Autochtones du Québec
Autochtones du Québec
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Amérindiens
Populations
Population totale 87 251
(dont 76 787 Amérindiens et 10 464 Inuits) (2007)[1]
Autre
Langue(s) Langues autochtones
Anglais canadien
Français canadien
Religion(s) Christianisme (principalement anglicanisme), chamanisme
Groupe(s) relié(s) Autres peuples amérindiens

Les autochtones du Québec avec une population totale de 87 251 personnes en 2007, se composent de onze peuples distincts par la langue, la culture et l'histoire[2]. Les Amérindiens ont été annexés par traités ou par la force au Québec et au Canada de l'époque après la conquête britannique de 1760.

Sommaire

Amérindiens et Inuits du Québec

Il y a onze nations autochtones au Québec, ou premiers peuples, dont dix sont amérindiennes et une inuite[3].

Elles sont politiquement représentées par et regroupées dans l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL). Le chef en est Ghislain Picard.

Ces dix nations amérindiennes appartiennent à deux familles linguistiques, les algonquins (ou algiques) et les iroquoiens, qui dominaient un vaste pan de l'Amérique du Nord-Est à l'arrivée des Européens.

La famille iroquoienne tire son nom des Iroquois. Au Québec, elle est représentée par les Mohawks, dans la région de Montréal, et les Hurons, dans la région de Québec.

La famille algonquienne est représentée au Québec par les Montagnais et Naskapis (tous deux innus, appellation qui s'impose de plus en plus) dans le grand nord oriental, c'est-à-dire la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Grand Nord qui jouxte ces deux régions, vers Schefferville et jusque dans le Labrador terre-neuvien.

Dans le Grand Nord occidental (régions de la Baie James et de la Baie d'Hudson): les Cris, nation désormais mieux reconnue et plus aisée par rapport aux autres nations étant données les grands projets de barrages sur leur territoire ayant donné lieu à des ententes marquantes avec Hydro-Québec et le gouvernement québécois, soit la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (1975) et la Paix des Braves (2002). Au sud des Cris, les Algonquins habitent l'Abitibi, le Témiscamingue et l'Outaouais. Sans bénéfices comparables aux Cris, ils vivent plus chichement dans des réserves trop exiguës excepté à Maniwaki. À l'est des Algonquins, en Haute-Mauricie, se trouvent les Attikameks. Leurs conditions sont plus difficiles encore.

Au Sud du Saint-Laurent, réfugiés à l'époque de la Nouvelle-France de l'actuelle Nouvelle-Angleterre, vivent les Abénaquis du Québec (Odanak, Wolinak), fortement intégrés à la culture québécoise. Dans le Bas-du-Fleuve, vivent les Malécites (Cacouna, etc.), eux aussi réfugiés de zones anglaises de Nouvelle-Angleterre et d'Acadie, à la même époque que les Abénaquis. Enfin, en Gaspésie, vivent des Micmacs du Québec (Gaspé, Gesgapegiag, Listuguj) ; cette nation est fortement représentée dans les provinces maritimes du Canada et pratique la pêche commerciale.

Iroquois et Mohawks : Le peuple iroquois est en fait une Confédération de nations de langue iroquoienne, d'abord cinq puis six nations. Leur assise territoriale est et fut le nord de l'État de New York actuel, au sud du Lac Ontario, comprenant la région dite des « Finger Lakes ».

Au Québec, c'est la nation la plus orientale et longtemps la plus puissante qui est présente : les Mohawks. En Nouvelle-France, on les appelait les « Agniers ». Mais comme les Iroquois sont en majorité citoyens américains et anglophones, l'adaptation anglaise de leur nom s'est depuis longtemps imposée.

Il y a approximativement 10 000 Mohawks au Québec, très anglophones et très métissés avec la population québécoise, néanmoins avec une identité très affirmée. Ils sont répartis en trois villages, dont deux sont des réserves fédérales proprement dites ; tous trois sont aux alentours de Montréal. Kanesatake, Kanawake, et Akwesasne, à la jonction des frontières de l'Ontario, de l'État de New York et du Québec.

La présence d'Iroquois au Québec relève d'une histoire complexe. Quand Champlain scelle une alliance amérindienne et permet aux Français de prendre pied en Nouvelle-France, au début du XVIIe, il rejoint une alliance de plusieurs nations, algonquiennes et huronnes, dont l'ennemi principal est l'Iroquoisie. Les Iroquois furent donc ennemis des Français jusqu'à la Grande Paix de Montréal en 1701.

Au XVIIIe siècle, et même dès la fin du XVIIe siècle, les missions jésuites ont réussi à obtenir un nombre suffisant de convertis pour fonder des villages iroquois catholiques. Aujourd'hui, ces trois centres mohawks du Québec en sont les héritiers directs. Nonobstant cette conversion, leur isolement voulu par les jésuites pour les préserver de la corruption urbaine, les aura peut-être aidés à maintenir des liens forts avec l'Iroquoisie, qui sont aujourd'hui déterminants. Les Mohawks du Québec se sont ainsi fréquemment employés dans la construction en hauteur (gratte-ciels, ponts), non seulement au Québec, mais principalement à New York. D'autres, nombreux, se sont enrôlés dans l'armée américaine à l'occasion de plusieurs guerres, dont celle du Viet-nam.

Hurons-Wendat ou Wyandot : Grands alliés des Français à la naissance de la Nouvelle-France, les Hurons formaient une Confédération puissante sur les bords du Lac Huron, dans l'actuel Ontario. Cette nation agricole et sédentaire exerçait un rôle de pivot et d'intermédiaire commercial entre Français, établis dans la vallée laurentienne, et les nations de l'intérieur (région des Grands Lacs etc.), généralement algonquiennes et de chasseurs-cueilleurs, qui échangeaient leurs peaux en retour de produits agricoles et d'articles français.

Cependant, les Iroquois, notamment pourvus en armes à feu par les Hollandais, parvinrent à pratiquement anéantir les Hurons et les nations iroquoiennes voisines dans les années 1640-1650.

Les restes de la nation huronne se réfugièrent alors dans la région de Québec, près de leurs alliés français, à l'Ancienne Lorette puis à Lorette, dite aussi Wendake. Grâce à la proximité urbaine et à la vigueur du tourisme dans la région de la capitale nationale du Québec, la bourgade de Wendake est relativement prospère. Elle se distingue par une Caisse populaire autochtone (les institutions financières autochtones sont rares au Québec et au Canada, du fait des complications liées à la loi fédérale sur le statut d'indien ; notamment, les Amérindiens des réserves ne peuvent hypothéquer leur maison).

Population

Depuis l'arrivée des Européens en terre québécoise, les populations autochtones étaient en forte régression. Depuis le milieu des années 1950, leur nombre ne cesse de s'accroître (18 000). Ils étaient 37 000 à la fin des années 1970 et plus de 72 000 en 1997[4]. En 2001, les dix peuples amérindiens et le peuple inuit habitant le territoire québécois formaient un groupe hétérogène d'environ 79 400 individus dont 9 535 Inuits[5]. Ils composaient environ 1 % de la population québécoise.

Le tableau suivant présente un sommaire de la population autochtone résidant à l'intérieur ou à l'extérieur d'une réserve sur l'ensemble du territoire québécois.

Population amérindienne et inuite du Québec en 2004[6]
Nations Total résidents non-résidents
Abénakis 2 074 376 1 698
Algonquins 9 498 5 493 4 005
Attikameks 6 163 5 202 961
Cris 15 120 13 490 1 630
Wyandot (Hurons-Wendat) 2 999 1 307 1 692
Innus (Montagnais) 15 915 11 275 4 640
Malécites 775 1 774
Mi'maqs 5 026 2 506 2 520
Mohawks 11 472 8 731 2 741
Naskapis 637 593 44
Inuits 10 423 9 697 726
Indiens (non associés) 70 1 69
Québec (Indiens) 69 749 48 975 20 774
Québec (Total) 80 172 58 672 21 500

Les peuples, par famille linguistique

Famille linguistique eskimo-aléoute

Les Inuits du Québec, les seuls représentants de cette famille linguistique vivent le long des côtes de la baie d'Hudson[7], du détroit d'Hudson[8] et tout autour de la baie d'Ungava. Ils exploitent les ressources fauniques de l'intérieur des terres et des nombreuses îles situées le long des côtes. Les mammifères marins tel le phoque, le morse et le béluga ainsi que les mammifères terrestres comme le caribou, occupent une importante place dans leur alimentation. En plus de la viande de ces animaux, les peaux sont d'une importance capitale pour la confection des vêtements, des couvertures et de toiles pour les habitations d'été. En résumé, on peut affirmer qu'il n'y a que quelques décennies que les Inuits du Québec ont quitté, tout au moins partiellement, leurs activités traditionnelles pour entrer de plein fouet dans la civilisation moderne nord-américaine.

Inuits

Article détaillé : Inuits.
Les Inuits (Nunavimiut) du Québec
Communautés Itivimiut[9]: Chisassibi (Malosi) | Kuujjuarapik (Great Whale | Poste-à-la-Baleine) | Umiujaq | Inukjuak (Port Harrisson) | Puvirnituq | Akulivik (Cape Smith)
Communautés Taqramiut[10]: Ivujivik | Salluit (Sugluk) | Kangiqsujuaq (Wakeham Bay | Maricourt) | Quaqtaq (Cape Hope Advanced)
Communautés Ungavamiut[11]: Kangirsuk (Payne Bay) | Aupaluk | Tasiujaq (Leaves Bay | Baie-aux-Feuilles) | Kuujjuaq (Fort-Chimo) | Kangiqsualujjuaq (George River | Port-Nouveau-Québec)


Famille linguistique algonquienne

On suppose qu'à l'arrivée des Européens au XVIIe siècle, il n'y avait que quelques milliers d'Algonquiens qui habitaient le territoire québécois. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, tous les Algonquiens du Québec étaient nomades. C'était donc le cycle des saisons qui régissait les déplacements et les activités sur les territoires respectifs à chacune des nations de cette famille linguistique. Du printemps jusqu'à l'automne, les gens se rassemblaient sur les rives des grands cours d'eau pour former des campements de plusieurs dizaines de personnes. C'est le temps de l'abondance, des rencontres et des festivités multiples. Avec l'arrivée de l'automne, ils s'en retournaient à l'intérieur des terres, par petites bandes de chasseurs d'orignaux et de caribous. Lorsque ces grands mammifères se faisaient rares, les Algonquiens se tournaient vers les petits gibiers de toutes sortes pour adoucir les périodes hivernales plus difficiles.

Abénaquis

Article détaillé : Abénaquis.

Les Abénakis vivent près de Trois-Rivières au Québec. Leur population s'élève à environ 2 074, une minorité réside sur l'une des deux réserves en 2004. Le lecteur de nouvelles Jean-Paul Nolet est né sur la réserve indienne d'Odanak.

Les Abénakis du Québec
Communautés: Odanak | Wôlinak

Algonquins

Article détaillé : Algonquins.

Les Algonquins ou Anishinaabeg en langue algonquine, vivent dans dix communautés (réserves ou établissements) dont neuf situées en Abitibi-Témiscamingue et une dans les régions de l'Outaouais. La population algonquine s'élève au Québec à environ 10 498, dont 58 % résident sur des réserves (2004) sur un total de 12 700 personnes.


Attikamekws

Article détaillé : Atikamekws.

Les Atikamekws vivent dans trois communautés situées dans la région de la Mauricie. La population atikamek s'élève à environ 6 163, dont la majorité (84 %) vit sur réserve (2004).

Les Attikamekws du Québec
Communautés: Wemotaci | Manawan | Opitciwan

Cris

Article détaillé : Cris.

En 2004, les quelque 15 120 Cris du Québec dont la très large majorité (88 %) vit dans neuf villages cris de la région de la Baie-James et au Nunavik (Whapmagoostui). Tous les villages participent au Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) et aux structures politiques et administratives prévues à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois qu'ils ont ratifiée, tout comme les Inuits du Nunavik, en 1974. L'écrivain métis Bernard Assiniwi est d'origine crie et algonquine par son père et d"origine québécoise par sa mère.

Les Cris du Québec
Communautés: Chisasibi | Eastmain | Mistissini | Nemaska | Oujé-Bougoumou | Waskaganish | Waswanipi | Wemindji | Whapmagoostui

Malécites

Article détaillé : Malécites.

Les Malécites vivent dans la région du Bas-St-Laurent. Au Québec, la population malécite est de 775 (2004), mais seulement un d'entre eux réside sur réserve.

Les Malécites du Québec
Communautés: Cacouna | Whitworth

Micmacs

Article détaillé : Mi'kmaqs.

Les Micmacs vivent principalement dans les provinces maritimes et dans la région de la Gaspésie au Québec. La population micmaque du Québec s'élève à environ 5 026 (dont la moitié vivaient sur les réserves en 2004).

Les Mi'maqs du Québec
Communautés: Gesgapegiag (Maria) | Gespeg (Gaspé) | Listuguj (Restigouche)

Innus (Montagnais)

Article détaillé : Innus.

Les Innus (anciennement les Montagnais) forment le groupe le plus important au Québec avec 15 915 membres. La majorité des Innus (70 %) vivent dans neuf communautés situées sur la Côte-Nord à l'exception de Matimekosh (Schefferville), situé dans le Moyen-Nord québécois.

Les Innus (Montagnais) du Québec
Communautés: Ekuantshit (Mingan) | Essipit (Les Escoumins) | Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) | Nutukuan (Natashquan) | Pakua Shipi (St-Augustin) | Pessamit (Betsiamites) | Uashat Mak Mani-Utenam | Unamen Shipi | (La Romaine) | Matimekosh | (Schefferville)

Naskapis

Article détaillé : Naskapis.

Les Naskapis vivent dans la région administrative de la Côte-Nord, près de la ville de Schefferville. La population naskapie s'élève à environ 637 personnes (2004) dont 593 résident sur la réserve de Kawawachikamach. Ils sont signataires de la Convention du Nord-Est québécois de 1978 qui leur a permis de se joindre à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Les Naskapis du Québec
Communautés: Kawawachikamach

Famille linguistique iroquoienne

Il ne reste que les Mohawks et les Hurons-Wendat qui représentent cette famille linguistique au Québec. Cependant, lors du contact, il y avait d'autres nations iroquoiennes, aujourd'hui disparues, comme les Neutres, les Pétuns, les Andastes et les Ériés.

Les Iroquoiens se distinguent des Algonquiens par leur mode de vie sédentaire et la pratique de l'agriculture. Les bons rendements permettaient parfois l'accumulation de réserves et de surplus ce qui favorisait une certaine concentration de populations. Par contre, la chasse et la pêche devaient compléter et diversifier cette alimentation. Dans les villages, les maisons longues abritaient de cinq à dix familles d'une même lignée matrilinéaire. Du point de vue politique, un système confédéral, qui a servi semble-t-il, de modèle à la confédération canadienne, était la forme d'organisation prisée par ces Iroquoiens.

Wyandot (Hurons-Wendats)

Article détaillé : Hurons-Wendats.

Les Wendats (anciennement les Hurons) vivent tout près de la Ville de Québec. Leur pays d'origine était situé en Ontario près du lac Simcoe. Leur population s'élève à 2 999 personnes (2004) mais la majorité (56 %) vit à l'extérieur de la réserve. Les Wendats vivaient dans des « maisons longues » ; il y en avait 10 à 100 par village. Les Wendats ont inventé le jeu de la crosse. Les Wendat se nourrissaient de poisson, de bison, et de légumes.

Les Hurons-Wendats du Québec
Communautés: Wendake

Mohawks

Article détaillé : Mohawks.

Il y avait 11 472 Mohawks au Québec en 2004.

Myra Cree est une communicatrice Mohawks née à Oka

Les Mohawks du Québec
Communautés: Akwesasne | Kahnawake | Kanesatake | Doncaster

Histoire

Le passé lointain

À l'époque de la Nouvelle-France

Après les quelques contacts intermittents entre les Innus et les Micmacs du Québec et les morutiers-baleiniers basques, ce n'est qu'au début du XVIIe siècle que de véritables échanges s'organisent autour de la traite des fourrures. Un premier poste de traite est ouvert à Tadoussac[12] en 1600 et un deuxième à Québec[13] en 1608. C'est à partir de cette époque que se développent de vastes réseaux commerciaux avec les Innus (Montagnais) de Tadoussac pour les territoires nordiques et les Algonquins, puis les Hurons-Wendat pour la région des Grands Lacs. En plus des échanges entre Autochtones et Français, la traite des fourrures a donc permis d'élargir les relations commerciales entre les Premières Nations de tout le continent. À cet effet, la citoyenneté et la protection Française était donnée à tous les autochtones baptisés, ce qui est un fait unique en tant que relation entre autochtones et une métropole[14].

D'un autre côté, la participation à ces commerces longues distances a favorisé la propagation rapide des microbes et virus de l'Ancien-Monde ce qui provoqua des conséquences dévastatrices sur la démographie des peuples autochtones. Un malheur ne vient pas sans l'autre. La traite des fourrures et la baisse démographique de plusieurs tribus provoquent des guerres interminables entre les nations. Pour profiter de cette manne[15] en provenance de l'Europe, chaque peuple essayait de trouver la meilleure place dans cet échiquier commercial en scellant des traités d'amitiés et d'alliances avec les Français. À titre d'exemple, citons que Champlain a accompagné à trois reprises[16] ses alliés Innus, Algonquins et Hurons contre les Iroquois. Pour ces derniers, armés par les Hollandais de New-Amsterdam, en plus des raisons habituelles de faire la guerre, ils voulaient aussi faire des prisonniers pour remplacer les victimes des épidémies. Toutes ces guerres inter-tribales prendront fin avec la Grande Paix de Montréal, en 1701[17]. Les rivalités entre Français et Britanniques pour le contrôle du commerce des fourrures se termine finalement avec la Conquête[18] de 1760. Pourtant, l'arrivée des Britanniques ne met pas fin aux diverses alliances adoptées durant le Régime français. Au contraire, la Conquête place les Amérindiens en position de force devant le nouvel occupant. Peu de temps avant la Capitulation de Montréal[19], ils avaient même négocié, comme les Canadiens d'ailleurs, une garantie qui leur permettait de garder leurs territoires, leurs cultures et le libre exercice de la religion catholique. C'est ce que nous retrouverons dans le texte de la Proclamation royale du 7 octobre 1763 qui définit pour la première fois cette relation impériale tripartite, tout à fait unique.

La Loi de la Civilisation graduelle

À partir du XIXe siècle, l'expansion coloniale qui s'étend à l'extérieur des territoires seigneuriaux, la demande en richesses naturelles comme les produits de la forêt est en forte augmentation. En quelques années seulement, l'industrie forestière devient le centre névralgique du développement économique du Québec. Dès 1820, de partenaires militaires et économiques, les Amérindiens deviennent un problème de société qu'il faut régler au plus tôt. L'assimilation à la civilisation coloniale devient l'outil préconisé par les Britanniques. La sédentarisation des Autochtones doit être favorisée à tout prix. Des terres réservées à l'usage des Amérindiens, prises à même des territoires leur appartenant, sont délimitées. Au milieu du XIXe siècle, Kitigan Zibi[20], Pessamit[21] et Mashteuiatsh[22] deviennent alors les premières réserves modernes du Québec. Le 30 août 1851, le gouverneur de l'Union loue des terres au Québec et décide d'y placer ces « sauvages » que l'on veut sédentariser, contrôler, alors que depuis quelque temps, devant l'invasion constante de leurs territoires, la violation de leurs droits ancestraux, leur mécontentement ne cesse de grandir. En constituant ces réserves, on espère se ménager un accès plus facile aux ressources minières. De plus, il fallait définir un statut juridique pour ces Indiens. En 1850, on établissait donc le terme « Indien » de façon assez souple et inclusive. Toutefois, dès l'année suivante, le Parlement modifia les critères pour les rendre beaucoup plus restrictifs. Il fallait que la loi respecte mieux les valeurs civilisatrices des conquérants. À partir de 1851, un non-Indien mariant une Amérindienne et les descendants d'une Indienne mariée à un Blanc devenaient exclus du statut d'Indien. Quelques années plus tard, en 1857, fut adoptée une loi visant ouvertement l'assimilation des Premières nations. Au cœur de cette loi se trouvait le concept d'émancipation. En renonçant à son patrimoine, un membre d'une Première nation de sexe masculin répondant à certaines conditions pouvait devenir un citoyen à part entière. Un Amérindien âgé de 21 ans, parlant français ou anglais, ayant reçu une éducation élémentaire, réputé de bonne moralité et sans dettes, pouvait être déclaré émancipé ou cessé d'être considéré comme un Indien. Ce faisant, il devenait un citoyen au même titre que les autres. Pour favoriser cette pratique, on accordait aux Indiens émancipés un titre de propriété absolu sur une terre de 20 hectares dans une réserve, plus leur part d'annuités versées auparavant à la bande. Dans la réalité, l'obtention de ce titre de propriété par un Indien émancipé permettait l'éclatement des communautés par l'intérieur. Non seulement les collectivités perdraient des membres les uns après les autres, mais elles perdraient des espaces territoriaux sur des terres réservées déjà extrêmement exiguës. Les gouvernements tribaux venaient de perdre le contrôle exclusif sur les terres des réserves. L'Acte pour encourager la Civilisation graduelle constituait également une autre étape vers le contrôle gouvernemental des décisions relatives au statut d'Indien. Bien que le processus ait été amorcé en 1850 avec l'adoption d'une loi sur les terres du Bas-Canada, qui définissait le terme indien aux fins d'un droit de résidence dans les réserves, la nouvelle loi lançait le mécanisme d'émancipation qui allait retirer à d'autres personnes d'ascendance et de culture indienne, leur statut et leur appartenance à la bande. De plus, l'Acte pour encourager la Civilisation graduelle a maintenu et renforcé le sexisme exprimé dans la définition d'Indien, puisque l'émancipation d'un homme entraînait automatiquement celle de son épouse et de ses enfants. Enfin, le ton et les buts de cet acte, en particulier les dispositions sur l'émancipation qui affirmait la supériorité de la culture et des valeurs coloniales, annonçaient également le début d'un processus de dépréciation et d'érosion de l'identité culturelle indienne. Il s'agissait donc, du commencement d'une lutte psychologique contre l'identité indienne qu'allaient venir renforcer les interdictions contenues dans la Loi sur les Indiens qui se dessinait à l'horizon.

Civiliser pour mieux assimiler

Assimilation par l'émancipation: Loi sur les Indiens

Assimilation par l'éducation: Les pensionnats autochtones

Assimilation par la déculturation: Les déplacements de populations

La fin définitive du mode de vie traditionnel

Dès les premières décennies du XXe siècle, au moment où les compagnies forestières s'enfonçaient plus profondément dans la forêt boréale, le développement de l'hydroélectricité s'installait sur les principaux affluents du Saint-Laurent. Cette abondance d'énergie nouvelle permettra la création de l'industrie de l'aluminium et le développement accéléré du secteur des pâtes et papiers. Tous ces changements bouleversent de façon irrémédiable les activités de chasse, de pêche et de piégeage des Autochtones du Québec. Après la crise économique de 1929, l'industrie minière qui était restée passablement tranquille jusqu'alors, débute un important développement dans le Moyen-Nord québécois. Des routes, des chemins de fer, de nouvelles installations hydroélectriques deviennent alors nécessaires ce qui perturbe considérablement les écosystèmes dont dépendaient les Amérindiens pour leur survie. La dépendance envers des aides gouvernementales s'accentue alors, ce qui favorise un peu plus le phénomène de sédentarisation et la perte d'autonomie. À partir de 1950, plusieurs nouvelles réserves s'ajoutent aux 24 déjà existantes au Québec. De plus, la scolarisation obligatoire des jeunes Amérindiens finit de bloquer totalement la transmission du savoir traditionnel d'une génération à l'autre. La perte de l'identité culturelle autochtone est alors poussée à son paroxysme. Le rapport Hawthorn[23] sur les conditions de vie des Indiens du Canada, publié au milieu des années 60, soulignait que, jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les réserves indiennes constituaient, au milieu des territoires relevant des gouvernements provinciaux, des splendeurs solitaires ou vivaient des groupes isolés soumis à la juridiction du gouvernement fédéral. La splendeur solitaire de leur isolement était à la fois géographique, économique, politique et culturelle, et le régime juridique particulier procédant de la Loi sur les Indiens renforçait cet isolement. En 1969, le gouvernement fédéral[24] nouvellement élu souhaitait, comme d'ailleurs bien d'autres canadiens à l'époque, éliminer les obstacles qui semblaient empêcher les Indiens de participer pleinement à la prospérité du Canada. Il a publié un livre blanc sur la politique relative aux Indiens, à la suppression progressive de la responsabilité du gouvernement à l'égard des Indiens et de la protection des terres de réserve, à l'abrogation de la Loi sur les Indiens et à l'extinction des traités. Le mot d'ordre du gouvernement était l'égalité et son but apparent était, la participation entière, libre et égale, non discriminatoire de l'Indien à la vie sociale de notre pays à condition qu'à l'état de dépendance dans laquelle il se trouve actuellement soit désormais substituée une situation d'égalité. L'assimilation demeurait toujours l'objectif à atteindre, mais celle-ci avait été reformulé dans des termes plus heureux de la citoyenneté et de l'égalité[25]. Surpris par l'ampleur et l'ardeur de l'opposition à ce programme, le gouvernement a dû retirer sa proposition en 1970. Ainsi, la Loi sur les Indiens, essentiellement inchangée, demeure encore en vigueur aujourd'hui.

« Il reste que la plupart des observateurs non-autochtones s'accordent pour dire qu'il est impossible, dans le cadre de la Loi sur les Indiens, de réaliser des progrès en matière d'autonomie gouvernementale et de développement économique et d'éliminer les problèmes sociaux qui frappent de nombreuses collectivités indiennes. Bien qu'ils en soient les critiques les plus sévères, les Indiens sont souvent forts réticents à voir la loi abrogée ou même modifiée. Beaucoup évoquent le caractère quasi sacré des droits et protections qu'elle établit, bien qu'assortis d'autres dispositions paternalistes et contraignantes qui empêchent les Indiens d'assumer leur pleine destinée. Il s'agit là du premier et du plus important paradoxe qu'il faut comprendre si l'on veut renouveler le partenariat entre les Premières nations et les autres Canadiens » — Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones[26]

Géographie

L'extension territoriale de 1898

Comme nous l'avons vu précédemment, c'est grâce à la menace séparatiste des Américains du nord que les Anglais nous ont laissé le territoire longeant les rives du Saint-Laurent. En 1763, la Nouvelles-France est cédée à l'Angleterre qui crée, par la Proclamation royale, la province de Québec. Entre la Terre de Rupert[27] et la province nouvellement créée, s'insère un domaine indien. Avec l'Acte de Québec en 1774, le domaine indien est aboli et la limite sud de la Terre de Rupert devient la limite nord de la province. Après 1774, les lois subséquentes de 1791 et de 1867 ne modifient pas la frontière septentrionale de la province. Avec la cession de la Terre de Rupert au Dominion du Canada en 1870, ce territoire est annexé aux Territoires du Nord-Ouest. En 1875, une loi est adoptée prévoyant la division des TNO[28] en districts provisoires. C'est en vertu de cette loi que le district de l'Ungava est créé. En 1898, le Québec entreprend des démarches pour étendre son territoire plus au nord. Cet acte de 1898, concernant la délimitation des frontières de la province, est adopté et sa frontière nordique s'étend maintenant jusqu'à la rivière Eastmain[29]. Les bandes Cries de la baie James se retrouvaient alors sous deux juridictions territoriales. Les bandes les plus nordiques demeuraient sous la tutelle territoriale (TNO) et celles plus au sud devenaient subitement, des citoyens de la province de Québec.

L'extension territoriale de 1912

En 1907, une requête du Québec adressée au gouvernement fédéral demande que soit annexé à la province ce qui correspond au district de l'Ungava tel que défini par la loi de 1898, en y incluant les îles côtières. En 1912, la Loi d'extension des frontières du Québec confère ce territoire à la province sans toutefois inclure les îles qui demeurent sous la juridiction des Territoires du Nord-Ouest. Le fédéral invoque leur difficile inventaire et l'importance stratégique pour la navigation, le commerce et la défense. Déjà à cette époque, le projet d'exporter du blé de l'Ouest canadien par un port de la baie d'Hudson ou de James était sur les planches à dessin[30]. C'est donc au tour des Inuits du Québec de changer de juridiction territoriale à l'exception des îles côtières où ils chassaient depuis des millénaires. Dans les années 1960, la commission d'étude sur l'intégrité du territoire québécois s'est penchée sur la question de ces îles périphériques. Cette étude met en évidence, que pour une raison purement géographique, les îles auraient dû être intégrées à la province. Les arguments de 1912 ne résistent pas à l'analyse si l'on prend en considération que le fédéral n'a jamais établi aucune installation à la navigation et n'a jamais empêché le Québec de le faire. Le rapport des commissaires dit que le rattachement aux Territoires du Nord-Ouest des îles littorales et périphériques ne se justifie ni par la géographie, ni par l'histoire, ni par la praticabilité administrative, ni par les motifs invoqués en 1912 lors de l'extension des frontières. De plus, cette frontière est définie comme étant le rivage. Or, le rivage, ou plus précisément l'estran où s'exerce l'action des marées, n'est pas une limite territoriale fixe et arrêtée. Ce n'est qu'avec la Convention de la baie James et du Nord québécois et des lois qui en dérivent, notamment la Loi sur le régime des eaux de 1978, que cette frontière est définitivement fixée comme étant la ligne des basses eaux. Par ailleurs, des négociations étaient toujours en cours au sujet des droits d'exploitation de ces îles entre les divers niveaux de gouvernement, le Grand Conseil des Cris et la Société Makivik et un modèle de frontière partagée entre le Québec et le Nunavut ferait partie des discussions.

La frontière Québec-Labrador de 1927

En 1902, la Grand River Pulp and Lumber Company reçoit un permis de coupe de bois octroyé par Terre-Neuve qui lui permet d'étendre ses activités de part et d'autres de la rivière Hamilton à partir du lac Melville. Le Québec soutient alors que le territoire au sud du cours d'eau lui appartient et adresse une protestation au président de la compagnie. L'affaire se retrouve entre les mains du lieutenant-gouverneur du Québec qui transmet à Ottawa un mémoire le priant de prendre les mesures nécessaires pour que soit respectée l'intégrité territoriale du Québec. Après de nombreuses démarches, l'affaire est portée au Conseil privé de Londres qui entend la cause en 1926. L'année suivante, le rapport est approuvé et la dernière frontière externe du Québec est alors établie. Le Québec n'a jamais acquiescé à ce jugement ou statué sur la question de cette frontière interprovinciale. Cette fois, ce sont une partie des Innus du Labrador qui se retrouvent citoyens de la colonie britannique de Terre-Neuve[31], donc juridiquement séparée des bandes du Québec et automatiquement exclus de la Loi sur les Indiens de Canada.

Droits acquis

Notes et références

  1. Statistiques des populations autochtones du Québec 2007
  2. Affaires indiennes et du Nord Canada : Autochtones au Québec
  3. La 11e nation étant formée des Inuits du Nunavik, dans le Nord-du-Québec)
  4. Serge Bouchard, Sylvie Vincent et Josée Mailhot, Peuples autochtones de l'Amérique du Nord: de la réduction à la coexistence, Saiente-Foy, Télé-Université, 1989, p. 367; Gouvernement du Québec, Secrétariat aux Affaires autochtones, Les Amérindiens et les Inuits du Québec. Onze nations contemporaines, Québec, Gouvernement du Québec, 1997, p. 8
  5. Statistique Canada 2002. Profils de la population autochtone du recensement de 2001. Diffusé le 17 juin 2003. Date de modification 2005-11-30 No. 94F0043XIF
  6. Affaires indiennes et du Nord Canada (Région du Québec) http://www.ainc-inac.gc.ca/qc/aqc/pop_f.html
  7. rive orientale
  8. rive méridionale
  9. Communautés de la côte orientale de la baie d'Hudson (Nunavik)
  10. Communautés de la côte méridionale du détroit d'Hudson (Nunavik)
  11. Communautés des côtes de la baie d'Ungava (Nunavik)
  12. Pierre Chauvin
  13. Samuel de Champlain
  14. Lionel-Groulx, Notre maître le passé, tome 2, édition 10-10, 1977, pages 273
  15. Les objets de métal (chaudrons, haches, couteaux, etc...) fascinaient mais surtout facilitaient la vie quotidienne des Autochtones
  16. 1609, 1610 et 1615
  17. Gilles Havard, La Grande Paix de Montréal, 1701, Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 1992
  18. Conquête de la Nouvelle-France par les Anglais
  19. 8 septembre 1760
  20. Maniwaki
  21. Betsiamites
  22. Pointe-Bleue
  23. Hawthorn HB (1966) - Étude sur les Indiens contemporains du Canada (http://ainc-inac.gc.ca/pr/pub/srvy/sci_f.html) (27 septembre 2004)
  24. Parti libéral du Canada, Pierre E. Trudeau
  25. Affaires indiennes et Nord Canada (http://www.ainc-inac.gc.ca/ch/rcap/sg/sg27_f.html) (21 juin 2003)
  26. Affaires Indiennes et du Nord Canada (2006) - Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (http://www.ainc.inac.qc.ca/rcap/sgmm_f.html) (28 février 2006)
  27. Propriété de la Compagnie de la baie d'Hudson
  28. Territoires du Nord-Ouest
  29. Cette rivière vient d'être harnachée par Hydro-Québec à la baie James
  30. C'est ce qui arrivera avec l'ouverture du port de Churchill dans le nord du Manitoba
  31. Terre-Neuve & Labrador entre dans la confédération canadienne pour ne devenir la dixième province qu'en 1949

Bibliographie

  • Alain Beaulieu, Les Autochtones du Québec, Musée de la civilisation (Québec) et Éditions Fides, 2000 (ISBN 2-7621-2221-X)
  • Keith Crowe, Histoire des autochtones du Nord canadien, Montréal, Hurtubise HMH, 1974
  • Olive Patricia Dickason, Le mythe du Sauvage, Sillery, Septentrion, 1993
  • Denys Lamontagne, dir., Le Québec autochtone: 11 nations, 54 communautés, Wendake, Les Éditions La griffe de l'Aigle, 1996 (ISBN 2-9805-1110-2)
  • Michel Noël, Amérindiens et Inuits. Guide culturel et touristique du Québec, Saint-Laurent, Éditions du Trécarré, 1996
  • Roland Viau, Enfants du néant et mangeurs d'âmes. Guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne, Montréal, Boréal, 1997

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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