Arnaud Fraiteur
Arnaud Fraiteur
Naissance 23 mai 1924
Ixelles (Bruxelles)
Décès 10 mai 1943 (à 19 ans)
Breendonk
Nationalité Belge
Pays de résidence Belgique
Famille Monique Fraiteur (sœur)

Arnaud Fraiteur est un résistant belge, né à Ixelles le 23 mai 1924 et mort au Fort de Breendonk le 10 mai 1943, pendu par l’occupant pour le meurtre du collaborateur Paul Colin.

Sommaire

Avant la guerre

Né le 23 mai 1924 dans une famille bourgeoise[1] Arnaud Fraiteur effectue ses études secondaires à l’Athénée communal d'Uccle.

Il s’inscrit ensuite comme étudiant à l’Université de Liège où il réussit avec succès l'examen d'entrée aux études d'ingénieur civil[2]. En mai 1940, l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nazie met fin à son cursus universitaire : l’Université de Liège suspend les cours, tout comme l’Université Libre de Bruxelles en 24 novembre 1941[3].

Pendant l'occupation

« À la fermeture de l'ULB, les 3 125 étudiants inscrits se dispersèrent, s'engageant tantôt dans la Résistance, cherchant tantôt à poursuivre leurs études ailleurs. »

— C. Laporte, Le Soir (30 novembre 1994)[3], p. 18

Après l'invasion, il suit des cours clandestins de candidature d’ingénieur civil[4] organisés par l'Université Libre de Bruxelles.

En 1941, il rejoint[2] l'Armée belge des Partisans[4], plus connue sous le nom de Partisans Armés[4],[Notes 1], en tant qu'agent de liaison[4] sous le pseudonyme de Max[4]. Il participe à plusieurs actions[4] menées par une unité bruxelloise spécialisée dans la lutte contre la collaboration intellectuelle[5] ; elle comprend un grand nombre de jeunes proches de l'Université libre de Bruxelles, organisés au sein du Groupe G[6].

Le bunker, la salle des tortures, du fort de Breendonk où furent interrogés Fraiteur, Raskin et Bertulot ; mais aussi de nombreux autres prisonniers et détenus

« L’affaire à l’époque fit grand bruit, à la fois dans la population, qui vit dans l’exécution de Paul Colin le juste châtiment d’un criminel, et dans les milieux de la collaboration qui perdait un chef de file. »

— Jacques Grippa, Chronique vécue d’une époque : 1930 – 1947, p. 217

En avril 1943[7], Fraiteur est chargé par Jacques Grippa[4] de l'assassinat du journaliste et critique d'art Paul Colin[8], collaborateur notoire dans le secteur de la presse, directeur de l'hebdomadaire Cassandre[9] et du quotidien Le Nouveau Journal, qu'il avait créé en 1940[10]

Le 13 avril, accompagné par deux autres résistants, André Bertulot et Maurice Raskin[4], il abat de plusieurs balles[11] Paul Colin ainsi que son garde du corps dans une librairie située 87 rue de la Montagne à Bruxelles[9], au-dessus de laquelle se trouvent les bureaux du Nouveau Journal et de Cassandre. Fraiteur parvient à s'enfuir[4] mais Bertulot et Raskin sont rapidement arrêtés[Notes 2].

« Il advint parfois que la Sipo ait intérêt à un procès politique. Ainsi en fut-il pour Arnaud Fraiteur, exécuteur de Paul Colin. »

— M. Bailly, Le Soir (20 janvier 1992) [12], p. 20

Quoique l'attentat ne concerne que des ressortissants belges, les autorités allemandes s'emparent immédiatement du dossier, montrant par là l'importance qu'elles accordent à la personne de Paul Colin. La Feldgendarmerie, la Geheime Feldpolizei et la Gestapo descendent sur les lieux de l'attentat. L'occupant garde à sa disposition André Bertulot et Maurice Raskin ; la police et la justice belges sont ainsi dessaisies du dossier.

Arnaud Fraiteur est rapidement identifié grâce à la plaque d'immatriculation du vélo qu'il a abandonné sur place[9] et la maison familiale est mise sous surveillance le soir même.

En fuite, il ne rentre pas chez lui et se cache à Uccle chez des amis de ses parents tandis que le Réseau Zéro, avec l'aide du réseau ALI-France (dirigé par Joseph Dubar), organise son évacuation vers l'Angleterre[13]. Le Réseau Zéro fait appel à un chauffeur du ministère des Colonies pour conduire Arnaud Fraiteur vers la France. Mais le chauffeur (nommé Hoogeveen), aidé du directeur qui remplace Paul Colin à la tête du "Nouveau Journal" (de son nom Herten), le dénonce aux autorités allemandes[7], ce qui permet à la Gestapo de l'arrêter (ainsi que son guide et Raymonde Marc du réseau ALI-France [13] dite Carmen[14] et adjointe directe de Drubar[15] le 29 avril 1943[15] à quelques kilomètres de Hal[4], sur la route qui le conduit vers la frontière française.

« Tenus à des résultats, ils peuvent trafiquer un dossier de toute pièce pour parvenir à temps au quota de victimes dont l'exécution vient, dans l'affolement, d'être ordonnée par les autorités militaires d'occupation. »

— M. Steinberg, J. Gotowitch, Otages de la terreur nazie [...], p60

Interrogés[10], torturés[11], Fraiteur, Raskin et Bertulot sont par la suite condamnés devant le Conseil de Guerre de l'Obberfeldkommandantur à Bruxelles après un simulacre de procès devant servir d'exemple à la population[7]. Ils sont exécutés par pendaison[7],[10],au Fort de Breendonk[Notes 3] le 10 mai 1943. Ils sont inhumés à Schaerbeek dans l'Enclos des Fusillés[Notes 4].

Le 3 octobre 1944, les coauteurs de la dénonciation d'Arnaud Fraiteur, Herten et Hoogeveen, sont condamnés à mort par le Conseil de Guerre du Brabant et fusillés dans le dos[16], sort réservé aux traitres, à la prison de Saint-Gilles le 13 novembre 1944 suivant.

Hommages dans la toponymie

L'enclos des fusillés à Bruxelles aujourd'hui

En 1947, la famille d’Arnaud Fraiteur autorise que l'on donne le nom du jeune résistant à la création centre spécialisé dans l’aide de l’enfance handicapée[Notes 5] : La fondation Arnaud Fraiteur – La Cité Joyeuse dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean, premier centre belge de ce type.

Par la suite, portent son nom à Ixelles, une avenue, un pont et un arrêt des transports en commun bruxellois, situé au croisement du Boulevard du Triomphe et de l’avenue Arnaud Fraiteur.

Une plaque est apposée au numéro 60 de la rue de la Concorde, la maison familiale de Fraiteur.

Liens internes

Références

  1. J. Gotovitch, Du rouge au tricolore : les communistes belges de 1939 à 1944 : un aspect de l'histoire de la Résistance en Belgique, p. 184
  2. a et b H. Thiry-Van Buggenhoudt, Biographie nationale, vol. 44, p. 496
  3. a et b C. Laporte, Il y a 50 ans, l’ULB rouvrait ses portes ; Une armée se vainc plus facilement qu’une idée, Le Soir, p. 18
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Publication unique, Cercle du Libre Examen, ULB Résistance, p. 21
  5. M. Fincoeur, Contribution à l’histoire de l’édition francophone belge sous l’occupation allemande (1940 – 1944)
  6. (Ouvrage collectif) Guide de l'étudiant, mémento, p. 17
  7. a, b, c et d P. Struye, G. Jacquemyns, José Gotovitch, La Belgique sous l'occupation allemande, 1940-1944, p. 232
  8. L. Ploegaerts, P. Puttemans, L'œuvre architecturale de Henry van de Velde, Ref. 94 p.187
  9. a, b et c C. Laporte, Jours de guerre sous le signe de l'héroïsme, de Bruxelles à Varsovie, en passant par Boortmerbeek Fraiteur, symbole de la révolte, Le Soir, p. 13
  10. a, b et c C. J. Zabus, Le secret: motif et moteur de la littérature, p. 162
  11. a et b M. Pascal, Colin le collabo oublié, Le Soir, p. 11
  12. M. Bailly, Punition du résistant et exclusion du juif, Le Soir, p. 20
  13. a et b E. Verhoeyen, Un réseau belge du Nord : Ali-France , pt. 4 juillet 1942 – décembre 1943
  14. D. Pommier, Raymonde Marc, elle a survécu à l'enfer des camps, Nord-Éclair
  15. a et b A. Saint-Léger (Université de Lille), Revue du Nord, volume 76, numéro 306 - 307, p. 557
  16. C. Bronne, Le temps des vendanges, p. 36

Notes

  1. Quelques renseignements sont aussi disponibles sur le Front de l'indépendance, Front de l'Indépendance
  2. Selon certaines sources, le premier le sera immédiatement, le second le lendemain, voir voir ULB Résistance, p21 ; selon d'autres, ils sont arrêtés immédiatement sur les leiux de l'attentat, voir Jours de guerre sous le signe de l'héroïsme, de Bruxelles à Varsovie, en passant par Boortmerbeek Fraiteur, symbole de la révolte, Le Soir
  3. Il est possible qu'ils aient étés les premiers exécutés sur la potence, voir D Day Overlord, Forum ; voir US Army 39-45, Forum
  4. le nom de l'endroit où Fraiteur est inhumé peut porter à confusion avec sa mort comme l'écrit C. Laporte dans Le Soir du 30 juillet 1994, p. 18, Fraiteur est fusillé
  5. voir le site internet, Centre Arnaud Fraiteur

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