Turc

Turc
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme, voir : Turk.
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la langue parlée en Turquie. Pour la famille de langues apparentées, voir Langues turques. Pour les autres significations, voir Turcs.
Turc
Türkçe
Parlée en Turquie, Allemagne, Chypre, Chypre du Nord, Bulgarie, Grèce, Iran, République de Macédoine, Moldavie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Syrie, Iraq, Azerbaïdjan, Russie communautés immigrées dans de nombreux autres pays
Nombre de locuteurs 78 millions comme langue maternelle[1] et 91 millions au total[1]
Typologie SOV agglutinante
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de Turquie, Chypre
Régi par Türk Dil Kurumu (Association de la langue turque)
Codes de langue
ISO 639-1 tr
ISO 639-2 tur
ISO 639-3 tur
IETF tr
Échantillon
Article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme (voir le texte en français)

Madde 1

Bütün insanlar hür, haysiyet ve haklar bakımından eşit doğarlar. Akıl ve vicdana sahiptirler ve birbirlerine karşı kardeşlik zihniyeti ile hareket etmelidirler.

Le turc (en turc Türkçe ou Türk Dili) est une langue parlée principalement en Turquie et en Chypre du Nord. Elle appartient à la famille des langues turques, considérée comme une sous-classe des langues altaïques, comme les langues mongoles d'où le terme aussi utilisé de langue turco-mongole ou les langues toungouses. Bien que les langues d'autres pays turcophones (principalement des républiques de l'ancienne URSS) soient proches du turc (surtout l'azéri et le turkmène), il existe tout de même d'importantes différences entre ces langues, qu'elles soient d'ordre phonologique, grammatical ou lexical.

Au-delà de la Turquie elle-même, le turc est utilisé dans l'ancien territoire de l'Empire ottoman par des populations d'origine ottomane, turcique ou des populations islamisées, qui ont adopté cette langue. Ces turcophones sont nombreux en Bulgarie, en Grèce (concentré en Thrace occidentale), dans les Balkans en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, dans la partie nord de l'île de Chypre (République turque de Chypre du Nord), dans le Nord de l'Irak (surtout à Kirkouk), en Macédoine et en Roumanie. C'est pourquoi le turc de Turquie est aussi nommé « turc ottoman » (Osmanlı Türkçesi). Le turc est parlé par 73 millions de locuteurs : 70 millions en Turquie et 3 millions de locuteurs dans d'autres régions (principalement en Bulgarie et en Allemagne)[2].

Le turc est, typologiquement, une langue fortement agglutinante. Elle utilise principalement des suffixes et très peu de préfixes. C'est une langue SOV (Sujet-Objet-Verbe). Elle utilise un système complexe d'harmonie vocalique, décrit en détail dans l'article consacré à ce sujet.

Sommaire

Classification

Articles connexes : Langues turques et Langues altaïques.

Le turc fait partie du sous-groupe turc — ou sous-groupe de l'ouest — des langues oghouzes, qui comprennent le gagaouze et l'azéri. Les langues oghouzes forment le sous-groupe du sud-ouest des langues turques, une famille de langues composée de 30 langues vivantes parlées en Europe de l'est, Asie centrale et Sibérie. Certains linguistes pensent que les langues turciques font partie de la grande famille des langues altaïques[réf. souhaitée]. Environ 40 % des locuteurs natifs de langues turques sont des locuteurs natifs turque[3]. Les caractéristiques du turc, tels que l'harmonie vocalique, l'agglutination, et l'absence de genre grammatical, sont universelles au sein des langues turques et des langues altaïques[3]. Il existe un degré d'intercompréhension élevé entre le turc et les autres langues oghouzes, comme l'azéri, le turkmène, le qashqai, le gagaouze et le le turc gagaouze des balkans[4].

Histoire

Inscription en vieux-turc avec l'alphabet de l'Orkhon (XIIIe siècle). Kyzyl, Russie.
Articles connexes : Turcs (peuple) et Histoire des turcs.

Les plus anciennes inscriptions turciques connues sont les deux monumentales inscriptions de l'Orkhon trouvées en Mongolie moderne. Érigées entre 732 et 735 en l'honneur du prince Kul Tigin et de son frère l'empereur Bilge Kaghan, elles constituent un autre importante découverte récente. Après la découverte et l'excavation de ces monuments et d'autres dalles de pierre associées par des archéologues russes autour de la vallée de l'Orkhon entre 1889 et 1893, il a été établi que la langue sur les inscriptions était le vieux-turc, utilisant l'alphabet de l'Orkhon. Elles ont également été appelées « runes turques  » ou « runiforme » en raison de la ressemblance avec l'alphabet runique germanique[5].

Avec l'expansion turcique au cours du Haut Moyen Âge (VIeXIe siècles), les peuples parlant des langues turciques répartis en Asie centrale s'étendent dans une vaste région, de la Sibérie à l'Europe et à la Méditerranée. Les Seldjoukides des Oghouzes en particulier apportent leur langue en Anatolie au XIe siècle, le turc oghouze, ancêtre direct du turc moderne[6]. Également pendant le XIe siècle, un linguiste des langues turques, Mahmoud de Kachgar du Kara-Khanid Khanate, a publié le Compendium des dialectes turques (en turc ottoman : Divânü Lügati't-Türk), premier dictionnaire complet des langues turques avec également une carte de la répartition géographique des peuples turcophones[7].

Turc ottoman

Statue représentant Karamanoğlu Mehmet Bey déclarant le turc comme langue officielle de l'État et de ses institutions (circa 1277).
Article principal : Turc osmanli.

Suite à l'adoption de l'Islam en 950 par le Kara-Khanid Khanate et les Turcs seldjoukides, qui sont tous deux considérés comme les ancêtres ethnique et culturelle des Ottomans, la langue administrative de ces états a acquis un grand nombre de mots empruntés de l'arabe et du persan. La littérature turque pendant la période ottomane, en particulier la poésie ottomane Divan, a été fortement influencé par le persan, et notamment par l'emprunt de la métrique poétique et d'une grande quantité de mots importés. La langue littéraire et officielle au cours de la période de l'Empire ottoman (1299-1922) est appelé turc osmanli, ou turc ottoman. C'était un langage considérablement différent ; un mélange de turc, de persan et d'arabe, largement inintelligible pour les classes moins instruite et pour les membres de la société rurale qui parlaient un « turc de tous les jours », connu sous le nom de kaba Türkçe (en français : « turc rugueux »), beaucoup plus pur et qui fut la base du turc moderne[8].

Réforme de la langue et turc moderne

Répartition géographique

Article connexe : Diaspora turque.
Panneau sur la rive européenne d'Istanbul à la sortie du pont du Bosphore (photo prise pendant le 28e marathon d'Eurasie en 2006).

Le turc est parlé nativement par les Turcs de Turquie et par la diaspora turque dans 30 autres pays. En particulier, les minorités parlant turc existent dans les pays ayant appartenu (en partie ou entièrement) à Empire ottoman, comme la Bulgarie, Chypre, la Grèce (essentiellement en Thrace de l'ouest), la République de Macédoine, la Roumanie, et la Serbie[réf. souhaitée]. Plus de deux millions de personnes parlent turc en Allemagne, et il y a également une importante communauté de turcophones en France, aux Pays-Bas, en Autriche, en Belgique, en Suisse, et au Royaume-Uni[9]. En raison de l'assimilation culturelle des immigrants turcs dans les pays hôtes, les immigrés ethniques turcs ne parlent pas tous la langue couramment depuis la naissance.

En Turquie, plus de 67 millions ont le turc comme langue maternelle, ce qui correspond à 93 % de la population[1]. Il y a environ 10 autres millions de locuteurs natifs à travers le monde[3],[10]. Le turc est parlé comme première ou seconde langue par presque tous les résidents de la Turquie, et le kurde constitue l'essentiel du reste (environ 3 950 000 personnes selon les estimations de 1980)[réf. souhaitée]. Cependant, la plupart des minorités linguistiques en Turquie sont bilingues et parlent couramment le turc comme seconde langue.

Statut officiel

Dialectes

Dialectes anatoliens

La classification des dialectes anatoliens de la langue turque[11] :

1. Dialectes anatoliens de l'Est

1.1.1. Ağrı, Malazgirt
1.1.2. Muş, Bitlis
1.1.3. Ahlat, Adilcevaz, Bulanık, Van
1.1.4. Diyarbakır
1.1.5. Palu, Karakoçan, Bingöl, Karlıova, Siirt

1.2.1. Kars (Yerli)
1.2.2. Erzurum, Aşkale, Ovacık, Narman
1.2.3. Pasinler, Horasan, Hınıs, Tekman, Karayazı, Tercan (partim)
1.2.4. Bayburt, İspir (excl. northern), Erzincan, Çayırlı, Tercan (partim)
1.2.5. Gümüşhane
1.2.6. Refahiye, Kemah
1.2.7. Kars (Azeri and Terekeme)

1.3.1. Posof, Artvin, Şavşat, Ardanuç, Yusufeli
1.3.2.1. Ardahan, Olur, Oltu, Şenkaya; Ahıska Turks (Georgia)
1.3.2.2. Tortum
1.3.2.3. İspir (northern)

1.4.1. Kemaliye, İliç, Ağın
1.4.2. Tunceli, Hozat, Mazgirt, Pertek
1.4.3. Harput
1.4.4. Elazığ, Keban, Baskil

2. Dialectes anatoliens du Nord-Est

2.1.1. Vakfıkebir, Akçaabat, Tonya, Maçka, Of, Çaykara
2.1.2. Trabzon, Yomra, Sürmene, Araklı, Rize, Kalkandere, İkizdere

2.2.1. Çayeli
2.2.2. Çamlıhemşin, Pazar, Hemşin, Ardeşen, Fındıklı

2.3.1. Arhavi, Hopa (included Kemalpaşa belde)
2.3.2. Hopa (a little part)
2.3.3. Borçka, Muratlı, Camili, Meydancık, Ortaköy (Berta) bucak de Artvin (merkez)

3. Dialectes anatoliens de l'Ouest

3.1.1. Afyonkarahisar, Eskişehir, Uşak, Nallıhan
3.1.2. Çanakkale, Balıkesir, Bursa, Bilecik
3.1.3. Aydın, Burdur, Denizli, Isparta, İzmir, Kütahya, Manisa, Muğla
3.1.4. Antalya

3.2. İzmit, Sakarya

3.3.1. Zonguldak, Devrek, Ereğli
3.3.2. Bartın, Çaycuma, Amasra
3.3.3. Bolu, Ovacık, Eskipazar, Karabük, Safranbolu, Ulus, Eflani, Kurucaşile
3.3.4. Kastamonu

3.4.1. Göynük, Mudurnu, Kıbrıscık, Seben
3.4.2. Kızılcahamam, Beypazarı, Çamlıdere, Güdül, Ayaş
3.4.3. Çankırı, İskilip, Kargı, Bayat, Osmancık, Tosya, Boyabat

3.5.1. Sinop, Alaçam
3.5.2. Samsun, Kavak, Çarşamba, Terme
3.5.3. Ordu, Giresun, Şalpazarı

3.6.1. Ladik, Havza, Amasya, Tokat, Erbaa, Niksar, Turhal, Reşadiye, Almus
3.6.2. Zile, Artova, Sivas, Yıldızeli, Hafik, Zara, Mesudiye
3.6.3. Şebinkarahisar, Alucra, Suşehri
3.6.4. Kangal, Divriği, Gürün, Malatya, Hekimhan, Arapkir

3.7.1. Akçadağ, Darende, Doğanşehir
3.7.2. Afşin, Elbistan, Göksun, Andırın, Adana, Hatay, Tarse, Ereğli
3.7.3. Kahramanmaraş, Gaziantep
3.7.4. Adıyaman, Halfeti, Birecik, Kilis

3.8. Ankara, Haymana, Balâ, Şereflikoçhisar, Çubuk, Kırıkkale, Keskin, Kalecik, Kızılırmak, Çorum, Yozgat, Kırşehir, Nevşehir, Niğde, Kayseri, Şarkışla, Gemerek

3.9. Konya, Mersin

Sons

Article principal : Prononciation du turc.

Consonnes

Phonèmes consonnes du turc standard
Labiale Dentale/
Alvéolaire
Post-alvéolaire Palatale Vélaire Glottale
Nasale m n
Stop p b t d c ɟ k ɡ
Fricative f v s z ʃ ʒ ɰ h
Spirante ɫ l j
Rhotique ɾ

Le phonème /ɰ/, généralement appelé yumuşak g (« g faible »), ‹ğ› dans l'orthographe turque, représente en fait une vélaire-antérieure faible ou spirante palatale entre les voyelles frontales. Il ne se place jamais au début d'un mot ou d'une syllabe mais se place après une voyelle. Lorsqu'il est placé à la fin d'un mot ou lorsqu'il précède une autre consonne, il allonge la voyelle précédente[12].

Dans les mots d'origine turque, les sons [c], [ɟ], et [l] sont en distribution complémentaire avec [k], [ɡ], et [ɫ] ; le premier est adjacent aux voyelles antérieures et le deuxième adjacent aux voyelles postérieures. Cependant, la distribution de ces phonèmes est souvent aléatoire dans les emprunts étrangers et les noms propres. Dans ces mots, [c], [ɟ], et [l] se présentent souvent avec des voyelles postérieures[13] : quelques exemples sont donnés ci-dessous.

Dans de nombreux noms se terminant par la post-vocalique ‹k›, le ‹k› devient ‹ğ› lorsqu'une voyelle y est ajoutée, suivant le principe d'alternation consonantique. Une alternation similaire s'applique à certains mots d'emprunt se terminant par ‹p› et ‹t›, qui deviennent respectivement ‹b› et ‹d›, avec l'ajout d'une voyelle[14]. Ceci s'explique par le fait que /k/, /t/, et /p/ sont plus expressifs lorsqu'ils sont suivis par une voyelle.

Voyelles

Voyelles du turc. Zimmer et Orgun 1999, p. 155

Les voyelles de la langue turque sont, par ordre alphabétique, ‹a›, ‹e›, ‹ı›, ‹i›, ‹o›, ‹ö›, ‹u›, ‹ü›[15]. Le système de voyelle en turc peut être considéré comme en trois-dimensions, où les voyelles ont trois caractéristiques : antérieure et postérieure, arrondis et non arrondis et degré d'aperture (hauteur des voyelles).

Voyelles turque
Antérieures Postérieures
Non arrondies Arrondies Non arrondies Arrondies
Fermées i ü ı u
Ouvertes e ö a o

Il n'y a pas de diphthongues en turc ; lorsque deux voyelles se rencontrent, ce qui se produit dans certains emprunts lexicaux à l'arabe, chaque voyelle conserve son propre son. Cependant, une légère diphtongue peut se produire lorsque deux voyelles entourent un yumuşak g. Par exemple, le mot soğuk (« froid ») peut être prononcé [soʊk] (proche de l'anglais soak) par certains locuteurs.

Harmonie vocalique

Accent

Grammaire

Article principal : Grammaire du turc.

Le turc est une langue agglutinante et utilise fréquemment les affixes, en particulier les suffixes[16]. Un mot peut avoir de nombreux affixes et ils peuvent être également utilisés pour créer de nouveaux mots. Il est ainsi possible de créer un verbe depuis un nom, ou un nom depuis une base verbale (voir la section Formation des mots). La plupart des affixes indiquent la fonction grammaticale du mot[17]. Les seuls préfixes originaux sont allitératifs, ils accentuent les syllabes utilisées avec les adjectifs ou les adverbes : par exemple sımsıcak ("boiling hot" < sıcak) et masmavi (« bleu vif » < mavi)[18].

Noms

Linking nouns (Tamlama)

Adjectifs

Verbes

Article connexe : Copule turc.

Les verbes turcs indiquent la personne. Ils peuvent être négatifs, potentiels (« peut »), ou impotentiels (« ne peut pas »). En outre, les verbes turcs montrent temps (présent, passé, futur, et aoriste), mode (conditionnel, impératif, inférentiel, necessitatif, et optatif), et aspect. La négation est exprimé par l'infixe -me²- immédiatement après le radical.

turc français
gel- venir
gelebil- pouvoir venir
gelme- ne pas venir
geleme- ne pas pouvoir venir
gelememiş Apparemment il/elle ne pouvait pas venir
gelebilecek il/elle pourra venir
gelmeyebilir il/ peut (éventuellement) ne pas venir
gelebilirsen si tu peux venir
gelinir (passif) on vient, les gens viennent
gelebilmeliydin tu aurais dû pouvoir venir
gelebilseydin si tu avais pu venir
gelmeliydin tu aurais dû venir

Tous les verbes turcs sont conjugués de la même manière, excepté pour les verbes irréguliers et défectifs i-, le copule turc (correspondant au français être), qui peut être utilisé sous des formes composées (la forme abrégée est appelé un enclitique) : Gelememişti = Gelememiş idi = Gelememiş + i- + -di.

Verbes attributifs (participes)

Ordre des mots

Le turc est une langue SOV, c'est-à-dire que l'ordre des mots dans les phrases simples est, contrairement au français où le verbe est placé entre le sujet et l'objet, sujet-objet-verbe (comme en coréen et en latin). Dans les phrases plus complexes, la règle de base est que le qualifiant précède le qualifié : ce principe inclus un important cas particulier, le modificateurs participiales évoqués plus haut. Le défini précède l'indéfini : on dira çocuğa hikâyeyi anlattı (« elle a raconté l'histoire à l'enfant »), mais hikâyeyi bir çocuğa anlattı (« elle a raconté l'histoire à un enfant »)[19].

Il est possible d'altérer le sens des mots pour renforcer l'importance de certains mots ou certaines phrases. La règle principale est que le mot avant le verbe est accentué, sans exception. Par exemple, si l'on veut dire « Hakan est allé à l'école » avec un accent sur le mot « école » (okul, l'objet indirecte) ce sera « Hakan okula gitti. Si l'accent est placé sur « Hakan » (le sujet), ce sera « Okula Hakan gitti », c'est-à-dire « c'est Hakan qui est allé à l'école ».

Vocabulaire

Article principal : Vocabulaire du turc.
Origine de 104 481 mots du vocabulaire du turc, parmi lesquels 86 % sont turcs et 14 % sont d'origine étrangère.

La dernière édition de 2010 du Büyük Türkçe Sözlük (Grand Dictionnaire Turc), le dictionnaire officiel de la langue turque édité par Turkish Language Association, contient 616 767 mots, expressions, termes et noms[20].

L'édition de 2005 du Güncel Türkçe Sözlük'', le dictionnaire officiel de la langue turque édité par Turkish Language Association, contient 104 481 mots, parmi lesquels 86 % sont turcs et 14 % sont d'origine étrangère[21]. Les plus importants emprunts étrangers dans le vocabulaire turc sont d'origine arabe, française, perse, italienne, anglaise et grecque[22].

Formation des mots

Le turc utilise énormément l'agglutination pour former de nouveaux mots à partir des noms et des radicaux. La majorité des mots turcs proviennent de l'apposition de suffixes dérivés à un ensemble relativement petit de mot de base.

Un ensemble de mots par exemple dérivé d'une racine :

turc composants français classe de mot
göz göz œil nom
gözlük göz + -lük lunettes nom
gözlükçü göz + -lük + -çü opticien nom
gözlükçülük göz + -lük + -çü + -lük opticien (commerce) nom
gözlem göz + -lem observation nom
gözlemci göz + -lem + -ci observateur nom
gözle- göz + -le observe verbe (impératif)
gözlemek göz + -le + -mek observer verbe (infinitif)

Un autre exemple, commençant par la racine verbale :

turc composants français classe de mot
yat- yat- allonge toi verbe (impératif)
yatmak yat-mak s'allonger verbe (infinitif)
yatık yat- + -(ı)k penché adjectif
yatak yat- + -ak lit, endroit où dormir nom
yatay yat- + -ay horizontal adjectif
yatkın yat- + -gın inclined to; stale (from lying too long) adjectif
yatır- yat- + -(ı)r- lay down verbe (order)
yatırmak yat- + -(ı)r-mak to lay down verbe (infinitif)
yatırım yat- + -(ı)r- + -(ı)m laying down; deposit, investment nom
yatırımcı yat- + -(ı)r- + -(ı)m + -cı depositor, investisseur nom

Les nouveaux mots sont également fréquemment formé par mots composés, deux mots existants dans un nouveau, comme en allemand. Voici quelques exemples de mots composés :

turc français mots utilisés signification littérale
pazartesi lundi pazar (« dimanche ») et ertesi (« après ») après dimanche
bilgisayar ordinateur bilgi (« informations ») et say- (« compter ») compteur d'informations
gökdelen gratte-ciel gök (« ciel ») et del- (« percer ») perce ciel
başparmak pouce baş (« premier ») et parmak (« doigt ») premier doigt
önyargı préjugé ön (« avant ») et yargı (« jugement ») avant jugement

Système d'écriture

Le turc a connu différents systèmes d'écritures dont, notamment, une adaptation de l'alphabet arabe. Ce dernier a été utilisé pour noter le turc d'Anatolie du XIIIe siècle au 1er novembre 1928, date à laquelle la romanisation (baptisée « Révolution des signes ») décidée par Mustafa Kemal (Kemal Atatürk) est devenue officielle, dans le cadre de sa politique à la fois nationaliste et modernisatrice de la société turque.

Depuis lors, c'est l'alphabet latin qui est utilisé, complété de diacritiques (la cédille, l'accent circonflexe, le tréma et la brève) ainsi que d'une lettre typographiquement étonnante, i sans point, ı, ce qui implique également à l'inverse un i majuscule avec point İ.

La lettre ı sert à noter le ou non arrondi (« i vélaire » ou « tendu », appellations traditionnelles mais trop dépendantes de la graphie pour pouvoir décrire correctement le son correspondant), représenté par [ɯ] dans l’alphabet phonétique international.

L'alphabet de l'Orkhon (qualifié parfois de runiforme du fait de sa ressemblance avec les runes scandinaves) et l'alphabet ouïghour ont été utilisés pour transcrire le vieux-turc qui n'est pas l'ancêtre direct du turc de Turquie, le vieux-turc appartenant à la branche orientale des langues turques et le turc moderne à la branche méridionale.

Alphabet

L'alphabet turc est presque phonétique, ce qui signifie que l'on peut presque le prononcer simplement en le lisant (voir Prononciation du turc). Il existe cependant quelques irrégularités. Il contient 29 lettres : A, B, C, Ç, D, E, F, G, Ğ, H, I, İ, J, K, L, M, N, O, Ö, P, R, S, Ş, T, U, Ü, V, Y, Z

Extrait

Dostlar Beni Hatırlasın par Aşık Veysel Şatıroğlu (1894–1973), un ménestrel et poète très apprécié dans la littérature folklorique turc.

Orthographe API Traduction
Ben giderim adım kalır ben ɟid̪eɾim ad̪ɯm kaɫɯɾ I depart, my name remains
Dostlar beni hatırlasın d̪ost̪ɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me
Düğün olur bayram gelir d̪yjyn oɫuɾ bajɾam ɟeliɾ There are weddings, there are feasts
Dostlar beni hatırlasın d̪ostɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me

Can kafeste durmaz uçar dʒan kafest̪e d̪uɾmaz utʃaɾ The soul won't stay caged, it flies away
Dünya bir han konan göçer d̪ynja biɾ han konan ɟøtʃeɾ The world is an inn, residents depart
Ay dolanır yıllar geçer aj d̪oɫanɯɾ jɯɫːaɾ ɟetʃeɾ The moon wanders, years pass by
Dostlar beni hatırlasın d̪ostɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me

Can bedenden ayrılacak dʒan bed̪end̪en ajɾɯɫadʒak The soul will leave the body
Tütmez baca yanmaz ocak t̪yt̪mez badʒa janmaz odʒak The chimney won't smoke, furnace won't burn
Selam olsun kucak kucak selaːm oɫsun kudʒak kudʒak Goodbye goodbye to you all
Dostlar beni hatırlasın d̪ostɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me

Açar solar türlü çiçek atʃaɾ solaɾ t̪yɾly tʃitʃec Various flowers bloom and fade
Kimler gülmüş kim gülecek cimleɾ ɟylmyʃ cim ɟyledʒec Someone laughed, someone will laugh
Murat yalan ölüm gerçek muɾat jaɫan ølym ɟeɾtʃec Wishes are lies, death is real
Dostlar beni hatırlasın d̪ostɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me

Gün ikindi akşam olur ɟyn icindi akʃam oɫuɾ Morning and afternoon turn to night
Gör ki başa neler gelir ɟøɾ ci baʃa neleɾ ɟeliɾ And many things happen to a person anyway
Veysel gider adı kalır βejsel ɟideɾ ad̪ɯ kaɫɯɾ Veysel departs, his name remains
Dostlar beni hatırlasın d̪ostɫaɾ beni hatɯɾɫasɯn May friends remember me

Notes et références

  1. a, b et c (en)Commission européenne, « Special Eurobarometer 243: Europeans and their Languages (Survey) », Europa (portail Web), 2006. Consulté le 14 février 2010
  2. (en) Kenneth Katzner, The Languages of the World, Routledge, 2002 (ISBN 0-415-25004-8) [lire en ligne (page consultée le 28 août 2008)], p. 153 :

    « Turkish is the national language of Turkey, spoken by about 60 million people, or 90 percent of the country's population. There are also some 750,000 speakers in Bulgaria, 150,000 in Cyprus, and 100,000 in Greece. In recent decades a large Turkish-speaking community has formed in Germany, numbering over 2 million people... »

     
  3. a, b et c Katzner
  4. (en) Language Materials Project: Turkish, UCLA International Institute, Center for World Languages, février 2007. Consulté le 6 avril 2007
  5. Ishjatms
  6. Findley
  7. Soucek
  8. Misha Glenny, The Balkans - Nationalism, War, and the Great Powers, 1804-1999, Penguin, 2001 
  9. [PDF] The European Turks: Gross Domestic Product, Working Population, Entrepreneurs and Household Data (version du 27 juin 2007 sur l'Internet Archive)
  10. [PDF] TNS Opinion & Social, Special Eurobarometer 243 / Wave 64.3: Europeans and their Languages, European Commission Directorate of General Press and Communication, dévrier 2006 [lire en ligne (page consultée le 28 mars 2007)] 
  11. Leylâ Karahan, Anadolu Ağızlarının Sınıflandırılması, Türk Dil Kurumu, 1996 
  12. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées IPA_1999.
  13. Lewis (2001):3-4,6.
  14. L'alternation ‹k›/‹ğ› ne s'applique généralement pas aux noms monosyllabiques. Lewis (2001):10.
  15. La voyelle représentée par ‹ı› est aussi couramment transcrite par ‹ɨ› en linguistique.
  16. Cette section s'inspire largement de Lewis (2001) et, dans une moindre mesure, de Lewis (1953). Seules les références les plus importantes bénéficient de notes annexes.
  17. Lewis (2001) Ch XIV.
  18. « Le préfixe, qui est accentué, est calqué sur la première syllabe de l'adjectif ou de l'adverbe, en substituant m, p, r, ou s à la dernière consonne de cette syllabe. » Lewis (2001):55. Le préfixe conserve la première voyelle de la forme de base et montre ainsi une forme d'harmonie vocalique inversée.
  19. Lewis (2001): 239–240.
  20. (tr) Büyük Türkçe Sözlük Turkish Language Association
  21. (tr) Güncel Türkçe Sözlük, Turkish Language Association, 2005. Consulté le 21 mars 2007
  22. (tr) Türkçe Sözlük (2005)’teki Sözlerin Kökenlerine Ait Sayısal Döküm (Numerical list on the origin of words in Türkçe Sözlük (2005)), Turkish Language Association, 2005. Consulté le 21 mars 2007

Annexes

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Lectures complémentaires

  • (tr) İsmet Zeki Eyüboğlu, Türk Dilinin Etimoloji Sözlüğü (Etymological Dictionary of the Turkish Language), Sosyal Yayınları, İstanbul, 1991 (ISBN 975-7384-72-2) 
  • (tr) Sevgi Özel, Atatürk'ün Türk Dil Kurumu ve Sonrası (Atatürk's Turkish Language Association and its Legacy), Bilgi Yayınevi, Ankara, 1986 (OCLC 18836678) 
  • (tr) Ali Püsküllüoğlu, Arkadaş Türkçe Sözlük (Arkadaş Turkish Dictionary), Arkadaş Yayınevi, Ankara, 2004 (ISBN 975-509-053-3) 

Articles connexes

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