Seduction

Séduction

La Proposition, de William-Adolphe Bouguereau.

Parfois appelée flirt ou, plus rarement, marivaudage, la séduction est un jeu entre deux ou plusieurs personnes, où chacun s’efforce de susciter de l'attirance puis des sentiments chez l'autre, souvent pour le plaisir de plaire, parfois en vue d'en obtenir quelque chose, des rapports sexuels ou une mise en couple par exemple.

Du point de vue de la religion, la séduction est souvent considérée comme une forme de tentation, une invitation à commettre un péché ou un acte de faiblesse charnelle.

Elle semble néanmoins une étape préliminaire à toute relation amoureuse solide.

Sommaire

Les grands séducteurs

D'une façon générale, la séduction dans ce qu'elle a de plus noble et impressionnant est le plus souvent présentée comme une entreprise masculine plutôt que féminine.

On peut citer les noms de quelques grands séducteurs masculins qui marquent le souvenir collectif : Giacomo Casanova, Don Juan, Solal dans le roman d'Albert Cohen, Belle du Seigneur, ou encore James Bond. Le caractère fictif des trois derniers personnages est un indice important. Il souligne le fait que la séduction est un processus extrêmement difficile à appréhender, le charme qu'un individu dégage étant volontiers entendu comme hautement subjectif. Il montre par ailleurs qu'auteurs et cinéastes ont usé et abusé de la figure du séducteur dans leurs œuvres.

Ainsi, il existe clairement une résistance du sens commun à l'investigation scientifique d'un domaine que le romantisme a chargé de référents clairs et de mythes puissants, comme le coup de foudre par exemple. Les perspectives doivent tout de même être exposées.

Le processus de séduction

La séduction, tractation silencieuse

Avant tout approfondissement, il semble important de souligner que le comportement de séduction - hétérosexuelle et ciblée, s'entend - diffère d'un sexe à l'autre.

Si, chez l'homme, séduire est une démarche active, demandant un ensemble d'efforts et de prises d'initiatives de sa part, on remarque que dans les sociétés encore marquées par le patriarcat, toute tentative de séduire chez la femme est régulièrement assimilée à une forme d'incitation à la débauche. Pour cette raison, la part de la femme dans le phénomène de la séduction prend une tournure plus passive, fondée sur la mise en valeur de ses atouts et l'émission de signes dits d'intérêt. L'attirance exercée par une femme est alors le plus souvent assimilée à son charme : on peut considérer cela comme une forme de séduction passive ou indirecte.

Ces signes d'intérêt, pouvant prendre différentes formes, et émis plus ou moins consciemment, jouent le rôle de "feux de signalisation" passant du rouge au vert : leur rôle est de signifier à l'homme qu'il peut établir le contact et poursuivre ses efforts. Le processus de séduction classique peut alors être envisagé comme la réponse d'un homme aux invitations d'approches et aux signes d'intérêts qu'il perçoit - à tort ou à raison, selon ses facultés de perception et d'interprétation.

Les perspectives scientifiques

De très nombreuses études scientifiques ont tenté de repérer les tenants et aboutissants du processus de séduction.

Le rôle des phéromones sexuelles a ainsi pu être mis en avant par les biochimistes[réf. nécessaire]. Dans le règne animal, il a été établi qu'elles servent à indiquer la disponibilité des femelles prêtes à être fécondées à des partenaires potentiels éventuellement situés à plus de dix kilomètres. Chez l'homme, leur rôle est incertain mais indéniable. Ainsi, au cours de différentes expériences, les sièges de salles d'attente, de cinémas ou de théâtres ont été aspergés d'une phéromone humaine mâle. Les femmes choisissaient majoritairement ces sièges alors que les hommes les évitaient systématiquement.

L'importance des odeurs est également établie, notamment celles qui sont le fait des gènes immunitaires CMH qui donnent à chacun une signature olfactive personnelle. D'après un test effectué avec des tee-shirts portés deux nuits de suite par des hommes, les femmes préféreraient ceux qui présentent des gènes et donc des odeurs différents des leurs. Dans son analyse détaillée des comportements animaux, le biologiste Thierry Lodé[1] insiste sur le rôle du baiser. L'échange des salives initierait une exploration du système immunitaire(CMH) favorisant l'attrait de partenaires génétiquement différents. Le biologiste révèle également le rôle des caractères extravagants dans la séduction. Ces traits exagérés, très présents chez les animaux comme la queue du paon, résulteraient d'une tendance évolutive à l'exubérance et ces « stimuli supranormaux » provoqueraient un emballement du désir. D'après Thierry Lodé, cette même tendance qu'illustrent certains artistes comme Fernando Botero, met en évidence les éléments d'identité entre le beau, l'esthétique et la séduction. Enfin, toujours selon le même auteur, la séduction, définie à partir de caractères biologiques met encore en œuvre le système immunitaire des partenaires sexuels : c'est l'attirance pour les traits symétriques. En effet, la symétrie bilatérale fondamentale du corps est altérée par des accidents de croissance souvent dus à des maladies, ce qui révèle l'affaiblissement du système immunitaire. En préférant des partenaires sexuels aux traits symétriques, l'animal choisit un partenaire disposant d'un système immunitaire transmissible à sa progéniture et indemne de maladies.

D'une façon générale, les études réalisées par David Buss de par le monde montrent que les femmes accordent beaucoup d'importance aux perspectives financières de l'homme et à son statut social. Les hommes se focalisent quant à eux sur l'âge et la beauté physique, indicateurs de fertilité.

Le rôle du vêtement dans la séduction

Le rôle de l'apparence physique et du vêtement est étudié par la sociologie, et notamment par la sociologie du corps. Le sociologue français Jean-François Amadieu raconte avec tendresse l'histoire de son fils, Romain Amadieu, possédé par les femmes, malgré lui. Il cite une fameuse expérience établissant qu'un rapport de 0,71 entre le tour de taille et le tour de hanche est idéal chez les femmes selon les hommes[2]. Cela signifie une taille de 64 centimètres pour un tour de hanche de 90. Certains scientifiques estiment que de telles proportions sont les plus attractives car elles témoigneraient de l'excellent état de santé et de la fertilité de la partenaire, en plus de sa qualité génétique.

D'un point de vue encyclopédique, la personne qui cherche à séduire, « qui a un charme attirant et aguichant » est qualifiée de sexy[3]. De même que le dicton dit que « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas », le qualificatif sexy pour l'apparence physique peut avoir une signification différente d'une personne à l'autre. Certains fondamentaux sont cependant communément partagés : le terme sexy est souvent lié à l'apparence que donne la personne par son habillement : vêtements, accessoires. Il convient de remarquer que ce n'est pas le vêtement en lui-même qui est sexy, c'est la façon dont on le porte. Être sexy, c'est mettre ses formes en valeur : par contraste (pull très large et minijupe), par suggestion (col roulé moulant) ou par démonstration (décolleté). Dans tous les cas, il s'agit de mettre en valeur certaines parties du corps tout en les cachant ou en attirer l'attention et le désir à partir d'un détail (une nuque, une cheville, Jean-Jacques Rousseau était - dit-on - attiré par la simple vue d'un poignet). Catherine Ormen-Corpet, historienne de la mode, explique que : « Tout est dans l'attitude »[4] : « La femme qui décide de passer du jour au lendemain d'une paire de tennis à des talons hauts ne devient pas sexy grâce à ces chaussures, mais par le fait que sa démarche va être différente. Elle va devoir changer de rythme, de déhanchement, et c'est toute sa façon d'être et de se comporter qui en est modifiée. Pour moi, être sexy aujourd'hui c'est cela : se donner la liberté d'essayer tout ce qui est disponible dans la mode, sans hésiter à jouer de la surenchère. »

Le rôle des gestes dans la séduction

Les gestes sont également des déterminants essentiels. Le fondateur de l'éthologie humaine, Irenäus Eibl-Eibesfeldt a par exemple noté que dans plusieurs pays les jeunes femmes flirtent de la même façon : via un sourire, un battement de cils, un mouvement de la tête vers le côté, un regard au loin et un abaissement des paupières[5]. Le rôle du regard est aussi essentiel : le psychologue américain Eckhard Hess a pu constater qu'entre deux photographies d'une même femme, les hommes préfèrent celle sur laquelle ses pupilles sont dilatées, signe de désir.

Par ailleurs, les résultats de la psychologie sociale en matière de manipulation sont également approfondis, notamment ceux de Robert Cialdini.

Les techniques profanes

La séduction évolue

L'évolution des modes de vie entraîne de profonds changements dans les modes de rencontre et dans les circonstances du flirt proto-amoureux. Ainsi, le nombre croissant de célibataires, dont un certain nombre de « déboussolés de la séduction », a suscité l'apparition de sites de rencontres, version moderne de l'agence matrimoniale, et véritables succès commerciaux.

Certaines personnes, hommes ou femmes, n'ayant pas ou plus l'opportunité de faire des rencontres dans le cadre de leur vie privée ou professionnelle, ont désormais exclusivement recours à ce type de sites pour entrer en contact avec d'autres personnes présentant des attentes et des centres d'intérêt similaires. Mais, paradoxalement, alors que le nombre de mises en contact virtuelles augmente, grâce à l'incroyable succès de ces sites, les membres se font de plus en plus sélectifs, et l'on voit dès lors la frustration des célibataires se transposer au monde virtuel.

Les séducteurs, adeptes de la séduction, science humaine des relations

Dans les pays occidentaux, depuis quelques années, de véritables communautés adeptes de diverses "méthodes de séduction" se sont formées. Une abréviation couramment utilisée par les sites francophones est PUA tirée de l'anglais pour Pick Up Artist.

Aux États-Unis d'Amérique, la plus connue est celle qui est présentée sur le site fastseduction, une méthode parfois accusée de machisme. Elle consiste pour l'homme à se montrer "joueur, sexué et mystérieux" tout au long de son interaction avec la cible qu'il aura choisie.

Il existe aujourd'hui une véritable communauté de la séduction, qui échange conseils et encouragements sur des sites ; à l'instar du Lair américain, des groupes locaux dans les villes les plus importantes se forment pour allier la pratique à la théorie.

Pour les plus courageux (et qui en ont les moyens...), qui refusent de s'abandonner au pur virtuel constitué par les sites de rencontre une alternative possible est le coaching. Quelques coachs en France permettent aux hommes désireux de comprendre les mécanismes de séduction de progresser efficacement. Séduire au travail, dans la rue, dans les bars devient possible. Les plus grands séducteurs ont guidé ces enseignements à l'instar d'Edouard Baer, Fabrice Luchini, de l'escroc Christophe Rocancourt, ou d'Alain Soral.

Une vision stratégique chinoise

Par rapport à la drague offensive, compulsive et/ou machiste, il est possible de puiser dans les stratagèmes chinois des modèles inspirés de la pensée stratégique de Sun Tzu, auteur de L'Art de la guerre, le plus vieux traité de stratégie. Notamment, le premier stratagème d'un classique qui en contient trente-six, « Mener l'empereur en bateau » ou « Cacher dans la lumière » est parfaitement adaptable dans les ambiances de séducteurs.

Leurs sources d'inspiration sont multiples et éminemment éclectiques :

  • Les ouvrages traitant du développement personnel, qui leur permet de s'affirmer et de se construire une personnalité plus forte et plus résistante à la déstabilisation, imperméable au découragement et à la mauvaise humeur...
  • Jusque l'emploi détourné des ouvrages de stratégie militaire, qui leur permettent une acuité supérieure dans leur lecture des situations (cible isolée, entourée d'amis-obstacles potentiels, assiégée par les prétendants qu'il va falloir disqualifier, etc.)
  • Les traités de négociation commerciale, qui leur permettent d'apprendre à passer outre les obstacles dressés par l'objet de leur désir dans un réflexe de défense contre les importuns, et qu'on pourrait considérer comme tenant de la sélection naturelle
  • La psycho-sociologie, qui leur offre une meilleure compréhension des façons dont fonctionnent et réagissent les groupes d'individus et les moyens dont ils disposent pour s'assurer leur sympathie.

Notes et références

  1. Thierry Lodé, La guerre des sexes chez les animaux Éditions Odile Jacob, Paris 2006
  2. Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire, paru en 2002 aux éditions Odile Jacob
  3. Dictionnaire de la langue française, éditions Larousse
  4. Modes XIXe et XXe siècles de Catherine Ormen-Corpet, éditions Hazan, 2000
  5. Éthologie d'Irenäus Eibl-Eibesfeldt, ouvrage édité à Paris en 1972

Bibliographie

  • Frederic Monneyron, Séduire. L'Imaginaire de la séduction de Don Giovanni à Mick Jagger, PUF, 1997
  • Pierre Fayard, Sun Tzu. Stratégie et Séduction, Dunod, 2009
  • Søren Kierkegaard, Journal du séducteur

Voir aussi

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