Aroumains
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple aroumain. Pour la langue aroumaine, voir Aroumain.
Aroumains
Populations
Population totale estimations de 250.000 à plus de 2,5 millions[1]
Autre
Région d'origine Macédoine, Épire, Thessalie, Thrace, Pinde.
Langue(s) Aroumain
Religion(s) Orthodoxie
Drapeau des Aroumains

Les Aroumains, en aroumain Armânji ou Rramanji sont une population latinophone de la péninsule des Balkans. Appelés « Koutzo-Valaques » (Βλάχοι) par les Grecs, « Tchobans » (Xhoban) par les Albanais, « Tsintsars » (ou encore Tzantzar, Zinzares) par les Serbes[2] et « Makedons » ou « Macédo-Roumains » (Machedoni, Macedo-Români, Macedoneni) par les Roumains, les Aroumains sont généralement « Vlasi », « Vlahi » ou « Vlaši » par les Slaves.

Sommaire

Étymologies

Livre de grammaire aroumaine (en lettres grecques)

Selon les linguistes, tels Takis Papahagi, l’endonyme « Armânji » vient de Romanus avec le a préposé au r typique en aroumain. Les exonymes « Βλάχοι », « Vlasi », « Vlahi » ou « Vlaši » dérivent tous de Walh, mot germanique désignant les non-germains. Koutso-Vlahoi est un surnom signifiant "Valaques boîteux" en grec, mais en fait, koutzo dérive soit de kuçuk ("petit" en turc, de la "Petite Valachie", par opposition à la "Grande Valachie", la Thessalie des XIIe et XIIIe siècles), soit de koç ("bélier" en turc, évoquant leurs occupations pastorales, selon Petre S. Năsturel). Zinzares dérive de Tsintsari (ceux qui prononcent Tsintsi = "cinq", avec des « ts » en aroumain au lieu de « č » dans les autres langues romanes orientales). Enfin « Makedons » ou « Macédo-Roumains » est un nom roumain (adopté par certains Aroumains) rappelant l'origine géographique d'une partie des Aroumains.

Mais d'autres versions circulent, certaines anciennes, toutes fantaisistes :

– que Armânji viendrait d'Ariani, désignant les premiers Indo-Européens (une théorie apparentée à celles d'Alfred Rosenberg) ;
– que Koutso-Vlahoi viendrait de leur démarche de montagnards (une théorie apparentée à celle du dahu) ;
– que Makedons ou Macédo-Roumains viendrait directement des Macédoniens antiques, dont les Aroumains seraient les seuls descendants, latinisés[3];
– que Βλάχοι (Vlachs) viendrait d'un général romain, Blaccus ;
– que Zinzares signifierait « les enfants (sin) du tsar » ;
– que Zinzares (semblable au roumain țânțari = « moustiques ») serait dû à leur prononciation sifflante, que les Grecs, au milieu desquels ils vivent, compareraient au bourdonnement des insectes (François Lenormant dans la Revue orientale et américaine, v. IX-1865, p. 243 !).

Ces versions, véhiculées par des publications parfois liées aux mouvements nationalistes européens, peuvent ponctuellement séduire au sein de cette communauté minoritaire, peu connue, et dont la langue a du mal à se maintenir.

Histoire

Carte de 1886 montrant les zones où fonctionnaient des écoles aroumaines dans l'Empire ottoman
Parlers de l’aroumain
     aroumain: F – parlers fãrsherot et muzaquien ; M – parler moscopolitain ; B – parlers mulovichtéen et albien ; P – parlers metsovoniote et olympiote ; G – parler gramoshtène      mégléno-roumain
Les Aroumains (zones où ils sont présents, en rose) parmi les autres « Valaques » au début du XXIe siècle. MT.= Monténégro; KS.= Kosovo; MK.= République de Macédoine.

Au IXe siècle les Thraco-romains, devenus minoritaires au milieu des Slaves, se sont divisés en quatre groupes : les roumains (installés dans le bassin du bas-Danube et marqués d'influences slaves), les mégléno-roumains (en Macédoine à l'ouest de l'Axios/Vardar), les istro-roumains en Istrie, et les aroumains en Macédoine et dans le nord-ouest de la Grèce. En général, on admet que les Aroumains sont apparus au sud du Danube : la plupart des linguistes roumains considèrent que c’est dans la région située autour de l'Haemos (Stara Planina ou Grand Balkan actuel) au contact direct de la Ligne Jireček, c'est-à-dire de la langue grecque[4], alors que d’autres[5] soutiennent qu’il s'agit, du moins en partie, de Thraces hellénisés dans la région du Pinde et dans le sud de l’Albanie, puis romanisés. Quoi qu'il en soit, nous avons cinq certitudes :

– la domination romaine dans l'ensemble des Balkans a duré six siècles au minimum ;
– les toponymes du type Campolongo, Cljava Lungã, Clocotnitsa, Florina, Montana, Peccoraria, Petrossa, Romania Planina, Vlahina, Vlahoklissoura, Vlašina, Vlasia et autres Vlasić se rencontrent de la Bosnie à l'ouest jusqu'à la mer Noire à l'est, et du Danube au nord jusqu'au Péloponnèse au sud;
– les chroniqueurs byzantins, Theophanos et Théophylacte Simocatta mentionnent les populations de langue romane des Balkans ;
– la présence d’Aroumains en Macédoine est également attestée par le chroniqueur byzantin Kédrénos en 976 ;
– au XVe siècle, le chroniqueur Laonikos Chalkokondilas remarque la parenté entre l’aroumain et le roumain.

La première attestation documentaire de la langue aroumaine remonte à l'an 630 : dans ses Histoires, Théophylacte Simocatta cite les mots "τóρνα, τóρνα"[torna, torna] dans le contexte d'une marche militaire byzantine contre les Avars au cours de l'année 587, menée par le général Comentiolus, dans les monts Haemos (l'actuel Grand Balkan); deux siècles après Théophylacte, un autre chroniqueur byzantin, Théophane le Confesseur raconte la même histoire dans sa Chronographie (vers 810–814) citant les mots : « τόρνα, τόρνα, φράτρε » [« torna, torna fratre » : « retourne-toi, frère »][6]. Mais, pour la plupart des linguistes, il ne s'agit pas encore d'aroumain, mais de proto-roumain. La première attestation documentaire d'un patronyme aroumain remonte à 1094 : selon Anne Comnène, lorsque les Coumans attaquent l'Empire byzantin, le valaque Pudilă vint à Constantinople avertir l'empereur que les barbares étaient en train de passer les monts Haemos. La deuxième attestation documentaire de la langue, cette fois clairement aroumaine, remonte à 1156 : c’est le nom de personne Tsintsiloukis, interprété comme provenant de tsintsi louki (« cinq loups »).

Présents en Macédoine, Thessalie et Épire, les Aroumains étaient devenus un peuple vivant de pastoralisme et ce commerce du temps de l'Empire ottoman. Certains firent fortune dans le commerce international au XIXe siècle et devinrent des philanthropes tels les Goulandris, Evángelos Záppas ou Georges Averoff (voir la liste de personnalités)[7].

Le nombre d'Aroumains vivant sous souveraineté grecque a très fortement augmenté suite aux annexions de la Thessalie en 1881 puis de l'Épire et de la Macédoine en 1913. Leur spécificité linguistique a été officiellement reconnue par un des gouvernements d'Elefthérios Venizélos dans les années 1920. Entre les deux guerres mondiales, les Aroumains ne pouvaient être scolarisés qu'en grec (dans les écoles publiques grecques) ou en roumain (dans le réseau d'écoles financé par le Roumanie). Pendant la seconde guerre mondiale, alors que la Roumanie était devenue fasciste, ce réseau scolaire roumain a servi à véhiculer les idées de la Garde de fer, ce qui a abouti à la "sinistre pantalonnade" du Voévodat de Macédoine. Cependant la majorité des Aroumains sont restés fidèles à la Grèce, et nombreux furent ceux qui s'engagèrent dans le mouvement de résistance EAM[7]. La Roumanie cessa de financer les écoles aroumaines en 1945.

Les Aroumains au XXIe siècle

Aujourd'hui les Aroumains sont, majoritairement, en voie d'intégration/acculturation (selon les points de vue), non seulement en Grèce, mais dans tous les pays où ils sont présents, y compris en Roumanie[7]. La langue aroumaine, cependant, se maintient : c'est l'excédent démographique qui est absorbé par le processus d'intégration. Les Aroumains sont considérés en Grèce comme des Grecs de langue romane[7] et en Roumanie comme des Roumains. Les deux États considèrent que l'intégration à la nation passe par l'harmonisation linguistique. Les principales spécificités des Aroumains se maintiennent surtout dans le domaine musical et culinaire. Presque tous se sont sédentarisés et ont donc perdu leur mode de vie pastoral semi-nomade, mais ils entretiennent soigneusement leur mémoire[8], alors que les États dont ils sont les citoyens (Roumanie, Grèce, Bulgarie, Albanie ou Serbie) ignorent ou occultent leur existence (occultation d'autant plus aisée, qu'il y a de nombreux mariages mixtes, donc des familles qui ne sont que partiellement « valaques »).

Les Saracatsanes ne sont pas des Aroumains, mais des confréries de bergers hellénophones parlant le dialecte grec du nord.

Voir aussi

Bibliographie

  • Georges Prévélakis, Géopolitique de la Grèce., Complexe, Paris, 2006. (ISBN 2804800733)
  • La toison d'or. Premiere registre, traduit par Mireille Robin, Marseille: Agone, 2001
  • Karl-Markus Gauss, La Nation disparue. Chez les Aroumains de Macédoine, in Voyages au bout de l'Europe, L'Esprit des péninsules, 2003 (trad. Valérie de Daran) (ISBN 2-84636-048-0)

Liens internes

Liens externes

« Capitales » culturelles et drapeaux des Aroumains

La principale « capitale » culturelle des Aroumains est Samarina, en Grèce, dans la nome de Grevena, en Macédoine occidentale, où un rassemblement international a lieu dans la semaine du 15 août de chaque année, comportant des colloques et symposii culturels, scientifiques ou politiques, des présentations de danses, musiques, pièces de théâtre et films, des expositions d’œuvres d'art, des forums d'affaires. Deux autres capitales culturelles sont les villes de Crushova, en République de Macédoine, où l'aroumain est la seconde langue officielle de la commune, et Constanța, en Roumanie, où de nombreuses manifestations culturelles aroumaines ont lieu et où fonctionnent des maisons d'édition.

Proposés par plusieurs sociétés aroumaines de différents pays[9], les drapeaux n'ont pas de caractère officiel; les symboles font référence au passé des Aroumains dans chaque pays. Ils sont parfois l'objet d'auto-dérision et de controverses parmi les Aroumains, qui rappelons-le, ne revendiquent ni autonomie territoriale, ni souveraineté. Ils s'inspirent (à l'exception du drapeau des « roumanisants » et de celui de la "Principauté du Pinde") des bannières traditionnelles des grandes familles aroumaines, jadis arborées lors des fêtes familiales telles que les noces ou baptêmes.

Notes

  1. Minorities of Europe
  2. C'est sous le nom de Zinzares que les Aroumains figurent dans la Nouvelle Géographie universelle (la Terre et les Hommes, tome 1, Paris, 1876, p. 64, 175, 183-184) d'Elisée Reclus.
  3. Une théorie véhiculée par l'association "Fara armãneascã" et citée par Tom J. Winnifrith dans The Vlachs: history of a Balkan people, Londres : Duckworth, 1987.
  4. Gustav Weigand, Ovid Densusianu, Sextil Pușcariu, Alexandru Rosetti.
  5. Theodor Capidan, Takis Papahagi, et la plupart des linguistes grecs.
  6. Theophanis Chronographia, I, Anno 6079 (587), 14–19, ed. De Boor, Leipzig, 1883; cf. FHDR 1970: 604.
  7. a, b, c et d G. Prévélakis, Géopolitique de la Grèce., p. 38-39.
  8. Thede Kahl History of the Vlachs, éd. Tritonic, Bucarest 2006
  9. * Eurominority.org
  10. L'aigle bicéphale rappelle à la fois l'Empire romain d'Orient et l'aigle albanaise.
  11. Bleu et blanc, les couleurs grecques et la croix se retrouvent dans le drapeau Aroumain, dans une configuration symbolisant la diversité issue d'une commune origine.
  12. La présence du Soleil de Vergina sur ce drapeau est l'objet de controverses au sein de la communauté aroumaine: pour la grande majorité des Aroumains de la Macédoine grecque, ce symbole rappelle simplement leur appartenance géographique, mais pour l'association nationaliste "Fara armãneascã", siégeant en Roumanie (où elle revendique pour les Aroumains le statut de « minorité nationale »), ce symbole doit signifier que les Aroumains seraient des descendants directs des Macédoniens antiques, latinisés. À cause de ces controverses, la majorité des Aroumains grecs incline à renoncer au Soleil de Vergina et à adopter tous le drapeau des Aroumains du Pinde. Voir : Courrier des Balkans sur [1]
  13. La louve romaine (et, dans certaines versions, l'inscription Via Egnatia) rappellent le passé latin des Aroumains.
  14. Au XIIIe siècle, l'écu de sinople et d'or fut conféré par le pape Innocent III à Ioan Asan II, roi des Bulgares et des Valaques lui-même d'origine valaque. Les deux pattes de loup croisées signifient : alliance de deux nations.
  15. Les deux aigles accolées représentent les deux peuples; les symboles sur l'écu, les armoiries des régions où ils vivent.
  16. [Utilizator:Ugo]
  17. [User:Thommy9]

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