Azazel
Azazel et le bouc émissaire, représentation moderne tirée du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy (Paris, 1825)

Azazel (hébreu : עזאזל ; arabe : عزازل Azazil) est un terme énigmatique que l'on trouve dans le Tanakh ainsi que dans certains apocryphes. Il ferait référence à un antique démon que les anciens Hébreux et Cananéens croyaient habiter le désert[1]. Il signifierait « Dieu a rendu fort » par utilisation de la racine « azaz » au singulier de la troisième personne et de « El » qui signifie « dieu ».

Selon d'autres sources, Azazel proviendrait du terme "azel" qui signifie retirer, azazel signifierait alors retirer entièrement (voir le Brown–Driver–Briggs Hebrew Lexicon[2]). La traduction juive en grecque de la Septante supporte cette interprétation. Gesenius dans sa Grammaire hébraïque partage la même opinion [3].

Le nom Azazel possède des variantes hébraïques qui sont « Azaël » ou « Aziel » basées sur la racine « oz » qui signifie force ; les termes « Rameel » et « Gadriel » sont aussi indifféremment utilisés pour faire allusion à cette même entité.

Azazel est également le nom d'un roman de Boris Akounine et d'un recueil de nouvelles d'Isaac Asimov

Sommaire

Judaïsme

Azazel émane des anciennes croyances indo-iraniennes en tant que membre des armées maléfiques d'Ahriman[4].

Azazel apparaît dans la Bible (Ancien Testament, Lévitique 16) dans la description du rituel du Grand Jour des Expiations, le Yom Kippour.

« Aaron prendra ces deux boucs et les placera devant Yahvé à l’entrée de la tente de réunion. Il tirera les sorts pour les deux boucs, attribuant un sort à Yahvé et l’autre à Azazel. Aaron offrira le bouc sur lequel est tombé le sort « A Yahvé » et en fera un sacrifice pour le péché. Quant au bouc sur lequel est tombé le sort « A Azazel » on le placera vivant devant Yahvé pour faire sur lui le rite d’expiation, pour l’envoyer à Azazel dans le désert. » [5]
« Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des enfants d’Israël, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l’enverra au désert sous la conduite d’un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes en un lieu aride. » [6]

Cette tradition est à l’origine de l’expression Bouc émissaire.

Le Talmud, dans le traité Yoma 67b, identifie Azazel avec une falaise du haut de laquelle le bouc était précipité. Cette version est confirmée par le plus grand des commentateurs bibliques, Rashi, qui affirme qu'Azazel signifie « falaise ». Abraham ibn Ezra pense que le terme désigne une montagne du Sinaï en particulier.

Livre d'Enoch

Dans le Livre d'Enoch, écrit pseudépigraphique de l'Ancien Testament (voir Apocryphe) Azazel (Azaël) est le dixième des Anges Déchus :

« Azazel apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses. choses enseignées par les anges. Il leur montra les métaux et la manière de les travailler, ainsi que les bracelets, les parures, l'antimoine, le fard des paupières, toutes les sortes de pierres précieuses et les teintures. Il en résulta une grande impiété. Les hommes se débauchèrent, s'égarèrent et se perdirent dans toutes les voies. »[7]
« Tu vois tout ce qu'a fait Azazel : c'est lui qui a enseigné tous les forfaits commis sur la terre et qui a révélé les mystères éternels gardés dans le ciel, et les hommes mettent en pratique ce qu'ils ont appris. »[8]
« Il dit à Raphaël : Enchaine Azazel par les pieds et par les mains, jette-le dans les ténèbres, ouvre le désert qui est à Dadouël et jette-le dedans. Mets sur lui des pierres rugueuses, et aigües, enveloppe-le de ténèbres, et qu'il demeure là à perpétuité. Recouvre son visage, et qu'il ne voie pas la lumière. »[9]
« La terre entière a été dévastée par les œuvres apprises d'Azazel : impute à celui-ci tous les péchés. »[10]

On retrouve dans ce texte les mêmes associations notées dans Isaie entre Azazel, le désert et le poids des péchés accumulés.

Apocalypse d'Abraham

Dans un autre livre pseudépigraphique, l'Apocalypse d'Abraham (Chapitre XIII - Abraham et Azazel), il est décrit comme un oiseau impur :

« J'attendis le sacrifice du soir. Un oiseau impur descendit sur les corps et je le chassai. L'oiseau impur s'adressa à moi et dit : Qu'as tu à faire, Abraham sur les saintes hauteurs... »[11]
« Il arriva que je vis l'oiseau qui me parlait, je dis à l'ange : Qu'est ce cela mon Seigneur?. Il dit : C'est l'impiété, c'est Azazel, car le lot d'Abraham est dans les cieux et le tien est sur la terre. »[12]

Dans un autre passage du même livre (Chapitre XXIII - Abraham voit Adam, Éve, le Serpent et différentes formes du mal) il est décrit comme le tentateur sous l'apparence d'un serpent ailé à forme humaine (!) figurant l'impiété:

« Derrière l'arbre se trouvait quelqu'un qui avait l'apparence d'un serpent; il avait des bras et des jambes semblables à ceux d'un homme; il portait des ailes aux épaules, six à droite et six à gauche. »[13]

Christianisme

En sa qualité de démon régnant sur les déserts, Azazel pourrait avoir été le tentateur de Jésus[14]

« Jésus, rempli du Saint Esprit, revint du Jourdain, et il fut conduit par l'Esprit dans le désert, où il fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, après qu'ils furent écoulés, il eut faim »[15].

Les Adventistes du Septième Jour enseignent que le bouc émissaire, ou Azazel, symbolise Satan. Ce serait une figure du jugement dernier, par lequel le péché est enlevé à tout jamais du monde. Par le sacrifice de Christ, les péchés des croyants leur sont pardonnés, mais le fait que ces péchés aient été commis existe toujours. Ces péchés sont écrits dans les "livres" aux cieux (voir Apocalypse 20:12). Après le jugement dernier, la responsabilité pour tous ceux dont les péchés sont pardonnés sont attribués à Satan, le père du péché. Ensuite, Satan est jeté dans le Lac de Feu. Le péché n'existe plus [16].

Démonologie

Azazel est un démon de second ordre, gardien du bouc, premier porte-enseigne des légions infernales[17].

« Alors sur le champ il ordonne qu'au bruit guerrier des clairons et des trompettes retentissantes son puissant étendard soit levé. Cet orgueilleux honneur est réclamé comme un droit par Azazel, grand chérubin. »[18]

Notes et références

  1. La Sainte Bible de Jérusalem – Éditions du Cerf – 1961 p122 note(b)
  2. p736
  3. Gesenius "I have no doubt that it should be rendered 'averter'"
  4. Histoire générale du Diable - G. Messadié - Laffont 1993 - p113
  5. Bible - Lévitique 16,7-10
  6. Bible - Lévitique 16,21-22
  7. I Hénoch VIII,1-2.
  8. I Hénoch IX,6.
  9. I Hénoch X,4-5.
  10. I Hénoch X,8.
  11. Apocalypse d'Abraham, XIII,2-3
  12. Apocalypse d'Abraham, XIII,5-6
  13. Apocalypse d'Abraham, XXIII,5
  14. Histoire générale du Diable - G. Messadié - Laffont 1993 - p329
  15. Évangile selon Saint Luc 4:1-2
  16. White, E. G., 1911, The Great Controversy, p. 422
  17. Dictionnaire des Sciences occultes - Abbé Migne - Paris 1848, p. 148.
  18. Le Paradis perdu - John Milton - Traduction Chateaubriand.

Voir aussi

Articles connexes

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