Sociobiologie

La sociobiologie est la science qui a pour objet l'étude des sociétés animales. Sous-discipline de l'éthologie elle se distingua particulièrement par la réforme complète du mécanisme de la sélection naturelle qu'elle provoqua dans le dernier quart du XXe siècle, en particulier par l'introduction de la sélection de parentèle, de la sélection de groupe et de la sélection stratégique. La sociobiologie repose sur le postulat que les comportements sociaux comme l'altruisme sont induits par la nature du vivant, et ne sont pas contredits par la sélection naturelle.

Avec cinq prix Crafoord, la sociobiologie est le champ disciplinaire le plus récompensé, par ce prix, de l'histoire de la biologie.

Cette discipline a été l'objet de polémiques et de controverses très intenses dans le milieu scientifique, notamment à cause de la généralisation contestée des principes de la sociobiologie au domaine des comportements sociaux dans les sociétés humaines (voir sélection de parentèle).

Sommaire

Histoire

L'origine de la sociobiologie est intimement liée à celle de la sociologie. En effet, nous devons à Alfred Espinas (1844-1922), sociologue de la première heure, le premier traité de sociobiologie : Des sociétés animales[1].

La thèse d'Espinas fit scandale[2]; il défendait l'idée que l'étude des sociétés animales éclairait l'étude des sociétés civilisés. Il parle des « lois des faits sociaux chez les animaux » et de « la moralité des animaux ». Dans l'introduction il défend sa démarche : « Nous croyons servir plus efficacement la civilisation en montrant que l'humanité est le dernier terme d'un progrès antérieur et que son point de départ est un sommet, qu'en l'isolant dans le monde et en la faisant régner sur une nature vide d'intelligence et de sentiment[3]. » Espinas est convaincu que l'étude des sociétés animales et humaines relève de la sociologie mais cette position fut vivement critiquée, en particulier par Émile Durkheim, voulant dissocier la sociologie de la biologie.

Durkheim était anti-darwinien en ce qui concerne l'évolution des fonctions cognitives humaines, et s'opposait ainsi fortement à la sociologie de Herbert Spencer. Bien que comme Aristote[4] il considérerait que « l'homme est un animal sociable »[5], il voyait dans la société la manifestation d'une tension entre ce qu'il baptisa les inclinaisons du moi, l'égoïsme et l'altruisme. Il cherchera à concilier ces deux forces contraires, celle de l'individualisme et celle du socialisme[6]. C'est cette même tension entre l'égoïsme, poussant l'individu à l'agression envers ses congénères pour s'accaparer les ressources et l'altruisme poussant au contraire l'individu au partage qui est la question centrale de la sociobiologie. En effet, selon la théorie synthétique de la sélection naturelle, l'altruisme est mathématiquement impossible dans la nature (voir sélection de groupe). La position anti-darwinienne de Durkheim se fondait sur le fait, qu'à l'époque, l'explication de la sociabilité proposée par la théorie de la sélection naturelle était incertaine et très controversée, au sein même des partisans de cette théorie, et permettait difficilement d'expliquer la genèse de l'altruisme (voir sélection de parentèle).

Travaux de sociobiologie récompensés

Prix Crafoord

  • 1990, Edward Osborne Wilson, «...pour sa théorie de la biogéographie des îles et autres recherches sur la diversité des espèces et la dynamique des communautés des îles et dans d'autres habitats possédant divers degrés d'isolation.»
  • 1993, William Donald Hamilton, «...pour sa théorie concernant la sélection de parentèle et la relation génétique comme prérequis à l'évolution des comportements altruistes.»
  • 1996, Robert M. May, «...pour ses recherches pionnières concernant l'analyse de la dynamique des populations, des communautés et des écosystèmes.»
  • 1999, John Maynard Smith et George C. Williams, «...pour leurs contributions fondamentales au développement conceptuel de la biologie évolutive.»
  • 2007, Robert Trivers, «...pour sa contribution fondamentale à l'analyse de l'évolution sociale, des conflits et de la coopération.»

Notes et références

  1. Alfred Espinas, Des Sociétés animales, étude de psychologie comparée, Paris, G. Baillière, 1878, 2e éd., 588 p. [lire en ligne] 
  2. Marcel Fournier, Émile Durkheim, Paris, Fayar, 21 novembre 2007, 1re éd., 946 p. (ISBN 2-213-61537-3 et 978-2213615370), p. 119 
  3. Alfred Espinas, Des Sociétés animales, étude de psychologie comparée, Paris, G. Baillière, 1878, 2e éd., 588 p. [lire en ligne], p. 155 
  4. Aristote (trad. Pierre PELLEGRIN), Les politiques [« πολιτεία »], Paris, GF, 1993, 2e éd. (1re éd. 1990), ?? p. (ISBN ??) :

    « On voit d’une manière évidente pourquoi l’homme est un animal sociable à un plus haut degré que les abeilles et tous les animaux qui vivent réunis. La nature, comme nous disons, ne fait rien en vain. Seul, entre les animaux, l’homme a l’usage du discours (logos) ; la voix (phonê) est le signe de la douleur et du plaisir, et c’est pour cela qu’elle a été donnée aussi aux autres animaux. Leur organisation va jusqu’à éprouver des sensations de douleur et de plaisir, et à se le faire comprendre les uns aux autres ; mais le discours a pour but de faire comprendre ce qui est utile ou nuisible, et par conséquent aussi, ce qui est juste ou injuste. Ce qui distingue l’homme d’une manière spéciale, c’est qu’il perçoit le bien et le mal, le juste et l’injuste, et tous les sentiments de même ordre dont la communication constitue précisément la famille et l’Etat. »

     
  5. Marcel Fournier, Émile Durkheim, Paris, Fayar, 21 novembre 2007, 1re éd., 946 p. (ISBN 2-213-61537-3 et 978-2213615370), p. 69 
  6. (en) Steven Seidman, Liberalism and the origins of European social theory, Oxford, Blackwell, 1983, 419 p. (ISBN 0-631-13452-2), p. ?? 

Bibliographie

Voir aussi

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