Armee spartiate

Armée spartiate

Hoplite, détail du cratère de Vix d'inspiration laconienne, vers 510 av. J.-C.

L’armée occupe une place particulière à Sparte, cité où tous les citoyens en âge de porter les armes sont censés être des hoplites (fantassins lourds) à temps plein et, en conséquence, subissent depuis leur enfance une éducation qui doit les préparer au combat. Elle est également le vecteur de la puissance spartiate dans le Péloponnèse et plus largement, dans toute la Grèce.

Seule capable de mener à bien des manœuvres complexes sur le terrain, elle apparaît aux Grecs comme un modèle d'efficacité et de discipline : Plutarque écrit que la seule réputation des hoplites spartiates « frappait d'effroi leurs adversaires qui, même avec des forces égales, ne se croyaient pas capables de lutter sur un pied d'égalité contre des Spartiates[1]. »

Sommaire

Organisation

Comme les autres cités grecques, Sparte accorde une prépondérance marquée au fantassin lourd, l'hoplite, au détriment des archers et des autres troupes légères, ainsi que de la cavalerie. Elle se distingue cependant en ce que tous les citoyens en âge de porter les armes (20-60 ans) doivent servir comme hoplites, et non la fraction la plus riche, comme c'est le cas ailleurs.

Les Périèques (habitants du pourtour de Sparte) combattent également comme hoplites, et même des Hilotes : les 700 Hilotes commandés par Brasidas en Chalcidique, pendant la guerre du Péloponnèse, en sont récompensés par un affranchissement[2]. Par la suite, Sparte crée des unités de Néodamodes, des Hilotes portant l'armure lourde, employés en renfort et en garnison.

Organisation tactique

Sur le champ de bataille, les hoplites sont groupés par sections, les énomoties, qui comptent normalement un représentant de chaque classe mobilisée — 35 avant la bataille de Leuctres, 40 après[3]. Elles se déploient par ordre d'âge croissant, les jeunes, fraîchement issus du parcours éducatif spartiate, se trouvant au premier rang. Thucydide (Ve siècle av. J.-C.) décrit de manière détaillée la composition de l'armée qui combat à la première bataille de Mantinée :

« 

Il y avait au combat (…) sept bataillons, ou loches ; chaque bataillon comptait quatre compagnies, ou pentécostyes, et la compagnie quatre groupes, ou énomoties. Pour chaque groupe, quatre hommes combattaient au premier rang. En ce qui concerne la profondeur, ils n'étaient pas tous rangés de la même manière : cela dépendait de chaque chef de bataillon ; mais, en règle générale, ils se mirent sur huit rangs[4].

 »

Selon Xénophon qui, tout comme Thucydide, était un officier combattant et représente donc une autorité tout aussi valable, il n'y a que deux énomoties pour la pentécostye, deux pentécostyes pour un loche et quatre loches pour un more, ou régiment, commandé par un polémarque. Six mores forment une armée.

Équipement

Statue d'un hoplite casqué, peut-être Léonidas, Ve siècle av. J.-C., musée archéologique de Sparte

Les hoplites spartiates portent l'équipement hoplitique classique : bouclier rond, casque, cuirasse et cnémides. Ils se distinguent des autres hoplites grecs par le port des cheveux longs[5] et d'un manteau court de couleur pourpre[6].

À partir du Ve siècle av. J.-C., probablement, le bouclier porte un emblème distinctif de chaque cité, en l'occurrence un Λ (lambda) pour « Laconie » ou « Lacédémone ». Dans une des comédies d'Eupolis, la seule vue des lambdas sur les boucliers ennemis suffit à faire trembler de peur le Cléon de théâtre[7]. Inversement, en 392 av. J.-C., l'harmoste spartiate Pasimachos emprunte des boucliers sicyoniens marqués d'un Σ (sigma) pour tromper des Argiens, qui s'avancent au combat sans méfiance[8]. Certains préfèrent arborer un emblème personnel sur leur bouclier, par exemple une mouche grandeur nature[9].

Idéologie

La discipline spartiate se nourrit de l'importance particulière accordée à la « belle mort », c'est-à-dire la mort au combat, avec des blessures par-devant. Le citoyen mort à la guerre a droit à une stèle inscrite à son nom, alors que les autres doivent se contenter de tombes anonymes[10]. Inversement, ceux qui survivent sont suspects ; la mise au ban du corps social attend les lâches, les tresantes. Cette idéologie héroïque n'est pas sans motivations pratiques : l'efficacité de la phalange repose sur sa cohésion. Rester ferme à son poste est donc un devoir civique, mais aussi un gage de survie[11].

Sparte apparaît aux autres cités grecques comme une spécialiste du combat : décrivant la cérémonie des ordres donnés le matin par le roi à ses troupes, Xénophon note : « si vous assistiez à cette scène, vous penseriez que tous les autres peuples ne sont, en fait de guerre, que des improvisateurs, et que les Lacédémoniens seuls sont vraiment des artistes en art militaire[12]. » Ses critiques lui reprochent même de n'être que cela : pour Platon, l'organisation politique de Sparte est « celle d'une armée en campagne plutôt que de gens vivant dans des villes[13] ». Les historiens préfèrent aujourd'hui relativiser l'image d'une Sparte militariste[14]. En effet, comme dans toutes les cités grecques, l'armée spartiate n'est pas un élément distinct du corps social ; la discipline de la phalange est d'inspiration civique, et non l'inverse.

Notes

  1. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Pélopidas, XVII, 12. Extrait de la traduction d'Anne-Marie Ozanam.
  2. Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 80, 2 et V, 34, 1.
  3. Xénophon, Helléniques [lire en ligne], VI, 4, 17.
  4. Thucydide, V, 68, 2. Extrait de la traduction de Jacqueline de Romilly.
  5. Notamment Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], I, 82, 8 et VII, 208, 3.
  6. Xénophon, Constitution des Lacédémoniens, XI, 3 ; Aristophane, Lysistrata, 1140 ; Plutarque, Moralia, 238 F, etc.
  7. Frag. 359 Kock. Cité par Lazenby (1993), p. 105.
  8. Xénophon, Helléniques, IV, 4, 10.
  9. Plutarque, Moralia, 234 C 41.
  10. Plutarque, Vie de Lycurgue, 27, 3.
  11. Voir notamment Tyrtée, frag. 11 W, 11-14 et Xénophon, Constitution des Lacédémoniens, XI, 1.
  12. Xénophon, Constitution des Lacédémoniens, XIII, 5.
  13. Platon, Lois, II, 666e.
  14. Finley, p. 143-160 ; suivi notamment par Ducat, p. 45-47.

Références

  • (en) Paul Cartledge, « Hoplites and Heroes: Sparta's Contribution to the Technique of Ancient Warfare », The Journal of Hellenic Studies, vol. 97 (1977), p. 11-27.
  • Jean Ducat, « La société spartiate et la guerre » dans Francis Prost (éd.), Armées et sociétés de la Grèce classique, Errance, 1999 (ISBN 2-877772-173-6) p. 35-50.
  • Moses Finley, « Sparte » dans Jean-Pierre Vernant (éd.), Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Seuil, coll. « Points », Paris, 1999 (1e édition 1968) (ISBN 2-02-038620-8), p. 189-212.
  • (en) John F. Lazenby, « The Killing Zone » dans Victor D. Hanson (éd.), Hoplites. The Classical Greek Battle Experience, Routledge, Oxford, 1993 (1re édition 1991) (ISBN 0-415-09816-5), p. 87-109.

Bibliographie complémentaire

  • (en) John K. Anderson, Military Theory and Practice in the Age of Xenophon, University of California Press, Berkeley et Los Angeles, 1970 (ISBN 0520015649)
  • (en) John F. Lazenby, The Spartan Army, Aris & Phillips, Warminster, 1985 (ISBN 0856681423).
  • (en) H.W. Singor, « The Spartan army at Mantinea and its organisation in the 5th century B.C. » dans W. Jongman et M. Kleijwegt (éd.), After the Past. Essays in Ancient History in Honour of H.W. Pleket, Brill, Leyde, 2002, p. 566-587.
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