Avancée des femmes

Histoire des femmes

L’histoire des femmes est une branche de l'histoire consacrée à l'étude des femmes en tant que groupe social, apparue dans les années 1970 et étroitement liée aux luttes féministes[1]. De nombreux auteurs constatent en effet l'absence d'« historicité » des études sur les femmes[2],[3]. Ce qu'ils analysent comme un processus de déshistoricisation est un phénomène qui tente de nier tout processus historique influençant la condition féminine et qui s'appuie pour cela sur des invariants réels et historiques[4]. L'histoire des femmes devrait donc s'appuyer sur ce que Pierre Bourdieu appelle une « reconstitution de l'histoire du travail historique de déshistoricisation ».

Dans la perspective féministe, jusqu'au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales accordent un traitement favorisant les hommes et assujettissant[5] les femmes, tant au point de vue du droit que des usages et coutumes. En effet, les traditions accordent une importance particulière au rôle social de femme au foyer, qui doit se consacrer aux tâches ménagères, à la reproduction et à l'éducation des enfants. Notons cependant que la dévalorisation implicite de ce rôle de "femme traditionnelle" n'est que récente, liée au poids grandissant pris par la sphère économique dans le monde. Par ailleurs, ce rôle de femme au foyer n'exclut pas l'exercice d'une profession, notamment depuis la révolution industrielle.

L'idée de l'égalité des sexes ne s'impose ainsi que récemment, mais les femmes ont su bien avant tirer parti de conditions historiques pour s'affranchir des contraintes et différences qui leur sont imposées. On ne saurait cependant parler d'une évolution continue de la condition féminine vers l'émancipation, car son histoire est ponctuée par d'importants mouvements de balancier, y compris lors des périodes révolutionnaires. Ainsi, la Réforme, dans le domaine religieux, mais aussi la Révolution française et les socialismes, malgré leurs prétentions émancipatrices, tenteront souvent de les renvoyer au foyer. Cette dernière contradiction explique selon Andrée Michel la naissance du féminisme [citation nécessaire].

Sommaire

Les origines

Selon certaines féministes, inspirées par les travaux de Marija Gimbutas, les sociétés de la préhistoire auraient connu des formes de pouvoir matriarcal, fondés sur le culte de la « Grande Déesse ». Ce sont les femmes qui auraient ainsi soit-disant inventé l'agriculture. Pourtant, elles auraient pâti de la seconde révolution néolithique, à l'origine de la sédentarisation, mais aussi de la guerre livrée à la nature et aux autres peuples. Surtout, les envahisseurs indo-européens auraient porté un coup fatal au matriarcat. Claudine Cohen remarque cependant que le culte de la mère peut exister dans des sociétés misogynes, et que rien ne permet vraiment de dire « ce qui dans les rares vestiges de la préhistoire ressortit à l'activité de l'un ou l'autre sexe ». L'anthropologue Françoise Héritier a travaillé sur ce point.

Antiquité méditerranéenne

Les sociétés méditerranéennes de l'Antiquité ont donné à la femme un sort peu enviable, à l'exception des Étrusques. Au IIe siècle ap. J.-C. l'empereur Marc-Aurèle délivre la femme romaine de l'institution de la manus, qui en faisait jusque là une mineure perpétuelle. Sans jouir d'aucun droit politique, elle peut désormais divorcer et se remarier, et elle a droit à la même part de l'héritage paternel que ses frères. Des appellations comme celle de « matrone » sont l'indice d'un statut social sans commune mesure avec celui de la femme grecque, enfermée dans le gynécée.

Moyen Âge

Article détaillé : Femmes au Moyen Âge.

Haut Moyen Age

Le christianisme confère à la femme un statut ambivalent. Comme la Vierge Marie, il lui faut, au fond, allier la pureté et la maternité.

En Europe, ce furent leurs épouses qui convertirent les rois païens au christianisme.

Apparu au VIe siècle, le couvent, garant de sécurité matérielle, représente aussi la possibilité d'une vie spirituelle et intellectuelle pour les femmes. Les abbesses exercèrent un pouvoir égal à celui des abbés, et parfois des évêques. La figure emblématique de l'abbesse reste l'érudite Hildegarde de Bingen qui vécu à la fin de la période (1098-1179).

Le christianisme fait à la femme, de par la possession d'une âme, l'égale de l'Homme. Ainsi, le mariage chrétien établit-il la liberté de choix et la libre volonté des deux époux : ce sont eux qui sont à égalité les ministres du mariage par l'échange symétrique des consentements (et non le prêtre qui n'en est qu'un témoin privilégié) et le prêtre doit s'assurer de la liberté de leur choix par des questions préalables. Si, dans la pratique, les mariages arrangés se poursuivirent, particulièrement dans les classes sociales supérieures, du moins le principe de liberté et d'égalité des époux était-il posé.

Moyen Age classique

La plupart des femmes mariées étaient sous le pouvoir de leurs maris.

Politique

Si l'émiettement de l'empire carolingien avait permis à un grand nombre de femmes nobles d'accéder au pouvoir politique et économique, voire militaire, la centralisation de l'État du XIIe siècle leur ferme cette perspective, note Andrée Michel.[6] Cependant, une femme comme Aliénor d'Aquitaine (1133-1204) joua en Angleterre et en Aquitaine un rôle politique, puis culturel, essentiel.

Église

Cependant, l'Église, dès le XIe siècle et les réformes grégoriennes, s'efforcèrent de limiter le nombre des religieuses et d'éliminer le pouvoir des femmes en son sein[réf. nécessaire].

Renaissance

La renaissance du droit romain en Occident va faire reculer les droits des femmes dans tous les domaines. « Progressivement, mais inéluctablement, les femmes se sont vu exclure de la sphère politique et publique. Même à la Renaissance, lorsque certaines d'entre elles exercent encore un pouvoir réel, quoique de plus en plus contesté, l'échec final est pour ainsi dire la clef de compréhension de tout pouvoir féminin » écrit Thierry Wanegffelen.[7] Aussi peut-on reprendre le titre de l'épilogue de son ouvrage de 2008: « De la Renaissance à l'âge classique : la défaite des souveraines ».[8]

Droit

La réinstauration du droit romain en Europe restreint considérablement les droits des femmes qui redeviennent de véritables mineures, abolissant ainsi les acquis chrétiens du haut moyen âge.

En France, au XVIe siècle, la femme mariée devient juridiquement incapable. Marie de Gournay (1566-1645), fille adoptive de Montaigne, exprime sa colère dans L'Égalité des hommes et des femmes et Le grief des femmes.

Économie

Du XIVe siècle au XVIe siècle, les femmes se voient confisquer par les hommes la plupart des professions et fonctions auxquelles elles avaient accès, en particulier l'exercice de la médecine populaire[réf. nécessaire]. Les guildes d'artisanes sont éliminées[réf. nécessaire].

Religion

Le droit romain s'impose aussi au sein de l'église catholique. La misogynie des traités de théologie morale des XIVe siècle et XVe siècle est féroce ; la persécution contre les « sorcières » fait des dizaines de milliers de victimes[réf. nécessaire]. Christine de Pisan (1364-1430) plaide dans ce climat la cause des femmes, en particulier celle de Jeanne d'Arc.

Ni l'humanisme ni la réforme n'améliorent le statut de la femme. Luther dissout les communautés religieuses. Sa propre épouse, Katherine von Bora, donne l'exemple du retour de la femme au foyer.

XVIIe-XVIIIe siècles

Du dix-septième au dix-neuvième siècle, l'importance accrue accordée à la vie de famille et à l'enfant a des conséquences contradictoires sur le statut de la femme. Son rôle dans l'éducation est clairement reconnu. Au thème du péché se substitue celui de la nature féminine, plus portée aux sentiments, à l'amour, qu'à la raison. Mais cela signifie également que la femme se doit de se cantonner à son rôle d'épouse et de mère (Rousseau, Kant). Dans les Salons, les dames de l'aristocratie comme la marquise de Rambouillet règnent sur la vie intellectuelle. Apparaît le type de la femme de lettres ou de sciences, mais aussi du bas-bleu ou de la précieuse. Condorcet théorise l'égalité des sexes.

Si les femmes participent activement à la Révolution française, ramenant en particulier de Versailles à Paris « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » (journées du 5 et du 6 octobre 1789), les revendications de certaines, comme Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme, ne sont pas prises en compte par les Conventionnels - elle finira d'ailleurs sur l'échafaud. Le Code civil français de 1804 reflètera ce conservatisme.

XIXe siècle

Politique

En France, comme le note Geneviève Fraisse, malgré le Code civil, certaines femmes auront cependant eu l'occasion d'exprimer une volonté politique, de prendre conscience de leurs problèmes propres, en même temps que de leur désir d'appartenir à la nouvelle société en qualité de membre actif. Le féminisme aura désormais partie liée avec la gauche, républicaine, utopiste puis socialiste.

Mœurs

Le thème bourgeois de la femme au foyer se répand dans les milieux populaires[réf. nécessaire]. La Condition féminine dans la société victorienne prend des caractéristiques particulières au coeur de l'Empire britannique à son zénith.

Économie

Les syndicats se révèlent surtout soucieux d'interdire toute concurrence des femmes sur le marché du travail[réf. nécessaire].

XXe siècle : Pays développés

Politique

En France, Léon Blum accorde certes en 1936 quatre secrétariats d'État à des femmes, mais pas le droit de vote. Ce n'est qu'à partir des années soixante-cinq que les femmes font triompher en Occident l'idée de l'égalité des sexes ; certains estiment que la possibilité de maîtriser leur fécondité a représenté de ce point de vue la principale avancée.

Guerres mondiales

Fabrique d'obus à Moscou pendant la « Grande guerre patriotique ». L'industrie de l'armement emploie les femmes dans l'effort de guerre.

La participation des femmes dans l'effort lié à la guerre totale que s'imposent les puissances belligérantes fera évoluer de manière induite les droits des femmes ; l'Histoire des femmes dans la guerre évolue [9], certaines deviennent combattantes dans les armées régulières ou dans la Résistance. Sans en faire des soldats, d'autres nations telles le Royaume-Uni les incorporent en temps qu'auxiliaires féminines. Notamment pendant le déroulement de la Seconde guerre mondiale, où l'auteur anonyme du récit Une femme à Berlin émet l'idée que les grands perdants dans cette guerre sont les hommes, annonçant l'avènement ultérieur d'une libération sexuelle [10]. À la libération, les femmes n'ont pas été épargnées puisque le phénomène collectif et revanchard des Femmes tondues a été observé.

Economie

Dans les pays développés, les femmes sont plus diplômées que les hommes (en 1996, on comptait en France 1 133 900 étudiantes pour 928 000 étudiants), sans que les disparités disparaissent, tant en ce qui concerne les filières d'études que la vie professionnelle et le niveau des salaires.

Depuis le début des années 1970, le nombre des femmes actives a augmenté de plus de trois millions en France, mais D. Kergoat note que de 1962 à 1992 ouvriers et ouvrières ont vu leur qualification suivre des mouvements inverses. Les classifications supérieures se masculinisent, les catégories d'ouvriers non qualifiés se féminisent encore davantage. Dans les autres domaines d'activité, cependant, le meilleur niveau de formation initiale va de pair avec l'accès aux postes d'encadrement et de commandement, tout spécialement en Île-de-France[11].

Moeurs

Si certaines féministes entendent dissocier radicalement la révolution des mœurs impulsée par la lutte des femmes à partir des années soixante-cinq de la « révolution sexuelle », il y a, plus généralement, convergence de l'individualisme et du féminisme.

XXe siècle : Pays en voie de développement

Manifestation à Dhaka au Bangladesh pour l'emploi des femmes.

Politique

Dans le tiers-monde, femmes politiques (souvent les héritières de quelque héros national) et écrivaines jouent un rôle politique essentiel dans la lutte contre les régimes autoritaires et corrompus, qui prennent appui sur l'armée et le conservatisme des mœurs.

Education

Le statut et l'éducation de la femme sont une des clés de la sortie du sous-développement. Plus autonome et mieux éduquée la femme saura maîtriser sa fécondité, éduquer ses enfants, participer plus efficacement à la vie économique, où elle joue presque toujours un rôle essentiel.

Il reste cependant beaucoup à faire. Dans le monde, 120 millions d'enfants n'ont pas accès à l'école ; les deux tiers sont des filles[réf. nécessaire].

Si, au moment de la décolonisation, les stratégies de développement des pays nouvellement indépendants se sont orientées en premier lieu vers l'éducation, il faut attendre les années 1970 pour que les organismes internationaux et les administrations des pays du tiers-monde prennent conscience du rôle fondamental de la force de travail de la femme dans la survie des populations rurales de ces régions. « Pivot essentiel de la vie des familles, c'est elle qui devrait être au centre de la formation », considère Willy Randin[12]. De nombreux projets d'éducation informelle (non scolaire) à destination des femmes rurales se limitent aux conseils domestiques. Les femmes ont pourtant d'autant plus besoin de formation agricole qu'elles se voient souvent confier les champs les plus difficiles à cultiver, au Niger par exemple. La femme doit encore assurer des activités commerciales ou artisanales, complément d'autant plus nécessaire que, parfois, le mari utilise pour lui-même ses propres revenus, la femme devant acheter seule les biens pour la consommation familiale. L'éducation des femmes joue enfin un rôle économique indirect. La femme est chargée d'éduquer les enfants, elle peut leur transmettre une mentalité mieux adaptée à l'économie moderne, «l'idéologie de la réussite individuelle » (Anne Guillou). L'hygiène permettra aussi de pallier les conséquences économiques de maladies trop fréquentes qui diminuent la productivité des agriculteurs. La contraception comme le recul de l'âge du mariage soulagera l'économie du poids de la démographie. Ainsi, la politique volontariste de la Tunisie à l'égard des femmes, amorcée dès 1966, leur a donné accès à l'enseignement et à l'emploi (selon les chiffres de l'Unesco, les étudiantes représentaient en 1996 44,5% des 121 700 étudiants tunisiens). Cela a pu contribuer à la baisse du taux de fécondité, aujourd'hui voisin de celui de l'Occident.

La femme, grande oubliée du développement ?

La charge même de travail qui pèse sur la femme rend particulièrement difficile le suivi assidu d'une formation. Les petites filles sont souvent considérées comme une force de travail d'appoint, domestique en particulier, voire mariées précocement. De plus le garçon continue le lignage, quand le capital culturel et professionnel de la fille appartiendra pour ainsi dire à son mari, c'est-à-dire à un autre lignage. Au Bénin, on tolère plus facilement la scolarisation des cadettes que celle de l'aînée, mais seul le garçon sera soutenu financièrement. Notons pourtant que c'est au plus fort de la vague islamique que l'alphabétisation des femmes a connu des progrès fulgurants au Maghreb, passant en Algérie, selon l'Unesco, de 24% en 1980 à 49% en 1995 (Tunisie, 32% et 55%; Maroc, 16% et 31%). En 1998, le taux d'activité des femmes marocaines de plus de 15 ans atteignait 33%. Si l'éducation des femmes est rendue difficile par la lourdeur même des tâches de reproduction et de production qui leur incombent dès l'enfance, elle peut finalement être facilitée par des investissements modiques : en Afrique, construction de moulins à mil ou de puits. Le défaut de moyens de transport peut gêner tant l'accès à la formation que l'engagement de la femme dans des activités rémunératrices, commerciales et artisanales. Mais selon Ester Boserup, insister uniquement sur le rôle économique traditionnel de la femme pourrait bien conduire à la cantonner dans les tâches les moins productives et les moins rémunératrices.

Dans les villes des pays peu développés, l'alphabétisation des femmes est devenue monnaie courante. Mais les jeunes citadines reçoivent rarement une éducation qui leur offre des débouchés professionnels dans le secteur moderne, sauf en ce qui concerne les carrières commerciales. L'école ne cherche guère à stimuler leur intérêt pour les matières liées à la vie professionnelle, ou sinon les oriente vers un champ restreint d'activités, comme le secrétariat, l'enseignement ou les métiers médico-sociaux. E. Boseru remarquait que lorsque les Universités s'ouvrent aux jeunes filles, elles se rassemblent d'abord dans les facultés de Lettres, puis en Médecine et dans les branches apparentées. Selon elle, les jeunes filles auraient intériorisé la coutume qui veut que les femmes s'occupent des enfants et des malades. Il y a cependant des pays, comme la Thaïlande, où il est de tradition que la femme exerce un métier. Elle entre alors directement en compétition avec les hommes sur le marché général du travail. Il n'y a pas en fin de compte de lien direct entre le niveau d'étude des femmes et celui de leur activité, comme le montre le cas de la Grèce. À l'inverse de ce qui s'est passé en France, l'emploi féminin diminue en Grèce depuis le tournant des années soixante. Les femmes grecques ne constituent qu'une force de travail d'appoint, au moindre coût. Elles seront aussi les premières licenciées. En Afrique, la déconfiture du système scolaire rend difficile la réussite scolaire des jeunes filles. Même lettrée, la jeune fille n'aura que bien peu de chance de trouver un emploi salarié qualifié, domaine monopolisé par les hommes. Selon Anne Guillou, l'instruction marginalise la femme par rapport à l'ordre traditionnel. La classe lettrée s'étoffe, mais ces femmes ont bien du mal à s'intégrer socialement et économiquement, en raison justement du sous-développement comme de la structure toujours très traditionnelle de la société.

Le féminisme

Le féminisme désigne d'abord un courant d'idées lié à la dénonciation de l'oppression subie par la femme. Parce que les revendications des femmes sont inséparables d'une critique globale de la société et des représentations, le féminisme a depuis 1965 calqué sa rhétorique sur celle des partis ouvriers ou de libération des peuples colonisés (Women Movements). Actuellement, les thèmes féministes, très diffus, sont plutôt intégrés à une vision démocratique et libérale des rapports entre les individus.

Le féminisme et l'image de la femme

Le corps de la femme constitue le terrain privilégié de la confrontation des féministes et de leurs adversaires. Dans la théorie féministe, pour celui qui est considéré comme paternaliste, la femme ne serait au fond que l'instrument de la reproduction, ou de la jouissance. Pour les féministes, les femmes ont dû revendiquer et obtenir, contre cette représentation, certains « droits » : le droit de se cultiver et de travailler en dehors de la maison, ou de disposer de leur salaire, la liberté de disposer de leur corps (droit au divorce, à la contraception, sans oublier la levée des restrictions concernant la recherche de paternité, en 1993). Elles ont également lutté pour que le viol soit systématiquement condamné.

Selon Bourdieu[13], cependant, l'aliénation de la femme se fait aussi de façon plus subtile, lorsqu'elle croit par exemple se reconnaître dans les activités de séduction, se définissant ainsi par et pour le regard de l'autre, et non comme sujet autonome. Plus généralement, s'agit-il, comme le croyaient certains romantiques allemands, de libérer le propre de la femme, afin qu'il nourrisse enfin la culture et la société dans son ensemble, influence et civilise le comportement des hommes ? (Différentialisme) Ou bien cette prétendue nature féminine n'est-elle que le sous-produit de la domination masculine ? C'est là la problématique essentielle que le féminisme contemporain se doit de résoudre, en pratique comme en théorie.

La lutte des sexes ?

Malgré le radicalisme sectaire qu'on leur prête, les féministes post-soixante-huitardes n'ont pas fait de leur mouvement une structure fermée. Elles ont opté pour une multitude de petits groupes très réactifs. C'est que les femmes ne constituent pas une classe économique, encore moins une nation. Elles ne peuvent pas espérer construire une société par exclusion des hommes. Il s'agit plutôt pour elles de créer les conditions sociales de leur épanouissement. Cette stratégie a permis indiscutablement une bonne diffusion des thèses de la critique féministe dans les partis, les syndicats et la société entière. Historiquement, les premières féministes ne séparaient pas leur action des mouvements d'émancipation comme les Lumières, puis, au dix-neuvième siècle, les partis politiques républicains ou les socialismes utopique et marxiste. Des femmes comme Louise Michel se sont battues lors de la Commune aux côtés des hommes. Pour certaines féministes, c'est la gauche politique qui n'a pas été à la hauteur de ses idéaux universalistes et égalitaires. Selon Edith Thomas, la cause des femmes a réuni tous les hommes, ou presque, contre elle, y compris ceux de gauche ; quand ils en parlent, les historiens marxistes ne voient dans la « question féminine » qu'un aspect de la « question sociale ».

Sociologues et surtout anthropologues comme Françoise Héritier considèreraient plutôt que la domination de la femme par l'homme n'est pas propre à une époque ni à une société données. Selon cette dernière, cette domination s'enracine dans les structures de l'imaginaire symbolique, ce qui ne veut en aucun cas dire que la femme est par nature réellement inférieure à l'homme.

Pourtant, quelle que soit la réalité de ces invariants structuraux, dans une perspective féministe, la fausse évidence de la supériorité masculine serait inséparable du fonctionnement d'institutions historiques, comme l'Église, la famille, l'école, qui entendraient persuader la femme de son infériorité. Les féministes considèrent que le succès des femmes dans tous les domaines, dès lors qu'elles y ont accès, suffit à le démontrer. Il y aurait donc bien une lutte entre les sexes, qui constituerait une constante de l'histoire et de l'anthropologie, lutte larvée ou ouverte, parfois sanglante, lutte qui s'expliquerait par la volonté des hommes de maintenir la femme dans un état perpétuel de tutelle et de s'approprier le contrôle de sa fécondité. Ainsi, les hommes des sociétés traditionnelles seraient bien moins ouverts que les femmes à la modernité : ils auraient beaucoup de privilèges à y perdre.

L'émancipation sociale des femmes et ses limites.

Du moins en Occident, le succès des idées féministes est plus éclatant que celui du féminisme politique, qui ne s'est finalement manifesté dans l'histoire contemporaine que de façon épisodique. Ce succès, même relatif, est sans doute une des raisons de la désaffection à l'égard du militantisme féministe. Outre l'action militante, l'émancipation de la femme s'expliquerait par le déclin de l'influence de l'Église, par la généralisation du travail féminin salarié et son contrecoup sur la cellule familiale, par les progrès des conceptions libérales des mœurs et de l'individu. En France, les femmes obtiennent le droit de vote en 1944, le planning familial est créé en 1956 par Mme le Dr Veil.

La loi Simone Veil (janvier 1975) qui dépénalise l'avortement est définitivement adoptée en 1979. En 1992, Véronique Neiertz fait voter la loi qui pénalise le harcèlement sexuel au travail, les violences familiales et les commandos anti-IVG. Mentionnons enfin le principe de la parité politique, inscrit dans la constitution en 1999. La loi donne souvent l'impression de courir après les mœurs, mais traduit aussi la volonté politique de lutter contre les inégalités entre les sexes et de promouvoir la dignité de la femme.

Mais certaines questions sont plus complexes : la garde des enfants, généralement attribuée à la femme en cas de divorce, reproduit la division traditionnelle des rôles. Si les femmes ont le droit de travailler et de disposer de leur salaire, cela n'entraîne pas un partage équitable des tâches domestiques, qui alourdissent leur journée et entravent de fait leur carrière professionnelle. Le libéralisme a joué un rôle important dans l'émancipation de la femme, mais il tend aussi à restreindre les protections contre les discriminations salariales ou celles qui concernent l'emploi et la carrière. Ainsi, le temps partiel est souvent contraint et tend à devenir la norme chez les femmes. La réussite des femmes se fait surtout dans des domaines qui subissent une certaine désaffection de la part des hommes, comme la fonction publique ou l'enseignement. En revanche, les femmes occupent moins de 5 % des postes de direction en science de l'Union européenne, et environ 2 % des postes de numéro un ou deux des entreprises françaises de plus de 500 salariés. Certaines professions se sont cependant féminisées sans trop perdre de leur « valeur sociale » : droit, médecine, journalisme.

Ailleurs dans le monde, l'accès des femmes aux études supérieures n'a pas toujours conduit à l'égalité avec les hommes, ni même à la remise en cause des statuts traditionnels. Dans nos régions, un certain culte de la violence et des conduites viriles, en particulier dans les milieux populaires, pourrait selon les féministes conduire à une remise en cause de l'égalité des femmes et des hommes.

Voir aussi

Références

  1. "Partant, [le féminin] a constitué, en premier lieu, un domaine d'étude où les femmes ont enquêté sur les racines historiques et les dynamiques sociales de leur oppression", BONESIO, Luisa, La femme et la féminité comme objet de recherche, Encyclopaedia Universalis, Paris, 1990
  2. Monique David-Menard indique dans l'article Femme de l'Encyclopaedia Universalis, que les études sur les femmes semblent "remarquablement anhistoriques".
  3. Dans Une chambre à soi, Virginia Woolf remarque quant à elle que de nombreux hommes écrivent des traités sur les femmes (ou sur « la » femme), sans pour autant posséder une autre autorité (scientifique, historique) que celle d'être des hommes.
  4. BOURDIEU Pierre, La domination masculine, p 114 à 116, Paris, Seuil, 1998
  5. BONESIO, Luisa, Op. cit.
  6. Le féminisme, PUF, 1979
  7. Le pouvoir contesté. Souveraines d'Europe à la Renaissance, Payot, 2008, page 443.
  8. idem
  9. vidéo Les femmes dans la guerre sur le site de France 2.
  10. Des photocopies du texte Une femme à Berlin circuleront d'ailleurs en Allemagne en 1968 compte tenu de ces remarques associées au récit de l'expérience de viol subi les lendemains immédiats de la bataille de Berlin.
  11. Jacques Scheibling, référence à préciser
  12. RANDIN Willy: Femmes source de progrès: Sud, des actes concrets, Favre SA, 2004
  13. BOURDIEU, Pierre, Op cit

Bibliographie

Les ouvrages suivants sont classés par ordre chronologique pour mieux respecter l'évolution des pensées et des recherches.

  • Emily Anne Eliza Shirreff, Essays and Lectures on the Kindergarten, Principles of Froebel's System, and their Bearing on the Higher Education of Women (1863).
  • Mathilde Laigle, Le livre des Trois Vertus de Christine de Pisan et son milieu historique et littéraire, Paris, Honoré Champion, 1912.
  • Pierre Grimal, Histoire mondiale de la femme, Paris, Nouvelle librairie de France, 1965-1967.
  • Maurice Bardèche, Histoire des femmes, Paris, Stock, 1967-1968 (2 volumes).
  • Andrée Michel, Le Féminisme, P.U.F., 1979 (réédité en 1998).
  • Marija Gimbutas, The language of the Goddess, Harpercollins, 1989, 388 p. (ISBN 0062503561)
  • Michelle Perrot et Georges Duby (dir.), Histoire des femmes en Occident, Plon, Paris, 1990-1991 (5 volumes).
  • Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Seuil, 1998.
  • Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l'histoire, Paris, Flammarion, 1998.
  • Françoise Thébaud, Écrire l'histoire des femmes, ENS-Éditions, 1998.
  • Nacéra Benseddik, "Être femme dans le Maghreb ancien", Awal, 20, 1999, p. 113-150.
  • Florence Montreynaud, Le XXe siècle des femmes, Éditions Nathan, Paris, 1999.
  • André Rauch, Crise de l'identité masculine, 1789-1914, Hachette, 2001.
  • Willy Randin, Femmes source de progrès: Sud, des actes concrets, Favre SA, 2004.
  • David Gilles, « La condition juridique de la femme en Nouvelle-France : essai sur l’application de la Coutume de Paris dans un contexte colonial », Cahiers aixois d’histoire des droits de l’outre-mer français, PUAM, Aix-en-Provence, n°1, 2002, pp. 77-125.
  • Eliane Gubin, Catherine Jacques, Florence Rochefort, Brigitte Studer, Françoise Thébaud, Michelle Zancarini-Fournel (co-dir.), préface de Michelle Perrot, Le siècle des féminismes, Paris, Les Éditions de L'Atelier, 2004.
  • Dossier "Histoire des femmes" dans Historiens et Géographes, n°392, octobre 2005, p.69-145. ISSN 004675X
  • Nacéra Benseddik,"Laßt die Hände nach Wolle greifen …", Antike Welt, hft 3, 2006, p. 23-30.
  • Thierry Wanegffelen, Le pouvoir contesté. Souveraines d'Europe à la Renaissance, Payot & Rivages, 2008.
  • David Gilles, « Les filles du roi en Nouvelle-France : administrer une politique de peuplement colonial sous l’Ancien régime », La femme dans l’histoire du droit et des idées politiques, (ss. dir. E. Gasparini et P. Charlot). Éditions universitaires de Dijon, 2008, pp. 29-59.

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