Auto-médication

Automédication

L'automédication a été définie en France par le Conseil de l’Ordre des médecins comme étant « l’utilisation, hors prescription médicale, par des personnes pour elles mêmes ou pour leurs proches et de leur propre initiative, de médicaments considérés comme tels et ayant reçu l’AMM, avec la possibilité d’assistance et de conseils de la part des pharmaciens. »[1]. Cette définition a été retenue par le Comité Permanent des Médecins Européens.

Sommaire

Les causes de l'automédication

L'automédication fait appel à ce que E. Freidson nomme le « système référentiel profane »[2],[3],[1] qui est la culture et le savoir personnels (ou du réseau social) qu’ont les individus sur la santé et les soignants.

Elle ne concerne théoriquement pas la médication officinale qui est une proposition du pharmacien. L'automédication vise généralement d'abord les problèmes assez bénins (douleurs, fatigue, insomnie, toux, constipation, petites allergies...) pour ne pas gêner la vie courante, et en attente d’une éventuelle consultation médicale. Elle est aussi utilisée par des patients qui - par pudeur - ne veulent pas montrer leurs symptômes au médecin. C'est un processus d’autonomisation du "malade" par rapport au médecin, auquel l'individu fait alors appel quand il juge que son problème dépasse ses compétences.

L'automédication est un processus encouragé volontairement ou non par certaines organisations de consommateurs, par la publicité mais limitée par le non-remboursement des médicaments, et surtout par la peur de l'erreur de diagnostic, notamment pour les jeunes enfants. On peut distinguer l'utilisation de médicaments ne nécessitant pas d'ordonnance (Certains étant remboursables si prescrits, ou non remboursables dans tous les cas), de l'usage de médicaments stockés suite à une ordonnance précédente. Dans les pays riches, les caisses d’assurance maladie et l’État ont parfois joué sur l'automédication et la promotion des médicaments génériques pour limiter le poids des lobbies pharmaceutiques et les couts de la médication pour la sécurité sociale.

On évoque aussi l’automédication dans le domaine vétérinaire, soit pour décrire le comportement du soigneur (zoo, élevage, etc), soit, peut-être improprement, pour décrire la capacité de certains animaux, généralement des mammifères (moutons, singes par ex) à ingérer des produits ou objets (terre) ou des végétaux (les feuilles dentées de la part de singes), qui soignent certains de leurs maux (parasitisme, infections bactériennes ou virales..). D'autres groupes animaux tels que les oiseaux se sont montrés capables de se soigner (en mangeant par exemple de l'argile pour des perroquets)

Avec l'autoprescription sans avis ou justification thérapeutique d'alicaments ou de “ compléments alimentaires (vitamines, créatinine, acides aminés...) ” qui sont des substances de bien-être ou de performance physique ou mentales, l'automédication est à l'origine d'un marché qui en France serait 10 % environ du chiffre d'affaires de l'Industrie du médicament.

Chiffres

Avec 10% du chiffre d’affaires des ventes de médicaments vers l’an 2000, l’automédication recule en France depuis 1960 selon les enquêtes (Insee, Credoc, Credes), sans doute en raison de l’accès facilité aux médecins et au remboursement de la sécurité sociale (et des mutuelles), mais aussi par les limitations légales aux ventes de médicaments sans ordonnance[1].

En janvier 2008, 18% des Français déclarent souvent pratiquer l'automédication et 53% déclarent la pratiquer parfois, selon un sondage T. Nelson Sofrès pour l'Afipa (Association Française de l'Industrie Pharmaceutique pour une Automédication responsable) (1039 personnes de 15 ans et + interrogées). A niveau égal, soit plus de 8 citations sur 10, les douleurs, fièvres, maux de tête, coups et bleus et d’autre part, les maux de gorges, rhinites allergiques, rhumes et toux sont les problèmes de santé pour lesquels l'automédication est la plus utilisée.

Sur l’ensemble des médicaments (2,9 milliards d’unités de médicaments vendus en 1998, 17% étaient “ non prescrits ” (500 millions d’unités), c’est-à-dire destinés à l’automédication (ou à constituer une réserve du type trousse d’urgence ou boîte à pharmacie)[1].

Le profil des pratiquants de l'automédication

En France, les sondages ont montré que dans les années 1990, l’automédication augmentait avec le niveau de diplôme, que les cadres, artisans, commerçants et chefs d’entreprise la pratiquent le plus, en ayant par ailleurs un comportement généralement plus “ préventif ”. Ce sont les femmes qui achetaient le plus de médicaments sans ordonnance, surtout pour soigner des nourrissons et/ou de jeunes enfants (le 1er enfant étant moins l’objet d’automédication que les enfants suivants, suite à l’expérience des parents). Les jeunes se soignent peu de manière générale, l’automédication augmentant progressivement chez les adultes de 40 à 79 ans pour ensuite diminuer à partir de 80 ans avec une polymédicalisation croissante, et des médicaments nécessitant une ordonnance.

Dans les années 2000, l’e-pharmacie (commerce électronique du médicament) s’est développée, répondant (avec des publicités intrusive (spams), souvent sans aucune garanties et bien au delà de la demande) aux besoins de fournir discrètement du viagra et d’autres produits à des prix moindres, souvent dans l’illégalité et avec un certain nombre de fraudes, par exemple suite aux peurs suscités par le risque pandémique induit par la grippe aviaire.

Questions posées par l’automédication

  • L’initiative du consommateur est elle pertinente, ou peut-elle être rendue plus pertinente ? (cf/ex : dosages pour les enfants, du risque allergique)
  • Quelle doit-être l’attitude du pharmacien ? du médecin ?
  • Les médecins manquent dans certains pays en développement (et dans certains pays riches ?) ou sont inaccessibles aux plus pauvres. L’automédication doit elle être encouragée dans ces cas ?
  • Quel équilibre entre l’intérêt commercial et celui du consommateur, face aux positions ambiguës, aux interactions complexes ou aux motivations parfois contradictoires des associations de consommateurs, des lobbies industriels pharmaceutiques, du secteur de la publicité ou de la sécurité sociale, ou encore de certaines revues qui font de la vulgarisation médicale parfois source de faux-espoirs, ou en exploitant nos anxiétés, la peur de vieillir, souffrir et mourir...
  • Quid des médecines dites médecine alternative ou douces ?
  • Y a-t-il un risque nosocomial ou d’apparition de résistances de pathogènes lié à l’automédication ?
  • Faut il définir un statut clair pour l’automédication (y compris sur le plan juridique de la responsabilité), et comment  ?
  • que penser de l’apparition de logiciels d’aide au diagnostic, qui pourraient à l’avenir se développer, ou des téléconsultations via l’Internet. Faut-il les encadrer, les interdire ? Dans certains pays divers médicaments sont vendus hors-pharmacie et sans ordonnance, voire à la sauvette ou sur les marchés (avec de nombreuses preuves de fraudes).

Conclusion

Certains médicaments conviennent à une automédication de base, car adaptés aux soins basiques et à faible risque, si l’information liée au produit est pertinente, lue et respectée. La perception et la connaissance des symptômes par le malade sont déterminantes et elles changent selon le niveau socio-culturel des personnes concernées (capacités d’observation et déduction, antécédents, connaissances générales, accès à des sources capables de confirmer son diagnostic, etc). L’automédication par la « boîte à pharmacie » est admise par les médecins eux-mêmes pour des symptômes peu préoccupants, mais uniquement pour des traitements de courte durée et mono- symptomatique, comme le précise la notice de tous les médicaments.

Notes et références

  1. a , b , c  et d Rapport adopté lors de la session du Conseil national de l’Ordre des médecins. Février 2001. Dr. Jean Pouillard. Article en ligne.
  2. Freidson, E., 1984. La profession médicale, Paris, Payot.
  3. Rationalité et irrationalité à l’origine du mésusage des médicaments. Médicament et société. Par Johanne Collin. Adsp n° 27 juin 1999. Page 57. Article en ligne.

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