste que les fondations permettant d'en distinguer le plan[35]. Il est organisé en deux grandes parties : à l'est, une grande cour ouvrait sur la salle du trône au nord. A l'ouest se trouvaient plusieurs pièces, comprenant un espace central dont le toit était supporté par six piliers en briques cuites disposés en deux rangées parallèles. Ces espaces devaient correspondre à des zones de stockages et des bureaux administratifs, les pièces résidentielles privées du roi et à de maisonnée devaient se trouver à l'étage. Sîn-kashid a aussi entreprit la construction de plusieurs temples, un étant dédié à Lugalbanda, l'ancien roi de la cité divinisé, accompagné du bâtiment (le Giparu) servant à loger la grande prêtresse de l'institution, qui est la propre fille du roi, Nish-inishu. L'Eanna est une nouvelle fois restauré à cette période. Quelques lots d'archives datant de cette période ont été exhumés : des tablettes administratives du palais de Sîn-kashid[36], et des textes divers datant règnes suivants[37]. L'occupation du site s'est rétractée par rapport à la période précédente, autour des temples et du palais, alors que les jardins et palmeraies ont pris une place importante dans le paysage urbain.

Uruk est alors un royaume peu puissant et peu étendu, menacé en permanence par Larsa, qui en fait peut-être son vassal à certains moments[34]. Les rois de Babylone, puissance montante du sud mésopotamien à partir du XIXe siècle, sont les alliés de ceux d'Uruk, depuis le mariage de Sîn-kashid avec la fille du roi babylonien Sumu-la-El. Les deux cités coalisés partent en guerre contre Larsa en 1809, mais sont vaincues par son roi Rîm-Sîn. En 1802, ce dernier finit par annexer Uruk en battant son dernier roi, Nabi-ilishu. C'est probablement à ce moment que le palais de Sîn-kashid est détruit. Rîm-Sîn perd la ville quelque temps en 1787, quand Hammurabi de Babylone s'en empare, avant de devoir se retirer. Quand celui-ci prend Larsa en 1763, Uruk passe sous sa domination.

L'abandon d'Uruk

Sous le règne du successeur de Hammurabi, Samsu-iluna, les cités de l'extrême-sud mésopotamien se révoltent contre Babylone. Uruk en fait partie, et un dénommé Rîm-Anum y prend le pouvoir quelque temps. Il est connu par quelques tablettes datées de son règne. Mais Samsu-iluna reprend les choses en main entre 1740 et 1739, et Uruk repasse sous son contrôle comme les autres cités rebelles. Le roi babylonien proclame avoir abattu les murailles d'Uruk.

Après cet épisode dramatique, la cité d'Uruk est désertée, comme plusieurs de ses voisines (Eridu, Ur, Girsu). Une partie de ses habitants se réfugie à Kish, où des tablettes datant des règnes des derniers souverains de la Ire dynastie de Babylone attestent de la présence de membres du clergé d'Ishtar et Nanaia, déesses originaires d'Uruk, qui ont migré pour sauver le culte de leurs divinités[38]. D'autres Urukéens sont attestés dans des archives administratives de la région de Kish comme travailleurs agricoles. Ce phénomène est sans doute lié aux événements politiques du règne de Samsu-iluna, mais également au contexte économique de l'ancien pays de Sumer, qui semble connaître une crise qui empire au cours du XVIIIe siècle.

La réoccupation du site à la période kassite

Reliefs en briques cuites moulées du temple de Kara-indash, milieu du XVe siècle, Pergamon Museum.

Après plusieurs siècles durant lesquels l'occupation du site d'Uruk est résiduelle, la cité se repeuple progressivement dans le courant de la seconde moitié du IIe millénaire, à partir de la période de domination de la dynastie kassite de Babylone, qui prend le contrôle de l'extrême-sud mésopotamien vers le début du XVe siècle. L'occupation de la ville reste cependant très faible au regard des périodes précédentes. Le culte de l'Eanna reprend, sans doute sous l'impulsion des rois kassites : Kurigalzu Ier (début du XIVe siècle) a restauré le sanctuaire, et lui a sans doute fait une donation de terres pour soutenir son fonctionnement[39].

L'édifice le mieux connu de cette période est le petit temple situé dans la zone de l'Eanna bâti sous le règne de Kara-indash, qui est novateur sur plusieurs de ses aspects[40]. Déjà par sa forme : c'est un édifice de taille réduite (14 x 18 mètres de base au sol), avec des tours aux anges de sa façade extérieure. Il est divisé en trois parties : deux pièces qui se suivent au centre, sans doute la cella et le vestibule qui y mène ; et deux couloirs latéraux, ouvrant également sur la cella. L'autre aspect remarquable de ce temple sont les reliefs qui ornaient sa façade. Ils étaient réalisés en briques cuites moulées, et représentaient des dieux barbus alternant avec des déesses aux vases jaillissant.

La période néo-babylonienne : la richesse de l'Eanna

Après que la Basse Mésopotamie a traversé des temps difficiles au début du Ier millénaire, suite à l'arrivée des populations araméennes et chaldéennes, la situation s'améliore vers la fin du IXe siècle. Uruk et la campagne environnante connaissent alors une forte expansion démographique[41]. Sur le plan politique, la période « néo-babylonienne » est marquée dans un premier temps par une instabilité et un éclatement du pouvoir politique, les rois se succédant sur le trône de Babylone au gré d'événements souvent chaotiques, sans continuité dynastique, alors qu'émergent des puissances politiques locales, comme celles de la tribu chaldéenne du Bit Dakkuri qui est installée au nord-ouest d'Uruk en direction Borsippa, et le Bit Ammukani qui se situe plus près vers l'est, ou encore le Bit Yakin au sud, et qui disposent chacun de leurs territoires, avec plusieurs établissements fortifiés et de nombreux hameaux agricoles, témoignant de leur prospérité. L'autre élément-clé de l'évolution politique de la période est l'intervention croissante des Assyriens dans les affaires de la Babylonie, qui culmine au moment où ils établissent leur contrôle direct sur la région au cours de la seconde moitié du VIIIe siècle. Uruk et sa région sont marqués par ces changements, puisqu'elles passent en partie ou en totalité sous contrôle des confédérations chaldéennes, des rois babyloniens et des rois assyriens en alternance, et que ceux-ci y restaurent parfois des édifices. Malgré son faible rôle politique, Uruk dispose toujours d'un grand prestige religieux, notamment grâce au sanctuaire d'Ishtar, déesse extrêmement populaire à cette période. Par la suite, le roi de Babylone Nabopolassar, apparemment originaire du sud de la Babylonie, repousse puis défait les Assyriens avec l'aide des Mèdes, et restaure une paix durable en Mésopotamie. Son fils Nabuchodonosor II et ses successeurs (dont Nabonide) entreprennent de grands travaux, notamment de restauration des canaux d'irrigation, des murailles et des temples, ce dont bénéficient Uruk et son arrière-pays agricole. C'est de cette période, précédant la conquête de la Babylonie par Cyrus II de Perse en 539, que datent les nombreuses tablettes administratives et économiques néo-babyloniennes retrouvées à Uruk, illustrant la puissance et le prestige de son grand sanctuaire, l'Eanna[42].

Un vaste complexe cultuel

Les VIIIe-Ve siècles d'Uruk sont surtout connus par les documents provenant du sanctuaire de l'Eanna, qui occupe alors une place majeure dans la vie de la cité. Le sanctuaire lui-même est restauré plusieurs fois durant ces années[43]. Sargon II rebâtit les murs protégeant la zone sacrée. Merodach-baladan II fait construire plusieurs petits temples. D'autres rois assyriens et babyloniens restaurent le complexe par la suite, jusqu'à Cyrus II le perse au début de la domination achéménide. L'Eanna forme alors un vaste complexe cultuel de 330 x 350 mètres, comme il s'en trouve dans les principales villes de Babylonie à cette période. Il est organisé autour de la ziggurat, et d'un ensemble de cours desservant plusieurs sanctuaires, délimitées par des murs épais qui abritent des pièces et parfois même des temples. Les textes de la période nomment plusieurs bâtiments et cours du complexe cultuel, sans qu'il soit toujours possible de les faire correspondre avec ceux qui ont été mis au jour lors des fouilles. Dans la cour entourant la ziggurat (nommée Egiparminbi), sans doute le « parvis supérieur » (kisallu šaplu) des textes, se trouvent plusieurs temples et chapelles. D'abord le temple supérieur (gigunû) surmontant la tour à étages et qui a disparu entièrement, puis deux nouveaux petits temples construits sous Merodach-baladan II situés devant celle-ci, dédiés aux divinités principales de l'Eanna, Ishtar (Enirgalanna) et Nanaya (Ehilianna). Un troisième a été fouillé dans le mur d'enceinte situé au nord-est de celle-ci. Ils ont un plan « babylonien » classique caractérisé par la succession alignée cour-vestibule-cella. Dans le côté opposé de la grande cour (au nord) se trouve un bâtiment où ont été retrouvées les archives du temple. Cette zone comprenait des bâtiments connus par les textes cultuel qui n'ont pas pu être localisés de façon assurée, comme le bīt hilṣi et le bīt terêt, ce dernier servant peut-être pour des oracles. La deuxième grande cour, sans doute le « parvis inférieur » (kisallu elû), située à l'est de la première, abrite le temple de Kara-indash qui est toujours en usage. Il est bordé par un temple dédié à Ningishzida, inclus dans l'enceinte, qui n'a été dégagé que de façon incomplète, mais semble avoir été de plan classique. Au sud, les deux cours sont bordées par d'autres cours plus petites délimitées par une enceinte extérieure. Le complexe sacré est entouré de zones résidentielles denses, où vivent notamment ses desservants.

La vie religieuse d'Uruk

La vie religieuse d'Uruk est traditionnellement dominée par ses deux divinités majeures, Anu et Ishtar. C'est le temple de cette dernière qui est alors prépondérant, et donc le culte de cette déesse qui semble le plus important, en tout cas c'est celui qui se voit le plus dans les textes connus, qui proviennent de l'Eanna[44]. Ishtar d'Uruk y apparaît alors sous l'épithète de « Dame d'Uruk », alors que la seconde divinité principale du sanctuaire, Nanaya, est dite « Reine d'Uruk », suivant une bipartition entre deux déesses tutélaires qui se retrouve à Babylone et à Nippur à la même période. Une troisième déesse, Bēltu-ša-Rēš, complète cette triade de déesses tutélaires de l'Eanna qui sont peut-être toutes considérées comme des hypostases d'Ishtar. D'autres temples du secteur de l'Eanna hébergent d'autres divinités, formant une sorte de cour auprès des déesses majeures, et d'autres sanctuaires se trouvent dans le reste de la ville, consacrés notamment à Nergal, Ninurta, Marduk qui occupe une position plus importante à l'époque de l'empire babylonien en tant que divinité patronne de cet État.

Les offrandes reçues par les deux grandes déesses de l'Eanna sont particulièrement riches et variées : des denrées alimentaires, des vêtements et bijoux pour orner leurs statues, des meubles et autres objets, etc.[45]. Les offrandes alimentaires quotidiennes d'Ishtar sont particulièrement impressionnantes, puisqu'il a été évalué qu'elles nécessitaient par exemple 360 litres d'orge et 66 de froment, soit de quoi subvenir aux besoins quotidiens de 100 personnes suivant les rations alimentaires de l'époque. Elle recevait également des animaux, notamment des moutons et des bœufs, et des boissons. Ces offrandes alimentaires étaient en fait redistribuées au personnel cultuel et au roi qui avait la meilleure part, en tant que premier pourvoyeur du culte. Toutes ces offrandes nécessitaient la participation d'artisans, de brasseurs, de cuisiniers, et d'un personnel spécialisé dans l'exécution des rituels quotidiens, le tout constituant une vaste population gravitant autour du temple[46]. Les charges de culte pouvaient mobiliser leurs détenteurs en permanence, ou bien être divisées en portions de services ne requérant leur participation que quelques jours voire une partie de la journée, suivant le principe des prébendes. Chacune de ces charges impliquait des revenus ou l'attribution de terres, la participation au culte étant alors un moyen d'enrichissement et de prestige pour les élites locales.

L'administration et les activités économiques du temple

Un lot d'archives conséquent a été exhumé lors des fouilles clandestines dans l'Eanna, nous informant sur les activités économiques du temple aux VIIe-VIe siècles. Le temple est alors le principal acteur économique de la région d'Uruk. Sagestion est assurée par un intendant en chef (šatammu), et un délégué en chef (qīpu), assistés par le « scribe de l'Eanna » (ṭupšar Eanna), qui dirige les scribes du temple, et qui est une spécificité locale[47]. Ce dernier est écarté sous le règne de Nabonide au profit d'un agent royal qui surveille les activités du temple : le contrôle du pouvoir sur le sanctuaire se renforce donc (le roi nomme également un agent chargé de gérer sa propre caisse servant au financement de l'Eanna). Ces administrateurs ont avant tout la gestion des affaires économiques du sanctuaire. Ils s'occupent également d'autres temples dont la gestion leur a été concédée. Le personnel religieux chargé du culte (ērib bīti) est quant à lui supervisé par un Grand prêtre. Ces personnages ont tous une grande importance dans la vie de la cité d'Uruk. Ils se succèdent souvent à un même poste au sein de dynasties familiales, comme celles des descendants de Dabibi (souvent scribes de l'Eanna) et Sîn-leqe-uninni (dont une branche se spécialise dans la gestion du bétail du temple)[48].

Il possède environ 17 000 hectares de terres cultivables[49]. Celles-ci s'étendent grâce à des donations, avant tout celles faites par les souverains. Ses palmeraies sont particulièrement bien connues : le temple en possède jusque dans la ville même, et elles lui rapportent environ 18 000 hectolitres par an. Elles sont octroyées en fermage à des « jardiniers » (nukurribu), contre un salaire. Les champs céréaliers sont quant à eux exploités par des « laboureurs » (ikkribu) sous contrat de fermage avec le temple, ou de façon directe par le biais de dépendants du temple, des « oblats » (širku), une catégorie sociale semi-libre (qui peut être rapprochée d'une forme de servage), organisés en équipes de labour dirigées par des chefs. La gestion des terres du temple est en partie supervisée par le personnage chargé de la supervision de l'irrigation (gugallu), qui coordonne également les travaux agricoles avec ses assistants. Les agents du temple estimaient les rendements attendus à partir desquels ils déterminaient la redevance à verser par les cultivateurs. Certaines terres peuvent également être octroyées à des personnes indépendantes du temple contre redevance. Un dernier système d'attribution des terres est connu à partir du règne de Nabonide, la « ferme générale », cas dans lequel un domaine de taille importante est concédé contre redevance à des notables (parfois même issus du personnel cultuel) qui doivent le faire exploiter par leurs propres moyens humains et matériels. L'Eanna dispose également de nombreux troupeaux, avant tous les ovins (près de 100 000 selon les estimations). Ils sont envoyés en saison chaude vers les zones de pâtures situées sur le Haut Tigre, dans la région de Takrit, sous la direction de pasteurs et la surveillance d'archers rétribués par le temple. Les éleveurs avaient conclu un contrat avec le temple qui impliquait qu'ils remettent une quantité déterminée d'animaux et de laine, principal but de l'élevage des moutons. Les jeunes agneaux servaient souvent pour les sacrifices. Les bœufs, quoi que sacrifiés également, sont avant tout élevés pour être des animaux de trait. L'Eanna disposait d'une grande quantité de volaille, servant pour les offrandes, confiés là aussi à des éleveurs sous contrat.

La campagne urukéennes est alors une zone irriguée riche, parcourue par plusieurs canaux servant également pour le transport fluvial quand le niveau de l'eau est suffisamment haut. Le principal était le « Canal du Roi », qui est un ancien bras naturel de l'Euphrate devenu un cours d'eau artificiel après le déplacement du cours du fleuve, joignant la ville par le nord-ouest ; le second grand canal est le Takkiru, qui semble venir du sud-ouest ou de l'ouest[50]. Plusieurs canaux secondaires sont dérivés des ces cours principaux pour arroser Uruk et la campagne environnante. Le Canal du Roi parvient dans la ville jusqu'au « quai de l'Eanna », à proximité du complexe cultuel. L'espace urbain est alors loin d'être recouvert par l'urbanisation, puisque des champs et des marais se trouvent à l'intérieur des murailles.

Le temple d'Ishtar est également actif dans d'autres domaines. Il commandite des opérations commerciales à longue distance, confiées à des marchands, qui sont indépendants du temple et s'organisent dans des sortes de firmes commerciales, auxquels il confie des achats à effectuer en leur confiant de l'argent pour ceux-ci, et aussi une autre somme sous forme d'un prêt commercial à intérêt pour que les marchands puissent profiter du voyage pour réaliser des affaires pour leur propre compte[51]. Le trajet le mieux connu est celui qui relie Uruk aux cités marchandes du Levant. A une échelle locale, les marchands se chargent d'écouler les surplus agricoles du temple. L'Eanna embauche également des artisans pour la confection d'objets du culte et d'autres servant pour le fonctionnement courant du temple[52]. Il confie la matière première à l'artisan pour qu'il effectue la tâche, et lors de la livraison les gestionnaires du temple inspectent le produit fini et vérifient que les matières premières aient bien été utilisées. Enfin, d'autres tablettes montrent que le temple possède plusieurs résidences urbaines qu'il loue à des artisans ou certains de ses dépendants, le prélèvement des loyers étant confié à des entrepreneurs indépendants[53].

La prépondérance du temple d'Anu à la période hellénistique

Sous la domination achéménide (539-330), l'Eanna perd sa prépondérance dans la cité d'Uruk au profit du sanctuaire d'Anu, le Bit Resh, situé à l'ouest, dans le quartier de Kullab. Celui-ci tend à concentrer la gestion de l'essentiel du culte des sanctuaires de la ville d'Uruk, dont l'Eanna. Son apogée est évident dans les archives de la période hellénistique (IIIe-IIe siècles) qui nous sont parvenues de la cité. Les périodes de domination séleucide et parthe voient le sud de la Basse Mésopotamie connaître une croissance démographique et économique importante[54]. Uruk (appelée Orchoï en grec), la plus grande cité de la région et sans doute son centre administratif, en profite beaucoup. Elle dispose apparemment d'un statut particulier sous les Séleucides, ces rois nommant directement son gouverneur.

Un nouveau contexte religieux

Plan simplifié de localisation des principaux sanctuaires d'Uruk aux périodes séleucide et parthe.

La fin de l'empire babylonien et le début de l'empire perse voient le contexte religieux d'Uruk se modifier profondément : les archives de l'Eanna cessent vers le fin du règne de Darius Ier et le début de celui de Xerxès Ier, peut-être en lien avec la répression d'une révolte dans la région par ce dernier, événement sur la réalité duquel les spécialistes débattent[55]. Quoi qu'il en soit, la figure majeure du panthéon d'Uruk à la période suivante, celle des Séleucides, est Anu, associé à sa parèdre Antu, alors qu'Ishtar et Nanaya restent importantes mais subordonnées à cette nouvelle paire majeure. Anu prend alors à Uruk les traits d'une divinité suprême, chef des dieux, similaires à ceux de Marduk durant l'empire babylonien. Il se pourrait que le retrait de l'influence babylonienne sur la ville après la chute de l'empire ait entraîné une réaction à Uruk où l'affirmation d'une vieille divinité locale servirait à marquer l'autonomie nouvelle face à l'ancienne puissance dominante, accompagnant le développement économique de la ville[56]. L'Eanna cest restauré et continue de fonctionner, mais il perd de l'importance et son culte est dirigé par le nouveau temple d'Anu et d'Antum, le Bit Resh (Bīt Rēš), situé à l'ancien emplacement de Kullab, où le culte principal d'Ishtar et Nanaya est transporté. Le temple d'Anu centralise également le culte du grand temple de la ville voisine de Larsa, l'Ebabbar dédié au dieu soleil Shamash.

Cette évolution s'accompagne d'un vaste programme de construction vers le milieu du IIIe siècle, qui est aussi la dernière réalisation d'un sanctuaire de tradition mésopotamienne qui soit connu. Il est partagé entre Anu et sa parèdre Antu et les déesses Ishtar et Nanaya, qui occupent chacun les deux grands ensemble du complexe. Le Bit Resh à proprement parler, dédié aux deux premiers, occupe un espace de 213 x 167 mètres, comprenant en tout plus de 22 chapelles[57]. Il est organisé autour d'au moins neuf cours. Le sanctuaire des deux divinités principales est un bâtiment de 74,60 x 52,75 mètres. Une large ziggurat (environ 110 mètres de côté) dont il ne reste aujourd'hui que peu de traces dominait le tout. Au sud, une autre grande construction est érigée à la même période, l'Irigal, protégé par une enceinte intérieure de 205 x 198 mètres, où étaient notamment vénérées Ishtar et Nanaya. Il est restauré en 201 par le gouverneur de la cité, Anu-uballit, qui porte aussi le nom grec Kephalôn. À l'extérieur de la ville, au nord-est, un temple dédié à une fête religieuse, le Bit akitu (Bīt akītu, « maison/temple de l'akītu »), a été construit vers la même période. Il est de plan carré, de 140 mètres de côté, et est organisé autour d'une grande cour de 90 mètres de côté, ouvrant sur une vaste pièce de 31,5 mètres de long servant pour la fête akītu. Un texte montre ainsi une procession partant du Bit Resh et rejoignant Bit akitu lors d'une telle cérémonie.

Le culte d'Uruk à la période séleucide est en effet bien connu grâce aux textes cultuels de cette époque qui ont été mis au jour dans le temple et dans des bibliothèques privées[58]. Les rituels liés au culte d'Anu et d'Antu suivent l'antique tradition mésopotamienne, même si de nouveaux rituels se constituent aux côtés d'autres plus anciens, bien qu'il soit difficile de savoir si tous les rituels recopiés étaient effectivement pratiqués. À côté des rituels d'offrandes quotidiennes, plusieurs fêtes rythmaient l'année liturgique[59]. Ainsi, une fête nocturne appelée bayātu et dédié au couple divin, dont la fonction est peut-être d'assurer la pérennité de la lumière dans un feu sacré, en lien avec les astres auxquels les deux divinités sont assimilés. Après des libations et des sacrifices effectués dans une cour du temple, des prêtres montent sur le sommet de la ziggurat et attendent l'apparition des étoiles divines pour entonner des chants liturgiques, puis effectuer d'autres sacrifices avant d'allumer une torche transportant un feu sacré, à laquelle on a effectué un « lavage de bouche », rituel consistant à insuffler de la vie dans des objets sacrés. Le feu sacré est ensuite transporté dans d'autres endroits du temple, puis éteint, et le rituel se poursuit dans le reste de la ville où des torches sont allumés en différents endroit jusqu'à l'aube. Toute la communauté se retrouve donc autour du culte des divinités principales à cette occasion.

Les élites d'Uruk

Uruk est donc aux IIIe-IIe siècles une ville disposant d'une relative autonomie, autour de ses institutions héritées des périodes plus anciennes et adaptées au nouveau contexte de l'empire séleucide, qui leur laisse manifestement plus de libertés que l'empire babylonien, voire celui des Achéménides (encore que cette dernière période soit mal connue). La ville est dirigée par un groupe de plusieurs familles constituant les élites locales, impliquées dans l'administration du la cité et/ou du temple d'Anu (les deux se confondant), et bien connues grâce aux sources écrites cunéiformes de cette période, qui souvent étaient déjà présentes durant la période de l'empire néo-babylonien[60]. Elles sont toutes liées au temple, que ce soit par la détention de charges administratives ou cultuelles, qui donnent droit à des revenus, notamment ceux associés à des prébendes qui sont cumulables et peuvent fournir l'occasion de disposer de plusieurs terres. Ces activités sont combinables à des affaires menées en dehors du cadre du temple, notamment la possession et la location de terrains ou de maisons. Ces familles sont nommées en fonction d'un ancêtre fondateur qui est parfois un personnage légendaire. La famille de Sîn-leqe-uninni, déjà liée à l'Eanna à la période précédente, qui fournit une dynastie de lamentateurs (kalû) au temple d'Anu, se rattache ainsi à la personne qui aurait rédigé la version finale de l'Épopée de Gilgamesh à la fin du IIe millénaire[61]. Une famille riche est celle des descendants de Hunzu, qui dispose d'un patrimoine diversifié, et de charges importantes. Toutes ces familles sont liées par des relations matrimoniales, ou professionnelles.

Le plus puissant groupe familial est celui des descendants de Ah'ûtu, dont Anu-uballit qui porte aussi le nom de Kephalôn, ou son frère Anu-belshunu, contemporains d'Antiochos III, qui ont un riche patrimoine et sont impliqués dans l'administration de la cité. Cette famille les plus hautes charges administratives, à savoir celle de gouverneur (šaknu, correspondant au grec epistates) au nom du roi séleucide qui le nomme en personne, et celle de dirigeant des affaires du temple et de la ville, charge tantôt nommée « chef des officiers de la ville » (rab ša rēš āli) ou « préposé aux affaires du temple » (paqdu ou ša bīt ilāni). Un autre personnage local important ayant vécu plus tôt porte aussi le nom akkadien Anu-uballiṭ et le nom grec Nikarchos, qu'il a reçu par décret du roi Antiochos II[62]. Ces personnages issus de l'élite locale servent donc de relais avec le pouvoir central, et l'usage de deux noms illustre cette double identité. Le pouvoir royal était aussi représenté sur place par un « chreophylax d'Orchoï » connu par des empreintes de sceaux, chargé notamment du prélèvement des taxes[63]. Les textes mentionnent qu'il existait un « palais royal » (bīt šarri) dans la ville, mais il n'a pas été retrouvé sur place.

En revanche, une manifestation d'un pouvoir local se repère en périphérie d'Uruk, dans des tombes retrouvées sous deux tumuli mis au jour à Frehat en-Nufegi, auparavant datés de la période parthe mais qui ont depuis été remontés à la période séleucide[64]. Leur riche matériel funéraire (notamment une couronne en or) illustre la puissance des personnes qui y reposent, qui ont atteint un niveau de richesse et de prestige important, mais dont l'identité est inconnue. En l'état actuel des connaissances, les meilleurs candidats restent des hauts administrateurs issus d'une grande famille locale et proches du pouvoir royal, à savoir les deux Anu-uballit dont le rôle a pu être celui de quasi-princes locaux, comme l'illustre l'implication de l'un d'entre eux dans la restauration d'un sanctuaire et leur volonté de se rapprocher du modèle grec par l'adoption d'un nom dans cette langue.

Un des derniers foyers de la culture mésopotamienne antique

Tablette de la liste lexicale « canonique » HA.RA = hubullu, Uruk, fin du Ier millénaire av. J.-C., Musée du Louvre.

Si Uruk est connu pour être l'endroit où les plus vieilles formes de l'écriture mésopotamienne sont attestées, c'est aussi l'un des derniers endroits où la pratique de celle-ci est connu, pour être plus précis l'avant-dernier, les tablettes cunéiformes les plus récentes ayant été mises au jour à Babylone[65]. Plusieurs lots de tablettes de la période séleucide, qui ont été qualifiés en raison de leur contenu rituel, technique et littéraire comme des bibliothèques, ont été mis au jour à Uruk. Ils ont été trouvés en deux endroits différents. Le premier groupe provient du Bit Resh, où une partie des tablettes ont été trouvées lors de fouilles clandestines, avant que les fouilles régulières ne repèrent une salle servant de bibliothèque dans la partie sud-est du temple[66]. Il s'agissait de tablettes de prêtres-lamentateurs (kalû), qui occupent une place majeure dans les rituels. Les prêtres dont les activités sont documentées ici sont les membres de l'honorable famille des descendants de Sîn-leqe-uninni, en premier lieu un dénommé Anu-belshunu, qui occupent cette charge depuis longtemps. Les tablettes du Bit Reshsont de nature variée : des textes mathématiques, astronomiques, mais aussi des rituels, ainsi que des textes privés conservés par les prêtres dans le temple, etc. L'autre groupe de texte provient de plusieurs niveaux d'une même résidence, occupée par des exorcistes (ašipu), en dernier lieu la famille des descendants d'Ekur-zakir, dont le membre le mieux connu est Iqishaya[67]. Il s'agit là de tablettes essentiellement destinée à l'activité exorcistique, dont la famille détient là aussi la charge au Bit Resh sur plusieurs générations.

Les tablettes scolaires, rituelles et littéraires d'Uruk sont donc essentielles pour connaître les derniers traits de la culture mésopotamienne, et la façon dont elle était transmise au sein des familles de notables qui officiaient pour l'un des derniers grands sanctuaires de la région en activité[65]. L'intérêt de ces textes pour l'histoire religieuse a déjà été évoqué, et à cela s'ajoute le fait que nombre d'entre eux donnent des renseignements sur les mathématiques et surtout l'astronomie/astrologie, discipline-reine des derniers lettrés mésopotamiens[68]. Les tablettes sont souvent des textes scolaires, qui montrent que l'enseignement du cunéiforme et de sa culture s'effectuaient à l'époque hellénistique comme durant les grands siècles de la culture mésopotamienne, en deux phases : d'abord l'apprentissage des bases de l'écriture par l'apprenti (šumallu) autour de quelques textes essentiels, notamment des listes lexicales ; puis un stade d'apprentissage spécialisé où l'étudiant se forme dans une des trois spécialités cultuelles qui dominent alors, devin, exorciste ou lamentateur[69]. Le corpus de textes classiques ou canoniques de la tradition mésopotamienne se retrouve ainsi à Uruk, à savoir des listes lexicales et textes rituels ou techniques standardisés depuis les siècles précédents. Les savants d'Uruk pratiquent parfois une sorte de savoir ésotérique, en complexifiant parfois l'écriture, en pratiquant parfois un langage codé. Certains textes anciens, comme l'Épopée de Gilgamesh, sont parfois remaniés et réinterprétés dans un sens différent à celui des périodes précédentes. La culture d'Uruk porte en fin de compte peu de traces d'hellénisation, malgré la rédaction de quelques textes dits « gréco-babyloniens », des listes lexicales ou textes savants comportant une partie en cunéiforme, et sa transcription (et non sa traduction) en caractères alphabétiques grecs, sans doute pour faciliter sa compréhension dans un monde où les utilisateurs du cunéiforme se raréfient face au triomphe des alphabets araméen et grec[70].

Les dernières périodes

Sous la domination parthe (qui est définitive après 125 av. J.-C. et s'achève en 224 de notre ère), Uruk reste un grand centre provincial. Elle est peut-être incorporée dans le royaume de Characène, vassal des Parthes. La documentation cunéiforme s'arrête autour de 100 av. J.-C., un contrat daté de 108 av. J.-C. montrant que le temple d'Anu fonctionne encore. Pour le siècle suivant, l'histoire de la ville est inconnue.

La construction la plus importante réalisée à la période parthe est plus tardive. Il s'agit d'un temple entouré d'une enceinte sacrée mesurant 60 x 63 mètres, construit aux alentours de 100 de notre ère, et qui reflète un mélange de traditions mésopotamiennes et gréco-romaines[71]. D'après l'inscription en grec qui y a été retrouvée, il est dédié à une divinité inconnue par ailleurs, nommée Gareus, ce qui montre que le culte ancien a disparu. Il a été construit par un peuple nommé Dollamenoi, peut-être lié à un peuple du même nom que Strabon situe en Haute Mésopotamie, ce qui expliquerait alors ses ressemblances avec un temple contemporain retrouvé à Hatra. Le petit temple qui se trouve au centre de l'enceinte mesure 13,7 x 10,5 mètres, et ses murs sont encore bien conservés. L'intérieur, reflétant une évolution des traditions babyloniennes, est divisé en deux parties par deux courts murs latéraux, un petit vestibule et une cella de plan carrée, cette dernière comprenant une niche dans l'axe de l'entrée. Des objets antérieurs à la période parthe, dont des sceaux-cylindres du Dynastique archaïque, ont été entreposés dans le sanctuaire. Le décor extérieur du temple, d'inspiration gréco-romaine, est constitué de plusieurs moitié ou trois-quart de colonnes séparées par des arcades aveugles. Devant l'édifice, six bases de colonnes alignées subsistent, rappelant les dispositifs des temples pseudoptériptéraux gréco-romains. Des chapiteaux de type ionique qui devaient appartenir aux colonnes surmontant ces bases ont été retrouvés à proximité.

Un autre édifice cultuel de la période parthe a été mis au jour, tantôt interprété comme un mithraeum, ou comme une église d'une des premières communautés chrétiennes ou gnostiques. Une tombe richement dotée d'époque parthe a également été retrouvée. Il s'agit peut-être de celle d'un potentat local. La ville d'Uruk connaît en tout cas un déclin marqué durant la période tardive de la domination parthe, et finit par être abandonnée sous les premiers rois Sassanides (après 224 de notre ère).

Notes

  1. Ge 10. 10
  2. (de) Liste des publications de la série, site de l'Institut allemand d'archéologie
  3. (en) http://news.bbc.co.uk/1/hi/sci/tech/2982891.stm
  4. (it) M. Liverani, Uruk, la prima città, Rome et Bari, 1998. Sur la période d'Uruk : (en) G. Algaze, The Uruk World System: The Dynamics of Early Mesopotamian Civilization, Chicago, 1993 ; (en) M. S. Rothman (dir.), Uruk Mesopotamia and its Neighbours: Cross-cultural Interactions in the Era of State Formation, Santa Fe, 2001 ; P. Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient , Paris, 2003
  5. (de) D. Surenhagen, « Archaische Keramik aus Uruk-Warka. I : Die Keramik der Schichten XVI-VI aus den Sondagen "Tiefschnitt" und "Sägegraben" in Eanna », dans Baghdader Mitteilungen 17, 1986, p. 7-95. Sur les problèmes de chronologie, voir les discussions dans P. Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient , Paris, 2003, p. 37-41 et 295-297
  6. Résumé des constructions des niveaux d'Uruk durant l'Uruk récent dans Benoit 2003, p. 190-195. La meilleure présentation avec des propositions de révision de chronologie est désormais dans (de) R. Eichmann, Uruk, Architektur I, Von den Anfängen bis zur frühdynastischen Zeit, AUWE 14, Mainz, 2007
  7. Benoit 2003, p. 193
  8. Benoit 2003, p. 193-194
  9. a et b Benoit 2003, p. 195
  10. J.-D. Forest, Mésopotamie, L'apparition de l'État, VIIe-IIIe millénaires, Paris, 1996, p. 133-137
  11. Benoit 2003, p. 132
  12. Benoit 2003, p. 191-193
  13. Benoit 2003, p. 62
  14. a et b Benoit 2003, p. 208-211
  15. Benoit 2003, p. 212-213
  16. (en) R. K. Englund, « Texts From the Late Uruk Period », dans J. Bauer, R. K. Englund et M. Krebernik, Mesopotamien, Späturuk-Zeit und Frühdynastische Zeit, Fribourg et Göttingen, 1998, p. 15-233
  17. Editions dans la série Archaische Texte aus Uruk (ATU), inaugurée en 1936 par Adam Falkenstein, dans la série ADFU, Leipzig puis Berlin, 5 vol. parus. Les tablettes archaïques exhumées à Uruk sont en ligne sur le site de la CDLI List of Found Texts
  18. (en) H. J. Nissen, P. Damerow et R. K. Englund, Archaic Bookkeeping, Chicago, 1993 ; J.-J. Glassner, Écrire à Sumer : l'invention du cunéiforme, Paris, 2001
  19. (en) Traduction sur le site de l'ETCSL
  20. D. Charpin et F. Joannès (dir.), « Uruk (rois) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 890-891 ; F. Joannès et B. Lafont, « Sumériens archaïques (rois) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 801-803
  21. (en) Traductions sur le site de l'ETCSL
  22. (en) Traductions sur le site de l'ETCSL
  23. J. Bottéro, L'Épopée de Gilgameš, le grand homme qui ne voulait pas mourir, Paris, 1992 ; R.-J. Tournay et Aaron Shaffer, L'Épopée de Gilgamesh, Paris, 1998
  24. E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sumériennes et akkadiennes, Paris, 1971, p. 90-91
  25. Ibid., p. 85 et 70-71
  26. F. Joannès, « Eanna », dans Joannès (dir.) 2001, p. 255
  27. (de) C. Wilcke, « Amar-girids Revolte gegen Naram-Su'en / Amar-girid's Revolt against Naram-Su'en », dans Zeitschrift für Assyriologie und vorderasiatische Archäologie 87/1, 1997, p. 11-32
  28. (en) Récit de la Victoire d'Utu-hegal (traduction de l'ETCSL).
  29. E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sumériennes et akkadiennes, Paris, 1971, p. 130-133
  30. (de) H. Lenzen, op. cit. ; (de) id., « Die beiden Hauptheiligtumer von Uruk und Ur zur Zeit der III. Dynastie von Ur », dans Iraq 22, 1960, p. 127-38 ; Margueron 1991 col.
  31. M. Sigrist, « Le deuil pour Šu-Sîn », dans H. Behrens et al. (dir.), Dumu-é-dub-ba-a, Studies in Honor of Ake W. Sjöberg, Philadelphie, 1989, p. 499-505 ; D. Charpin, « L'enterrement du roi d'Ur Šu-Sîn à Uruk », dans NABU 1992/106.
  32. S. N. Kramer (trad. J. Bottéro), Le Mariage sacré, Paris, 1983
  33. (en) Traduction sur le site de l'ETCSL
  34. a et b D. Charpin et F. Joannès (dir.), « Uruk (rois) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 891-892
  35. J.-C. Margueron, Recherches sur les palais mésopotamiens de l'âge du bronze, Paris, 1982, p. 400-418 et fig. 267-271
  36. Textes publiés par S. Sanati-Müller dans Baghdader Mitteilungen 19 à 23, 1988-1992
  37. (de) A. Cavigneaux, Uruk, Altbabylonische Texte aus dem Planquadrat Pe XVI-4/5, AUWE 23, Mainz, 1996
  38. D. Charpin, Le clergé d’Ur au siècle d’Hammurabi, Genève et Paris, 1986, p. 403-415
  39. (en) T. Clayden, « Kurigalzu I and the Restoration of Babylonia », dans Iraq 58, 1996, p. 118-119
  40. Margueron 1991 col. 1181-1182
  41. Adams Nissen 1972, p. 55
  42. Voir notamment les dernières publications de tablettes économiques de l'Eanna dans (de) E. Gehlken, Uruk, Spätbabylonische Wirtschaftstexte aus dem Eanna-Archiv, 2 t., AUWE 5 et 1, Mainz, 1990 et 1996
  43. F. Joannès, « Eanna », dans Joannès (dir.) 2001, p. 255-256 ; Margueron 1991 col. 1196
  44. (en) P.-A. Beaulieu, The Pantheon of Uruk during the Neo-Babylonian Period, Leyde, 2003
  45. Joannès 2000, p. 130-131
  46. Joannès 2000, p. 132-134
  47. F. Joannès, « Administration des temples », dans Joannès (dir.) 2001, p. 10-11
  48. (de) H. M. Kümmel, Familie, Beruf und Amt im spätbabylonischen Uruk: prosopographische Untersuchungen zu Berufsgruppen des 6. Jahrhunderts v. Chr. in Uruk, Berlin, 1979
  49. D. Cocquerillat, Palmeraies et cultures de l'Eanna d'Uruk, Berlin, 1968. Joannès 2000, p. 109-111
  50. Adams Nissen 1972, p. 57
  51. Joannès 2000, p. 112
  52. Joannès 2000, p. 114
  53. (en) A. Bongenaar, « Houses as institutional property in the Neo-Babylonian temples », dans W. H. van Soldt et al. (dir. ), Veenhof Anniversary Volume. Studies presented to Klaas R. Veenhof on the Occasion of his Sixty-fifth Birthday, Istanbul, 2001, p. 9-12
  54. Joannès 2000, p. 163-164
  55. Joannès 2000, p. 144 ; (en) C. Waerzeggers, « The Babylonian Revolts against Xerxes and the ‘End of Archives’ », dans Archiv fur Orientforschung 50, 2003/2004, p. 150-173
  56. (en) P.-A. Beaulieu, The Pantheon of Uruk during the Neo-Babylonian Period, Leyde, 2003. (de) K. Kessler, « Urukäische Familien versus babylonische Familien: Die Namengebung in Uruk, die Degradierung der Kulte von Eanna und der Aufstieg des Gottes Anu », dans Altorientalische Forschungen 31, 2004, p. 237-262. Joannès 2000, p. 163-164
  57. Margueron 1991 col. 1213-1214. Downey 1988, p. 15-38. (de) Tentatives de reconstitution en 3D des bâtiments de l'Uruk séleucide, Artefacts - Uruk visualisation project.
  58. (en) M. J. H. Lissen, The Cults of Uruk and Babylon, The Temple Rituals Texts as Evidence for Hellenistic Cult Practices, Leyde, 2004. Joannès 2000, p. 169-170
  59. F. Thureau-Dangin, Rituels accadiens, Paris, 1921, p. 61-125 pour les traductions de ces textes ; voir dernièrement M. J. H. Lissen, op. cit. pour une étude complète de ces rites.
  60. Downey 1988, p. 42-47. Joannès 2000, p. 171-173
  61. (en) P.-A. Beaulieu, « The descendants of Sîn-leqe-uninnī », dans J. Marzahn et H. Neumann (dir.), Assyriologia et Semitica, Festschrift für Joachim Oelsner, Münster, 2000, p. 1-16
  62. (en) T. L. Doty, « Nikarchos and Kephalon », dans E. Leichty, M. de J. Ellis et P. Gerardi (dir.), A scientific humanist, Studies in memory of Abraham Sachs, Philadelphie, 1988, p. 95-118
  63. Sur l'administration d'Uruk à cette période et les liens avec le pouvoir séleucide, voir L. Capdetrey, Le pouvoir séleucide, Territoire, administration, finances d'un royaume hellénistique (312-129 av. J.-C.), Rennes, 2007, notamment p. 183, 222, 319-320, 342-344, 390-392
  64. (de) F. Pedde, « Frehat en-Nufegi: Zwei seleukidenzeitliche Tumuli bei Uruk », dans Baghdader Mitteilungen 22, 1991, p. 521-535
  65. a et b E. Robson, « Secrets de famille : prêtres et astronomes à Uruk à l'époque hellénistique », dans C. Jacob (dir.), Lieux de savoir, Espaces et communications, Paris, 2007, p. 440-461 ; Joannès 2000, p. 174-175
  66. (en) P. Clancier, « The kalûs' library in the Rēš temple, Uruk », The Geography of Knowledge, The GKAB Project, 2010. Éditions dans la série (de) Spätbabylonische Texte aus Uruk, ADFU puis AUWE, 5 vol., 1976-1998 ; F. Thureau-Dangin, Tablettes d'Uruk à l'usage des prêtres du temple d'Anu au temps des Séleucides, TCL 6, Paris, 1922
  67. (en) P. Clancier, « The āšipus' house(s) in Uruk », The Geography of Knowledge, The GKAB Project, 2010
  68. (en) A. Sachs et H. Hunger, Astronomical Diaries and Related Texts from Babylonia, 3 vol., Vienne, 1988-1996
  69. D. Charpin, Lire et écrire à Babylone, Paris, 2008, p.88-95
  70. (de) S. Maul, « Neues zu den Greaco-Babyloniaca», dans Zeitschrift fur Assyriologie 81, 1991, p. 87-106. Id., « La fin de la tradition cunéiforme et les Graeco-Babyloniaca», dans Cahiers du centre Gustave Glotz, 1995, p. 3-17. (en) M. J. Geller, « The Last Wedge », dans Zeitschrift für Assyriologie 87, 1997, p. 43-95
  71. (de) A. Kose, Uruk Architektur IV, Von der Seleukiden- bis zur Sasanidenzeit, Mainz, 1998, p. 291-335

Bibliographie

  • F. Joannès, La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.-C., Paris, 2000 
  • F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, 2001 
  • A. Benoit, Art et archéologie : les civilisations du Proche-Orient ancien, Paris, 2003 
  • (en) R. McCormick Adams et H.-J. Nissen, The Uruk Countryside, Chicago, 1972 
  • J.-C. Margueron, « Sanctuaires sémitiques », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible fasc. 64 B-65, 1991 , col. 1104-1258
  • (en) S. B. Downey, Mesopotamian Religious Architecture, Alexander through the Parthians, Princeton, 1988 

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