Armure (équipement)
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L'armure est destinée à protéger l'homme et/ou l'animal qui le porte, mais aussi à s'identifier ou impressionner l'adversaire

Une armure est un équipement (arme) corporel défensif, utilisé durant les batailles pour protéger le corps dans sa plus grande partie des coups de l'ennemi. Deux aspects primordiaux et antithétiques quant à la défense du porteur de l'armure président à sa conception : sont à la fois recherchées une grande mobilité (ce qui pousserait à alléger l'armure) et une grande protection (ce qui pousserait à alourdir l'armure). Chaque modèle insiste sur l'un de ces deux aspects de la protection individuelle, ce qui n'exclut pas des tentatives de compromis.

Les armures ont évolué avec les techniques, notamment celles liées à la métallurgie. Elles sont ainsi devenues de plus en plus complexes au cours de l'histoire, pour recouvrir tout le corps de plaques de métal à la fin du Moyen Âge. Mais la généralisation des armes à feu les rendit obsolètes. En Europe, la Renaissance les réserva à la parade et aux tournois, à part le plastron des cuirassiers et le casque.

Le prolongement moderne des armures se trouve dans les gilets pare-balles et les équipements de la police anti-émeute, souvent en Kevlar®, et celui des démineurs.

Sommaire

Matériaux

Les matériaux utilisés sont :

  • Le tissu (lin en général mais aussi soie) sur plusieurs épaisseurs (typique de l'infanterie lourde antique - phalangite,etc..)
  • Le cuir souple ;
  • Le cuir rigide : cuir "bouilli" en fait juste plongé dans la cire d'abeille chaude afin de s'en gorger (l'air chassé du cuir par la chaleur donnant l'impression de bouillir), efficace contre les flèches ;
  • Le cuir clouté (invention du jeu de rôle à partir de mauvaises interprétations du XIXe et du début du XXe siècle) ;
  • Le bois : utilisé pour les boucliers ; le bambou (en Chine, au Japon.)
  • L'écaille : petites écailles de bois ou de métal, très efficace contre les coups de taille, mais vulnérable aux coups d'estocs ;
  • La cotte de mailles : assemblage de petits anneaux d'acier, en veste, en camail (sur la tête uniquement), en chemise, cotte ou haubert ;
  • La plaque ou plate : plaque de métal très solide, mais également très lourde, plus ou moins décorée ou polie. Cependant, elle restait plus facile à porter qu’une cotte de mailles, grâce à une très bonne distribution du poids.

Éléments

Harnois complet d'un chevalier monté.

Protections de la tête et du tronc :

Protections des membres supérieurs :

Protections des membres inférieurs :

  • jambière : protection totale des jambes, constituée des piéces suivantes ;
  • cuissot ou cuissard : protection des cuisses ;
  • genouillère : protection du genou ;
  • grève : protection du tibia ;
  • soleret : protection du pied.

Les chevaux pouvaient également avoir une armure. L’équivalent équin du harnois plain se nommait caparaçon (et non carapaçon, qui est une fausse étymologie). Le heaume du cheval se nommait chanfrein.

Historique des armures

Armures européennes

Armure de l'hoplite grec

Armure grecque de parade

Au Ve siècle av. J.‑C., par dessus sa tunique, l'hoplite Grec porte une cuirasse (θώραξ / thốrax) protégeant le torse, ainsi que des cnémides (κνημῖδες / knêmĩdes) pour protéger ses tibias. Son casque (κράνος / krános) souvent orné d'un cimier est équipé d'une protection nasale. Il porte un bouclier (ἀσπίς / aspís) rond en bois de grande taille avec en son centre un cercle de métal afin d'en renforcer la solidité (le bouclier est souvent peint). L'armure est en bronze.

Armure du légionnaire romain

Cuirasse romaine de combat
Cuirasse romaine de parade

La cuirasse du légionnaire romain est composée de lamelles de fer articulées se portant au-dessus d'une courte tunique, et d'un casque en forme de bombe sans protection nasale mais avec des rabats sur les côtés pour protéger le bas du visage sans obstruer les oreilles ainsi que d'un protège-nuque (le modèle changera souvent, copiant par exemple un bon matériel de l'ennemi).

Ce modèle d'armure est certes efficace mais inférieur dans la mobilité qu'il confère face aux cotes de mailles (reprises par les cavaliers). la protection du légionnaire se renforce d'un grand bouclier de bois, dont le centre peut recevoir un cercle de métal, à la manière du bouclier des hoplites Grecs, et d'une ceinture de cuir d'où pendent de fines lanières de cuir (où sont accrochées des pièces de métal) sur le devant du légionnaire, afin de protéger ses parties génitales et de terroriser l'ennemi (à cause du bruit provoqué par l'entrechoquement des petites pièces de métal alors que le légionnaire marche).

Armure normande

Au XIe siècle, l'armure normande est celle qui fut utilisée lors de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant et lors des premières croisades. Elle se compose d'une tunique matelassée, le gambison, sur laquelle on porte le haubert, une chemise de mailles, un casque de type « bol » avec protection nasale et un bouclier.

Le haubert comprend une capuche (camail) et descend en dessous des genoux. Il est fendu devant et derrière entre les cuisses pour permettre de marcher et de chevaucher. Un rabat permet de couvrir le bas du visage, ainsi, seuls les yeux restent exposés.

Les anneaux métalliques du haubert servent à empêcher les tranchants des armes de couper ; le gambison amortit les chocs et empêche les blessures par fracture et contusion.

Le bouclier est une évolution du bouclier viking (ancêtres des normands). Il a la forme d'une goutte d'eau ou d'une amande, ce qui permet de protéger les jambes. Il a deux jeux de lanières dans lesquelles on passe le bras, ce qui permet de le porter verticalement lors de la marche, ou à l'horizontal lorsque l'on chevauche, pour protéger le flanc du cheval. Il dispose aussi d'une poignée permettant de le tenir au poing, pour mieux s'abriter contre une pluie de flèches ; de l'autre côté de la poignée se trouve une protubérance métallique, le tout formant l'umbo. Le dessin sur ce bouclier est inspiré des dessins vikings et n'a pas encore la fonction de reconnaissance (l'héraldique n'est apparue que plus tard, lorsque le visage fut intégralement caché par le heaume ou la salade).

Armure du XVe siècle

Cotte de maille

Au cours du temps, l'armure a évolué, et les plaques métalliques, ou plates, ont fait leur apparition pour remplacer au fur et à mesure les mailles. En effet, celles-ci sont assez peu efficaces contre les flèches ou les attaques d'estoc à la dague ou à la rapière.

On pouvait avoir une armure mêlant mailles et plates : le chevalier portait une chemise (ou cotte) de maille, voire une cuirasse, mais les bras et les jambes étaient protégées par des plaques métalliques rivetées, et le casque s'ajustait par-dessus un gorgerin. On parle alors parfois (surtout dans le contexte des jeux de rôle) de demi-armure.

Armure du XVIe siècle : transformation de l’armure de combat en armure d'apparat

Harnois de parade
Armure équestre du XVIe siècle avec ses bardes
Colletin dit de Louis XIII représentatif de la décadence de l’art de l’armure au XVIIe siècle

La Renaissance privilégie les armures d'apparat à celles de combat devenues inutiles par le développement de puissants canons. L'art des armures illustre la culture raffinée de l'époque maniériste. Ces armures d'apparat plus légères (une quinzaine de kilos) sont occasionnellement utilisées pour des joutes (à cet effet, elles sont renforcées) puis pour des carrousels, mais le plus souvent pour des cérémonies fastueuses (entrées[1] des rois et des princes, victoires militaires) ou pour manifester de manière ostentatoire le prestige de son commanditaire. Elles sont parfois aussi offertes en tant que cadeau (exemple : armures aux jeunes princes et rois dès l'âge de 3 ans) ou collectionnées pour leur esthétique.

Le début du XVIe siècle est dominé par la maniérisme italien. La capitale de l'armurerie européenne est Milan, les ateliers milanais fabriquent depuis le XIVe siècle essentiellement des armures de combat réputées pour leur simplicité (aux formes lisses pour dévier les coups et en acier brillant poli « à blanc ») commandées par toutes les cours de l'ouest de l'Europe : ces armures ont une esthétique moins prononcée que les armures gothiques, caractérisées quant à elles par des lignes et arrêtes plus travaillées (armure « côtelée »). À partir des années 1530, les maîtres armuriers milanais réalisent sur mesure des armures d'apparat (ergonomiques, souples et très techniques, elles constituent une seconde peau[2]), les livrent aux orfèvres qui mettent au point un nouveau type d’ornementation qualifié par les contemporains de « Grande Maniera » : les armures de luxe ont des formes en relief (décors au repoussé puis gravures au ciselet réalisés par des orfèvres d'après les patrons de peintres) et sont en fer, enrichis par le travail de différents artisans, damasquineurs, doreurs, émailleurs. Ce travail collectif nécessite près d'une année de travail, les armures d'apparat peuvent atteindre plusieurs milliers de livres(à comparer avec les armures de guerre simples qui valent une centaine de livres, soit l'équivalent du salaire annuel d'un artisan). Cette nouvelle tendance consiste à transformer l'armure en une sorte de sculpture héroïque qui vise à retrouver l'estéthique[3] et le faste des harnois mythiques des héros de l’Antiquité classique.

Au milieu du XVIe siècle, se développe le maniérisme français autour de l’École de Fontainebleau qui réalise une synthèse des inventions des artistes italiens, français et flamands. L’iconographie et la stylistique homogène de cette école (la « manière française ») est caractérisée par des décors repoussés en très faible relief exécutés par des orfèvres[4], des dessins avec perspectives composés par des peintres comme Le Primatice, Jean Cousin l'Ancien, Rosso Fiorentino ou Luca Penni. Les armuriers de cette école sont connus grâce aux archives du Minutier central des notaires parisiens mais ils n'apposent pas leurs poinçons sur les armures qui ne peuvent être attribuées à tel ou tel artiste, contrairement aux armuriers italiens ou germaniques. Certaines de ces œuvres sont complétées par une armure équestre (dont l'intérieur est capitonné de cuir ou de textile pour le confort du cheval) comme le harnois d’Henri II de France[5] ou d’Éric XIV de Suède (considéré comme l'armure la plus somptueuses jamais réalisée)[6].

Les principaux dessins d'ornements de cette époque sont connus grâce au musée Staatliche Graphische Sammlung à Munich qui dispose du plus important fonds de dessins préparatoires des armures européeennes, fonds constitué au XVIIIe siècle par un électeur de Bavière (170 patrons à l'échelle ayant servi de modèles à la réalisation des différentes pièces d'armures réalisées par un ou plusieurs ateliers ornemanistes).

Au XVIIe siècle, l'art de l'armure décline mais reste encore influencé par l'École de Fontainebleau. Certains cavaliers tentent d'alourdir leurs armures (jusqu'à 35 kg) pour résister aux armes à feu mais finalement les abandonnent brusquement vers 1750, décidant de privilégier la vitesse au combat[7].

Armures japonaises

Armure japonaise

L'armure traditionnelle japonaise, gusoku ou yoroi pour les armures plus anciennes, est constituée de plaques de métal assemblées par des lanières. Les samouraïs privilégiaient la mobilité, le kabuto comporte donc plus de points de faiblesse que ses homologues européennes. Elle se compose :

  • d'un casque : kabuto ou jingasa ;
  • d'un mempo : gorgerin, éventuellement accompagné d'un masque protégeant le bas du visage ;
  • d'une cuirasse, dou : elle pouvait être articulée (formée de lamelle, karuta), on parlait alors de tatami, les points de faiblesse étant protégés par une cotte de mailles (so gusari), et recouverte de cuir (e gawa).
  • de protections d'épaules, kohire, attachées à la cuirasse, de conception similaire à la brigandine (kikko) ;
  • de protections de l'aine, sous la forme de lamelles de métal attachées à la cuirasse ;
  • de protection de bras en métal ;
  • de jambières en métal.

Le bogu est l'armure utilisée en kendo.

Armures arabes

Les armées arabes du Moyen Âge privilégiaient la rapidité, l'agilité et la discrétion (rois de l'embuscade, ils préféraient par exemple monter des juments, qui hennissent bien moins que les étalons, voire des hongres) à la force brute. Tout leur équipement était donc tourné vers la légèreté. Le bouclier est ainsi souvent rond et bombé, fait d'osier tressé renforcé par des fils de laine ou de soie avec en son centre un cercle de métal pour en renforcer la solidité. Sur les modèles d'apparat, bien plus décorés que ceux réservés à un usage strictement militaire, on retrouve souvent quatre vis sur le cercle de métal, permettant d'y accrocher des boules richement travaillées, souvent faites de pierres et métaux précieux. Cependant l'usage de la cotte de maille et des casques était chez les arabes tout aussi courant que chez les occidentaux durant tout le Moyen Âge.

Armures chinoises

Les troupes étaient principalement équipées d'un casque couvrant la tête, la nuque et les oreilles avec un tablier en cuir parfois renforcé par des plaques reliées de bois ou de bambou porté par dessus d'épaisses couches de tissus. Ce type d'armure ne protégeait donc que le torse et décourageait les fantassins à tourner le dos à leur ennemis. En revanche, les armures des officiers étaient plus complètes. Ils portaient des plastrons (protégeant aussi le dos) en cuir avec des plaques de bois parfois recouvertes d'un couche de cuivre ou de bronze par dessus une longue tunique de tissu épais. Ce même genre de plaque était aussi relié au plastron pour couvrir les cuisses et les épaules. Parfois ces armures étaient aussi complétés par des brassards. De plus les officiers portaient une cape en signe distinctif. Il arrivait aussi aux officiers de porter des armures d'écailles en cuir ou en fer.

L'utilisation du bouclier était plutôt rare en Chine car on privilégiait l'utilisation de la lance, de la hallebarde, de l'arc et de l'arbalète. Le bouclier souvent rond ne faisait que la taille de l'avant bras. On utilisait parfois de grand pavois de bois contre les pluies de flèche lors de batailles navales.

Sous la dynastie Qin les casques étaient ornés d'un plumeau.

Vers la dynastie Qing, les armures se raréfiaient. Les fantassins ne portaient plus que des uniformes en tissus. Seuls les officiers portaient des armures qui n'avaient plus qu'une fonction d’apparat.

Armure du XXIe siècle

De nombreuses armées du mondes préparent pour leurs troupes des combinaisons très résistantes et rigides comparable à une armure, comme en France, le projet FELIN ou encore de nombreux prototypes d'exosquelettes (parfois même motorisés) et d'armures dans d'autres États ayant une puissance militaire de rang mondial.

Armures fantastiques ou futuristes

Les armures vues dans les films ou dans un jeu de rôle grandeur nature d'aujourd'hui ne sont souvent pas des armures d'époque mais des armures imaginaires. Les armures ne sont souvent pas conçues pour la défense à armes réelles car elles sont plutôt légères pour permettre des combats avec des armes ne causant que peu ou pas de dégâts.

Dans certains films ou livres de science fiction, il s'agit d'exosquelettes recouvrant l'intégralité du corps, permettant de se protéger des explosions et des tirs. Le casque est équipé d'une HUD et le porteur voit son endurance, sa force, et sa vitesse augmentées. Par exemple, John-117 porte une armure de ce type dans le jeu vidéo Halo. Beaucoup d'autres personnages sont représentés portant un équipement similaire, on peut citer Iron Man, les Space Marines de Warhammer 40 000, de nombreux personnages de Star Wars, ou encore la célebre chasseuse de prime intergalactique Samus Aran.

Galerie

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Notes et références

  1. Cérémonies fastueuses lorsque ces personnages entraient pour la première fois dans une de leurs villes ou lorsqu'ils y revenaient pour des circonstance exceptionnelles.
  2. Les armures d’Henri II de France montrent ainsi qu'il était voûté.
  3. Ornementation typique : mufle de lion, rinceaux, animaux fabuleux, motifs floraux, masques, trophées, scènes mythologiques dont le thème de prédilection est Hercule et son attribut la peau de lion représenté dans les « armures aux lions » ...
  4. Orfèvres français : Étienne Delaune(1519-1583), Baptiste Pellerin (avant 1542-1575); Orfèvre anversois : Éliseus Libaerts
  5. Modélisation en 3D d’une armure équestre réalisée pour Henri II
  6. Exposition Sous l’égide de Mars. Armures des Princes d’Europe au musée de l’Armée, ECPAD, 2011
  7. Olivier Renaudeau et coll, Armures des princes d'Europe : Sous l'égide de Mars, Nicolas Chaudun, 30 mars 2011, 320 p. (ISBN 978-2-35039-106-9) 

Voir aussi

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