Armorique

48° 10′ 00″ N 1° 00′ 00″ W / 48.1667, -1

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L'Armorique, avec la Loire et la Seine en rouge.

Le nom d'Armorique, d'un mot gaulois latinisé en Aremorica ou en Armorica, est donné dans l'Antiquité classique à une large région côtière de la Gaule, allant de Pornic au sud de l'estuaire de la Loire à Dieppe dans le pays de Caux. Les auteurs de la fin de la République et du début de l'Empire romain la présentent comme peuplée de tribus celtes regroupées au sein d'une Confédération armoricaine. Après la conquête, Rome n'a cependant pas repris cette division dans son découpage provincial (Belgique, Lyonnaise, Aquitaine) de la Gaule. Mais au IV° siècle, face aux menaces venues de la mer, est créé un secteur militaire, le Tractus armoricanus comprenant les territoires littoraux de l'embouchure de la Garonne à celle de la Somme.

Les géographes grecs Posidonios et Strabon décrivent les Armoricains (Armoricani) comme ayant leur origine dans le groupe des Gaulois belges qui auraient été obligés d'émigrer à cause de l'invasion de Germains cisrhénans en Gaule belgique[1].

Sommaire

Attestations textuelles de l’Armorique et des Armoricains dans l’Antiquité

Dans le dictionnaire français-latin de référence « Gaffiot » (Hachette, 1934), l’entrée « Armoric- » renvoie à « Aremoric- » où l'on trouve :

  • Aremorica, -ae, féminin, l’Armorique (province occidentale de la Gaule), Pline 4, 105
  • Aremoricus, -a, -um, de l’Armorique, César, G., 5, 53
  • Aremoricanus, -a, -um (décadent).

Donc, selon Félix Gaffiot, la forme normale en latin pour Armorique est Aremorica, tandis qu’Armorica est une variante. En ce qui concerne les références littéraires disponibles, on trouve les énoncés suivants (dans l’ordre chronologique)

  • César, La Guerre des Gaules, V, 53 :

« In his ab Lucio Roscio, quem legioni tertiae decimae praefecerat, certior factus est magnas Gallorum copias earum civitatum, quae Armoricae appellantur, oppugnandi sui causa convenisse neque longius milia passuum octo ab hibernis suis afuisse, sed nuntio allato de victoria Caesaris discessisse, adeo ut fugae similis discessus videretur. »

« Il apprit notamment de Lucius Roscius, qu’il avait mis à la tête de la treizième légion, que des forces gauloises importantes, appartenant aux cités qu’on nomme Armoricaines, s’étaient réunies pour l’attaquer et étaient venues jusqu’à huit milles de son camp, mais qu’à l’annonce de la victoire de César elles s’étaient retirées avec tant de hâte que leur retraite ressemblait à une fuite. »

  • César, ibid°, VII, 75 (il s’agit des contingents demandés pour apporter de l’aide à Vercingérorix assiégé dans Alésia) :

« ...[XXX milia] universis civitatibus, quae Oceanum attingunt quaeque eorum consuetudine Armoricae appellantur, quo sunt in numero Curiosolites, Redones, Ambibarii, Caletes, Osismi[2], Lemovices, Venelli. »

« ...trente mille (hommes demandés) à l’ensemble des peuples qui bordent l’Océan et qui selon leur habitude se donnent le nom d’Armoricains : Coriosolites, Redons, Ambibarii, Calètes, Osismes, Lémovices, Unelles. »

  • Pline l’Ancien, IV, 105 :

« Gallia omnis Comata uno nomine appellata in tria populorum genera dividitur, amnibus maxime distincta : a Scalde ad Sequanam Belgica, ab eo ad Garunnam Celtica eademque Lugdunensis, inde ad Pyrenaei montis excursum Aquitanica, Aremorica antea dicta. universam oram. »

« L’ensemble de la Gaule, appelée du nom de Chevelue, est divisée en trois genres de peuples séparés principalement par des rivières : de l’Escaut à la Seine, la Belgique ; de ce fleuve à la Garonne, la Celtique ou Lyonnaise ; de là jusqu’à la montagne des Pyrénées, l’Aquitaine, auparavant dite Armorique. »

César emploie dans les deux cas l'adjectif armoricus à propos de certaines cités gauloises (civitates quae appellantur Armoricae) énumérées au moins en partie dans la seconde citation. Dans sa liste, deux noms font problèmes : les Ambibarii (?Ambiliati) et les Lemovices (?Lexovii), sinon il s'agit bien de cités situées le long du littoral de la Gaule (quae Oceanum attingunt) depuis le pays ambilatre (sous réserve) ou osisme à celui des Calètes. En ce qui concerne Pline, il utilise le nom Aremorica, mais il l'assimile à l'Aquitaine, non pas la province d'Aquitaine qui atteignait la Loire, mais l'Aquitaine de César, qui s'arrêtait à la Garonne. Il y donc une discordance des deux auteurs sur la situation géographique de l'Armorique. Malgré tout, le mot Aremorica était incontestablement utilisé par les Romains pour parler d'une partie de la Gaule.

Étymologie

Cette partie maritime de la Gaule avec son arrière-pays se nommait alors[3] en celtique continental ou gaulois Aremorica « le pays qui fait face à la mer », le pays des Aremorici « ceux qui habitent devant la mer, près de la mer » : Armorica est la latinisation de ce terme.

On peut distinguer les trois éléments celtiques suivants:

  • are issu de l’indo-européen p°ri- « devant, auprès » (cf. irlandais air, ar, sur / devant; gallois er, sur / à / pour; breton war ou ar, sur),
  • mori « mer » (irlandais muir, génitif mara; thème en « i » ; gallois et breton : mor, d'où le composé arvor « pays de la mer » cf. Côtes-d'Armor, avec mutation de /m/ à /v/ caractéristique des langues celtiques modernes)
  • suffixe -iko- (pluriel -ici « ceux qui ») comme dans Mediomatrici, Arecomici, Latobici, etc. et -ika qui sert à créer des substantifs que l'on retrouve dans des noms de pays Utica (pays d'Ouche), Pertica (Perche), etc.

« Aremorici : antemorini quia are ante, more mare, morici marini. »

— Glossaire d'Endlicher, bibliothécaire de la Bibliothèque Palatine, Vienne, Autriche, 1836

« Aremorici, antemarini quia are ante; cf. arm. mod. « arvor ». »

— Joseph Loth, Chrestomathie bretonne, armoricain, gallois, cornique, Paris, Émile Bouillon Libraire-éditeur, 1890

« Aremorici, (tardif : armorici) « antemarini », var. aremurici (Glossaire de Vienne) ; irl. « air », gall. bret. « ar- » « sur ». »

— Georges Dottin, La Langue gauloise, grammaire, texte et glossaire, Paris, C.Klincksieck, 1920

« En gaulois "Aremorica", anciennement " Paremorica ", " le (pays) devant la mer ", nom de la péninsule qui deviendra la Bretagne. Étaient dits aussi Armoricains à l'époque de César, les peuples riverains de la Manche. »

— Paul-Marie Duval, Les Celtes, Gallimard, Paris, 1977

Premières populations celtiques

À l'époque gauloise, l'Armorique était une vaste confédération de peuples gaulois s'étendant sur les cinq départements de la Bretagne historique (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Finistère et Côtes-d'Armor), la partie nord-ouest de la région Pays de la Loire (Anjou, Sarthe, Mayenne), la quasi-totalité des départements modernes de l'actuelle Normandie (Manche, Calvados, Eure, peut-être une partie de la Seine-Maritime) et leurs territoires limitrophes.

Les frontières de cette « confédération armoricaine » ne sont pas définies si précisément. D'autres auteurs proposent des hypothèses différentes :

  • pour certains, l'Armorique allait de l'embouchure de la Gironde[4] jusqu'à l'embouchure de la Seine, car à l'époque du « tractus Armoricanus et Nervicanus » (380), la province romaine d'Armorique s'étendait jusqu'à l'estuaire de la Gironde.
  • pour d'autres elle était réduite à la Bretagne plus les départements de la Manche (presqu'île du Cotentin) et du Calvados jusqu'à la Seine avec peut-être un petit bout de l'Orne.

Ces dernières configurations peuvent difficilement être retenues car on sait d'une part que les Pictons (du Poitou) et les Santons (de la Saintonge), ennemis jurés des Vénètes, n'ont jamais été nommés Armoricains, et d'autre part que les Calètes (celtique Caleti, du pays de Caux, des environs de Dieppe à l'estuaire de la Seine) sont parfois considérés comme Armoricains.

L'Armorique était habitée à l'ouest par les Osismes (celtique Osismii), que le navigateur grec Pythéas connaît sous le nom d'Ostimioi. Leur nom signifie « les plus hauts » ou « ceux du bout du monde ». Au sud se trouvaient les Vénètes (celtique Veneti) qui impressionnaient César par leur puissance :

« Par leur marine considérable, leur supériorité nautique bien reconnue et leurs relations commerciales avec l'Île de Bretagne, les Vénètes étaient devenus un peuple très puissant, dont l'autorité s'étendait au loin sur tout le littoral de la Gaule et de la Bretagne insulaire. Ils possédaient un petit nombre de ports situés sur cette mer ouverte et orageuse à de grandes distances les uns des autres et rendaient tributaires presque tous les navigateurs obligés de passer dans leurs eaux. »

— César, Guerre des Gaules, III,8

Les Vénètes, peuples de commerçants et de marins avaient une forte organisation et étaient dotés d'un Sénat. Ils avaient aussi une flotte importante qui favorisait la richesse de l'Armorique. Ils commerçaient des Îles britanniques jusqu'en Italie dont ils diffusaient les produits : des perles (Suétone, César, 47), des situles, des vases de bronze, des coupes, des œnochoés, des statuettes de dieux, des bijoux et des parures de luxe, des armes. Ces marchandises qui accompagnaient les amphores de vin et d'huile étaient chargées à Ostie, Pouzzoles ou Ansedonia (Orbetello) et étaient ensuite acheminés sur des navires vers Narbonne d'où elles gagnaient l'Atlantique par voie de terre en passant par le seuil du Lauragais, Toulouse et enfin Bordeaux. Une autre voie commerciale existait qui suivait la vallée du Rhône puis celle de la Loire[5].

Au départ de Bordeaux et de Nantes les navires longeaient les côtes en faisant du cabotage vers Vannes et tous les autres ports pour alimenter la grande péninsule jusqu'à atteindre la région malouine à Alet. De ce port les marchandises étaient convoyées vers les côtes sud de la Bretagne insulaire et notamment vers l'emporion d'Hengistbury Head non loin de Bournemouth dans le Dorset actuel[6], où l'on a retrouvé quantité de tessons d'amphores à vin romaines et de céramiques osismes et coriosolites et beaucoup de monnaies de la grande péninsule armoricaine, pour la plupart coriosolites.

Par l'intermédiaire des Vénètes, la péninsule armoricaine vendait aux Romains et aux Italiens l'étain et le cuivre de la Bretagne insulaire[7], de l'ambre, des esclaves[8], des chiens de chasse, du plomb (de Poullaouen), du sel, des peaux, de l'or, entre autres productions ; les salaisons et les charcuteries armoricaines étaient déjà bien connues et appréciées à Rome.

Les Vénètes résidaient dans le Morbihan actuel et donnèrent leur nom à la ville de Vannes ; ils portent curieusement le même nom que les autres Vénètes qui fondèrent une autre puissante cité commerçante et maritime : Venise. (A rapprocher également de la région du Gwynedd au Pays de Galles).

Dans la période précédant la conquête romaine, les Vénètes et les Lexoviens étaient gouvernés par un Sénat, sans doute une expression politique d'une "bourgeoisie" de commerçants et/ou de guerriers. Les peuples de la Gaule étaient dirigés auparavant par une noblesse de type archaïque avec les différentes strates de sa hiérarchie. Cette noblesse s'était constituée tout au long des temps « héroïques » lors de différentes guerres ou d'expéditions lointaines. La noblesse gauloise, de type féodal, avait sous ses ordres une foule de vassaux et de clients dont la fidélité était absolue. Au bas de la pyramide sociale se trouvait les esclaves. Ce sont ces nouvelles bourgeoisies commerçantes gauloises qui en différents lieux de la Gaule ont choisi de collaborer avec le conquérant romain pour préserver leurs affaires et leur rang social. Ces velléités de trahison, de « collaboration » avec l'occupant romain ne se passèrent pas toujours très bien pour les nouveaux oligarques celtes puisque tous les membres des sénats des Aulerques, des Lexoviens et des Éburovices furent massacrés jusqu'au dernier par les princes et les nobles de leurs peuples. Il semblerait que la bourgeoisie vénète n'a pas suivi la même démarche car elle avait compris que les Romains voulaient s'emparer de ses marchés et qu'elle avait tout à perdre avec la conquête romaine.

Au sud des Vénètes se trouvaient les Namnètes qui demeuraient dans l'embouchure de la Loire et donnèrent leur nom à la ville de Nantes. « Les Namnètes sont appelés "Samnites" par Strabon et par Ptolémée »[9]. Les Namnètes furent pendant longtemps une simple tribu des Vénètes.

Au nord et à l’est de l'actuelle Bretagne se trouvait les Coriosolites, « Coriosolitae » en latin. Leur nom comporte la racine Corio, « armée ». Ils résidaient dans l'est des actuelles Côtes-d'Armor et donnèrent leur nom à la ville de Corseul. Leur capitale fut Arvii puis Corseul (Fanum Martis en latin). Les Redones qui demeuraient dans l'actuel Ille-et-Vilaine donnèrent leur noms aux villes de Rennes et Redon.

Au sud de la Normandie actuelle se trouvaient les Bajocasses, capitale Augustodurum - Bayeux - et les Abrincates, « gens des abers », nommés en celtique Abrincatui ou Ambivariti par Pline l'Ancien) qui ont donné leur nom à Avranches, qu'ils sont supposés avoir bâti. Au IXe siècle av. J.‑C., ils occupent cette ville prospère de l'époque, qui, suite à l'invasion des Romains, va changer de statut et se développer. Au nord de la Normandie actuelle il y avait les Unelles, dans le Cotentin, dont le chef-lieu était Cosedia (aujourd'hui Coutances) et les Lexoviens (en celtique Lexovii) qui étaient établis au sud de l'embouchure de la Seine, le long de la côte normande. Ils donnèrent leur nom à Lisieux devenue cité romaine sous son nom gaulois de Noviomagus (le nouveau marché) et au Lieuvin. Encore aujourd'hui, on nomme les habitants de Lisieux, les Lexoviens. On trouve aussi les Esuvii (Bessin et pays de Séez), les Viducasses (Vieux-la-Romaine au sud-ouest de Caen), les Calètes, pays de Caux, dont la capitale est fondée à Lillebonne à l'époque romaine (du celtique Caleti = « les durs », « les vaillants »[10]), les Andecavi, (Anjou), les Aulerci Diablintes, sur le Maine oriental avec Jublains en Mayenne, les Aulerci Cenomanni avec Le Mans, les Aulerci Eburovices avec Évreux, les Véliocasses avec Rouen, les Arves dans la Sarthe et Argentan.

Époque gallo-romaine

La conquête romaine

Les Romains semblent avoir profité de leurs longues relations commerciales avec les Armoricains pour faire de l'espionnage économique et évaluer les richesses des territoires de ces peuples. La conquête militaire semble avoir été principalement motivée par des raisons mercantiles et le désir de s'emparer du potentiel économique gaulois et de ses réseaux commerciaux.

Rome ne voulait plus d'intermédiaires entre elle et les derniers acheteurs de ses produits. Elle ne voulait plus que Marseille et la Narbonnaise continuent de servir de relais vers la Gaule ni que les Armoricains revendent ses produits italiens aux Bretons insulaires voire aux Belges. Rome voulait tout contrôler et tout gérer en direct. Il fallait aussi trouver de nouvelles terres pour les plébéiens romains et de nouveaux terrains de chasses pour les banquiers italiens, les commerçants, les « publicains » et autres « hommes d'affaires » en quête de nouvelles aventures économiques. La future Guerre des Gaules fut avant tout une affaire d'argent pour s'emparer de l'économie gauloise.

Car à cette époque (-57) la Gaule était devenue un pays très riche. Sa bourgeoisie marchande avait accumulé énormément de numéraire mais avait oublié de développer ses forces armées au même niveau que ses activités commerciales. Le monde avait changé depuis l'époque où les Gaulois pouvaient envahir l'Italie et piller Rome sans prendre le soin d'occuper et de coloniser le pays. Rome avait compris la leçon et avait développé un État, une armée et une économie capables de la protéger des agressions étrangères. Morcelée en de nombreuses tribus indépendantes et sans organisation militaire efficace pour protéger son territoire et ses trésors, la Gaule était une proie tentante et facile pour les appétits romains.

L'aristocratie militaire, colonne vertébrale de la société celtique, était en déclin.

La faiblesse organisationnelle de l'outil militaire gaulois était flagrante puisque "les Gaules" n'étaient même pas capables de se défendre elles mêmes contre les incursions germaniques et devaient faire appel à l'aide de l'armée romaine, même pour régler ses querelles internes. La Gaule, qui s'était enrichie s'était aussi terriblement amollie et se trouvait en pleine décadence. Sans outils politiques et militaires efficaces et organisés pour la protéger, la richesse économique devient la proie des autres puissances.

Les prétextes d'intervention furent tous trouvés quand des peuples gaulois, alliés des Romains, les Séquanes et les Eduens, demandèrent aux Romains, en toute inconscience du danger, de bien vouloir intervenir pour s'opposer à l'arrivée massive du peuple des Helvètes qui venaient de quitter leur territoire au nombre de 368 000 avec toutes leurs familles au complet à la suite du vote d'une loi pour leur départ et après avoir incendié et détruit tous leurs biens en Helvétie afin de rendre ce départ définitif. Les Romains attaquèrent les Helvètes et les massacrèrent sur les bords de la Saône. Les rescapés retournèrent en Helvétie.

Un peu plus tard, en 58 av. J.-C., le Conseil des Gaules, qui regroupait les plus grands chefs des tribus gauloises demanda à César d'intervenir contre Arioviste et ses troupes de Germains qui s'étaient installés chez les Séquanes et menaçaient de faire de même chez les Eduens. Les légions romaines de César écrasèrent les Germains d'Arioviste près du Rhin et passèrent l'hiver chez les Séquanes Jusque-là, César se comportait en protecteur de la Gaule contre des peuples qui l'agressaient. Tout allait bien dans le meilleur des mondes celtiques et les peuples Gaulois amis des Romains n'avaient qu'à se féliciter de l'efficacité d'un protecteur aussi puissant.

Mais en -57, César changea complètement son attitude de défenseur de la Gaule contre les attaques des Germains : il lança soudainement une campagne contre la puissante Confédération des peuples belges puis contre la Confédération des peuples armoricains.

C'en était fait de l'indépendance gauloise. La guerre de conquête de la Gaule avait commencé et fut menée à son terme jusqu'à l'asservissement de la Gaule tout entière. Pline l'Ancien dans le livre VII de son Histoire Naturelle (§ 91-99) évalue à 1 200 000 morts les pertes subies par les peuples gaulois à seule fin de la conquête de la Gaule par Jules César. "Je ne peux placer parmi ses titres de gloire, écrit Pline l'Ancien, un si grave outrage fait au genre humain". Plutarque, pour sa part, (dans Pompée 67,10, et César 15,5) retient le chiffre de 1 000 000 de morts et de 1 000 000 de prisonniers emmenés pour servir d'esclaves. Jules César profitera de la complicité des peuples gaulois pro-romains qui lui fournissent des ressources :

« Les Pictons étaient hostiles aux Vénètes comme on peut le déduire de leur liaison avec le Proconsul Julius Caesar dès sa première campagne[11] et des navires construits ou fournis aux Romains par eux, par les Santons et d'autres peuples gaulois pour leur faciliter la ruine des Vénètes. »

— César, Guerre des Gaules, III, 11.

En Armorique, en 56 av. J.-C., les navires de Jules César fournis par d'autres peuples gaulois détruisent la flotte vénète au cours de la bataille du Morbihan. Jules César rapporte qu'après la bataille, le "sénat" de ce peuple est mis à mort et le reste vendu à l'encan. De Bello Gallico de Jules César est à lire avec précaution car c'est avant tout un plaidoyer pro domo et, bien que son témoignage soit précieux et irremplaçable, il s'y met en valeur, avec le peuple romain, montrer sa toute puissance de chef militaire sur le destin des peuples vaincus.</ref>.

Les Romains donnèrent le nom d'Armorique à un grand commandement militaire « Tractus Armoricanus » embrassant un groupe considérables de peuples qui tous paraissent avoir été jadis membres de la Confédération Armoricaine. Julius Caésar s'exprime ainsi :

« … Toutes les cités armoricaines voisines de l'océan qui se donnent le nom d'Armoricains (Aremorici) et au nombre desquels figurent les Coriosolites, les Redones, les Ambibarii, les Calètes, les Osismes, les Lémovices[12], les Vénètes, les Unelles, devaient fournir 6000 hommes. »

— César, Guerre des Gaules, VII, page 35.

Romanisation de la région

Comme dans toutes les régions de l'Empire, les Romains employèrent en Armorique une politique de diffusion de leur propre culture au sein des élites locales. L'accès à la citoyenneté romaine (exemple de T. Flavius Postuminus à Rennes) et l'ouverture de possibilités d'ascension sociale étaient conditionnés à la connaissance du latin et à l'acceptation des coutumes romaines. Ceci contribua, par effet de tache d'huile, à romaniser la région.

Il est certain que l'Armorique du Haut-Empire était, par son économie développée et sa population abondante, parfaitement intégrée à l'Empire romain, mais que cette romanisation était limitée comme le montre la faible présence de l'épigraphie latine dans la région. L'étude anthroponyme montre qu'à cette époque, les habitants de l'Armorique portaient encore des noms purement celtiques (tels "Moricus", "Smertulitanus", "Rextugenos", "Vertros", etc.).

La conquête ne modifia donc pas fondamentalement les structures de la société et le latin ne pénétra pas ailleurs que dans les villes, où se concentrait la faible population allogène. Lors de l'évangélisation de la région, les rusticani étaient encore très fortement attachés à leur culture ancestrale, malgré une indiscutable évolution technique liée à la romanisation, et ils constituèrent une grande partie de l'opposition à l'Église.

Après l'appel de légionnaires bretons (insulaires) par les Romains chargés de défendre la péninsule contre les pirates germaniques, puis après l'immigration de Bretons fuyant les attaques et les tentatives de colonisation des Irlandais sur l'ouest de l'île de Bretagne, une partie de l'Armorique maritime fut appelée Petite Bretagne (Britannia minor) puis simplement Bretagne.

Haut Moyen Âge

Article détaillé : Armorique au Haut Moyen Âge.

Émigration bretonne

Article détaillé : Émigration bretonne en Armorique.
Établissements bretons au VIe siècle.

L'émigration bretonne en provenance des îles Britanniques a pu avoir lieu également sur tout le territoire « normand » de l’Aremorica, notamment le Cotentin et le département du Calvados particulièrement la région autour de Caen, comme l'ont confirmé les recherches du professeur Léon Fleuriot[13]. Les liens du territoire qui devint plus tard la Normandie avec l’île de Bretagne avaient toujours été des plus étroits[14].

La Normandie a été particulièrement riche en saints bretons : sa côte faisant face à celle de la Grande-Bretagne, il serait invraisemblable que les immigrés des Ve siècle et VIe siècle aient évité systématiquement ses rivages. Saint Patrick, saint irlandais d'origine bretonne (né en Bretagne insulaire) est honoré dans plus de six paroisses normandes. Saint Méen dans trois d’entre elles. L’ exemption de Sainte-Mère-Église est une enclave de cinq paroisses du Diocèse de Bayeux[15]survivance d’un ancien monastère de Saint Mewen (forme bretonne moderne Méen, cornique Mewan). Sainte Anne, Saint Armel, Saint Aubin[16], Saint Méen et Saint Samson sont honorés dans de nombreux lieux de Normandie. Le nombre de toponymes évoquant le culte de saints bretons en Normandie est remarquable, comme par exemple Saint-Maclou curieusement latinisé en Macutus, et qui n'est autre que Saint-Malo :

Ou encore Saint-Turiaf (évêque de Dol au VIIIe siècle), devenu Saint-Thurien (Eure, Sainct Turioult en 1376, Sanctus Thuriavus 1566).

Quatre paroisses situées à l'embouchure de la Seine, en plus du monastère de Pentale-Saint-Samson (Pental=Talben, pen=tête, tal=front), restèrent dépendantes de l’évêché de la métropole de Dol en tant qu’enclaves de Neustrie et des bords de la Seine, comme exemption de Dol, jusque 1790:

La métropole bretonne de Dol-de-Bretagne était la plus ancienne et la plus importante abbaye-évêché bretonne de type celtique datant des premiers temps de l'émigration.

Le morcellement et la grande étendue des possessions et dépendances du diocèse de Dol, qui est le seul diocèse breton dans ce cas (ce qui prouve son ancienneté et son importance) s'explique par la dispersion des premières colonies bretonnes des premiers temps de l'émigration des Ve et VIe siècles, dont elle avait la charge et pour lesquelles elle devait être un grand centre spirituel, sur les côtes de la Bretagne et la Normandie actuelles. Le Havre, à l'embouchure de la Seine, fut aussi un grand centre d'émigration bretonne, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, notamment par bateau à vapeur au départ de Morlaix.

Si l'on compte aussi la participation de l'armée bretonne du duché de Bretagne sous le commandement du duc Alain IV de Bretagne à la bataille de Hastings et à la conquête de l'Angleterre avec l'armée normande de Guillaume le Conquérant le 14 octobre 1066, cela fait un ensemble de liens historiques et culturels communs très anciens et très nombreux entre les deux parties les plus importantes de l'ancienne Aremorica que sont la Bretagne et la Normandie actuelles.

Époque contemporaine

Le mot est resté courant dans deux sens, dont l'un est erroné :

  • Il s'emploie dans l'expression « massif armoricain » pour désigner le massif montagneux qui s'étend de la Bretagne aux collines de Normandie.
  • il est souvent donné comme synonyme de « Bretagne » par assimilation fautive avec le mot breton « ar mor », la mer, et les nombreux noms de lieux « Armor » en Bretagne. Le mot « mor » breton provient d'une étymologie proche, mais ne recouvre pas la même définition.

L'erreur « Armorique = Bretagne » est fréquente dans les guides touristiques, il semblerait qu'elle apparaisse aussi dans certains livres relatant l'histoire de la Bretagne qui, de ce fait, entretiennent la confusion. Il est par contre exact de dire que la Bretagne recouvre l'ancienne péninsule armoricaine.

Voir aussi

Notes et références

  1. Tacite explique, sous l'effet de migrations germaniques : "Les premiers [Germains] qui passèrent le Rhin et chassèrent les Gaulois, et qui maintenant se nomment Tongres, se nommèrent alors Germains. Ce nom, borné d'abord à une simple tribu, s'étendit peu à peu, et, créé par la victoire pour inspirer plus de crainte, il fut bientôt adopté par la nation tout entière", Tacite, Mœurs des Germains II.
  2. Le site utilisé pour cette citation latine C. IVLI CAESARIS COMMENTARIORVM DE BELLO GALLICO LIBER SEPTIMVS indique les Veneti, mais il semble que ce peuple soit absent de la liste.
  3. Voire jusqu'aux Pyrénées selon Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, (2.17.105)
  4. Strabon, IV, 1, 14
  5. Strabon, IV, 1, 4
  6. Strabon, Géographie Bordeaux., IV,5,2.
  7. Cicéron, ad Att.,IV,16,13
  8. César, Guerre des Gaules, II, c-8.
  9. Gallois : caled, vieil-irlandais : calath, « héroïque », breton : kalet
  10. César, Guerre des Gaules, VIII, 26
  11. A noter que les Lémovices est le nom des Gaulois installés dans l'actuel Limousin, ce qui donne une idée large de l'Armorique.
  12. Thèse contestée, car aucun élément archéologique, ni linguistique ne vient confirmer ses affirmations.
  13. Camille Jullian Hist. de la Gaule
  14. Il s'agit de Sainte-Mère-Église, Neuville-au-Plain, Chef-du-Pont, Vierville et Lieusaint, dont on notera qu'aucune église paroissiale n'est sous le vocable d'un saint breton, voire celtique et dont aucun toponyme n'est d'origine bretonne, ce qui est tout de même curieux si l'on accepte cette théorie. Il n'y en a d'ailleurs aucun dans tout le département de la Manche, ni même ailleurs en Normandie. Cf. François de Beaurepaire, Les Noms des communes et des anciennes paroisses de la Manche, p. 21, 42 et 44, éditions Picard 1986.
  15. Dans la plupart des cas, il s'agit d'une référence à Saint Aubin en tant qu'évêque d'Angers au VIe siècle, sans rapport avec l'origine bretonne du personnage.

Compléments

Toute l'histoire de Bretagne, chapitre La civilisation de l'Armorique Romaine, de Paul Boutouiller, Jacques BRIARD, Christian BRUNEL, Corentin CANÉVET, Sébastien CARNEY, Jean-Christophe CASSARD, Yves-Pascal CASTEL, Patrick GALLIOU, Claude GESLIN, Pierre GRALL, Jean KERHERVÉ, Pierre-Yves LE RHUN, Jean-Jacques MONNIER, Alain PENNEC, Yann-Ber PIRIOU, Charles ROBERT, Jean TANGUY, Jean-Yves VEILLARD, éditions Skol Vreizh.

Liens externes


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