Polybe
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Frontispice de l’Abrégé des Commentaires de M. de Folard sur l'histoire de Polybe, 1754

Polybe, en grec ancien Πολύϐιος / Polúbios (vers 200 av. J.-C. à Mégalopolis – vers 118 av. J.-C.), général, homme d'état, historien et théoricien politique, est sans doute le plus grand historien grec de son temps.

Sommaire

Biographie

Issu d’une grande famille arcadienne, le jeune Polybe reçoit une solide éducation militaire. Il passe sa jeunesse près de Philopœmen, qui le forme dans l'art de la guerre. Après l'effondrement de l'empire d'Alexandre le Grand (323), les cités grecques se disputent à nouveau. Dans le sillage de son père, Lycortas, Polybe est un des meneurs de la Ligue achéenne - en tant qu'hipparque il est au commandement de la cavalerie de la Ligue - au moment de la défaite du roi Persée de Macédoine face à Paul Émile, à Pydna (168). Il s'efforce, mais en vain, de maintenir la neutralité des Achéens entre Rome et la Macédoine. Il est une des premières victimes grecques des Romains, Rome exigeant de la Ligue, restée neutre, des otages parmi les dirigeants politiques soucieux de l’indépendance des villes grecques. Mille otages sont envoyés à Rome (167) ; Polybe est de ceux-là et ne recouvre sa liberté que 17 ans plus tard.

Pendant son séjour en Italie il a tout le loisir de faire une étude approfondie de la politique et de l'état militaire des Romains (il livre, dans ses Histoires, la description des castra romana). Il peut voir le fonctionnement du régime politique de la République de l'intérieur et est séduit par l'organisation politique des Romains. Logé chez Paul-Emile, et servant de précepteur à ses deux fils, il s'acquiert l'amitié de ceux-ci, surtout du second, Scipion Émilien, dit le second Africain. En 149, l’exil prend fin. Polybe rentre en Grèce. Mais très vite, Scipion Émilien fait appel au militaire qu’est Polybe, et avec son aide, rase Carthage (146). Il voyage ensuite en Afrique, en Espagne, en Gaule.

La Ligue achéenne se soulève alors contre Rome. Le résultat est désastreux : les Achéens sont écrasés, et Corinthe détruite. Grâce à ses relations, Polybe est chargé par les Romains de faire respecter leurs volontés dans la politique grecque. Polybe réussit l’exploit de se concilier la reconnaissance des Grecs, en faveur desquels il réussit plus d'une fois à adoucir le vainqueur, et la satisfaction des Romains. Polybe termine sa carrière politico-militaire aux côtés de son ami Scipion Émilien en Espagne, au siège de Numance (133).

La dernière partie de sa vie est consacrée à la rédaction de sa grande œuvre, une Histoire générale de son temps, en quarante livres où il menait de front l'histoire de Rome et celle des États contemporains telles les monarchies lagide, séleucide et attalide (pergaménienne). Nous possédons seulement les cinq premiers livres de l’Histoire générale et des fragments assez considérables des autres. Dans cet ouvrage, il veut montrer comment et pourquoi les nations civilisées du monde sont tombées sous la domination de Rome.

Polybe meurt vers 118 d'une chute de cheval à 82 ans.

Œuvre

Outre un Éloge de Philopoemen (3 livres), un Traité de tactique, un Traité sur les régions équatoriales et une Guerre de Numance, perdues, Polybe a écrit les Histoires (en grec Ἱστορίαι / Historíai), dont seuls cinq volumes sur les quarante d’origine nous sont parvenus dans leur totalité. Les livres I à XXIX (l'expansion romaine entre 220 et 168) furent écrits à Rome pendant l'exil de l'auteur. Les livres XXX à XL (les troubles entre 168 et 146) furent écrits en Grèce après 146.

Plan de l'ouvrage:

  • Trois préfaces sont placées en tête des livres I, II et IV, tandis que le début du livre III (appelé προέκτεσις / proékthésis) est un sommaire de l'œuvre entière.
  • Les livres I et II constituent la προκατασκευή / prokataskeuế, un résumé des évènements survenus entre 264 et 220 (première guerre punique, première guerre d'Illyrie, histoire de la Confédération achaienne jusqu'à la guerre de Cléomène).
  • Les livres III, IV et V retracent l'histoire de la 140e Olympiade (220-216), en particulier le début de la deuxième guerre punique et l'histoire du monde hellénistique jusqu'à la bataille de Raphia.
  • Le livre VI est un exposé de la constitution romaine.
  • Ensuite, en moyenne, chaque livre traite les événements de deux années en suivant un ordre géographique fixe : les évènements d'Occident puis ceux d'Orient.
  • Le livre XII est un véritable traité de critique historique où Polybe, en critiquant la méthode de Timée de Tauroménion, expose sa propre conception de l'investigation historique.
  • Le livre XXXIV était un exposé géographique où Polybe décrivait la Gaule, l'Espagne et l'Afrique, toutes parties de la Méditerranée occidentale qu'il avait visitées.
  • Le livre XL était une sorte de table des matières où Polybe récapitulait son ouvrage.

Les Histoires avaient pour ambition de raconter « comment et par quel mode de gouvernement presque tout le monde habité, conquis en moins de 53 ans, est passé sous une seule autorité, celle de Rome » (livre I). Il cherche la clé de la supériorité romaine et la grande question à laquelle il essaye de répondre dans son ouvrage est « Comment et grâce à quelle forme de gouvernement l'État romain a réussi à dominer la terre entière en si peu de temps ? Quel est le secret de cette supériorité ? ». Il fait un parallèle avec les Perses, les Lacédémoniens et les Macédoniens et constate qu'aucun de ces peuples n'est parvenu à une telle domination.

L’Histoire générale de la République romaine de Polybe, ou plutôt ce qui a échappé au naufrage du temps, est une source précieuse pour étudier les guerres puniques. Il y retrace en effet l'histoire de Rome depuis son invasion par les Gaulois (IVe siècle av. J.‑C.) jusqu'à la conquête de Carthage, Corinthe (146) et Numance (133). Après la vaste introduction des deux premiers livres, le livre III présente les deux antagonistes de la Deuxième guerre punique, Rome et Carthage, et relate les heurs et malheurs de « la guerre d’Hannibal ». C'est à lui que Gustave Flaubert a emprunté l'essentiel de la trame narrative de sa Salammbô.

Ayant étudié les institutions romaines, Polybe formule dans la théorie de l'anacyclose — admise par Cicéron dans le De Republica et reprise par Machiavel — sa typologie des régimes politiques. Il considère qu'il y a six formes de gouvernement :

  • la royauté (régime monarchique librement accepté, gouverne par persuasion, sans violence) ;
  • l'autocratie ou despotisme (pouvoir personnel et absolu) ;
  • l'aristocratie (régime dans lequel les plus justes et les plus sages sont au pouvoir) ;
  • l'oligarchie (dans laquelle la plupart des pouvoirs sont détenus par une petite partie de la société) ;
  • la démocratie (quand la volonté de la majorité est souveraine et qu'il y a obéissance aux lois) ;
  • l'ochlocratie (si la masse a tous les pouvoirs pour imposer tous ses désirs).

Le meilleur régime, selon lui, est celui qui combine les caractéristiques des trois principaux. Selon sa théorie cyclique de la succession des régimes politiques, le gouvernement d'un seul (royauté) dégénère en despotisme ; l'aristocratie dégénère en oligarchie, entrainant la colère du peuple, qui punit les abus.

Polybe critique les historiens qui, prisonniers de leurs mensonges et de leurs contradictions, représentent Hannibal comme un chef exceptionnel, inimitable, mais entreprenant inconsidérément la traversée des Alpes et ne trouvant son salut que dans l'intervention de quelque héros.

Les travaux de Polybe sont loués pour leur rigueur, le refus d’invoquer les interventions des Dieux dans les phénomènes historiques, ainsi que la méthode utilisée : prospective rigoureuse, éloignant les effets de manche au profit de l’exactitude et de l’objectivité sèche ; ce qui explique en partie son style pauvre. De plus, il a une vision globale de l'histoire universelle : il cherche la cause première qui oriente les événements dans la même direction partout dans le monde.

En tant qu'écrivain, le style de Polybe laisse quelque peu à désirer, car il est souvent prétentieux, pénible ou monotone. Il se livre à de fréquentes digressions et son récit est froid, ses portraits manquent de vie. Mais il se distingue par l'exactitude des faits, son jugement sûr et son impartialité. Historien philosophe, il scrute les causes et les ressorts des événements ; il fait comprendre les opérations diplomatiques ou militaires ; il révèle les caractères, les talents et les fautes des hommes politiques. On peut dire qu'il a été l'historien des hommes d'État et des hommes de guerre.

Citations

« Rome a conquis presque tout l'univers, si bien qu'il n'est personne aujourd'hui qui puisse lui résister et que, dans l'avenir, nul ne peut espérer la surpasser. » (I,2)

« Avant, les événements qui se déroulaient dans le monde n'étaient pas liés entre eux. Depuis, ils sont tous dépendants les uns des autres. »

« De la réciproque comparaison et confrontation des faits, on forme un jugement très divers de celui qu'on conçoit quand on les considére séparément [...] Le même avantage que le savoir a sur le simple ouï-dire, l'histoire universelle la possède sur les relations particulières. » (III, 32)

« Aussi doit-on attacher moins d'importance quand on lit ou que l'on écrit l'histoire, au récit des faits qu’à ce qui s'est passé auparavant, en même temps et après ; car si l'on supprime la recherche des causes, des moyens, des intentions et des conséquences, heureuses ou malheureuses, de chaque événement, l’histoire n'est plus qu’un jeu d'esprit ; elle ne sert plus à l’instruction du lecteur ; elle distrait pour le moment, mais on n'en tire absolument aucun profit pour l'avenir. »
(Polybe cité par Benoît Lacroix, « Histoire générale et sens des faits dans l'antiquité chrétienne », in Sciences ecclésiastiques, volume XVII, octobre-décembre 1965, fascicule 3, pp. 513-516).

« Le devoir d'un général n'est pas seulement de songer à la victoire, mais de savoir quand il faut y renoncer. »

« Le peuple athénien a toujours ressemblé à un navire anarchique. » (Histoire, VI, 44)

« L'argent est le nerf de la guerre »

« Pour moi, je ne doute pas que les premiers qui l'ont introduite n'aient eu en vue la multitude ; car, s'il était possible qu'un état ne fut composé que de gens sages, peut-être cette institution n'eût-elle pas été nécessaire ; mais, comme le peuple n'a nulle constance, qu'il est plein de passions déréglées, qu'il s'emporte sans raisons et jusqu'à la violence, il a fallu le retenir par la crainte de choses qu'il ne voyait pas et par tout cet attirail de fictions effrayantes. C'est dont avec grande raison que les anciens ont répandu parmi le peuple qu'il y avait des dieux, qu'il y avait des supplices à craindre dans les enfers, l'on a grand tort dans notre siècle de rejeter ces sentiments [...]. » (Polybe. Histoire générale, VI, traduction française revue et corrigé par Dom Thuillier publiée dans Bibliothèque Historique et Militaire, vol. II, Paris Anselin, 1856, p. 634. Publication originale IIe siècle av. J.-C.)

Voir aussi

Wikisource

Traductions

  • Histoire, traduction Vincent Thuillier

Articles encyclopédiques

Articles connexes

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