Piers Gaveston

Piers Gaveston

Pierre Gaveston

Piers Gaveston, ou Pieres de Gabaston, ou encore Gavaston, (1282 ? – 19 juin 1312) était un chevalier gascon de la cour d'Angleterre, favori du roi Édouard II d'Angleterre. " Je ne me rappelle pas avoir entendu dire qu'un homme en aimât autant un autre. Jonathan chérit David ; Achille aima Patrocle. Mais nous ne lisons pas qu'ils furent immodérés. Notre roi, lui, fut incapable de faveur modérée, et pour Piers, s'oubliait lui-même ; et ainsi disait-on de Piers qu'il était sorcier ". Vita Edwardi Secundi

Sommaire

Les Origines de Piers Gaveston

Piers "Gaveston" (dans les documents anglais du XIVème siècle, il est le plus souvent nommé " Pieres de Gavaston ") naquit en Gascogne, d'Arnaud de Gabaston et de Claramonde de Marsan, au sein d'une famille de hobereaux issue du petit village de Gabaston, dans le Béarn. La Gascogne était alors possession des rois d’Angleterre, ducs d'Aquitaine (appelé duché de Guyenne depuis le traité de Paris) par héritage de la reine Aliénor, épouse du roi Henri II Plantagenêt. Ils étaient par conséquent vassaux du roi de France. Gaveston était-il alors Français ? Anglais ? Cette question n'a aucun sens : dans la pyramide médiévale, Piers Gaveston était avant tout Gascon.

Sa date de naissance nous est inconnue. Cependant, le roi Édouard Ier d'Angleterre l'ayant investi de la tutelle des domaines de Roger Mortimer en juillet 1304 (le jeune Roger avait alors 17 ans), après le décès du père de Roger, Piers devait au moins avoir 21 ans à cette date ; aussi dut-il naître au plus tard à l'été 1283, au plus tôt en 1281, étant qualifié de "contemporain" d'Édouard de Cærnarvon, né en avril 1284.

Le grand-père paternel de Gaveston avait nom Garsie. Son père Arnaud, mentionné pour la première fois en 1269, était un baron en vue du Béarn. Arnaud épousa un peu avant juin 1272 Claramonde (ou Claramunde), dont le père Arnaud Guillaume de Marsan et le frère Fortaner de Lescun étaient d'importants propriétaires gascons. La sœur de Claramonde, Miramonde, ayant épousé un Pierre Caillau, de Bordeaux, il est possible que Piers Gaveston tirât son prénom de cet oncle, puisque aucun Pierre n'apparaît dans les prénoms en usage à l'intérieur de la famille de Gabaston.

Arnaud et Claramonde eurent plusieurs enfants, parmi lesquels Gérard et Raimond-Arnaud, dont on ne sait rien, et au moins deux filles, qui se marièrent respectivement en 1286 et 1291 : à l'évidence, elles étaient plus âgées que Piers. Selon la Vita Edwardi Secundi, la sœur de Piers, Amie, était aux côtés de son frère lors du siège de Scarborough en 1312. La fille illégitime de Gaveston portait d'ailleurs le nom de sa tante.

Claramonde mourut en 1287, quand Piers ne devait pas avoir plus de six ans – ce deuil put jouer dans le rapprochement du jeune homme et d'Édouard, le futur prince de Galles, qui avait également perdu sa mère au même âge. La rumeur courut en Angleterre que Claramonde avait été brûlée pour sorcellerie (ce qui est faux ; mais on prétendait également le père de Gaveston boucher de son état). Cependant, nombre de contemporains anglais le croyait ; et cette rumeur est certainement à l'origine du commentaire du Vita au sujet du "sorcier" Gaveston.


Gaveston à la Cour d'Édouard Ier

Arnaud de Gabaston, très impliqué dans la politique gasconne, s'était plusieurs fois retrouvé enjeu et otage du roi Philippe-le-Bel dans son bras de fer avec son vassal anglais. C'est pourquoi Gabaston fit route pour l'Angleterre en 1297. Cette même année, Piers apparaît dans les registres anglais, accompagnant l'armée d'Édouard 1er dans la Comté de Flandre. Il avait probablement une quinzaine d'années, et reçut des gages de 12 pence journaliers, une somme standard pour un homme d'arme. Il combattit également en Écosse à la fin des années 90, quand il fut devenu membre de la suite du roi. Piers y fit si bonne impression par ses manières que le roi Édouard le cita (ironie de l'histoire) comme exemple pour son propre fils, le prince héritier Édouard de Cærnarvon. Vers 1300, Piers rejoignit la Maison du jeune prince.

Piers était l'un des dix pueri in custodia, gardiens royaux, compagnons d'Édouard ; étant le seul à apparaître sans maître à ses côtés, il semble que Piers fût le plus âgé. En août 1303, Piers est qualifié, à l'intérieur de la Maison du prince de Galles, de " socius " (compagnon), et non de " scutifer " (écuyer) – apparemment avait-il déjà trouvé la faveur de son prince. Le prince Édouard de Cærnarvon (devenu prince de Galles en 1301) n'avait pas tardé à montrer la plus grande amitié pour Piers Gaveston, réputé pour son esprit tout à la fois vif, mordant, et joyeux, mais aussi pour ses insolences : Édouard couvrit son compagnon d'honneurs et de présents, allant jusqu'à déclarer publiquement qu'il aimait Gaveston comme un frère. Dans le même temps, Gaveston devenait un proche de Roger Mortimer de Wigmore, à l'occasion de la tutelle qu'il exerçait sur ses biens, sur ordre du roi – un honneur insigne, qui, au vu de l'importance des propriétés de la Famille Mortimer, eût dû échoir à un seigneur de haute naissance, et qui en dit long sur la considération dont Gaveston jouissait à la cour du roi Édouard Ier. Mais Gaveston, quelles que fussent ses qualités d'administrateur et de soldat, restait un noble de rang médiocre, dont le souverain n'attendait pas qu'il prétendît à une autre place. C'est pourquoi le roi commença à voir d'un mauvais œil la trop grande intimité qui se faisait jour entre son fils et le jeune gascon.

Le roi put enfin prendre la mesure de cette amitié pour la première fois l'été 1305 : le roi avait ordonné la réduction du train de la Maison du prince, réduction touchant deux proches amis du prince, Piers Gaveston et Gilbert de Clare (non pas le neveu d'Édouard de Cærnarvon par sa sœur Jeanne d'Acre, le futur comte de Gloucester, mais le cousin de ce dernier, le seigneur de Thomond). Une brouille de plusieurs mois avait éclaté entre le père et son fils. Le 4 août 1305, le prince de Galles avait écrit à sa sœur Élisabeth pour lui demander de persuader leur jeune belle-mère, Marguerite de France, d'intercéder auprès du roi (il écrivit également directement à la reine). Édouard se plaignait dans sa lettre de la douleur d'être privé de ses amis.

“ Si nous eussoms ceux deux, ove les autres que nous avoms, nous serrioms molt alleggez del anguisse que nous avoms endure, e suffroms uncor de iour en autre ". (" Si nous avions ces deux-là (Piers et Gilbert), en plus des autres que nous avons, nous serions très soulagé de l'angoisse que nous avons endurée, et que nous souffrons encore de jour en jour ")

Il fallut attendre plusieurs mois avant que le roi laissât retomber sa colère contre son fils, et accédât à son désir. Mais la dispute avait alarmé Édouard Ier qui, désormais, se méfiait de la violence des affections du prince.

Les pensées du roi se révélèrent lorsque Gaveston, en compagnie de vingt-deux autres chevaliers, dont Roger Mortimer, déserta l'armée anglaise durant la campagne du printemps 1306 en Écosse, pour se rendre à un tournoi organisé en France. Furieux, le roi exerça son droit de commise sur les biens des déserteurs, émit des ordres afin de faire procéder à leur arrestation. Gaveston et ses compagnons supplièrent le prince de Galles d'intervenir auprès du roi son père en leur faveur. De nouveau secondé par la reine Marguerite, le prince plaida la cause des jeunes chevaliers : la plupart d'entre eux, parmi lesquels Mortimer, fut pardonnés et recouvrit ses possessions. Mieux : en mai 1306, le prince de Galles, Piers Gaveston et 265 autres furent adoubés à Westminster. Le roi semblait bel et bien avoir pardonné…

Édouard Ier apprit bientôt que le prince héritier et son ami avaient prononcé un serment de frère d'arme, les engageant à toujours combattre ensemble, à se protéger mutuellement et à partager toutes leurs possessions (le serment médiéval était l'un des engagements les plus contraignants qui fussent, dont on n'a guère idée aujourd'hui). Pour un roi, c'était inconcevable : non seulement il était monstrueux qu'un futur souverain fût lié par serment à un quelconque hobereau, dans l'incapacité d'être protégé de façon adéquate contre toute forme de complots ; mais le serment engageait aussi le jeune Édouard à partager le gouvernement du royaume avec Gaveston : c'était tout simplement inadmissible. La majesté royale était entamée. Le mécontentement du roi face à l'amitié de Gaveston et de son fils ne fit que croître. Le prince de Galles allait alors commettre une erreur qui devait précipiter la réaction royale…

Déterminé à maintenir son serment, le prince de Galles résolut d'élever Gaveston au titre de comte, en lui confiant la comté de Ponthieu, possession personnelle du prince, pour laquelle il était vassal du roi de France. Il envoya au roi son père son très réticent trésorier Guillaume Langton, qui vint annoncer la nouvelle à Édouard Ier, genoux à terre, en ces termes : " Mon seigneur roi, je suis envoyé ici par mon seigneur prince, votre fils – bien que, sur ma foi, à contrecœur – afin de chercher en son nom votre autorisation pour promouvoir le chevalier Piers Gaveston au rang de comte de Ponthieu. " Comme on s'en doute, le roi laissa éclater son mécontentement. Selon les dires, il se mit à hurler sur Langton : "Qui es-tu qui oses demander une telle chose ? Sur ma foi, si ce n'était la crainte du Seigneur, et parce que tu as avoué que tu ne t'étais chargé de cette mission qu'à contrecœur, tu n'aurais pas échappé à mes mains ! ".

Le roi convoqua le prince et lui ordonna d'expliquer par lui-même pourquoi il lui avait envoyé Langton. Le prince répondit qu'il demandait la permission royale de gratifier Piers Gaveston du comté de Ponthieu. Selon l'historien Ian Mortimer, en entendant ces mots, le roi fut submergé par la rage : "'Misérable fils de pute ! Tu veux distribuer des terres maintenant, toi qui n'en as jamais conquis aucune ! Sur ma foi, sans la crainte de ruiner le royaume, jamais je ne te laisserais jouir de ton héritage ! ". Tout en parlant, le roi saisit son fils par les cheveux, dont il arracha des poignées entières, et le jeta au sol, où il le battit tant et plus, jusqu'à épuisement."

Le roi convoqua alors les seigneurs en Parlement à Carlisle et, le 26 février 1307, exilait Gaveston du royaume, à dater du 30 avril . Cela parut davantage à tout le monde comme une punition infligée au prince et à sa démesure plutôt qu'à Gaveston lui-même : la preuve que la conduite de Gaveston avait été irréprochable en cette affaire fut que, même banni, le roi Édouard lui accorda une confortable pension annuelle de 100 marc (66 £, somme rondelette) pour pourvoir à ses besoins dès qu'il serait hors du royaume et ce, jusqu'à ce qu'on le rappelle. Le roi obligea également le prince et son ami à faire serment de ne jamais tenter de se revoir sans sa permission.

Le roi Édouard s'inquiétait-il de la proximité du chevalier et du prince ? Si tel était le cas, c'était davantage pour son influence et ses effets que pour des raisons d'ordre affectif : le Moyen Âge ne condamne en rien les démonstrations d'affection, parfois proches de l'amour, entre deux hommes ou deux femmes. Ne sont stigmatisées que les pratiques sexuelles interdites par l'Église, et qui peuvent concerner aussi bien un homme et une femme, que deux hommes, ou deux femmes. Le roi Édouard semble avoir davantage craint l'intempérance de son fils que l'objet de ses affections.

Le prince Édouard accompagna Piers à Douvres, et le couvrit de présents et d'argent avant son départ : une importante somme de 260 £ (quasi quatre fois le revenu annuel promis par le roi), cinq chevaux, pas moins de seize tapisseries, et deux tuniques molletonnées. Plus tard, Édouard devait encore lui envoyer deux équipements de joute équestre, dont l'un de velours vert enrichi de perles, d'or et passepoilé d'argent…


Premier Rappel

Édouard 1er mourut le 7 juillet 1307, près de Carlisle. Le nouveau roi, qui se trouvait à Londres, ou proche de la ville, apprit la nouvelle le 11. Dix jours plus tard, Gaveston était de retour en Angleterre. Cette même année, Édouard le faisait Comte de Cornouailles (qui devait initialement échoir à Thomas de Brotherton, le second fils d'Édouard Ier), l'unissait à sa nièce Marguerite de Clare (fille de Gilbert de Clare, comte de Gloucester, et de son épouse Jeanne d'Acre, sœur d'Édouard II), et le gratifiait d'un des plus hauts revenus d'Angleterre – environ 4000 £ annuelles. On peut imaginer la réaction logique de la haute noblesse du pays, blessée dans l'orgueil de ses fonctions et de son identité…

Le mariage de Piers Gaveston, désormais comte de Cornouailles, et de Marguerite de Clare, se déroula à Berkhampstead, le manoir de la reine Marguerite, peu après l'enterrement du vieux roi. Il prêta l'occasion à de multiples fêtes et chasses, qui se poursuivirent à Kings Langley dans le Hertfordshire, et à un tournoi donné en l'honneur de Gaveston au château de Wallingford – dont le roi fit présent à son favori – mais aussi à des désagréments pour plus d'un vieux seigneur présent : les jeunes et talentueux chevaliers de Gaveston gagnaient aisément contre les chevaliers plus âgés, combattant au service des comtes de Surrey, de Hereford (Humphrey VII de Bohun) et d'Arundel (Richard FitzAlan). Cette humiliation provoqua une forte inimitié entre les deux partis en présence.

Piers et Édouard, maintenant âgé de 23 ans, passèrent ensemble le premier noël du règne ensemble dans le Kent, à Wye, manoir de l'abbaye de Battle. Au commencement de 1308, Édouard II quitta l'Angleterre pour la France, à Boulogne-sur-Mer, où il devait épouser la fille du roi Philippe-le-Bel, Isabelle de France, tout juste âgée de 12 ans. Il nomma Gaveston Régent du royaume, au grand dam de la noblesse, qui s'attendait à ce qu'Édouard désignât soit un prince de sang royal, soit un haut seigneur d'expérience, pour pourvoir à ce poste durant son absence. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il ne semble pas que Piers ait fait quoi que ce soit qui ait prêté à controverse durant l'exercice de ses fonctions – exception faite de la génuflexion qu'il imposait aux comtes demeurés en Angleterre. Son biographe Hamilton en déduit que, sans la présence de la majesté royale à ses côtés, Piers ne se sentait pas si à l'aise.

En nommant son favori, Édouard avait témoigné de sa confiance en ce dernier, mais le procédé avait encore accru l'impopularité de son ami.

Gaveston ne tarda pas non plus à s'attirer le ressentiment de la nouvelle reine. Lui et le roi eurent peut-être aussi une relation d'ordre sexuelle ; mais c'est surtout l'attention et le temps qu'accordait le roi à son favori, ainsi que sa préférence marquée pour le comte de Cornouailles, que l'on regarde comme causes premières de la discorde qui se fit rapidement jour à l'intérieur du couple royal.

Il faut ajouter à cela le comportement, choquant pour ses contemporains, que Gaveston adopta lors du couronnement des souverains en l'Abbaye de Westminster, le 25 février 1308. Tous les comtes d'Angleterre avaient revêtu pour l'occasion le vêtement de toile d'or, comme ils en avaient le droit en présence du roi ; seul Piers apparut vêtu de la pourpre royale, enrichie de perles. Au grand déplaisir de l'assistance, et de la reine, Piers prit la place la plus importante dans la procession en route vers l'abbaye, juste en face d'Édouard et d'Isabelle eux-mêmes. Il porta la couronne de Saint-André, et attacha l'un des éperons du roi – deux actes hautement symboliques et significatifs de la place occupée par Gaveston auprès d'Édouard.

Lors du banquet qui suivit, Édouard II offensa chacun en ignorant son épouse et sa famille, mais aussi en attirant toute l'attention sur son favori, à qui il avait confié l'organisation du banquet – qui se révéla un échec complet : la nourriture ne fut servie qu'à la nuit tombée, mal cuite, mal présentée. De plus, Édouard avait commandé pour l'occasion des tapisseries de cinq livres, à ses armes et à celles de Piers – mais pas à celles d'Isabelle. Si le but d'Édouard était d'insulter sa femme en particulier, et les Français en général, il y parvint parfaitement, et publiquement. Enfin, on découvrit que le roi avait fait don à Gaveston des bijoux et joyaux qu'il avait reçus à l'occasion de son mariage avec la princesse française.


Second Exil : l'Irlande. Le Retour

Le trouble provoqué par Gaveston lors du mariage royal eut pour conséquence directe le bannissement du favori : l'offense était trop grande ; les hauts seigneurs ne supportaient plus le comte de Cornouailles : Édouard dut accepter d'ordonner le départ de son ami pour l'Irlande, à l'été 1308. Mais Édouard se mit en tête de faire de lui son Lieutenant, au grand dam des ennemis de Gaveston, qui avaient réellement espéré le voir quitter l'Angleterre disgracié. Gaveston put de nouveau jouir là-bas de considération, pouvoir et dignité et, à l'été 1309, il avait acquis une solide réputation de bon administrateur militaire, après avoir fortifié Dublin et assuré l'ordre anglais sur l'île. Il se peut que ce fut en Irlande que Gaveston entrât en conflit avec son ancien ami, le sire Roger Mortimer de Wigmore, 1er comte de la Marche, qui se trouvait en Irlande à la même période.

Après de nombreuses tractations, Édouard parvint à faire revenir le favori en Angleterre, et Gaveston quitta l'Irlande le 23 juillet 1309. Il fit route vers Stamford via Tintagel, qu'il atteignit à la fin du même mois.

Malheureusement, Piers n'avait dans l'intervalle appris ni le tact, ni l'importance de se concilier les puissants comtes d'Angleterre. Le nombre de ses ennemis n'avait cessé de gonfler : ainsi, même le modéré Aymar de Valence, 2ème comte de Pembroke, que Gaveston offensa gravement en le désignant sous le nom de "Joseph le juif " : car c'est de cette époque (1309-1310) que datent les surnoms insultants dont Piers affubla les grands de la cour : Guy de Beauchamp, comte de Warwick, était " le chien fou des Ardennes " ; le comte de Lancastre " le péquenot " ; Henry de Lacy, Comte de Lincoln, " Monsieur Panse-Crevée " (" Monsieur Boele-Crevée ") ; et le propre beau-frère de Piers, le comte de Gloucester, " le coucou " ou, plus cruellement, " le fils de pute " (" filz a puteyne ").

La coupe était pleine pour un prince d'aussi haut rang que Thomas Plantagenêt, 2ème comte de Lancastre, cousin germain du roi, et plus puissant seigneur du pays après le souverain. Une dernière maladresse de Gaveston fit de lui son pire ennemi : Gaveston persuada le roi de démettre de ses fonctions un domestique appartenant à la maison Lancastre. Mené par le cousin du roi, un puissant groupe de comtes exigea que le comte de Cornouailles fût à nouveau banni. Édouard résista ; mais après l'échec de la campagne militaire de 1310-1311 en Écosse, Édouard fut contraint d'exiler Gaveston, sous la pression croissante des comtes anglais mécontents : c'était désormais le risque d'un conflit armé qui se profilait.


Troisième Exil et Fin

Piers Gaveston se retrouva donc contraint à l'exil une troisième fois, en novembre 1311. Mais cette fois, son épouse Marguerite était enceinte de six mois, et nous ne savons même pas de façon certaine si Gaveston quitta effectivement l'Angleterre. Les barons envoyèrent des hommes le chercher en Cornouailles, sans succès. Son retour à la cour n'est pas plus précis, et les Chroniques restent confuses. Mais le fait est que Gaveston était avec Marguerite et le roi Édouard à York, au début de l'année 1312. Peut-être voulait-il être présent, en dépit des dangers, pour la naissance de son enfant. Marguerite donna naissance à une fille, Jeanne, en janvier. Après le baptême de l'enfant, Édouard donna une coûteuse réception : la reine Isabelle rejoignit son époux, et Édouard de Windsor, futur Édouard III, fut conçu à cette occasion.

Ayant constaté que Gaveston était revenu, sinon de son propre chef, du moins soutenu par le roi et contre l'avis des pairs du royaume, le comte Thomas de Lancastre leva bientôt une armée contre Gaveston et son cousin le roi.

Le 4 mai, il attaqua Newcastle, où Édouard et son favori s'étaient retranchés. Les deux hommes durent s'enfuir vers le château de Scarborough, abandonnant dans la précipitation de leur départ argent et soldats, dont le comte de Lancastre s'empara. Édouard poursuivit alors vers le sud, afin de lever une armée, laissant Gaveston à Scarborough. Lancastre mit aussitôt son armée en marche pour menacer Gaveston et le couper du roi. Craignant pour sa vie, Gaveston dut se rendre à son vieil ennemi, le chevaleresque comte de Pembroke, qui jura sur ses terres et titres de le protéger. Mais Gaveston fut capturé dans l'Oxfordshire par le comte de Warwick, Guy de Beauchamp, qui le conduisit en son château où il le retient neuf jours avant que Thomas de Lancastre ne fît son apparition ; Lancastre se prononça alors : " Tant qu'il vivra, il n'existera aucun endroit sûr dans le royaume d'Angleterre ". Et c'est ainsi que, le 19 juin, Piers Gaveston fut mené à Blacklow Hill (possession du comte de Lancastre), où il fut exécuté, percé par l'épée puis décapité, son corps abandonné au sol sur ordre des comtes de Lancastre, de Hereford et d'Arundel (le comte de Warwick, qui l'avait pourtant enlevé, n'eut pas le courage d'assister à l'exécution). Les comtes lui avaient cependant fait l'honneur de mourir décapité comme un noble, étant le beau-frère du comte de Gloucester. Plus tard, son cadavre fut conduit auprès des Dominicains d'Oxford, qui en recousirent la tête avant de l'embaumer. Quant à Marguerite de Clare et sa fille Jeanne, elles survécurent à Gaveston (Marguerite était princesse royale et ne risquait donc rien).

Piers et Édouard avaient été obligés d'abandonner les biens de Piers, dans leur fuite de Newcastle. Ces biens furent inventoriés avant d'être retournés – à contrecœur – à Édouard : des pages et des pages de joyaux, boucles de ceinture, fermaux ; plus de soixante chevaux, pots, tapisseries, manteaux, tentures, chasubles, coupes, bassins, chariots…

Quelques exemples, parmi des centaines :

" une boucle de ceinture en or, avec deux émeraudes, deux rubis, deux saphirs et onze perles "

" une œuvre d'orfèvrerie en or avec neuf émeraudes et neuf grenats "

" une autre ceinture en peau de lion, enrichi d'or et d'un camée, d'une valeur de 166£ "

" cent boucliers d'argent, frappés d'une aigle "

Un rubis, estimé à la prodigieuse somme de 1000£ de l'époque, fut trouvé sur le cadavre de Gaveston…


Le comte de Pembroke, qui avait engagé son honneur pour protéger le favori, fut mortifié par l'annonce de sa mort, étant allé jusqu'à essayer de lever une armée pour le libérer et de faire intervenir l'autorité morale de l'Université d'Oxford (mais l'Université n'avait pas le moindre intérêt à aider ni Valence, ni Gaveston).

La douleur d'Édouard fut immense – plus tard, elle laissa place à une froide colère, et à une volonté inflexible de détruire ceux qui l'avaient privé de son favori. Le roi resta plusieurs jours auprès du cadavre de Gaveston, qu'on lui avait remis. Il fallut finalement lui arracher le cadavre de force.

Dix ans plus tard, Édouard II vengea Gaveston en faisant exécuter son cousin, Thomas Plantagenêt, comte de Lancastre.


Post Mortem

Édouard n'oublia jamais son ami. Il fit tout ce qui était en son pouvoir pour lever l'excommunication sur Piers, qui empêchait toutes funérailles en terre consacrée (mais même après cette levée, Édouard eut le plus grand mal à se séparer du corps heureusement embaumé). Trois ans après la mort de Gaveston, au début de janvier 1315, le roi put enfin faire enterrer son ami au prieuré de Langley, qu'Édouard avait fondé en 1308. Les funérailles furent très coûteuses, et l'occasion pour Édouard d'une intense émotion. Il paya 300 £ pour trois vêtements d'or, afin d'en habiller le corps de Piers, et passa commande de 23 barils de vin (environ 22 000 litres, ou 5 800 gallons). Plus tard, Édouard dota Langley de 500 marcs annuels. Édouard était très inquiet du repos éternel de son ami : entre octobre 1315 et octobre 1316, il commanda à chaque établissement augustinien d'Angleterre et d'Irlande de célébrer une messe quotidienne pour le repos de l'âme de Piers Gaveston ; en 1319, il acquit une étoffe turque qu'il fit placer sur la tombe de Piers, avant de la faire remplacer par un tissu de fil d'or ; en 1324, il envoya son propre confesseur à Langley pour marquer l'anniversaire de la mort de Piers ; et en 1325, il missionna un homme pour qu'il remît à chaque frère 100 shillings, afin qu'ils se souvinssent de Piers dans leurs prières. En 1326 enfin, dernière année de son règne, il paya encore plusieurs clercs de plusieurs maisons religieuses afin qu'ils priassent pour l'âme de son ami.

Piers Gaveston – qui n'avait qu'une trentaine d'années à l'époque de sa mort – ne semble pas avoir été un homme vicieux ou cruel ; mais beau, athlétique, brillant, insolant, arrogant, confiant en lui, trop. Il donna à Édouard l'assurance qui faisait défaut au prince. Les siècles suivants, Piers fut élevé en modèle à l'adresse des favoris royaux, ce qui ne fit qu'obscurcir la réalité de sa personnalité, au profit du symbole. Mais Gaveston paraît avoir été très aussi éloigné de l'image stéréotypée du mignon de cour efféminé et parfumé qu'il est possible de l'être : il fut un chef militaire victorieux en Irlande ; un jouteur de première qualité, qui pouvait mettre à terre n'importe quel adversaire ; et soldat dès 1297, alors qu'il n'avait que quinze ans.


Ce qui choqua les contemporains, ce fut l'ascension fulgurante d'un homme qui, de petite noblesse, n'avait jamais fait ses preuves, et dont la faveur, incontrôlée, avait ébranlé les bases de la société de cour. Édouard eût-il patiemment, année après année, bâti la fortune de son ami ; Piers eût-il fait profil bas, réglé sa conduite selon l'humilité, la gratitude ; eût-il évité de blesser les hauts seigneurs par son insolence ; l'histoire eût certainement été différente.

L'histoire d'Édouard II d'Angleterre et de son ami Piers Gaveston est exemplaire en ce qu'elle met en jeu ce qui est à la base même de la tragédie grecque : l'hubris, la démesure. La sexualité n'y a en fait joué qu'un rôle secondaire et, presque, rétrospectif ; un argument supplémentaire pour justifier a posteriori la chute d'un roi.


Bibliographie

De nombreux livrets ou libels sont publiés, en France aux XVIe et XVIIe siècle, reprenant la figure de Pierre de Gaveston (ou Gaverston).

  • Romain Weber, art. sur l' Histoire tragique et mémorable, de Pierre de Gaverston in Fictions narratives en prose de l'âge baroque, Honoré Champion, Paris, pp. 507-509, 2007.

Liens externes

  • King Edward II: a website examining the issues, events and personalities of Edward II's reign
  • Edward II: a blog related to the website
  • Edward II: an Edward II discussion forum

Sources

  • Vita Edwardi Secundi
  • Walter of Guisborough
  • Johnstone, Hilda. Edward of Caernavon, 1946
  • Mortimer, Ian. The Greatest Traitor, 2004
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