Pierre l'Ermite


Pierre l'Ermite
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Pierre l'Ermite priant au Saint Sépulcre.
Illustration tirée de Guillaume de Tyr : Histoire d'Outremer

Pierre l’Ermite1053 - + 1115) ou Pierre L’Hermite ou Pierre d’Amiens est un religieux français du XIe siècle, qui prêche la croisade après l’appel d’Urbain II au concile de Clermont et qui prend ensuite la tête d’une des principales croisades populaires de 1096. Il échappe au massacre des croisés de Civitot, rejoint la croisade des barons, la suit jusqu’à Jérusalem, mais disparaît au moment de la prise de la ville.

C'est un bienheureux catholique fêté le 8 juillet[1].

Sommaire

Biographie

Né en 1053, il est le fils de Renauld L'Hermite, de la Maison d'Auvergne, et d'Alide de Montaigu, de la Maison de Picardie. Il fut, avant de rentrer veuf dans les ordres, marié à Béatrix de Roussy, de la Maison de Normandie, avec laquelle il eut deux enfants : Pierre et Ailide[2].

Ils sont, selon une pieuse légende, à l'origine de la longue famille de L'Hermite, encore existante de nos jours, et dont feront notamment partie Louis Tristan L’Hermite, ministre de Louis XI, Jacques L'Hermite (1582-1624), navigateur qui a donné son nom aux Îles Hermite du Cap Horn et François Tristan L'Hermite (1601-1655), écrivain et membre de l'Académie Française.[réf. nécessaire]

Une jeunesse sujette à caution

Le surnom de Pierre d’Amiens attribué par quelques chroniqueurs[3] milite en faveur d’une origine autour de cette ville, à défaut de la ville elle-même. Au XIXe siècle, les historiens le considèrent comme issu d’une famille noble, comme un chevalier ayant longtemps guerroyé et qui se serait ensuite repenti et aurait décidé de vivre en ermite[4]. Mais les études critiques modernes ont montré qu’à part la citation très imprécise d’Albert d’Aix, cette affirmation n’est absolument étayée par rien. De toute manière aucun de ces anciens historiens n’a pu donner un nom à la famille dont serait issu Pierre l’Ermite[3]. De même, on lui attribue un pèlerinage à Jérusalem effectué en 1093, au cours duquel il aurait constaté les persécutions exercées à l’encontre des pèlerins et qu’il aurait rapporté au pape, l’incitant à lancer son appel aux croisades, mais René Grousset qualifie cet épisode de « légende à rayer définitivement de l’histoire[5] ».

La croisade populaire

Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II, qui a déjà reçu les envoyés de l’empereur byzantin Alexis Comnène au concile de Plaisance six mois auparavant, lance un appel solennel à la Chrétienté pour inciter ses barons à partir en expédition pour délivrer les Lieux Saints[5].

L’idée de la croisade prend tellement bien que des prédicateurs parcourent les campagnes pour haranguer les foules dont un grand nombre décide de partir, que l'historien Jacques Heers a appelé les « fous de Dieu ». Ceux-ci, associés à la diffusion de l'appel pontifical, drainaient de larges auditoires auxquels ils prêchaient la réforme des mœurs.

L’un des prédicateurs les plus connus est Pierre l’Ermite, qui commence sa prédication dans le Berry, puis l’Orléanais, la Champagne, la Lorraine et la Rhénanie, emmenant dans son sillage quinze mille pèlerins, encadrés par quelques chevaliers dont Gautier Sans-Avoir. Arrivé à Cologne le 12 avril 1096, il continue de prêcher auprès des populations allemandes, tandis que Gautier Sans-Avoir conduit les pèlerins en direction de Constantinople[6].

Les travaux historiques commencent à se développer sur les premières persécutions contre les Juifs lors des croisades « allemandes ». L'historien Jean Richard note :

« Une récente étude de l'historien Jean Flori a mis à nouveau l'accent sur l'originalité de la croisade, telle qu'elle fut prêchée par ces prédicateurs, en ce qu'elle ne suivait pas uniquement les lignes tracées par Urbain II dans son discours de Clermont, notamment en introduisant dans leurs prêches une note antijuive qui allait se traduire par les exactions dont les juifs de Rhénanie et de la vallée du Danube ont été les principales victimes[7]. »

Contrairement à d’autres prédicateurs comme Gottschalk, il ne semble pas que Pierre l’Ermite ait appelé à persécuter les Juifs, mais il use de des terreurs créées par les massacres commis dans d’autres régions pour obtenir des communautés juives des régions qu’il traverse le ravitaillement et le financement des croisés.

Ayant persuadé un certain nombre d’Allemands de partir, il quitte Cologne à la tête d’environ douze mille croisés le 19 avril 1096 et traverse le Saint-Empire et la Hongrie en suivant le Danube[6].

Une contestation, probablement à propos de l’achat de vivres, dans la ville de Semlin, près de la frontière entre la Hongrie et l’empire byzantin déclenche des bagarres, la ville est prise d’assaut et quatre mille Hongrois sont tués[8]. Les croisés n’échappent à la colère du roi Coloman de Hongrie qu’en se sauvant dans le territoire byzantin. Méfiants, les Byzantins cherchent à canaliser cette foule, n’y parviennent pas et évacuent Belgrade qui est aussitôt mise à sac. Ce pillage ainsi que celui des faubourgs de Nish montrent que Pierre l’Ermite ne maîtrise déjà plus sa troupe. Malgré ces heurts, l’empereur Alexis Comnène fait bon accueils aux croisés et leur conseille d’attendre la venue des barons à Constantinople, mais comme les Croisés pillent les faubourgs de la ville, il leur fait traverser le Bosphore et leur attribue le camp de Civitot[9].

Ne parvenant pas à discipliner les croisés qui choisissent d’autres chefs et commencent à faire des incursions en territoire turc, Pierre l’Ermite repart vers Constantinople pour demander conseil à l’empereur. Les croisés remportent quelques succès face aux paysans turcs et à des garnisons faibles et peu nombreuses, mais sont massacrés lorsque le sultan Kılıç Arslan Ier revient avec son armée. Des vingt-cinq mille croisés installés à Civitot, seuls trois mille réussissent à être évacués à Constantinople où ils retrouvent Pierre l’Ermite[10].

Les barons arrivent à Byzance au cours du printemps 1097 et après négociations, franchissent le Bosphore et mettent le siège devant Nicée. Pierre l’Ermite les y rejoints avec les rescapés de la croisade populaire. La ville se rend aux Byzantins le 26 juin 1097[11]. Puis la croisade continue son chemin à travers l’Anatolie, défait à nouveau les Seldjoukides à Dorylée (1er juillet 1097) et atteint Antioche le 21 octobre 1097.

Ce siège, l’un des plus durs de la croisade en raison de sa durée (près de huit mois) et des difficultés de ravitaillement est la cause d’un certain nombre de défections, comme celle du comte Etienne-Henri de Blois[12]. Pierre l’Ermite lui-même perd espoir et déserte, avec vicomte de Melun. Mais Tancrède de Hauteville, craignant une désaffection générale, ne l’entend pas ainsi, poursuit les deux fugitifs et les ramène de force aux abord d’Antioche où Bohémond de Tarenteleur inflige une virulente admonestation[13]. La ville d’Antioche est prise le 2 juin 1098, mais elle est assiégée le lendemain par une armée de secours commandée par Kerbogha, atabeg de Mossoul. Les croisés manquent de vivres, n’ayant pas eu le temps de reconstituer les réserves, mais la découverte de la Sainte Lance par un pèlerin provençal du nom de Pierre Barthélemy redonne espoir aux croisés. Ils sont tellement sûrs d’eux qu’ils envoient Pierre l’Ermite accompagné d’un certain Herlouin, qui parlait la langue arabe et servait d’interprète[14], en ambassade auprès de Kerbogha pour lui demander de lever le siège. Devant le refus de ce dernier, les croisés attaquent le camp de Kerbogha et défont son armée[15].

Après la victoire, les croisés restent de longs mois à Antioche et ne repartent en direction de Jérusalem que le 13 janvier 1099. Pierre l'Ermite les accompagne et sa dernière apparition se fait sur le mont des Oliviers le 8 juillet 1099 lorsqu'il harangue la foule des croisés avant la prise de Jérusalem. La ville est prise le 15 juillet 1099, cependant on ne trouve plus de trace du personnage qui selon toute vraisemblance trouve la mort dans la bataille.

Faits légendaires

Illustration issue du Roman du Chevalier du Cygne. Manuscrit enluminé sur parchemin. 3e tiers du XIIIe siècle. BnF, Arsenal (Ms 3139 fol. 176v)

Une légende fait cependant réapparaître le personnage à Huy en 1100, où il fonde le monastère de Neufmoustier et où il finit ses jours en 1115. Cette légende trouve son origine dans les écrits de Jacques de Vitry qui trouva commode, pour convaincre les gens originaires de l'évêché de Liège du bien-fondé d'une participation à la croisade contre les Albigeois, de manipuler un peu l'histoire et de faire naître quelques personnages héroïques issus du Pas-de-Calais en bord de Meuse[16],[17]. Et pourtant l'obituaire de l'abbaye de Neufmoustier à Huy[18] note en sa page du 8 juillet 1115 que ce jour voit "la mort de Dom Pierre, de pieuse mémoire, vénérable prêtre et ermite, qui mérita d'être désigné par le Seigneur pour annoncer, le premier, la sainte Croix" et le texte poursuit par "après la conquête de la terre Sainte, Pierre revint au pays natal" et aussi que "il fonda cette église ... et s'y choisit une sépulture convenable".

Une autre "légende" est donnée au XIVe siècle par le trouvère français Jehan-le-Bouteiller, qui chante la mémoire d’un dict Pierre l'Hermite deschendant d'un comte de Clairmont par un sieur d'Herrymont qui épousera une de Montagut. Les parents de Pierre l'Ermite seraient donc Renauld d'Hérimont et Aleïdis de Montaigu (Aleïdis est signalée à Huy dans l'obituaire de Neufmoustier, déjà cité, comme la mère de Dom Pierre, possédant une maison à Huy).

Annexes

Notes et références

  1. Nominis : Bienheureux Pierre l'Ermite
  2. Recherches sur Pierre l'Hermite et la croisade By Léon Paulet, Pierre
  3. a et b Hoefer 1862, p. 184.
  4. Selon une chronique (Albert d'Aix, Histoire des faits et gestes dans les régions d'outre-mer, depuis l'année 1095 jusqu'à l'année 1120 de Jésus-Christ (réimpr. 1824) [lire en ligne] , livre Ier, chapitre 2, page 186), il disait prêcher la croisade « pour le remède de son âme ».
  5. a et b Grousset 1934, p. 74 .
  6. a et b Grousset 1934, p. 77 .
  7. Richard 1996, p. 41.
  8. Il y avait déjà eu des troubles lors du passage de la troupe menée par Gautier Sans-Avoir.
  9. Grousset 1934, p. 77-9 .
  10. Grousset 1934, p. 80 .
  11. Grousset 1934, p. 99-101 .
  12. Il sera vertement tancé par son épouse pour cette raison et repartira vers 1100 combattre en Terre Sainte, où il sera tué en 1102.
  13. Anonyme (trad. Aude Matignon), La Geste des Francs, chronique anonyme de la première croisade, Arléa (réimpr. 1992) (ISBN 2-86959-136-5), p. 77  .
  14. Geste des Francs, page 120.
  15. Grousset 1934, p. 135-170 .
  16. Paul de Saint-Hilaire, Liège et Meuse mystérieux, vol. 2, Bruxelles, édition Rossel, 1982 .
  17. Les grands Mythes de L'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Evo-histoire, 1996 (ISBN 2-87003-301-X) .
  18. l'original de cet obituaire se trouve au Musée Curtius à Liège

Bibliographie

  • Jean Flori, Pierre l'Ermite et la première croisade, Fayard, 1999 (ISBN 2-213-60355-3) .
  • Jean Flori, La Première Croisade. L'occident chrétien contre l'Islam, Bruxelles, éd. Complexe, 1997 (ISBN 2-87027-436-X) .
  • Jean Richard, Histoire des croisades, Fayard, 1996 (ISBN 2-213-59787-1) .
  • René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - I. 1095-1130 L'anarchie musulmane, Paris, Perrin, 1934 (réimpr. 2006), 883 p. 
  • Nouvelle Biographie Générale, vol. 40, Paris, 1862, p. 184-6 .
  • Freddy Van Daele, Pierre d'Hérimont dit l'Ermite, Alfred Van Daele, Hosdent-sur-Mehaigne, 2008 .
  • Léon HALKIN, Les deux Inscriptions du Tombeau de Pierre l'Ermite à Huy, Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, Liège, 1946 .

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