Attentat De L'Observatoire

Attentat de l'Observatoire

L'attentat de l'Observatoire est un attentat contre François Mitterrand en 1959.

Sommaire

Déroulement des faits

Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, après avoir pris un verre à la brasserie Lipp, François Mitterrand, ancien ministre de la IVe République, sénateur de la Nièvre décide de rentrer chez lui, rue Guynemer, vers minuit trente. François Mitterrand, selon sa version, suspecte une autre voiture de le suivre, arrête sa 403 au niveau de l'avenue de l'Observatoire, et se réfugie derrière un buisson. Sa voiture est alors criblée de balles.

Le lendemain de l'affaire, les journaux relatent l'histoire en faisant l'éloge de Mitterrand, qui n'aurait dû son salut qu'à sa rapidité de réaction.

La Ve République a quelques mois et la guerre d'Algérie est à son comble. On pense trouver les coupables parmi les partisans de l'Algérie française. La police enquête, sur la base de la plainte et du témoignage de François Mitterrand.

Une semaine plus tard, le 21 octobre, le journal Rivarol publie un témoignage de Robert Pesquet, ancien résistant, ancien député gaulliste, proche de l'extrême droite, déclare qu'il est l'auteur de ce qui serait un faux attentat, et qui aurait été commandité par François Mitterrand en personne, dans le but de regagner les faveurs de l'opinion publique.

La justice inculpe Robert Pesquet et deux comparses (dont le tireur Abel Dahuron) pour détention d'armes, François Mitterrand (après la levée de son immunité parlementaire, car il est sénateur) pour « outrage à magistrat », pour avoir caché à la justice ses rencontres avec Robert Pesquet.

Sept ans plus tard, la loi d'amnistie initiée par le gouvernement de Georges Pompidou en 1966 permet de clore les poursuites.

La justice conclut également la plainte initiale de François Mitterrand par un non-lieu. Après avoir perdu en appel, il se pourvoit en cassation, puis se désiste.

L'amnistie se déroule dans un climat tendu entre François Mitterrand et plusieurs de ses adversaires à droite, notamment l'ancien premier ministre Michel Debré. Persuadé que celui-ci est derrière l'affaire, le jour du vote de sa levée d'immunité, François Mitterrand tente un coup de bluff et menace de rendre public des documents qui, selon lui, impliqueraient Michel Debré dans l'attentat au bazooka contre le général Salan en 1957.

Pour de nombreux observateurs politiques, cette haine réciproque et ces affaires sont la raison pour laquelle les gaullistes n'ont finalement pas souhaité exploiter cette affaire — qui a considérablement affaibli François Mitterrand jusqu'en 1964 au moins — pendant l'élection de 1965 [réf. nécessaire].

Les liens de Robert Pesquet avec l'extrême droite laissent alors place à de nombreuses manipulations.

Quelques années plus tard, l'hypothèse d'une participation de François Mitterrand à la conception de l'attentat est remise en doute. Robert Pesquet lui-même a exposé ensuite plusieurs versions [réf. nécessaire], parfois contradictoires. En 1965, il prétend ainsi que l'attentat a été commandité par l'extrême droite, plus particulièrement par Tixier-Vignancour et Jean-Marie Le Pen [réf. nécessaire].

Une nouvelle version de Robert Pesquet sur l'affaire de l'Observatoire

Après la mort de François Mitterrand et de plusieurs autres protagonistes, Robert Pesquet fournit une explication, accréditée comme plausible par plusieurs proches et adversaires de François Mitterrand [réf. nécessaire] :

Robert Pesquet explique ainsi, notamment dans un entretien inclus dans un documentaire de Joël Calmettes diffusé le 16 décembre 2005 sur la chaîne française France 3, qu'il fut le seul instigateur de ce coup d'éclat destiné à éveiller l'opinion française sur la question algérienne et à discréditer Mitterrand qui avait cessé de soutenir l'Algérie française après la démission du gouvernement Mollet en 1957.

Il explique ainsi avoir dans un premier temps rencontré François Mitterrand à deux reprises pour lui faire part des intentions d'un groupe d'extrême droite, dont Pesquet se disait proche, de commettre un attentat sur sa personne. Il profitait ainsi du climat en France tendu sur l'affaire algérienne qui faisait dans la même semaine la une des journaux avec l'annonce qu'un « groupe de tueurs qui serait rentré en France », et l'assassinat d'un homme politique français en Algérie. Ce faisant, Robert Pesquet mit en garde François Mitterrand contre la révélation à la police de ce complot, affirmant craindre alors pour sa vie. Indiquant à François Mitterrand une soirée possible où l'attentat pourrait avoir lieu, il aurait recueilli alors des informations sur son itinéraire.

Il écrivit ensuite, quelques heures avant l'« attentat », une lettre qu'il s'adressait à lui-même dans laquelle il affirmait que François Mitterrand lui-même avait convenu avec lui de mettre en scène un faux attentat. Robert Pesquet organisa alors avec un complice la filature en voiture de François Mitterrand la soirée en question, jusqu'à la rue de l'Observatoire où François Mitterrand s'échappa de sa voiture, croyant avoir affaire au groupe extrémiste décrit par Robert Pesquet, juste avant que celle-ci ne fut mitraillée. Selon Robert Pesquet, les choses se sont déroulées parfaitement comme il l'avait espéré : François Mitterrand a cru à un vrai attentat, et sitôt la lettre révélée, il comprend que Robert Pesquet lui a menti et l'a manipulé.

L'entretien de Robert Pesquet corrobore certains commentaires développés par Franz-Olivier Giesbert, qui considèrent notamment que la principale erreur de François Mitterrand est de ne pas avoir cru vraiment Robert Pesquet, sauf au dernier moment ; Franz-Olivier Giesbert note que le sénateur de la Nièvre n'a pas prévenu la police, ce qui lui aurait certainement évité tout ennui[1].

Constantin Melnik, conseiller de Michel Debré chargé des services secrets entre 1959 et 1962, a également souligné que le sénateur de la Nièvre n'avait plus aucune confiance dans les services de police et que cette méfiance n'était pas, selon lui, dénuée de fondement.

Notes et références

  1. Franz-Olivier Giesbert, François Mitterrand ou la tentation de l'histoire, Éditions du Seuil, 1977 (ISBN 2-02-004591-5), chap. 6, p. 186-198

Bibliographie

  • Roland Cayrol, François Mitterrand, 1947-1967, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1967
  • Jean Garrigues, Les Scandales de la République, éd. Robert Lafont, 2004, IVe partie, chapitre 1, « Des Ballets roses à l'Observatoire »
  • Franz-Olivier Giesbert, François Mitterrand ou la tentation de l'histoire, éd. du Seuil, 1977
  • Jean Lacouture, Mitterrand, une histoire de Français, éd. du Seuil, 1998, tome 1, chapitre VIII
  • Pierre Péan, Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934-1947, Livre de Poche, 1997
  • Robert Pesquet, Mon vrai faux attentat contre Mitterrand : l'observatoire, enfin la vérité !, éd. Michel Lafon, 1996, 235 p. (ISBN 2840980754 et ISBN 978-2840980759)

Filmographie

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