Art urbain
Pochoir de Banksy intitulé Lovers.

L'art urbain, ou « street art[1] », est un mouvement artistique contemporain. Il regroupe toutes les formes d’art réalisé dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti, le pochoir, la mosaïque, les stickers ou les installations. C'est principalement un art éphémère.

Sommaire

Contexte

Depuis son internationalisation (fortement facilitée par le développement d'un réseau de communication audiovisuelle à l'échelle mondiale) au début du XXIe siècle, l'art urbain, en tant que mouvement de l'art contemporain s'affirme dans une diversité de pratiques que l'on ne peut strictement séparer, par certains aspect des arts de la rue comme le Madonnaro.

Ainsi, ZEVS (alias : Zone d'Experience Visuelle et Sonore) exécute régulièrement des performances qui font écho à des disciplines comme le jonglage ou le happening. À ce titre, il pourrait être qualifié d'artiste de la rue. De même, une part de l’œuvre de Banksy peut être qualifiée d'art contextuel (selon la terminologie de Paul Ardenne) lorsqu'il vient, par exemple, exposer illégalement dans un musée. La propagande absurde de Shepard Fairey, OBEY the Giant, est un cas limite de zeitgest, présentée par son initiateur comme une expérience de phénoménologie. Dans la lignée de Buren ou de Christo, le travail de JR (artiste) questionne la limite de la ville.

L'art urbain doit se comprendre comme relation dialectique du street art et du land art (Pierre-Évariste Douaire). Le développement de la scène brésilienne (en particulier à São Paulo, où tout affichage publicitaire a été proscrit vers 2009) rappelle que le graffiti avec, en particulier, les Pixação[NB 1], est l'autre grande source de l'art urbain. Art de la métropolisation ou métropolisation de l'art, l'art urbain questionne la ville globale, mais aussi ses friches, et jusqu'aux villages d'Afrique (Jérôme Mesnager) ou aux cabanes des fjords avec la scène scandinave.

Art public illégal, officieux, l'art urbain s'inscrit, au moins en France, à la limite du cadre théorique définissant l'art contemporain, au voisinage de mouvements comme le nouveau réalisme (Jacques Villeglé) la figuration libre ou la figuration narrative (Peter Klasen).

Vu son impact puissant sur les populations spécifiquement jeunes, nombreux outils du street art (comme les stickers, les affiches ou les pochoirs) sont désormais réutilisés à des fins promotionnelles dans des campagnes dites de « street marketing ». La création du poster HOPE pour la campagne présidentielle « officielle » de Barack Obama par Shepard Fairey en est une bonne illustration.

Histoire

L'art urbain puise ses origines dans des disciplines graphiques aussi variées que la bande dessinée ou l'affiche. Selon Alain Weill[2], spécialiste mondial de l'affiche (à ne pas confondre avec l'homme d'affaires du secteur des médias...), l'essence de l'art urbain contemporain se retrouve tant dans les œuvres des affichistes d'après-guerre comme Raymond Savignac, en France, que dans celles des dessinateurs de la contre-culture américaine tels Robert Crumb ou Vaughn Bodé, tous deux figures de proue du comics underground depuis les années 1960.

Un mouvement de l'art contemporain ?

L'art urbain commence à s'épanouir en France à partir de Mai 1968[3] mais le mouvement est « officialisé » au début des années 1980 sous l'influence, entre autres, d'agnès b. et, ponctuellement (expositions, soutien au tag), de Jack Lang. Se considérant comme un mouvement artistique autonome, voire parallèle au tag et au graffiti, l'art urbain a pour initiateurs des artistes tels que Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest. Au début des années 1980, ses pionniers sont Blek le rat, le groupe Banlieue-Banlieue, Jérôme Mesnager ou Miss.Tic, Jean Faucheur, les Frères Ripoulin, Nuklé-art, Kim Prisu, Kriki, Etherno, Les Musulmans fumants, les VLP, Jef Aérosol, puis Nemo, Mosko et associés ou André. Avec l'arrivée d'Invader et de Zevs (les @nonymous), à la fin des années 1990, apparaît l'appelation « post-graffiti ».

Depuis la fin des années 1990, avec l'émergence d'artistes comme Shepard Fairey aux États-Unis, de Banksy en Grande-Bretagne, de Blu en Italie, d'Influenza aux Pays-Bas, de Akayism en Suède, l'art urbain est un des premiers mouvements artistique international. Présenter l'art urbain comme un mouvement artistique se justifie dans la mesure où ses représentants (Zevs, Shepard Fairey, Space Invader, Banksy, Ron English) sont en relation directe, constituant un champ artistique d'interaction comme l'illustre le film de Banksy. Un bon exemple est l'initiative de Space Invader qui a ouvert une galerie en 2003 et y a invité Shepard Fairey. De même que les cubistes ou les impressionnistes se côtoyaient, les artistes urbains créent en orchestration, un corpus unifié. En un mot, ils exposent tous dans la même galerie : la rue.

Chronologie

  • 1963 : Premiers éphémères de Gérard Zlotykamien[4].
  • 1981 :
  • 1982 :
  • 1983 :
  • Mai 1984 : Les Frères Ripoulin (dont les « futurs » Claude Closky et Pierre Huygues) collent leurs premières peintures sur papier[13].
  • 1985 :
  • 1986 : Sortie du livre Pochoir à la une d´après une idée originale du groupe Nuklé-Art et de la librairie Parallèle.
  • 1987 : Arrivée de Jonone à Paris.
  • 1988 : Campagne « Miss.Tic présidente ».
  • 1989 : André invente son Monsieur A[15].
  • 1990 : Kim Prisu et Vr (Hervé Morlay) vont peindre le mur de Berlin sur les 1 300 m qui restent côté Est pour mémoire — la East Side Gallery. Restaurée en 2009, Kim Prisu n'a pas voulu en faire une copie conforme de sa fresque de 1990 et a métamorphosé son œuvre pour en donner une autre, originale.
  • Décennie 1990 : durant cette période, le devant de la scène est principalement occupé par le graffiti hip-hop. La propagation internationale se fait par la télévision ; Mesnager rend compte de ses voyages en Afrique à Ardisson dans Lunettes noires pour nuits blanches en 1990.
  • 12 février 1999 : Première (?) apparition télévisuelle de Space Invader lors d'un sujet, d'une émission en clair (case midi-14 h) sur Canal +. En plateau se trouve l'artiste Miss.Tic.
  • 1998-1999: Zevs et Invader travaillent en tandem (@nonymous) réalisant des vidéo-gag semblables à ceux de Thierry Guetta dans le film de Banksy, Faites le mur ! (cris de terreur). Ils envahissent conjointement la ville de Montpellier en août 1999.
  • 2000 :
    • Mai 2000, premières interventions sur Le MUR d'Oberkampf
    • 12 septembre-28 septembre 2000, exposition collective, manifeste du renouveau de l'art urbain parisien à l'espace Tiphaine-Bastille, 8 passage de la bonne graine (11e) réunissant Poch, Blek, Olivier Stak, HNT, André, Space Invader, Zevs, Sam Bern et RCF1.
  • 2001 :
    • John Hamon, dont le slogan est « C'est la promotion qui fait l'artiste ou le degré zéro de l'art », commence l'affichage de son portrait dans les rues de Paris[16].
    • 1er trimestre 2001, publication en 1 500 exemplaires de la plaquette Souvenirs de Paris, réunissant André, Blek, HNT, Sam Bern, Space-Invader, Olivier Stack et Zevs.
    • Septembre 2001, exposition « œcuménique » de la galerie du jour agnès b. qui concilie les tendances historiques (Futura 2000), « graffiti » (Jonone) et « post-graffiti », à l'époque sans titre, en hommage à la disparition de Dondi White[17]. Participent (liste exhaustive) : André, Aone Bad Boy Crew (jay ash and skki), Fafi Futura Jack 2, Jonone, l'Atlas, Mist, Moze, Os Gemeos, O'clock, Psyckose, Space Invader, Zevs.
  • 2003 :
    • 22 février 2003, ouverture par Space Invader de la galerie La Base 01, dans le 1er arrondissement de Paris.
    • Mars 2003, première exposition « officielle » parisienne de Shepard Fairey à la galerie La Base 01 à Paris. Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols est présent lors du vernissage. La Base 01 accueille, cette même année, une autre « exposition urbaine », « The World of Kami » dédiée à l'artiste éponyme.
  • 2007 : « Graffiti Stories », présentée à l'abbaye d'Auberive, au musée Paul Valéry (Sète) et au Musée international des arts modestes (Sète) ; commissaires : Hervé Di Rosa et Pascal Saumade[18].
  • Juillet 2009 : l'exposition « Né dans la rue - Graffiti » à la Fondation Cartier pour l'art contemporain réunit les courants graffiti internationaux, les Américains vivant à Paris (comme Seen ou Jonone), des Européens (comme Boris Tellegen alias « Delta »), mais aussi des Brésiliens. Elle donne, par ailleurs, une carte blanche à l'association le M.U.R. pour présenter une série d'affiches exposées dans la Fondation puis sur le MUR. Y participent FANCIE, HONET, SUN7, Alëxone, Poch, NP77, CHANOIR (1980), RCF1, Jean Faucheur. La carte blanche s'achève par la résidence de trois semaines de Thom Thom qui travaille sur un double panneau installé par Clear Channel. L'exposition remporte un succès de fréquentation historique dans l'histoire de la Fondation ; elle est prolongée jusqu'au 7 janvier 2010.
  • 15 décembre 2010 : sortie française du film de Banksy, Faites le mur !.

Outils et techniques

L'art urbain conjugue souvent différentes techniques : le pochoir nécessite en général l'utilisation de peintures, le plus souvent aérosol ; l'affiche peut être le support de pochoirs[NB 2], etc.

Les outils

Les techniques

Styles

Les artistes d'art urbain ont en commun une activité (légale ou non) d'interventions urbaines. La principale distinction avec le graffiti « traditionnel » (ou hip-hop, tel qu'il est né aux États-Unis), est que les artistes urbains n'ont pas systématiquement recours à la lettre (comme c'est le cas dans le writing américain) et à l'outil aérosol.

Les buts sont variés : dans le cas du graffiteur, il s'agit principalement d'apposer son nom ou « blaze » ; dans le cas du street art, une image, et cela quelle que soit la méthode. On peut citer les affiches peintes de Jean Faucheur, les sérigraphies de Ernest Pignon-Ernest, les pochoirs de Spliff Gâchette, de Pixal Parazit, d'Epsylon Point ou de Jef Aérosol, les autocollants de Clet Abraham ou bien encore les photographies de Antonio Gallego. D'autres ont des intentions plus politiques comme les membres du collectif VLP (Vive La Peinture) qui collent leur fameuse mascotte Zuman Kojito dans les rues de Paris en lui faisant dire des sentences fondamentales du type : « J'existe », « Je résiste », « Je suis un morceau d'utopie », etc.

La plupart des artistes souhaitent avant tout s'exprimer et que leur art soit vu du public. D'autres, comme Cedric Bernadotte questionnent l'espace public en proposant de se réapproprier un lieu avec des matériaux économiques et accessibles tels que le cellophane[19]. Dans les mouvements récents on trouve le mélange du graffiti et de la vidéo; ainsi le travail d'un artiste comme Blu qui fait de l'animation depuis la rue[20].

Galerie

Sources

Bibliographie

  • 1986 : Pochoir à la une d´après une idée originale du groupe Nuklé-Art et de la librairie Parallèle ; texte et interviews : Solange Pierson ; photos : Guillaume Dambier, éditions Parallèles
  • 1986 : Vite fait, bien fait, Nicolas Deville, Marie-pierre Massé, et Josiane Pinet, éditions Alternatives. (ISBN 2862270504)
  • 1987 : Henry Chalfant et James Prigoff, Spraycan Art, Thames and Hudson (ISBN 050027469X)
  • 1990 : Denys Riout, Dominique Gurdjian, Jean-Pierre Leroux, Le Livre du graffiti, Paris, Syros/Alternatives, 140 p. (ISBN 2867385091)
  • 1991 : Tarek Ben Yakhlef et Sylvain Doriath, Paris Tonkar, éditions Florent Massot (seconde édition, 1992)
  • 2004 : Christian Hundertmark, The Art Of Rebellion: The World Of Street Art, Publikat Verlags und Handels KG (ISBN 978-3980747832)
  • 2005 : Stéphanie Lemoine et Julien Terral, In situ : Un panorama de l'art urbain de 1975 à nos jours, Éditions Alternatives ((ISBN 978-2-86227-465-2))
  • 2007 :
    • Claudia Walde, trad. d'Emmanuel Colin, Sticker City. L'art du graffiti papier, éditions Pyramyd (ISBN 978-2350170657)
    • L'Art modeste sous les bombes, textes d'Hervé Di Rosa, Pascal Saumade, Henry Chalfant, Philippe Dagen, éditions Kitchen93, Bagnolet
  • 2009 : Paul Ardenne, Un art contextuel : Création artistique en milieu urbain, en situation, d'intervention, de participation, Flammarion, coll. Champs Arts
  • 2010 : R. Klanten et M. Huebner, Urban Interventions - Personal Projects in Public Spaces, édition Gestalten

Filmographie

  • 2004 : Rock Fresh
  • 2005 : RASH, documentaire explorant la valeur culturelle de l'art urbain et du graffiti à Melbourne
  • 2008 : Bomb It, film documentaire sur le graffiti et l'art urbain à travers le le monde
  • 2010 : Faites le mur !, (documenteur) réalisé par Banksy sur l'artiste Thierry Guetta

Notes et références

Notes
  1. La présentation des Pixaçao à la Fondation Cartier à Paris, en 2009-2010, a été un point fort de l'exposition « Né dans la rue - Graffiti ».
  2. Voir le travail de Blek le rat
  3. Voir Invader
Références
  1. Stéphanie Lemoine, op. cit. : « récemment rebaptisé street art »
  2. Voir, par exemple, Le Design graphique : ABCDEF..., coll. Découvertes Gallimard, Paris, 2003.
  3. (fr)Entretien de Banksy dans le journal Le Monde, décembre 2010.
  4. Stéphanie Lemoine et Julien Terral, op. cit., p. 157.
  5. Il ne s'agit pas du hacker ; Denys Riout, op. cit., p. 120.
  6. Denys Riout, op. cit., p. 121.
  7. Denys Riout, op. cit., p. 115.
  8. Denys Riout, op. cit., p. 113.
  9. Denys Riout, op. cit., p. 114.
  10. Denys Riout, op. cit. p.129
  11. Denys Riout, op. cit., p. 122.
  12. Denys Riout, op. cit., p. 117.
  13. Denys Riout, op. cit., p. 124.
  14. Denys Riout, op. cit., p. 123.
  15. Tristan Manco, Street Logos, Thames & Hudson, Londres, 2004, ISBN 0-500-28469-5, 128 pages, p. 78
  16. Site (en construction) de l'artiste.
  17. Graff it #1, p. 2 (de couverture) (ISBN 2-914714-00-9).
  18. Voir dans la bibliographie : L'Art modeste sous les bombes.
  19. (fr) Réappropriations de Cedric Bernadotte.
  20. (fr) « Street art : Blu réveille la bête » sur Orbeat Magazine.

Voir aussi

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Articles connexes

Lien externe


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