Ataï

Ataï est le « grand chef » kanak de Komalé. En 1878 il mène l'insurrection kanak contre les colonisateurs français. Après des victoires importantes qui inquiétent l'administration coloniale, il est tué par un auxiliaire kanak.

Sommaire

L'insurrection de 1878

En 1878, il déclare au gouverneur français Olry à Teremba, en déversant d'abord un sac de terre: « Voilà ce que nous avions », et ensuite déversant un sac de pierres: « Voici ce que tu nous laisses ». Au gouverneur qui lui conseille de construire des barrières pour protéger ses cultures des dégâts commis par le bétail des colons, il répond: « Quand mes taros [des légumes] iront manger ton bétail, je construirai des barrières. » Ses efforts pour s'entendre avec les Blancs ayant été vains, Ataï choisit la lutte armée[1].

Le pouvoir colonial réussit à s'assurer le soutien d'autres tribus canaques, en particulier les Baxéa de Canala, contre Ataï et ses partisans. Sans ces auxiliaires, il ne pouvait poursuivre un ennemi qui se fondait dans la nature. L'insurrection met à feu et à sang le centre-ouest de la Grande Terre. Ataï se battra jusqu'à la mort. Il est tué au combat le 1er septembre 1878 à Fonimoulou par un traître canaque, le Canala Segou, de la colonne Le Golleur-Gallet formée des kanaks, de francs-tireurs (des déportés politiques), de Mercury (déportés de droit-commun dirigés par Mercury, un surveillant du bagne).

Louise Michel, déportée sur la presqu'île Ducos à la suite de la Commune au moment des faits, évoque ainsi la mort d'Ataï dans ses célèbres Mémoires:

« Ataï lui-même fut frappé par un traître. Que partout les traîtres soient maudits ! Suivant la loi canaque, un chef ne peut être frappé que par un chef ou par procuration. Nondo, chef vendu aux blancs, donna sa procuration à Segou, en lui remettant les armes qui devaient frapper Ataï. Entre les cases nègres et Amboa, Ataï, avec quelques-uns des siens, regagnait son campement, quand, se détachant des colonnes des blancs, Segou indiqua le grand chef, reconnaissable à la blancheur de neige de ses cheveux. Sa fronde roulée autour de sa tête, tenant de la main droite un sabre de gendarmerie, de la gauche un tomahawk, ayant autour de lui ses trois fils et le barde Andja, qui se servait d'une sagaie comme d'une lance, Ataï fit face à la colonne des blancs. Il aperçut Segou. Ah ! dit-il, te voilà ! Le traître chancela un instant sous le regard du vieux chef ; mais, voulant en finir, il lui lance une sagaie qui lui traverse le bras droit. Ataï, alors, lève le tomahawk qu’il tenait du bras gauche ; ses fils tombent, l'un mort, les autres blessés ; Andja s'élance, criant : tango ! tango ! (maudit ! maudit !) et tombe frappé à mort. Alors, à coups de hache, comme on abat un arbre, Segou frappe Ataï ; il porte la main à sa tête à demi détachée et ce n'est qu’après plusieurs coups encore qu'Ataï est mort. Le cri de mort fut alors poussé par les Canaques, allant comme un écho par les montagnes. [...] Que sur leur mémoire tombe ce chant d'Andja : Le Takata, dans la forêt, a cueilli l'adouéke, l'herbe bouclier, au clair de lune, l'adouéke, l'herbe de guerre, la plante des spectres. Les guerriers se partagent l'adouéke qui rend terrible et charme les blessures. Les esprits soufflent la tempête, les esprits des pères ; ils attendent les braves ; amis ou ennemis, les braves sont les bienvenus par delà la vie. Que ceux qui veulent vivre s’en aillent. Voilà la guerre ; le sang va couler comme l’eau sur la terre ; il faut que l'adouéke soit aussi de sang. »

La tête d'Ataï

Sa tête qui avait été mise à prix 200 F est conservée dans du formol, montrée à Nouméa puis emportée en métropole. Elle a été étudiée en 1882 par le préparateur du docteur Broca, Théophile Chudzinski, qui a publié le compte rendu de son étude dans la Revue d'Anthropologie de Paris[2]. Il est probable que la tête ait été alors entreposée au Musée Broca qui se trouvait à l'époque dans les combles du Musée Dupuytren (ancien couvent des Cordeliers).

Un buste d'Ataï et d'Andja (Takata, c’est-à-dire sorcier-guerisseur d'Ataï) ont été exposés au premier étage, travée nord de l'exposition du ministère de l'instruction publique - Classe VIII - Palais des Arts Libéraux - Champs de Mars[3]. S'y trouvait aussi un écorché de la tête d'Ataï ainsi que sa main (moulage ?).

Durant les années 2000, alors que les Kanaks continuent de revendiquer son retour au pays, elle est officiellement perdue. Un roman de Didier Daeninckx, Le Retour d'Ataï évoque cette quête et propose une explication plutôt romanesque du devenir des restes d'Ataï [4].

Le 5 juillet 2011, le mensuel de Nouvelle Calédonie Le Pays annonce que le crâne d'Ataï a été retrouvé au Jardin des Plantes dans les réserves entreposées là pendant les travaux de restauration du Musée de l'Homme[5].

Notes

Bibliographie

  • Roselène Dousset-Leenhardt, Colonialisme et contradictions. Nouvelle-Calédonie, 1878-1978 : les causes de l'insurrection de 1878, L'Harmattan, Paris, 1978 (ISBN 2-85802-053-1).
  • Roselène Dousset-Leenhardt, Terre natale, terre d'exil, Maisonneuve & Larose, Paris, 1976 (ISBN 2-7068-1316-4).
  • Michel Millet, 1878, carnets de campagne en Nouvelle-Calédonie, Anacharsis, Toulouse, 2004 (ISBN 2-9147-7714-0), voir le document

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