Sahel africain
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Le Sahel (de l'arabe ساحل sahel signifiant côte ou frontière) désigne une bande de territoires marquant la transition, à la fois floristique et climatique, entre le domaine saharien au nord et les savanes du domaine soudanien (à ne pas confondre avec le pays du même nom), où les pluies sont substantielles, au sud. D'est en ouest, il s'étend de l'Atlantique à la mer Rouge. La définition de la zone couverte est très variable selon les auteurs. Ainsi pour certains le Sahel comprend tous les territoires bordant le Sahara : il y a donc un Sahel septentrional et un Sahel méridional. C'est ce dernier qui est cependant désigné quand on ne lui ajoute pas de qualificatif[1].

L'Afrique de l'Ouest avec le Sahel représenté en brun. Ici il s'agit des terres directement au Sud du Sahara, et incluant l'île du Cap-Vert, comprises entre les isohyètes de 200 et 600 mm et n'incluant pas les autres régions d'Afrique avec les mêmes statistiques de précipitation. C'est une, mais pas la seule, définition acceptée pour le Sahel
"2002 African fires" Carte représentant sur une même image la position et l'ampleur des feux observés par les satellites tout au long de l'année 2002 sur le sud de la ceinture sahélienne (NASA's world Wind program). Le recul des forêts se traduit par une chute de l'évapotranspiration, de la couverture nuageuse et des pluies en aval sous le vent.

Sommaire

Géographie

La ceinture sahélienne recouvre, entièrement ou en partie, les pays suivants :

On y ajoute parfois :

Localisation et climat

Du domaine soudanien vers le Sahara, la transition est progressive ; Les espèces soudaniennes disparaissent les unes après les autres tandis que les sahariennes apparaissent progressivement et que la pluviométrie diminue d'environ 1 mm par kilomètre. Ce changement progressif ne connaît pas de brusque rupture que l'on pourrait utiliser afin de définir de façon objective l'étendue du Sahel.

Il est donc inutile de préciser qu’il est vain de tenter de définir précisément la limite entre la Sahara et le Sahel et entre le Sahel et le Soudan, ou à l’intérieur du Sahel entre les secteurs sahélo-saharien et sahélo-soudanien.

On peut trouver des « ilots » de Sahel au-delà de ses limites générales, par exemple sur la face sud-ouest du massif du Tibesti, c'est-à-dire totalement inclus dans le territoire saharien. De plus il ne faut pas négliger la présence d’importants éléments fluvio-lacustres au cœur même du Sahel, ou le traversant, d’origine extra-sahélienne : les grands fleuves (Sénégal, Niger, Nil Blanc, Nil Bleu) et les grands lacs (Lac Tchad, Lac Turkana). On peut également penser à l’énorme delta intérieur du fleuve Niger qui inonde 20 000 km² chaque année.

Néanmoins le Sahel, au sens strict, est habituellement défini comme la zone comprise entre les domaines saharien et soudanien, où se produit une alternance marquée entre une courte saison humide estivale et une longue saison sèche hivernale (8 à 10 mois) elle-même subdivisée en une saison sèche et froide suivi d'une saison sèche et chaude qui se termine lorsque les pluies commencent. Les précipitations sont essentiellement reçues sous formes d'orages violents donnant lieux à un fort ruissellement de type hortonien (les intensités de pluie dépassent la capacité d'infiltration des sols). Les isohyètes de 100 à 250 et 400 à 500 mm sont relativement représentatifs des limites nord et sud de la bande sahélienne. La limite sud représente également le minimum pluviométrique pour pratiquer une agriculture pluviale. La notion de Sahel reste très élastique et certains auteurs considèrent une limite sud bien plus méridionale, incluant des territoires qui, floristiquement en tous les cas, appartiennent plutôt au soudanien. Schiffers, par exemple, définit un Sahel-Large dont la limite sud, située au Sud de Bamako et Ouagadougou, se situe en des régions où les précipitations atteignent ou même dépassent 1 000 mm, une contrée typiquement soudanienne avec savane arborescente et forêt ouverte. Cette notion est également acceptée par Boudet[2].

C'est peut être du point de vue humain que le Sahel se défini le plus clairement. En effet, le Sahel et la région par excellence du pastoralisme transhumant (Peuls, Daza, Zaghawa, Beja, Afar, Somali, Touaregs, Baggara, etc.), avec de grands troupeaux parcourant de petites distances lors de la transhumance saisonnière. Au sud de la bande sahélienne on trouve le domaine soudanien. Les pluies régulières estivales permettent aux paysans sédentaires d'y cultiver le sorgho, le maïs et le coton. Au Nord se trouve le désert du Sahara où la hauteur moyenne des précipitations ne dépasse pas 250 mm par an, toute culture pluviale (ne dépendant que de l'eau de pluie) y est impossible. C'était la région du commerce caravanier.

Géomorphologie

Bien que le Sahel ne possède pas de caractères géomorphologiques propres, il est néanmoins caractérisé par l'étendue des dunes fossiles d'une part, et par la fréquence des mares temporaires de saison humide d'autre part. Excepté les grands fleuves d'origine allochtone, le réseau hydrographique sahélien est constitué de cours d'eau éphémères débouchant dans des mares endoréique. Celles-ci ont un rôle écologique important car elles constituent généralement le seul moyen d'approvisionnement en eau par la faune durant la saison sèche, certaines retenant de l'eau jusqu'au printemps. La mare sahélienne (différente de son homologue, le dhaya saharien : une éphémère couche d'eau peu profonde dans un paysage qu'il ne modifie pas) peut, lorsqu'elle est suffisamment large, et se maintient en conséquence plus longtemps, former une oasis avec une végétation ligneuse abondante.

Végétation

La steppe sahélienne est une formation herbeuse ouverte, mêlée de plantes ligneuses parmi lesquelles prédominent les épineux du genre Acacia. Ce type de végétation a reçu néanmoins de nombreux autres noms plus ou moins équivalents: Dornbuschsteppe, Akazienzone, Dornsavanne, Niedergrassteppe, Halbwüste, semi-deset zone, semi-deset grassland, desert scrub, wooded steppe, open thorn savanna, thorn scrub, thorn steppe, acacia-desert grass savanna, etc[2].

En raison de la rareté de l'eau, les arbres sahéliens ont généralement un faible développement aérien et un grand développement souterrain. Dans les zones à sol profond et fragmenté des racines traçantes qui peuvent aller chercher de l’eau jusqu’à la nappe phréatique (phréatophytes). La strate arborée est dominée par le genre Acacia (Acacia tortilis, A. laeta, A. seyal, etc.) mais bien d'autres arbres et arbustes prospèrent au Sahel. Ceci incluent Commiphora africana (Myrrhe africaine), Balanites aegyptiaca et Boscia senegalensis, pour ne nommer que les principales[3].

Les espèces ligneuses permettent difficilement de définir des zones, leur apparition et disparition étant graduelles et leur distribution se chevauchant largement. Cependant, la physionomie du couvert herbacé, et particulièrement celui des graminées, mène plus facilement de lui-même à la définition de caractères zonaux. Du nord au sud et sur sol sableux, on trouve en général la succession[4],[5]:

  • Le domaine saharien : Une steppe de graminées cespiteuses pérennes très espacées, semi érigées à semi prostrées, ayant des feuilles principalement basales (type cespiteux basiphylle) et étroites (enroulées et parfois acérées), et une taille moyenne inférieure à 80 cm, généralement non soumises aux feux. Espèces caractéristiques: Aristida pallida, Cymbopogon schoenanthus, Eremopogon foveolatus, Stipagrostis acutiflora, S. papposa, S. pungens, Panicum turgidum, etc. Selon l'abondance des plantes ligneuses on parlera de steppes herbacées et/ou graminéenne, buissonnante, arborée et/ou arbustive.
  • Le domaine sahélien (sens strict) : Une prairie estivale de graminées annuelles, distribuées uniformément et constituant souvent une formation fermée, érigées ou parfois prostrées, ayant des feuilles étroites, et une taille moyenne inférieure à 80 cm. Espèces caractéristiques: Aristida funiculata, A. mutabilis, Cenchrus biflorus, Schoenefeldia gracilis, etc. On trouvera plutôt une steppe à suffrutescents sur les sols rocailleux.
  • Le domaine soudanien : Une savane de graminées cespiteuses pérennes, distribuées uniformément, érigées, avec des feuilles épaisses, non enroulées, basales et caulinaires (type cespiteux cauliphylle), une taille moyenne supérieur à 1,5 – 2 m qui brulent annuellement. Espèces caractéristiques: Andropogon gayanus, Cymbopogon giganteus, Hyparrhenia dissoluta.

La flore sahélienne possède une nette affinité paléotropicale. La limite entre ce dernier et le paléarctique est d'ailleurs localisée au milieu du Sahara. Les familles végétales dont le centre de gravité se trouve en dehors des tropiques sont ici très peu représentées. Le Sahel ne possède que peu d'espèces endémiques, voire aucune, et sa flore est particulièrement pauvre : la flore de l'est de la Mauritanie et de l'ouest du Mali ne compte que 200 espèces dans les relevés d'Audry et Rossetti. Ce chiffre augmente sensiblement lorsque l'on tient compte de la flore des vallées de grands fleuves, d'affinité soudanienne, ou de régions d'altitude.

Il faut également noter que la végétation sahélienne sur plateaux a souvent un aspect strié, ou en rosaces, sur les photographies aériennes. Ce phénomène, connu sous le nom de "Brousse Tigrée[6]", se produit également dans les autres régions semi arides du monde.

Evolutions de la flore

Le Sahel fut autrefois plus vert, il s'est désertifié, en partie à cause du surpâturage et du déboisement et à cause de modifications climatiques globales depuis la dernière glaciation. Plusieurs plans de revégétalisation ont été mis en œuvre, souvent sans succès. Dans le bassin-versant malien du Bani (130 000 Km2), les données de télédétection (indice de végétation satellitaire ou NDVI pour (Normalized difference vegetation index) montrent un léger reverdissement de 1982 à 2010, ainsi que dans plusieurs zones d'Afrique de l'Ouest, sans augmentation significative de la pluviométrie. Il s'explique par la mise en culture de certaines zones (passant de 13 % à 23 % des terres entre 1985 et 2000 dans le nord du Bani), ainsi ailleurs que par une revégétalisation spontanée. Un déficit pluviométrique a été constaté de 2000 à 2006, mais après une augmentation de 1982 à 1999 qui a pu profiter à la flore pérenne ensuite restée vivace durant la période sèche.

Mammifères

une gazelle
Une gazelle dorcas du nord de l'Afrique

La faune du Sahel n’est pas particulièrement riche en nombre d’espèces de mammifères. Un des genres les plus diversifiés est celui des gazelles, bien adaptées au climat semi-aride. Plusieurs espèces de gazelles côtoient ainsi la zone sahélienne, comme la gazelle dama (Gazella dama), la gazelle dorcas (G. dorcas) et la gazelle à front roux (G. rufifrons), pour ne nommer qu’elles. Très étendues par le passé, ces espèces sont pour la plupart devenues rares en milieux sahéliens. Une autre espèce de gazelle était présente dans cette région, mais est maintenant considérée comme éteinte à l’état sauvage, l’oryx algazelle (Oryx dammah)[7]. Le sahel possède en plus, au moins 4 espèces de gerbilles endémiques (Gerbillus bottai, G. muriculus, G. nancillus et G. stigmonyx). Plusieurs prédateurs, comme le lion, la panthère et le chien sauvage, étaient présents dans la région du Sahel, mais ces espèces ne s’y retrouvent plus[5].

Accentuation de la sécheresse et de la désertification

Le Sahel est une région en proie à la sécheresse[8],[9] et à une désertification[10] qui connaît une progression inexorable. Depuis 1900, le Sahara a progressé vers le sud de 250 km sur un front large de 6 000 km. La steppe du Sahel, connaît un dessèchement relativement brutal qui a pour conséquence une famine endémique. Les troupeaux ne trouvent plus de pâturages et les cultures souffrent d’un manque d’irrigation. Les éleveurs sahéliens doivent désormais parcourir des kilomètres dans le sable pour faire paître leurs troupeaux. Au Sahel, les tentatives pour arrêter l'avance du désert restent vaines. Des terres sont perdues chaque année, des troupeaux décimés, la famine tue encore... Deux sécheresses successives en 1970 et 1984 ont ruiné les éleveurs nomades.

Annexes

Liens externes

Références

  1. Trochain J.L. (1980), Ecologie végétale de la zone intertropicale non désertique. Université Paul Sabatier, Toulouse.
  2. a et b Théodore Monod, 1986. The Sahel zone north of the equator. Pp 203-243 in M. Evenari, I. Noy-Meir and D.W. Goodall, editors. Hot deserts and arid shrublands, B. Ecosystems of the world 12B. Amsterdam, Elsevier.
  3. Gonzalez, P. 2001, Desertification and a shift of forest species in the West African Sahel, Climate Research, Vol.17:217-228
  4. Rossetti C., 1965, Ecological Surveys, Mission to West Africa. Studies on the vegetation (1959, 1961): Discussions and conclusions, U.N. Spetial Fund, DL/ES/5
  5. a et b Shorrocks, B. The biology of Africain savannahs, Oxford University Press, New York, 2007, 268p.
  6. M. Clos-Arceduc, « Étude sur photographies aériennes d'une formation végétale sahélienne : la brousse tigrée », Bulletin de l'IFAN, n° spécial, Dakar, 1956, p677-684
  7. Ruiz-Lopez, MJ., Roldan, ERS., Espeso G., and Gomendio, M. 2009, Pedigrees and microsatellites among endangered ungulates: what do they tell us?, Molecular Ecology, Vol.18:1352-1364
  8. Site de l'IRD-2003
  9. La dynamique de la grande sécheresse du sahel, dans La dynamique du temps et du climat , Marcel Leroux, 2004, 2e édition, DUNOD ISBN 2 10 004807 4
  10. (fr) Darfour : impacts ethniques et territoriaux d'une guerre civile en Afrique, par Marc Lavergne, du CNRS, spécialiste du Soudan, sur le site Géoconfluences [1]

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Sahel africain de Wikipédia en français (auteurs)

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