Aristotle

Aristote

Aristote (Ἀριστοτέλης)
Philosophe occidental
Philosophie antique
Portrait d'après un original en bronze de Lysippe
Portrait d'après un original en bronze de Lysippe
Naissance : 384 av. J.-C. (Stagire)
Décès : 322 av. J.-C. (Chalcis)
École/tradition : Fondateur du Lycée, aristotélisme, péripatétisme
Principaux intérêts : Physique, Métaphysique, Biologie, Éthique, Politique, Langage, Logique, Poétique, Rhétorique
Idées remarquables : Syllogisme, Puissance/Acte, Matière/Forme, Substance/Accident, Catégorie, Phronèsis
Œuvres principales : Catégories, Métaphysique, Physique, Politiques, Poétique
Influencé par : Homère, Héraclite, Parménide, Anaxagore, Empédocle, Socrate, Platon
A influencé : Tous les philosophes péripatéticiens, néoplatoniciens, scolastiques, l'astronomie de Ptolémée, la poétique d'Horace, Trendelenburg, Schelling, Marx, Brentano, Heidegger, Arendt, Ayn Rand, Ricoeur

Aristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec né à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine (d’où le surnom de « Stagirite », Σταγειρίτης), en -384, et mort à Chalcis, en Eubée, en -322.

Sa conception de l'être comme « substance » (ou ontologie) et de la métaphysique comme « science de l'être en tant qu'être » influença l'ensemble de la tradition philosophique occidentale, d'Alexandre d'Aphrodise à Martin Heidegger en passant par Thomas d'Aquin, et orientale, d'Averroès et Maïmonide à Cordoue jusqu'au persan Avicenne en passant par les théologiens médiévaux de Byzance.

Véritable encyclopédiste, il s'est beaucoup intéressé aux arts (musique, rhétorique) et aux sciences (physique, biologie) de son époque ; il en théorisa les principes et fit des recherches empiriques pour les appuyer. Sa conception de l'art poétique s'imposa dans l'esthétique classique. Sa théorie de la valeur influença l'économie de Karl Marx, et sa théorie de l'action (praxis) et de la prudence (phronèsis) marqua la philosophie politique et l'éthique d'Hannah Arendt. Le Stagirite est également, avec les stoïciens[1], l'inventeur de la logique : il élabora une théorie du jugement prédicatif, systématisa l'usage des syllogismes et décrivit les rouages des sophismes.

Sommaire

Biographie

Buste d'Aristote

Son œuvre comporte très peu de détails biographiques. De même, il n’existe guère de témoignages contemporains qui nous soient parvenus. Ses doxographes lui sont postérieurs de quelques siècles (Denys d’Halicarnasse, Diogène Laërce...). Sa biographie n’est donc connue que dans les grandes lignes.[2]

Son époque est marquée par le renouveau de l’empire macédonien et le déclin de l’influence de la démocratie athénienne.

Aristote est né en -384 en Macédoine, à Stagire (d'où son surnom : le Stagirite), ville de Chalcidique. Stagire se trouve près de l'actuelle Stavro, proche du mont Athos. Son père, Nicomaque, était le médecin du roi Amyntas II de Macédoine. Sa mère, Phaéstis, était une sage-femme originaire de l'île d'Eubée. Il perdit à 11 ans son père, puis sa mère, et fut élevé par son beau-frère, Proxène d'Atarnée, à Atarnée, en Mysie, où il se lie d'amitié avec Hermias d'Atarnée, futur tyran de Mysie.

Comme Stagire était une colonie grecque et que sa mère venait d'une île grecque, Eubée, Aristote est grec, non macédonien. Mais les avis sont partagés.

Assoiffé de connaissance, il se rendit à Athènes. Il commença par suivre les cours d’Isocrate. Peu satisfait, il décida de rentrer à l’Académie de Platon à l’âge de 17 ans, vers -367, alors que Platon se trouvait en Sicile. Il y fut remarqué, notamment pour son intelligence. Platon lui donna même le droit d’enseigner, surtout la rhétorique, en tant que répétiteur.[3] Il resta 20 ans à l'Académie, jusqu'à la mort de Platon. Il peut donc dire, à ce moment : « Nous », au sens de « Nous, les platoniciens ».[4] Platon l'appelle "le liseur" (ὁ ἀναγνώστης)[5] ou "l'intelligence de l'école" (νοῦς τῆς διατριβῆς). Il est platonicien, mais critique, puisqu'il rejette la théorie des Idées, centrale chez Platon. Chacun connaît la célèbre formule : « Ami de Platon, mais encore plus de la vérité. » Aristote disait : « Ce sont des amis qui ont introduit la doctrine des Idées. (...) Vérité et amitié nous sont chères l'une et l'autre, mais c'est pour nous un devoir sacré d'accorder la préférence à la vérité. »[6]

Sa première période de production se place donc à l'Académie (-366/-346). Il a commencé par écrire 19 œuvres, dont des dialogues, aujourd'hui perdus, de philosophie platonicienne : Gryllos ou de la rhétorique (polémique avec Isocrate), Le banquet, Le sophiste, Eudème ou de l'âme, Protreptique, Sur la philosophie ou du Bien, etc. Il s'oppose déjà, Platon vivant, à la théorie des Idées de Platon.[7] Ensuite (à partir de -350), il forma l' Organon, le corpus logique : Catégories, De l'interprétation, Premiers Analytiques, Seconds Analytiques, Topiques, Réfutations sophistiques, quelques livres de Physique (I, II, VII ?), un livre du De l'âme (III), le début de la Métaphysique, le début de la Politique. Aucune chronologie n'est certaine.

Il s’intéressa à la vie politique locale mais ne put y participer du fait de son statut de métèque (« étranger » à la cité).

À la mort de Platon, en -346, Speusippe, neveu de Platon, succèda à celui-ci. Dépité, Aristote partit pour Atarnée, avec deux condisciples, Xénocrate et Théophraste. Il se peut aussi qu'il ait fui une Athènes de plus en plus hostile aux Macédoniens, dont le roi Philippe II venait de massacrer une ville amie des Athéniens, Olynthe. À Atarnée, en Troade, sur la côte d'Asie Mineure, il rejoignit Hermias d'Atarnée, un ami d'enfance, « tyran » (maître souverain qui s'est emparé du pouvoir) du royaume de Mysie, avec Atarnée pour capitale. Là, il retrouva un cercle platonicien. Pendant ce temps, la Macédoine et Athènes firent la paix (en -346). D'Atarnée, Aristote passa au petit port d'Assos (actuel village turc de Berhamkale), peut-être après un refroidissement dans ses relations avec Hermias d'Atarnée. Aristote poursuivit ses recherches biologiques et commença à observer la faune marine. Il ouvrit une école de philosophie, une sorte de filiale de l'Académie.

En -344, quand Hermias d'Atarnée, livré aux Perses, fut exécuté par Artaxerxès III, il se rendit à Mytilène, dans l'île voisine de Lesbos, chez Théophraste. Il y ouvrit sa deuxième école, pour environ deux ans.

En -343, il rentra en Macédoine, appelé par le roi, Philippe II de Macédoine, pour devenir, deux ou trois ans durant, le précepteur du prince héritier, le futur Alexandre le Grand, alors âgé de 13 ans. Il lui enseigne les lettres (dont l' Iliade) et sans doute la politique. À la cour de Mieza, au nord de Pella (capitale de la Macédoine), il acquiert de nombreuses amitiés.

Sa deuxième période de production se place à Assos, Mitylène, Mieza (-345/-335). Il produisit alors la suite de la Physique (III, IV, V, VI), Du ciel, De la génération et de la corruption, la suite de la Métaphysique, une partie de l' Éthique à Nicomaque (livres I.6, VII, VIII, II, III), la Rhétorique, la Poétique. Il s'occupa sans doute de la reconstruction et de la législation de Stagire, qu'il voulait reconstruire après que Philippe II de Macédoine l'eut détruite en -349. Vers 341 il épousa Pythias, nièce et fille adoptive d'Hermias d'Atarnée, réfugiée à Pella. Elle lui donnera une fille, Pithias.

C'est en -338 que Philippe II de Macédoine soumet Athènes. Âgé de 49 ans, en -335, Aristote revient à Athènes.

Une seconde fois, la direction de l'Académie lui échappe, cette fois au profit de son condisciple et ami Xénocrate, en -339. On dit qu'il s'exclama alors : « Il est honteux de se taire et de laisser parler Xénocrate. » Il fonde alors sa troisième école, le fameux Lycée, sur un terrain loué, mais non acheté (Aristote est un métèque, il n'a pas le droit à la propriété). Le mot « Lycée » vient de ce que le lieu est voisin d'un sanctuaire dédié à Apollon Lycien. Ainsi nait — mais ce n'est pas certain - l'école péripatéticienne. « Péripatéticienne » vient de peripatein (περιπατεῖν), « se promener ». Le Lycée était situé sur un lieu de promenade (peripatos) ou bien le maître et les disciples philosophaient en marchant.[8] Les aristotéliciens sont "ceux qui se promènent près du Lycée" (Lukeioi Peripatêtikoi, Λύκειοι Περιπατητικοί). Le Lycée comprenait une bibliothèque, un musée... qu'Alexandre le Grand finançait. Aristote faisait deux types de cours, l'un, du matin, appelé "acroamatique", réservé aux disciples avancés, l'autre, de l'après-midi, ouvert à tous, et appelé "exotérique".[9] Lui habite dans les bois du mont Lycabette. Devenu veuf à Athènes, en -338 il prit pour seconde épouse une femme de Stagire, Herpyllis, dont il eut un fils qu’il nomma Nicomaque, du nom de son propre père. Nicomaque mourut jeune. L'ouvrage d'Aristote consacré aux thèmes de la vertu et de l'action prudente, dont le titre est Éthique à Nicomaque, lui fut dédié.

Sa troisième et dernière période de production se place ainsi au Lycée (-335/-323), pour treize ans. De cette période relèveraient le livre VIII de la Métaphysique, les Petits traités d'histoire naturelle, l' Éthique à Eudème, l'autre partie de Éthique à Nicomaque (livres IV, V, VI), de la Constitution d'Athènes, des Économiques.

Il accompagna peut-être Alexandre le Grand en Asie Mineure, en Syrie et en Égypte, entre -335 et -331. Ce n'est pas historiquement certain. Quand Alexandre fit mettre à mort Callisthène d'Olynthe, neveu d'Aristote, en -327, les relations entre le grand conquérant et le grand philosophe s'assombrirent.

À la mort d’Alexandre le Grand, en -323, Aristote, menacé par le parti anti-macédonien de Démosthène, estima prudent de fuir Athènes. D'autant que "Eurymédon, le hiérophante [d'Éleusis], porta contre lui une accusation d'impiété pour avoir composé un hymne à Hermias d'Atarnée"[10], car les hymnes étaient réservés au culte des dieux. Décidé à ne pas laisser les Athéniens "commettre un nouveau crime contre la philosophie"[11] (le premier étant la condamnation à mort de Socrate), Aristote quitta Athènes, avec famille, sa femme Herpyllis et la fille de son premier mariage, Pythias. Son ami Antipater, ancien lieutenant de Philippe II et gouverneur de la Macédoine pendant les expéditions d'Alexandre, soumit, à Crannon, les Athéniens, décidés à se rebeller une fois Alexandre mort.

Cette même année -322, à Chalcis, ville de sa mère, dans l'île d'Eubée, Aristote mourut, à l'âge de 63 ans. Il serait mort d'une maladie d'estomac, qui le minait depuis très longtemps. Son corps fut ramené à Stagire. Théophraste, son condisciple et meilleur ami, succéda à Aristote à la tête du Lycée. Le Lycée subsistera jusqu'en 529 après J.C., quand l'empereur romain Justinien Ier voulut mettre fin à la philosophie "païenne".

Les biographes (surtout Diogène Laërce) décrivent Aristote avec un défaut : il bégaie ou bien il a un cheveu sur la langue. Il est petit, trapu, avec des jambes grêles, les yeux petits et enfoncés. Chose rare pour l'époque, il n'a pas de barbe. En revanche il porte des bijoux et du linge fin. Comme plus tard Kant, il donne grand soin à sa toilette.

L’évolution de l’œuvre et sa transmission

Voir Métaphysique pour plus de détails sur l’histoire du corpus aristotélicien.
Platon (à gauche) et Aristote (à droite). Aristote pointe le sol par le plat de sa main droite, ce qui symbolise sa croyance dans la connaissance par le biais de l'observation empirique et de l'expérience tout en tenant, dans l'autre main, une copie de son Éthique à Nicomaque. Platon pointe le doigt vers le ciel symbolisant sa croyance dans les idées (détail de la fresque L'École d'Athènes du peintre italien Raphaël).

On sait qu'Aristote écrivit dans sa jeunesse des dialogues à la manière de Platon. Il n'en reste que de rares fragments (Eudème, Protreptique, La Philosophie, ou Du Bien, etc.). Cicéron parle « d’un fleuve d’or de son éloquence » et les juge mieux écrits que ceux de Platon. Ces dialogues représentent les "discours exotériques" (έξωτερικοί λόγοι) d’Aristote[12], destinés à un public large. En revanche, les notes de cours que nous possédons sont l’œuvre technique d’Aristote, énorme, destinée au public du Lycée. Certains (dont Simplicios, Plutarque, Clément d'Alexandrie, Pic de la Mirandole) ont pu croire que l’œuvre d’Aristote contenait des enseignements ésotériques. Il n'en est rien, et le mot « ésotérique » n'apparaît pas : aux « discours exotériques » Aristote oppose des cours philosophiques (οἱ κατὰ φιλοσοφίαν) et le commentateur Aulu-Gelle des notes « acroamatiques » (ἀκροαματικά), c'est-à-dire des leçons orales (ἀκρόασεις), pour des disciples avancés en science platonicienne ou aristotélicienne, non pour des initiés de type pythagoricien.[13]

Après sa mort, son œuvre perdure, grâce à de nombreux continuateurs, comme son élève et successeur Théophraste. Vers -60, Andronicos de Rhodes, onzième successeur d'Aristote à la tête du Lycée, fut chargé par Rome de restaurer le corpus aristotélicien laissé dans une cave. Il donna des titres à des recueils de textes qu'il a lui-même rassemblés et qui ne doivent rien à Aristote. Tous les recueils sont dans un des trois groupes suivants : sciences théorétiques, sciences pratiques ou sciences poétiques.

Des disputes politiques et théologiques ont marqué les relations entre les mondes grec et latin tout au long de l'Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge. Disputes souvent liées à la nature divine et humaine du Christ et aux controverses à ce sujet. Les querelles de mots étaient d'autant plus importantes que chacune des deux cultures dominantes de l'Europe et de la Méditerranée privilégiait sa propre langue. L'idiome de référence des débats était d'une importance capitale dans cet affrontement culturel. Chacun s'est recentré sur sa langue de prédilection et l'Europe latine a relativisé l'importance du grec dans l'enseignement et la vie intellectuelle. Au bas Moyen Âge, les enjeux n'étant plus les mêmes, il y a un retour d'intérêt pour l'héritage grec et en particulier pour Aristote. Mais la situation politique est alors toute différente. Au Proche-Orient, Byzance est en concurrence avec le monde musulman qui s'étend à l'Égypte et à la Syrie, anciens foyers culturels grecs de première importance. Les ouvrages classiques grecs sont très tôt traduits en arabe qui devient une langue de diffusion de ce savoir. Par l'Andalousie musulmane, en particulier, le mode de diffusion est plus rapide et concurrence celui de Byzance.

La vie intellectuelle en Islam, aux mêmes époques, est imprégnée d'hellénisme. On peut citer parmi d'autres Al Kindi et, surtout, au XIIe siècle, Averroès (Ibn Rush) ainsi que le philosophe, théologien et médecin juif Maïmonide.

Cette transmission de l'héritage grec et donc aristotélicien non seulement par l'idiome grec ou latin mais aussi parfois par la langue arabe, au début du bas Moyen-âge, est aujourd'hui de nature polémique. La reconnaissance d'un rôle plus ou moins important de la culture arabo-musulmane dans le dialogue des civilisations porte en soi une charge politique et émotionnelle importante des deux côtés de la Méditerranée. Ainsi, les vifs débats autour des projets de constitution pour l’Europe qui ont porté sur des mentions explicites à ce que doit la culture européenne à la pensée chrétienne occidentale[14], ont mené certains polémistes à prendre à partie les recherches historiques effectuées sur les transmissions de la pensée aristotélicienne (notamment les phases de traductions vers le latin), dans le but d’y minimiser le rôle des héritiers arabo-musulmans de la pensée aristotélicienne[15].

Le développement des idées d’Aristote

L’état du corpus aristotélicien pose la question de l’ordre de rédaction de l’ensemble des œuvres d’Aristote ; dans son Histoire de la philosophie des Grecs, Édouard Zeller écrit :

« Toutes les œuvres en question appartiennent aux dernières années de la vie d’Aristote. Si un jour une heureuse découverte devait enrichir nos connaissances sur l’ordre chronologique de ces écrits, il n’y aurait pourtant pas à espérer que l’ouvrage le plus ancien nous fasse remonter à une époque où Aristote travaillait encore à son système. Dans toutes ses parties, celui-ci se présente à nous comme un tout achevé ; nulle part nous ne voyons encore l’architecte à l’œuvre. »

Cette hypothèse fut longtemps admise, et cette influence s’explique par la conception scolastique de la philosophie d’Aristote. L’exégèse traditionnelle, selon l’expression de Werner Jaeger, lui a ainsi donné un air rigide de schématisme conceptuel. C’est pourquoi, dans l’histoire de l’interprétation aristotélicienne, l’œuvre de Jaeger (Aristoteles, Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung) est considérée comme un événement majeur. Au lieu de présenter un système tout fait, Jaeger s’efforce de retrouver le devenir interne de la doctrine. Il divise ce devenir en trois étapes :

  • L’époque de l’Académie : époque du dogmatisme platonicien.
  • Les années de voyage : naissance d’un platonisme critique.
  • Le maître : second séjour à Athènes, et avènement de l’aristotélisme proprement dit.

L’époque de l’Académie

C’est l’époque du dogmatisme platonicien (œuvres de jeunesse, l’Éthique à Eudème, Protreptikos). Jaeger rapproche la forme du dialogue aristotélicien et les derniers dialogues de Platon où domine la méthode de classification et d’abstraction, la dialectique. L’Éthique à Eudème nous montre un Aristote platonicien (substance et âme, transcendance du Bien, réminiscence, immortalité, Idées). Quant au Protreptikos, il date d’avant la mort de Platon, et il est un programme de vie et de formation platonicienne ; la phronèsis est un concept nettement platonicien, et le nous renvoie aux spéculations du Timée, du Philèbe, des Lois. Or, on ne trouve plus ce concept dans la Métaphysique. On ne trouve plus non plus dans l'Éthique à Nicomaque une éthique aussi exacte que les mathématiques ; cette conception y est même combattue.

Les années de voyage

C’est la naissance d’un platonisme critique. Platon meurt en -348/–347, et Aristote quitte Athènes. C’est, selon Jaeger, le Peri philosophias qui permet de se faire une idée de l’activité philosophique d’Aristote à cette époque. Jaeger s’efforce de reconstituer cette œuvre. Elle exprimerait une philosophie de transition, en procédant à des corrections du platonisme. Le premier livre fait l’histoire de la sagesse antique, et fait du platonisme un sommet de la philosophie. Le deuxième livre critique la théorie des Idées-nombres. Le Peri philosophias aurait d’ailleurs été écrit à la même époque que la critique des Idées dans le premier livre de la Métaphysique. Enfin, le troisième nous renseigne sur la cosmologie et la théologie du jeune Aristote. Plusieurs thèmes platoniciens y sont repris : identification de la théologie et de l’astronomie ; principe du premier moteur immobile (idée qui a son origine dans les Lois) ; l’âme des astres ; mais Aristote s’éloigne parfois de Platon. Ce serait là le moment de fondation de la théologie hellénique et même de la philosophie de la religion. On peut dire que même après la critique des Idées, Aristote garde encore assez longtemps certains concepts platoniciens (âme, immortalité, etc.)

Jaeger examine également la Métaphysique, et distingue plusieurs états du texte : il y trouve une métaphysique primitive et un platonisme corrigé. Ainsi avons-nous deux textes qui font la critique des Idées (A, 9 et M, 4-5). Pour Jaeger, les deux premiers livres feraient alors partie d’une métaphysique primitive ; le livre M daterait d’une époque où l’école péripatéticienne s’oppose à l’école platonicienne (donc, au moment du second séjour à Athènes). Mais la partie M, 9-10 ferait également partie de la métaphysique primitive, avant d’être remplacée par M, 1. Le livre Z, sur la substance, aurait été introduit plus tard, pour donner un plan à l’ensemble, puisque dans ce livre la métaphysique n’est plus la science du suprasensible, mais de l’être en tant qu’être ; ce point ferait donc apparaître aussi l’évolution critique d’Aristote par rapport à Platon, sans que l’on sache bien si Aristote soit parvenu à surmonter cette conception contradictoire de la métaphysique : théologie ou science de l’être en tant qu’être ?

De même en ce qui concerne l’éthique, on peut distinguer une étape platonicienne (Protreptikos), un platonisme critique (Éthique à Eudème), et l’aristotélisme proprement dit (Éthique à Nicomaque). Le même genre de remarques peut également s’appliquer à la politique.

Le maître du Lycée

Enfin, le second séjour à Athènes marque l’acmé de la philosophie aristotélicienne. Ce qu’on appelle habituellement aristotélisme a été élaboré pendant la seconde époque. Dans la troisième période, Aristote se livre à des recherches empiriques et il crée un nouveau type de science : ses enquêtes se caractérisent par la description et l’observation des choses particulières.

Division de la philosophie d’Aristote

Aristote a été l’un des premiers à procéder à des classifications hiérarchiques systématiques des connaissances et des concepts, s’inspirant peut-être des divisions utilisées pour l’organisation des armées (cette thèse serait à expliquer).

Sa philosophie se divise en trois parties ; cette division est remarquable, car elle diffère de la division habituellement reçue (logique, physique, éthique) : la philosophie théorétique, la philosophie pratique et la philosophie poïétique. La partie théorétique se divise à son tour en physique, mathématique et théologie ; la philosophie pratique en économique, éthique, politique et rhétorique; la poïétique comprend toutes les activités qui produisent une œuvre.

Les divisions de la science

Science théorétique (ἐπιστήμηn)

La philosophie ou science théorétique s'occupe de la connaissance des causes. Elle a pour instrument de ses recherches la démonstration : démontrer, c'est montrer la nécessité interne qui gouverne les choses, c'est en même temps établir une vérité par un syllogisme fondé sur des prémisses assurées. La science démonstrative « part de définitions universelles pour arriver à des conclusions également universelles ». Le mode de démonstration des différentes sciences diffère selon la spécificité de leur objet.

La science théorétique est désintéressée : elle constitue la fin en soi de l'âme humaine et l'achèvement de la pensée. En ce sens, l'homme réalisé est celui qui, profitant du temps libre (skholè) par sa position sociale qui le dégage des préoccupations matérielles (le travail est dévolu aux esclaves), peut se consacrer à la contemplation désintéressée du vrai. Il y a autant de divisions de la philosophie ou science théorétique qu'il y a d'objets d'étude, c'est-à-dire de régions différentes de la réalité (genres, espèces, etc.). Il y a même une science générale (la philosophie première) qui ne prend pas pour objet de son étude une partie de ce qui est, mais ce qui est dans sa totalité. Entre autres sciences particulières, on trouvera donc par exemple :

  • la physique : qui porte sur les substances qui ont en elles-mêmes le principe de leur mouvement et sont composées de matière, de forme et du composé des deux. La physique traite de l'acte de composition finalisé de la matière et de la forme, par application des premiers principes. On peut parler d'entropie négative de la physis (principe de dégradation qui croît. Cette science s'occupe 1) des choses sensibles du monde sub-lunaire, soumises à la génération et la corruption et 2) des choses incorruptibles, supra-lunaires (astres).
  • les mathématiques : qui portent sur les nombres, c'est-à-dire les quantités en général, tirées de la réalité par abstraction

Mais aussi la science de l'âme (c'est-à-dire du vivant et des animaux), de la cité (la science politique), du divin (premier moteur immobile), etc.

Science pratique (πρᾶξις)

La phronesis, disposition qu'on traduit parfois par "sagesse pratique", est tourné vers l'action (praxis). L'action, par opposition à la production (poïesis), est selon Aristote l'activité dont la fin est immanente au sujet de l'activité (l'agent), par opposition à la production, activité dont la fin (l'objet produit) est extérieure au sujet de l'activité.

Le bonheur, parce qu'il est accomplissement de soi, actualisation de mes puissances, résulte selon Aristote de l'action.

Ayant en elle-même sa propre fin, la praxis n'a pas de point d'arrêt : on peut voir et continuer à voir, être heureux et continuer à l'être, etc…

La phronesis est un mode de connaissance qui porte à la fois sur l'universel et sur le particulier : c'est donc une connaissance des moyens de réalisation de l'universel.

Science poïétique (τέχνη)

Il s'agit du savoir-faire ou de la technique, qui consistent en une disposition acquise par l'usage, qui a pour but la production d'un objet qui n'a pas son principe en lui-même, mais dans l'agent qui le produit (par opposition à une production naturelle).

Parce que la technè est au service d'une production, le domaine de la technique est l'utilité et l'agrément. Elle vise toujours le particulier et le singulier, mais demande un savoir-faire qui peut s'apparenter à une étape intermédiaire dans l'échelle de la connaissance.

Sciences théorétiques

La logique ou organon

Article détaillé : Organon.

L’Organon n'est pas à proprement parler un ouvrage théorétique : « organon » signifie « instrument de travail ». C'est donc un ensemble de traités qui forment une méthodologie de la réflexion, autrement dit la logique aristotélicienne. L’ordre de ces traités n’est toutefois pas chronologique. Aristote a d’abord réfléchi aux règles de la discussion (Topiques) avant que ses recherches dans le domaine de la logique ne lui permettent d’inventer la théorie du syllogisme (raisonnement en grec) : il a répertorié l’ensemble des syllogismes dans les Premiers Analytiques. (Pour un exposé complet de la théorie du syllogisme voyez à cet article).

Les deux premiers traités de l’Organon traitent des éléments du syllogisme (les termes et les propositions) ; les Premiers Analytiques traitent du syllogisme en général, les Seconds Analytiques des syllogismes dont les prémisses sont nécessaires et les Topiques traitent des syllogismes dont les prémisses sont probables (raisonnement dialectique à partir d’opinions généralement acceptées).

Si Aristote passe pour l’inventeur de la logique formelle, le statut de la logique dans sa pensée n’est pas très clair : est-elle un organon (instrument, outil) ou une propédeutique ? Nous ne le savons pas. Il semble, mais c’est fort douteux, que la logique devait permettre à ses yeux d’inventer des raisonnements producteurs de savoir ; néanmoins il en use très rarement. Il est donc possible qu’Aristote entendait en réalité mettre le savoir déjà constitué sous la forme systématique du syllogisme.

Toujours est-il qu'aux Topiques la dialectique devient un simple exercice dénué de certitude scientifique, toutefois cet exercice souligne la nécessité de bien distinguer le sens des mots, pour éviter les confusions. Les Catégories analysent donc les termes des propositions ; de même, la proposition sera définie comme la composition d’un sujet et d’un attribut, car selon lui, un problème dialectique consiste à demander si l’un appartient réellement à l’autre ou non. La forme de la proposition est donc : B appartient à A. (Ceci n'empéche que plus tard, le Ch. 4 de Mét. Γ accorde à la dialectique un rôle bien plus substantiel, puisque la réfutation offre le seul chemin pour parvenir a une preuve du 'principe'.)

La logique d’Aristote fut longtemps dominante, développée et perfectionnée au Moyen Âge ; mais elle n’est pas la seule logique de l’Antiquité ; il existe aussi une logique mégarico-stoïcienne, très différente dans ses principes (voir Stoïcisme).

La logique aristotélicienne du tout vrai ou tout faux (ou du tiers exclu) est parfois considérée[réf. nécessaire], notamment de nos jours comme une logique binaire représentant mal la complexité des choses. Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que l'évidence de ce principe de bivalence soit clairement remise en question, et que se développent des logiques non standard (logique trivalente, logique floue…)[16].

Par ailleurs la logique ne peut se comprendre que par sa relation organique avec la rhétorique. La rhétorique use des mêmes moyens que ceux de la logique, mais au lieu d'argumenter sur des vérités ou des postulats scientifiques, elle argumente, usant des mêmes méthodes, sur des opinions, des vérités singulières. C'est pourquoi la rhétorique est, chez Aristote, le moyen propre au débat et à la réflexion dans la vie politique, la polis, tandis que la logique, opératoire dans la science, est inefficace et même nuisible dans la vie politique. La Rhétorique forme ainsi l'articulation pratique, dans l'œuvre d'Aristote, entre la Politique, les Éthiques, et la Logique. Elle explique comment et pourquoi l' homme, animal doué de raison et qui parle (en grec ces deux qualités se nomment simplement le logos), utilise la parole pour parfaire, dans la polis, sa nature. L'homme en société rend l'organon pratique.

Chez les Aristotéliciens arabes du Moyen Âge, essentiels pour la transmission de cet aspect de l'aristotélisme, l'organon logique incorpore le syllogisme rhétorique ou enthymème, et l'argumentation poétique, en continuité.

La physique

Article détaillé : La Physique (Aristote).

La physique est, comme l’indique son nom, la science de la nature (« physique » vient du grec physis (ϕύσις) signifiant « nature »). Comme toute science, elle a pour but de connaître son objet par les causes. Ce concept de nature désigne pour Aristote un principe interne de mouvement et de repos. La première chose à faire pour établir cette science, une fois le mot défini, est de montrer que la nature existe : y a-t-il des choses en mouvement, et la cause de ce mouvement est-elle une nature, i.e. un principe ?

Aristote tente de définir le mouvement : « acte (entéléchie) de la puissance en tant que telle » (Physique, III, 1, 201, a 10s). Certains traducteurs écrivent « tel » au masculin. Que faut-il en penser ? Cette question est toujours l’objet d’une réflexion approfondie.

La psychologie

Article détaillé : De l'Âme.

Un corps organisé a la vie en puissance, c’est-à-dire qu’il ne possédera les fonctions vitales de nutrition, de croissance, etc. que s’il possède la forme-substance de l’âme. Dans De l’Âme (livre II), Aristote définit celle-ci comme « l’entéléchie première d’un corps naturel qui a la vie en puissance. » L’âme n’est pas toujours en acte dans le corps (comme dans le sommeil par exemple), mais elle est toujours la condition nécessaire des fonctions du corps. Elle est donc le principe animant du corps, son moteur immobile : Aristote s’oppose ici encore à Platon, en rejetant les théories de l’âme comme pilote du corps qui impliquent l’indépendance de la première par rapport à ce dernier. En réalité, pour Aristote, il n’y a pas de vie séparée ni de l’un ni de l’autre.

L’étude de l’âme relèvera donc de la biologie et de la physique, par l’étude des puissances de l’âme, ce que nous appellerions la psychophysiologie : étude des fonctions nutritive, sensitive, motrice et cognitive. Ces fonctions sont hiérarchisées dans l’organisme vivant. Par exemple, pour avoir la cognition, il faut nécessairement posséder la sensation. Ces fonctions ne diffèrent pas réellement les unes des autres, l’âme est bien une dans le corps, mais on les distingue logiquement, suivant leur fonction.

La biologie

Les œuvres consacrées à la biologie représentent près du tiers de l’œuvre d’Aristote. On pense généralement que ces œuvres sont les plus tardives, écrites bien après l’Organon ; il abandonne complètement sa logique, au profit de la seule observation : la théorie devra rendre compte de ce qui est observé, et non l’inverse — alors que Platon, dans sa classification des animaux (cf. Le Sophiste) met les poissons dans le même groupe que les oiseaux, ou qualifiait l’homme d’« animal bipède sans plumes ».

Ces œuvres semblent adressées à un public cultivé, moins large que celui auquel les dialogues étaient destinés, mais ne se limitant pas aux membres du Lycée.

Une des difficultés auxquelles se heurte Aristote est que la nature est le lieu de l’accidentel : on ne peut discourir sur ce qui se produit nécessairement, comme c’est le cas pour la théologie ou les mathématiques, mais sur ce qui se produit le plus souvent : le meilleur exemple est l’existence des monstres. La nature n’est pas pour autant complètement livrée au chaos, un ordre se dégage de l’observation : « la nature ne fait rien en vain ni de superflu » : tout a sa raison d’être, donc est explicable par la raison.

Cette œuvre est principalement descriptive : L’Histoire des Animaux n’est qu’une compilation de faits concernant la vie des différentes espèces animales ; Parties des Animaux s’intéresse lui à la classification des animaux par genre et par espèce. Ce pan de la science aristotélicienne aura une durée de vie bien plus importante que sa physique : cette dernière fut critiquée et mise à bas par les découvertes de Galilée (1564-1642), mais la classification des animaux d’Aristote perdurera jusqu’à Buffon (1707-1788).

Les végétaux

Il n’évoque les végétaux que pour les situer dans un plan plus général d’organisation des organismes vivants, Aristote ne s’intéresse qu’assez peu à l’étude des plantes pour elles-mêmes. Aristote dit que les plantes se nourrissent essentiellement d'humus, c'est-à-dire de matières organiques, qu'elles puisent dans le sol.

Les couleurs

Dans De Coloribus, Aristote inaugure non seulement la science des couleurs, mais aussi la relation entre la couleur et le caractère. C’est ainsi qu’il soutient que ceux qui sont extrêmement noirs (agan melanes) sont couards : ce serait le cas des anciens Égyptiens, qui selon lui étaient agan melanes, trop noirs. Mais poursuit-il, ceux qui sont trop blancs sont aussi couards. De Coloribus fait d’Aristote le père de la science des couleurs et dans une certaine mesure de la sociobiologie.

Les oiseaux

Aristote traite des oiseaux dans le livre IX de l'Histoire des animaux. Mais les espèces qu’il cite le sont dans le désordre et ne révèlent aucune tentative de classification. Les faits bien réels et bien observés sont mélangés à de nombreuses erreurs ou à des légendes. Aristote affirme ainsi que si le tonnerre gronde durant l’incubation, les œufs ne donneront aucune naissance ou que si le rossignol se cache durant tout l’hiver ce ne sera que pour réapparaître au printemps.

La métaphysique

Article détaillé : Métaphysique (Aristote).
Le Philosophe

Le mot métaphysique n’est pas connu d’Aristote, qui emploie l'expression philosophie première. Notes de cours peut-être hétérogènes et sans dénomination commune, les papiers classés après la Physique dans la bibliothèque d'Alexandrie prirent ainsi accidentellement le nom de "méta-physique". Néanmoins, il est possible de considérer que cet ensemble de réflexions constitue une certaine unité. On y trouve en particulier énoncé un certain nombre de problèmes qui sont posés relativement à une même question : qu'est-ce qui fait que la totalité de ce qui est est ?, laquelle question semble définir l'objet d'une science dénommée philosophie première. La philosophie première ou métaphysique, c’est donc pour Aristote la science la plus générale, par opposition aux sciences particulières. La philosophie première, c'est la philosophie qui, au lieu de « découper une partie de ce qui est » (genre, espèce, ou autre) pour se poser ensuite la question de son être particulier (Qu'est-ce qui fait que ce qui est vivant est vivant ? ou encore Qu'est-ce qui fait qu'un homme est un homme? ou bien Qu'est-ce qui fait qu'un minéral est un minéral ? etc.) "prend en vue la totalité de ce qui est" pour s'interroger sur ce qui fait que tout ce qui est est. Selon Aristote, la philosophie première est donc la science de l’être en tant qu’il est et non d'une de ses parties, ou encore la science des principes et causes de l’être en tant qu'il est et de ses attributs essentiels. La philosophie première, en posant la question de savoir ce qui fait que tout ce qui est est, se heurte à de multiples problèmes, du fait que « ce qui est se dit en de multiples sens » (Métaphysique, G) ou autrement dit que « ce qui est en tant qu'il est n'est pas un genre » (Métaphysique, B). En effet, ce qui est se découpe en parties distinctes (supra-lunaire et sub-lunaire, les différents genres, les différentes espèces, etc.) dont les principes et les causes semblent définitivement hétérogènes les unes aux autres.

Pour répondre à la question de la métaphysique et résoudre les différents problèmes qu'elle pose, la recherche aristotélicienne porte alors plus particulièrement sur les manières de dire l’être. Ainsi la définition des essences dépend-elle de la philosophie première. Dans les Catégories, Aristote explique plusieurs sens de ce qui se dit simplement, c'est-à-dire de ce qui se dit sans combinaison (les termes des propositions) : substance (οὐσία / ousía), qualité, quantité, relatif, lieu, temps, position, action, passion, avoir. Cette liste est variable et semble devoir être complétée par d’autres concepts, tels que être en puissance ou en acte, privation, possession, antérieur, postérieur. Mais pour ce qui est de l’être, tous les sens dérivent du sens primitif et essentiel de l’être de la substance. La question fondamentale de la métaphysique est donc la substance. Selon lui, en effet, toute métaphysique se réduit à la question suivante : qu’est-ce que la substance ? Le livre Z de la Métaphysique cherche à répondre à cette question (voir substance (Aristote)).

Aristote se fonde toujours sur le même réseau de concepts, qui sont définis dans les livres Α et Δ de Métaphysique :

On parle parfois d'une orientation onto-théologique de la philosophie première : en effet Aristote semble dans certains livres (le livre E en particulier) reconduire la question ontologique du livre gamma (qu'est-ce qui fait que tout ce qui est est ?) dans une question de type théologique (quel est la première cause qui amène à l'être l'ensemble de ce qui est ?). Dans la Métaphysique, [17] il décrit Dieu comme le premier moteur immuable, incorruptible[18], et le définit comme la pensée de la pensée, c'est-à-dire comme un Être qui pense sa propre pensée, l'intelligence et l'acte d'intelliger étant une seule et même chose en Dieu[19]. Il est en ce sens une forme ou un acte sans matière qui provoque en premier l'ensemble des mouvements et par suite l'actualisation de l'ensemble de ce qui est.

Sciences pratiques

L’Éthique

Dans le domaine de l’action, Aristote distingue la praxis, action immanente qui a sa fin en elle-même, et la poïesis, au sens large la production d’une œuvre extérieure à l’agent. Cette distinction place d’une part les sciences pratiques (éthique et politique) et les sciences poétiques.

Le bonheur

Selon Aristote, toute action tend vers un bien qui est sa fin ; mais on peut subordonner les fins à la fin dernière de l’homme par rapport à laquelle elles sont elles-mêmes des moyens. Le postulat est donc l’unité des fins humaines. Il ne semble pas considérer la possibilité de conflits par exemple entre des fins techniques et des fins morales.

Le bien suprême est le bonheur, mais les opinions le concernant sont variables : ce bien serait le plaisir, les honneurs ou les richesses. Cependant pour Aristote, le bien suprême est au-delà des biens particuliers qui ne sont que des moyens par lesquels le bonheur peut se réaliser. La signification du bien n’est donc pas unique, il n’est pas une substance, mais une unité analogique entre différentes acceptions. Aristote souligne trois caractéristiques du souverain Bien :

  • l’autosuffisance ou autarcie: Le bonheur est un bien qui se suffit à lui-même (on ne cherche pas le bonheur pour autre chose que le bonheur)
  • l’achèvement : il est fini, on ne peut rien y ajouter ;
  • son caractère fonctionnel.

Dans sa conception du bonheur, Aristote ne se limite pas à la vertu : le bonheur ne peut être achevé sans les biens du corps et les biens extérieurs. Aussi le bonheur de l’homme, s’il dépend de lui, dépend aussi des circonstances extérieures ; dire comme les Stoïciens que le sage est heureux jusque sous la torture, « c’est parler pour ne rien dire ». Au contraire, l’homme vertueux est celui qui compose avec les circonstances pour agir avec toujours le plus de noblesse possible : l’homme se contente du meilleur possible, sans être passif, et ne recherche pas un absolu illusoire.

Enfin, le dernier caractère du bien, est d’être l’acte propre de chaque être :

  • le bonheur n’est pas être, possession ou simple potentialité, il est usage effectif, activité et faire ;
  • l’acte propre de chaque être est celui qui est le plus conforme à son essence : c’est l’excellence de l’âme, dans les vertus intellectuelles et morales.

Le philosophe Jean Greisch proposait de traduire le terme εὐδαιμονία, par épanouissement plutôt que par bonheur. En effet, le bonheur est actuellement identifié à des instants subjectifs qui procurent un certain grisement. Le bonheur chez Aristote est tout autre : il s'agit plutôt d'un état de vie constant, rationnel et vertueux, qui se vit notamment dans la sphère politique, c'est-à-dire dans la vie de la cité grecque[20]. Ce bonheur est appelé bonheur humain en ce qu'il s'agit de l'épanouissement de l'être humain dans la vie de la cité, sous la conduite de la droite raison et des vertus.

Cependant, il existe un bonheur supérieur au bonheur humain : c'est ce qu'Aristote appelle le bonheur divin[21]. Il s'agit de l'activité de l'intelligence spéculative en tant qu'elle trouve sa fin en elle-même et ne vise rien de supérieur. Aristote constate qu'il s'agit là du bonheur des dieux : la vie de l'intelligence est également divine par rapport à l'existence humaine. Ce bonheur que procure l'activité de l'intelligence est absolument indépendant de tout autre chose et il est voulu pour lui-même[22]

La vertu

La vertu (aretè, excellence) est une disposition acquise, consistant dans un « juste milieu relatif à nous, lequel est déterminé par la droite règle et tel que le déterminerait l’homme prudent » (Éthique à Nicomaque). Ce n’est ni un don, ni une science. La moralité n’est pas seulement de l’ordre du logos (connaître le bien ne suffit pas pour le faire), mais du pathos et de l’êthos (mœurs). La vertu doit donc pénétrer la partie irrationnelle de l’âme, siège des vertus morales (contrairement aux vertus dianoétiques, propres à la partie rationnelle de l’âme).

Aucune définition générale de la vertu ne peut être donnée, car c’est l’expérience de l’homme prudent, son discernement acquis qui sont les critères de la droite règle. Il y a néanmoins une norme objectivable : le milieu entre un défaut et un excès, l’usage mesuré de la passion qui n’est pas une moyenne mathématique mais un équilibre individualisé et relatif à la situation. Aristote définit donc les vertus dans les situations sans lesquelles elles n’existent pas. L’existence précède ainsi le concept d’une vertu.

La vertu peut prendre deux formes : la vertu éthique ou « prudence » (phronesis) et la vertu intellectuelle ou « sagesse » (sophia).

La prudence : phronesis

Article détaillé : Phronesis.

La prudence, ou sagacité, (φρόνησις)[23] est une vertu morale qui s'attache aux actes contingents, c'est-à-dire relativement au bon agir. Cette disposition a pour fin le sujet agissant lui-même, c'est-à-dire que la prudence permet de se constituer vertueux[24]. Elle réglemente en quelque sorte l’usage des passions c’est-à-dire qu’elle consiste en un juste usage des passions et des affects (pathoi) selon les circonstances. C'est pourquoi, bien qu'elle soit dans la partie rationnelle de l'âme, elle ne porte pas sur le nécessaire mais sur le contingent, puisqu'elle agit selon les circonstances. La prudence consiste par exemple à savoir quand il faut être en colère, jusqu’à quel point et avec qui. Elle est donc capacité à agir selon les circonstances de façon adéquate : l'homme prudent sait appliquer, après délibération, les principes universels aux situations particulières.

La sagesse

La sagesse ou sophia (σοφία) est la vertu de la partie rationnelle de l'âme qui s'occupe du nécessaire. Elle s'occupe des premiers principes théoriques et pratiques. La sagesse est donc une science : "qui connaît en vue de quelle fin les choses sont faites, fin qui est, dans chaque être son bien et du souverain Bien dans l'ensemble de la nature[25]. C'est donc la science théorétique la plus élevée, c'est-à-dire la science architectonique par excellence[26]. Et comme elle s'attache à comprendre le monde de façon scientifique, c'est-à-dire à décrypter la nécessité dans les choses, elle prend la forme de la physique, de la cosmologie, de l'ontologie et de la théologie. Mais elle est également une totalité, savoir qu'elle englobe également la vertu de prudence (ou de sagacité) et la vie vertueuse qui est plutôt pratique.

Comme elle consiste en la contemplation des vérités nécessaires et loin des contingences, elle est dite divine[27]. Celui qui est sage (sophos) se consacre donc à une vie contemplative (bios theoretikos) loin des passions et des souffrances. C’est cette vertu qui constitue la plus haute forme de vertu selon Aristote et non la prudence.

Volonté et responsabilité

Articles détaillés : Volonté et Responsabilité.

Aristote est le premier philosophe de l’Antiquité à avoir analysé les conditions de la détermination volontaire.

Certaines de nos actions ne peuvent être rapportées à notre volonté et on ne peut par conséquent nous en rendre responsables. Ces actions, ce sont celles que nous faisons par violence ou par ignorance. Nous subissons en effet quelquefois des contraintes extérieures auxquelles il nous est impossible de résister. Nous ne sommes donc pas responsables de notre conduite.

Mais un homme peut faire aussi une mauvaise action parce qu’il ignore qu’elle est mauvaise, et qu’il n’a pas l’idée d’une action meilleure qu’il faudrait faire. On ne peut donc l’accuser de faire volontairement le mal. Néanmoins, l’ignorance ne conduit pas nécessairement au pardon : il y a des cas où l’on punit l’ignorance, parce qu’il est des choses qu’il dépendait de l’homme de savoir et qu’il aurait dû savoir (Éthique à Nicomaque, III). Et ainsi, nous nous apercevons parfois de notre ignorance et notre erreur, et nous reconnaissons que nous avons mal agi. Mais, quoiqu’il en soit de notre ignorance, elle n’est jamais absolue, et nous considérons toujours les principes généraux qui doivent diriger la volonté. En conséquence, nous commettons le mal en nous trompant sur les circonstances où nous sommes et sur les moyens qu’il s’agit d’employer.

Qu’en est-il des actions faites en vue du plaisir ? Nous les faisons toujours de nous-mêmes, que nous soyons motivés par des sentiments nobles ou par l’égoïsme de la passion. Notre volonté les fait parce que nous y trouvons notre plaisir : nous en sommes donc responsables :

« Que si l’on prétend que tout ce qui est agréable et beau exerce sur nous une sorte de contrainte, attendu que ce sont des objets extérieurs, alors il faudrait dire que tout exerce sur nous un empire violent ; car c’est toujours en vue de ces choses que les hommes font tout ce qu’ils font, malgré eux et par conséquent avec peine, les autres avec plaisirs, parce qu’ils n’envisagent que le côté agréable. Or il est ridicule d’accuser les objets extérieurs plutôt que de s’en prendre à soi-même de la facilité que l’on a à s’en laisser séduire. (Éthique à Nicomaque, III) »

La politique et l’économie

Article détaillé : Histoire de la pensée économique.

La Politique est l’un des plus anciens traités de philosophie politique de la Grèce antique.

Le mot politique tire son étymologie du mot grec polis, qui correspond à la cité (dans l’étymologie latine civitas).

La cité est définie comme la communauté politique, et celle-ci nettement distinguée des communautés familiales et villageoises dont la fin est la reproduction (biologique et économique) de la vie, condition nécessaire mais non suffisante de son humanité. Ce qui distingue précisément l'homme, qui est défini dans sa spécificité comme un « animal politique » : ἄνθρωπος φύσει πολιτικὸν ζῷον (anthropos phusei politikon zoon) Cette faculté, selon Aristote, est révélée par notre langage, dont la fin est de démarquer le juste de l'injuste ou de dénoncer les faux savoirs, les réputations usurpées. C'est-à-dire qu'il réalise pleinement et ne parvient en ce sens à l'autarcie en tant qu'homme que dans la communauté politique. Vivre en effet ne lui suffit pas : vivre bien, s'épanouir, suppose encore de vivre dans une communauté de justice, qui le reconnaîtra à sa valeur en lui donnant ce qui lui revient. C'est en ce sens que la cité est nécessaire à l'homme, et que celui-ci ne peut exister pleinement qu'en elle, comme la partie dans le tout : d'une nécessité spirituelle, bien plus que matérielle.

Aristote n'est cependant pas naïf, et tient deux analyses en même temps : chaque homme revendique la justice pour bien vivre et se réaliser, et c'est pourquoi au-delà de la communauté familiale et de la communauté économique (le « village ») il ne peut vivre pleinement homme que dans la cité (communauté politique) - celle-ci étant définie par la fin commune de ses membres, la justice. Mais si la justice est notre fin commune (et nous nous accordons tous en ce sens sur sa définition : donner à chacun ce qui lui revient, ce à quoi il a droit, ce qu'il mérite), elle est en même temps une fin disputée. Car si tous s'accordent sur sa définition, personne ne s'accorde sur ses critères (qui mérite quoi ? en fonction de quel critère ?). Le livre IV de La Politique, qui porte précisément sur les causes des séditions, explique clairement ce point par une analyse sociologique avant la lettre : chaque classe, suivant sa position sociale, interprète les critères de la justice à son avantage. Le riche estime que le critère du mérite est la richesse, le noble estime qu'il s'agit de la noblesse (la vertu), et le peuple, dénué de tout, estime que ce n'est aucune propriété en particulier mais la liberté qu'il possède en commun avec toutes les autres classes... La communauté politique est donc essentiellement une communauté de la mésentente et du conflit : chacun visant la même fin de justice, mais interprétant son contenu suivant des critères divergents.

Dans La Politique, Aristote tend à analyser l’origine, la finalité et le fonctionnement de l’État, mais aussi à étudier le fonctionnement des régimes politiques de son époque. Son but est de dégager le meilleur régime politique possible, l’État idéal. En même temps, il veut que cela soit réalisable.

D’autre part, Aristote poussa la réflexion sur l’économie plus loin que Platon. Aristote est un fondateur de la pensée médiévale, en économie en particulier, et on trouve dans ses ouvrages des concepts précurseurs de la pensée économique moderne.

Aristote montre avec Les économiques et l'Éthique à Nicomaque la différence fondamentale entre l’économique et la chrématistique. La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est l’art de s’enrichir, d’acquérir des richesses. Selon Aristote, l’accumulation de la monnaie pour la monnaie est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s’y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l’accumulation de richesses. Il y a en effet confusion entre le moyen et la fin : l'argent est un moyen pour échanger des valeurs d'usage en vue de satisfaire la vie. La chrématistique ne consiste en revanche qu'à accumuler la richesse comme fin en soi, comme si celle-ci en elle-même pouvait épanouir l'être humain.

L'homme est d'abord un animal politique. C'est la grande thèse aristotélicienne, sur laquelle il va bâtir toute sa philosophie politique. L'exigence de justice, si conflictuelle soit elle dans la cité, domine la vie et permet seule en se réalisant de réaliser l'être humain.

Rhétorique

Article détaillé : Rhétorique (Aristote).

Aristote compose trois ouvrages de rhétorique majeurs : la Poétique, la Rhétorique et les Topiques.

Platon et Aristote discourant[28].

Pour Aristote, la rhétorique est avant tout un art utile. Moins qu'un moyen de persuasion, elle est un « moyen pour argumenter, à l'aide de notions communes et d'éléments de preuves rationnels, afin de faire admettre des idées à un auditoire »[29]. Elle a pour fonction de communiquer les idées, en dépit des différences de langage des disciplines. Aristote fonde ainsi la rhétorique comme science oratoire autonome de la philosophie[note 1].

Par ailleurs, Aristote va développer l'art rhétorique. En distinguant trois types d'auditeurs, il distingue ainsi, dans la Rhétorique[note 2], trois genres rhétoriques, chacun trouvant à s'adapter à l'auditeur visé et visant un certain type d'effet social :

Les trois genres du discours
Auditoire Temps Acte Valeurs Argument type
judiciaire Juges Passé Accuser - défendre Juste - injuste Enthymème (ou déductif)
délibératif Assemblée Futur Conseiller -déconseiller Utile - nuisible Exemple (ou inductif)
épidictique Spectateur Présent Louer - blâmer Noble - vil Amplification

À chaque discours s'accorde une série de techniques et un temps particulier : le passé pour le discours judiciaire (puisque c'est sur des faits accomplis que porte l'accusation ou la défense), le futur pour le délibératif (on envisage les enjeux et conséquences futures de la décision objet du débat), enfin le présent essentiellement mais aussi le passé et le futur pour le démonstratif (il est question des actes passés, présentes et des souhaits futurs d'une personne). Le judiciaire a le syllogisme rhétorique ou enthymème comme instrument principal, le délibératif privilégie l'exemple et l'épidictique enfin met en avant l'amplification.

Chaque ouvrage d'Aristote permettra ainsi de rendre une méthodologie rationnelle de l'art oratoire. L'héritage platonicien, en dépit de divergences fondamentales entre les deux philosophes, est ainsi conservé à travers la dialectique. Aristote en définit les règles dans les livres V et VI de l' Organon. Celle-ci se fonde sur la logique, également codifiée par Aristote. Les Topiques définissent le cadre des possibilités argumentatives entre les parties, c'est-à-dire les lieux rhétoriques. Pour Jean Jacques Robrieux, « Ainsi est tracée, avec Aristote, la voie d'une rhétorique fondée sur la logique des valeurs »[30]. Par ailleurs, Aristote a surtout permis la tripartition ethos, pathos, logos[31].

Poétique

Article détaillé : Poétique (Aristote).
Aristote sur une fresque murale à Rome

Dernière œuvre du corpus aristotélicien, probablement une des plus connues d’Aristote, La Poétique s’intéresse aux différents aspects de l’art poétique, comme la tragédie, l’épopée, et de manière anecdotique la musique. Aristote mentionne un futur ouvrage sur la comédie qui fait partie des œuvres disparues d’Aristote.

Contrairement à son maître, Platon, qui entre autres dans La République et dans Les Lois s’était montré très critique envers la tragédie, considérant qu’elle avilissait l’homme et lui faisait croire sur les dieux des choses fausses, Aristote voit dans cet art un moyen pour l’homme de purifier l’âme de ses passions.

Cette purification, ou catharsis vient de la pitié et la crainte qu’éprouvent les spectateurs envers les personnages de la tragédie. Pour que cette catharsis soit possible, il faut que les personnages soient une imitation (mimêsis) des passions humaines, des imitations aussi vraisemblables que possibles. L’intrigue, elle, doit être aussi cohérente que possible, et se dérouler sans accroc depuis la situation de départ jusqu’à la conclusion. Le meilleur exemple, pour Aristote, c’est l’Œdipe Roi, de Sophocle ; à l’opposé, la Médée d’Euripide est considérée comme un exemple inférieur de tragédie, du fait du deus ex machina final (Médée emporte les cadavres des enfants qu’elle a eu avec Jason sur un chariot de feu).

La manière dont opère la catharsis n’est pas claire, dans le texte d’Aristote. Les spectateurs des tragédies prennent plaisir à voir des scènes qui leur seraient insoutenables dans la vie quotidienne : c’est peut-être dans cette esthétisation que les sentiments peuvent se purifier.

Postérité

L’œuvre d’Aristote (aristotélisme) a eu une postérité considérable. Son œuvre s’est transmise en plusieurs étapes, tantôt avec une fidélité exacerbée, tantôt avec de profondes remises en causes.

Antiquité

Les ouvrages d’Aristote tels que nous les connaissons n’ont pas été conçus par Aristote lui-même. Le classement de ces notes en volumes est dû à Andronicos de Rhodes, le premier éditeur d’Aristote, qui vécut vers le IIe siècle av. J.-C. Nous lui devons les titres des ouvrages d’Aristote, comme Éthique à Nicomaque ou la Métaphysique.

Le successeur d'Aristote à la tête du Lycée fut Théophraste, qui écrivit des ouvrages sur les plantes et conçut le « Premier moteur » de manière plus immanente que ne l'avait fait Aristote lui-même.

À la disparition du Lycée, certains travaux d’Aristote disparaissent ; des ouvrages sont perdus (dont une partie, qui n’était vraisemblablement composée que de copies des originaux, lors de la destruction de la Bibliothèque d’Alexandrie), et la Métaphysique ne fut éditée que très tardivement.

Aristote fut commenté par la tradition néoplatonicienne et intégré à cette philosophie, qui tenta une synthèse entre Platon, Aristote et l'orientalisme, par exemple Plotin, Porphyre et Simplicius.

Le philosophe latin Boèce, également consul de l’Empire romain autour de l’an 500 sous le roi ostrogoth Théodoric le Grand, traduisit la Logique et les Analytiques d’Aristote. Il laissa en outre trois livres de commentaires. Son œuvre, à la disposition des intellectuels du haut Moyen Âge, fait de lui un relais majeur entre l’Antiquité et le Moyen Âge occidental.

Moyen Âge

Articles détaillés : Scolastique et Thomas d'Aquin.

Au Moyen Âge, sa philosophie spéculative fut redécouverte, dans un contexte de rivalités d’écoles, grâce aux philosophes judéo-musulmans, en particulier à Maïmonide et Averroès. Au XIIe siècle se déroula un mouvement général de traduction d’œuvres de philosophes et scientifiques grecs et arabes par des érudits des trois grandes religions monothéistes (christianisme, judaïsme, islam). (Voir Hunayn ibn Ishaq). Ces traductions eurent lieu entre 1120 et 1190, à Tolède puis dans quatre villes d’Italie (Palerme, Rome, Venise, Pise). Cette période correspond à la Renaissance du XIIe siècle. Les œuvres d’Aristote furent traduites mot à mot en latin par Albert le Grand et Guillaume de Moerbeke, proche de Thomas d’Aquin.

Au XIIIe siècle, la philosophie aristotélicienne, transformée par Thomas d’Aquin en doctrine officielle de l’Église catholique, malgré quelques soubresauts tels la Condamnation de 1277 d'un ensemble de propositions aristotéliciennes par l'évêque de Paris Étienne Tempier, devint alors la référence philosophique et scientifique de toute réflexion sérieuse, donnant ainsi naissance à la scolastique et au thomisme. On considère que Thomas d’Aquin a effectué une réconciliation entre les œuvres d’Aristote et le christianisme. Il a notamment commenté la Métaphysique, le livre De l'âme, les Politiques, la Logique et l'Éthique à Nicomaque. Aristote est l'auteur le plus cité dans la Somme théologique et il y a eu de nombreux conflits d'interprétation entre Thomas d'Aquin et les philosophes musulmans comme Averroès. Le succès de cette entreprise fut si grand que dans les Universités Chrétiennes, on nommait Aristote simplement « le Philosophe ».

Le franciscain Roger Bacon, au XIIIe siècle, entreprit de vérifier par curiosité certains aspects de l’œuvre d’Aristote qui n’avaient pas fait l’objet d’une révision critique. À sa surprise, il découvrit que quelques faits exposés dans l'Organon étaient erronés.[réf. nécessaire]

La via moderna et le nominalisme (Guillaume d'Ockham) réformèrent la philosophie aristotélicienne et préparèrent le terrain pour la Renaissance. Par ailleurs, Dante Alighieri s'inspire beaucoup de l'aristotélisme, sous sa forme thomiste et averroïste, par exemple dans le De la Monarchie.

Époque moderne

Article détaillé : Galileo Galilei.

Des controverses internes à la scolastique avaient commencé à entraîner son déclin au XVIe siècle : en France, le premier à remettre en cause la doctrine physique d’Aristote fut Pierre de la Ramée (1515-1572) qui déclara dans sa thèse : « quaecumque ab Aristotele dicta essent commentitia esse », « tout ce qu’a dit Aristote n’est que fausseté ».

Francis Bacon, l'un des pères de la science et de la philosophie modernes, contestera l'autorité d'Aristote dans Du progrès et de la promotion des savoirs (1605) : « Le savoir dérivé d'Aristote, s'il est soustrait au libre examen, ne montera pas plus haut que le savoir qu'Aristote avait. »

La Réforme protestante est une vaste réaction contre l'intellectualité scolastique, et Luther ne perdra pas une occasion dans sa correspondance d'exprimer sa haine contre la pensée d'Aristote (sous sa forme thomiste, qui servit idéologiquement à justifier le papisme).

De même, Nicolas de Cues s'oppose vivement à l'aristotélisme et au thomisme, notamment dans la Docte ignorance, leur préférant le socratisme platonicien et la mystique de Maître Eckhart.

De manière générale, un grand mouvement pluriel de réaction à la doxa aristotélicienne (l'aristotélisme scolastique) naît à la Renaissance, qui aboutira à la science et à la philosophie modernes.

Il faudra attendre Galilée puis Torricelli et Blaise Pascal pour que, sur des bases expérimentales, quelques-uns de ses enseignements en matière de sciences physiques soient contestés : suicide du scorpion entouré de flammes, vitesse de chute des corps proportionnelle à leur poids, horreur de la nature pour le vide, etc. Les critiques de l’époque moderne ne sont pas surprenantes étant donné qu’Aristote vécut au IVe siècle av. J.-C., et qu’il ne disposait pas des moyens d’observation et d’expérimentation scientifiques apparus à partir du XVIIe siècle.

Aristote peint par Raphaël

À partir du début du XVIIe siècle, la controverse sur les représentations du monde (géocentrisme contre héliocentrisme) entraîna la remise en cause de l’œuvre d’Aristote. En effet, dans ce que l’on appela ultérieurement la Métaphysique, Aristote représentait le monde en deux parties (sublunaire et supralunaire). Les astres étaient supposés être des sphères parfaites. Cette conception dans laquelle la Terre se trouvait au centre de l’univers, développée par Ptolémée et non remise en question pendant presque un millénaire et demi, déjà remise en cause par Copernic (1543), fut évidemment fortement discutée à partir du début du XVIIe siècle par des personnages comme Giordano Bruno, et surtout Galilée. Galilée avait mis en scène dans le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo de 1632) trois personnages, dont l’un (Simplicio) était favorable aux théories d’Aristote. Galilée fut condamné en juin 1633, et sa peine commuée par Urbain VIII en assignation à résidence.

Descartes apprit l’issue du procès de Galilée en novembre 1633, et lorsqu’il reçut une copie de l’ouvrage de Galilée, il renonça à publier son propre ouvrage (le Traité du monde et de la lumière).

C’est ainsi que Descartes décida de se lancer dans une carrière philosophique, et écrivit successivement le célèbre Discours de la méthode (1637), les Méditations métaphysiques (1641), et les Principes de la philosophie (1644). Descartes, influencé par les idées de son siècle, critiqua vivement les positions des aristotéliciens" et précipita la fin de la scolastique, parachevée par l'empirisme et Kant.

On reprochait à l’œuvre d’Aristote quelques invraisemblances dans sa physique, par rapport aux découvertes de la science moderne au XVIIe siècle, comme par exemple :

  • Monde sub-lunaire/ supralunaire (Sphères parfaites, en contradiction avec les montagnes sur la lune, les taches solaires, les satellites de Jupiter observés par Galilée),
  • Mouvement, associé à la force, et non à l’accélération (en fait la force correspond à la cause efficiente).

Époque contemporaine

La philosophie cartésienne et ses suites au XVIIIe eurent donc pour effet de faire oublier la métaphysique d’Aristote, et par voie de conséquence, toute sa philosophie et la métaphysique scolastique. Dans la plupart des ouvrages d’histoire des sciences et de philosophie, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’œuvre d’Aristote a systématiquement été décriée, en raison de la représentation géocentrée, en même temps que l’on critiqua les erreurs de l’Église catholique dans le procès de Galilée.

Néanmoins, le XIXe siècle vit un retour à la métaphysique aristotélicienne, sous la plume de Ravaisson, Trendelenburg et Brentano, précédés d'ailleurs par la dernière philosophie de Schelling. Le mouvement initié par Brentano aboutit à la révolution philosophique de Heidegger, qui repose la question de l'être, occultée par les modernes, à partir de son commencement aristotélicien.

L'influence d'Aristote demeure dans la philosophie contemporaine avec les nombreuses références à son œuvre dans la pensée d'Hannah Arendt et des philosophes politiques communautaristes. La philosophe américaine Ayn Rand s'en revendique également considérablement.

La grande influence de l'œuvre d'Aristote s’explique sans doute en partie par son caractère encyclopédique, qui tente de totaliser le savoir. Platon l’appelait d’ailleurs « le lecteur ». Pourtant, si l’on a pu considérer Aristote comme la synthèse incarnée de toute la culture philosophique et scientifique grecque, il n’est pas concevable de considérer, aujourd’hui comme hier, que sa philosophie donne une réponse simple et définitive à toute question : au contraire, la lecture attentive de ses œuvres montrent qu’Aristote avait conscience de ce qu’il peut y avoir d’interminable dans la recherche de la vérité, et que certaines questions d’ordre métaphysique restent ouvertes. C’est la postérité d’Aristote qui en donnera une image de dogmatique ayant réponse à tout, et c’est cette image qui sera combattue par Francis Bacon dans son Nouvel Organon. Ainsi, l'Aristote du XIXe siècle sera plus célébré pour ses intuitions métaphysiques et les questions qu'il laisse ouvertes, que pour ses vues scientifiques et encyclopédiques.

Historiquement, Aristote apparaît comme le premier auteur effectuant des classifications hiérarchiques du savoir de façon systématique. Ce mode de classement, qui pourrait être de son invention (il était en tout cas inconnu des bibliothécaires de Sumer), a survécu jusqu’à nos jours. Il est employé par exemple dans les cartes heuristiques depuis les années 1970, dans un esprit holistique. Nous ne commençons à nous en détacher qu’avec les bases de données relationnelles.

En septembre 1998, une encyclique du pape Jean-Paul II (Fides et ratio) souligne l’importance de la philosophie d’Aristote dans la transmission du savoir.

Bibliographie

Liste des œuvres

Manuscrit médiéval de la Physique d’Aristote

Note : cette liste n’est pas chronologique, mais représente l’ordre traditionnel du corpus aristotélicien. L’attribution de certaines œuvres est douteuse (d dans la liste).

En ligne : la traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1892), traduction condamnée par certains spécialistes (dont Léon Robin) [1] [2]

Ouvrages perdus

Trois types d' ouvrages perdus[32] : a) des "discours exotériques", b) des écrits doxographiques ; c) des écrits hypomnématiques.

  • Parmi les discours exotériques (έξωτερικοί λόγοι), dialogues de jeunesse, entre 360 et 350 av. J.-C., destinés à un large public, de forme littéraire, dont il ne reste que des fragments, mais mieux connus que le reste de l'œuvre d'Aristote durant l'Antiquité :
    • Gryllos ou De la rhétorique (360 av. J.-C.) : contre Isocrate
    • Eudème ou De l'âme (355 av. J.-C. ?) : sur l'immortalité, la préexistence, la transmigration de l'âme
    • Protreptique (350 av. J.-C. ? ; surtout conservé dans le Protreptique de Jamblique) : sur la vie contemplative. Trad. Jacques Follon, Invitation à la philosophie. Protreptique, Mille et Une Nuits, 2000, 63 p. Aristote, jeune, est encore platonicien.
    • De la philosophie (Peri philosophías) (350-345 av. J.-C.) : sur la cosmologie, contre les Idées et les Nombres idéaux. H. D. Saffrey, Le 'Peri philosophias' d'Aristote et la théorie platonicienne des Idées Nombres, Philosophia Antiqua, vol. VII, Leyde, éd. E. J. Brill, 1955, XII, 74 p., deuxième édition revue et augmentée avec compte-rendu par H. Cherniss, Leyde, éd. Brill, 1971. Aristote, mûr, fait une critique de la théorie des Nombres idéaux.
  • Parmi les écrits doxographiques, recueils de dogmes :
    • Du Bien (posthume, 300 av. J.-C. selon H. J. Krämer) : texte et trad. Marie-Dominique Richard, L'enseignement oral de Platon, Cerf, 1986, p. 83, 249-286. Sur Platon et son enseignement oral ésotérique.
    • Des Idées : voir S. Mansion, « La critique de la théorie des Idées dans le ΠΕΡΙ ΙΔΕΩΝ d’ Aristote », Revue philosophique de Louvain, 47 (1949), p. 169-202. Sur Platon.
    • Des Pythagoriciens (Περί των Πυθαγορείων) (vers 360 av. J.-C. ?), trad. an. : The Complete Works of Aristotle, J. Barnes édi., Princeton University Press, 1984, p. 2441-2446.
  • Parmi les écrits hypomnématiques, mémoires provenant d'exercices dans l'Académie :
    • Divisions : Aristoteles, Divisiones, édi. par H. Mutschmann, Leipzig, 1906. "Compilation due à un auteur frotté de philosophie platonicienne et aristotélicienne" (Paul Moraux).
    • Des contraires : Aristotelis Fragmenta Selecta, 1955, p. 105.

Ouvrages conservés

  1. Catégories : sur les attributs et les catégories [3]
  2. De l'interprétation : sur le jugement et la proposition en logique [4]
  3. Premiers Analytiques : sur le syllogisme [5]
  4. Seconds Analytiques : sur la démonstration [6]
  5. Topiques : sur les arguments [7]
  6. Réfutations sophistiques : sur les sophismes [8]
  1. De la sensation et des sensibles [15]
  2. De la mémoire et de la réminiscence
  3. Du sommeil et de la veille
  4. Des rêves [16]
  5. De la divination dans le sommeil [17]
  6. De la longévité et de la vie brève
  7. De la jeunesse et de la vieillesse
  8. De la respiration [18]
  9. De la vie et de la mort
    • Histoire des animaux [19]
    • Parties des animaux
    • Du Mouvement des animaux
    • Marche des animaux
    • Génération des animaux [20]

Éditions anciennes

Les éditions anciennes d’Aristote les plus notables sont celles de :

  • Opera omnia (en grec).Alde Manuce (Venise (1495-1498), in-fol. Venise, Alde Manuce. 5 parties en 7 volumes. Œuvres complètes à l'exception de la Rhétorique et de la Poétique, publiées par le même Alde Manuce en 1508 dans un recueil de traités de rhétorique.
  • Sylburg (Francfort, 1585-86), toute en grec
  • Guillaume Duval, (Paris, 1619 et 1654), in-fol., grec-latin
  • Aristotelis opera, Bekker et Brandis, grec-latin, avec un choix de commentaires, édition de l’Académie de Berlin, (Berlin, 1830-1836), 4 vol. in-4. T. I et II : "Les deux premiers volumes, qui contiennent les œuvres d'Aristote, servent de base de référence pour toutes les références au texte d'Aristote : la pagination et les notations de colonnes et lignes en sont reproduites dans toutes les éditions de caractère scientifique." T. III : Aristoteles latine, 1831 : traductions en latin à la Renaissance.
  • la Collection Didot, (1848-60). T. IV : Scholia in Aristotelem, 1836 : extraits de commentaires en grec. T. V, 1870 : Aristotelis fragmenta par Valentin Rose ; Index aristotelicus par Hermann Bonitz.

Les faux : le Pseudo-Aristote

(par ordre alphabétique)

Le nombre des ouvrages mis sous le nom d'Aristote sans qu'il en soit l'auteur est immense.[33]

  • Chyromantia (Ulm, 1490). Oeuvre sur la chiromancie. XIIIe siècle ?
  • Les Économiques. Le premier livre a peut-être été écrit par Théophraste ; le deuxième livre date du IIIe s. av. J.-C. ; le troisième livre est l'œuvre en partie d'un péripatéticien vivant vers 250 av. J.-C. et en partie d'un stoïcien vivant entre 100 et 300. Trad. J. Tricot, Vrin. [29]
  • Des lignes insécables. Écrit par un disciple d'Aristote. Édi. par Maria Timpenaro-Cardini, Pseudo-Aristotelis De lineis insecabilibus, Milan, 1970.
  • Le livre des causes (Liber de causis) (arabe, antérieur à 987). La version latine de ce petit traité apparaît pour la première fois dans la liste des ouvrages traduits de l’arabe à Tolède par Gérard de Crémone (1114-1187), sous le nom de Liber Aristotelis de expositione bonitatis purae. Cette traduction et nombre d’autres ont été faites à partir de 1150 à la demande de Raimond de Bourgogne (Raimondo de Borgoña) archevêque de Tolède, notamment par Dominicus Gundisalvus (Domingo González) et Abraham Ben Levi Ibn David dit Ibn Daoud ou Jean de Séville ou Jean de Luna (1110-1180). Ce livre est commenté par Albert le Grand, Roger Bacon, Siger de Brabant, Gilles de Rome, le Pseudo-Henri de Gand, puis saint Thomas d'Aquin (qui comprend qu'il s'agit d'une adaptation des Éléments de théologie de Proclos). Texte latin et trad. par P. Magnard, O. Boulnois, B. Pinchard, J.-L. Solère, in La demeure de l'être. Autour d'un anonyme, Vrin, 1990.
  • Mélissos, Xénophane et Gorgias. "C'est l'œuvre d'un éclectique du Ier s. apr. J.-C." (David Ross). Édition par H. Diels, Berlin, 1900. [30]
  • Physiognomonica (IIIe s. av. J.-C.). "Combinaison de deux traités, peut-être péripatéticiens" (David Ross). Édi. par C. Prantl : Aristotelis quae feruntur 'De coloribus', 'De audibilibus', 'Physiognomonica', Leipzig, 1881, et W. D. Ross, The Works of Aristotle, 1913, p. 805. Sur la physiognomonie.
  • Les Problèmes. Repose sur des prémisses aristotéliciennes en mathématiques, musique, optique, physiologie... ; mais date du V e ou VIe s. ; trad. en latin par Barthélémy de Messine (vers 1256-1268). Les problèmes, trad. P. Louis, Les Belles Lettres, 1991-1994, 3 t. [31]
  • Rhétorique à Alexandre. Du début du IIIe s. av. J.-C. Avec des éléments aristotéliciens. Rhétorique d'Aristote, trad. P. Chiron, Les Belles Lettres, 2002, CLXXIV-270 p.
  • Le secret des secrets. Se présente comme une lettre adressée par Aristote à son ancien disciple Alexandre le Grand qui vient de vaincre Darius III. Un best-seller au Moyen Âge. Texte occultiste, avec physiognomonie, alchimie, mais aussi médecine, politique. Commenté comme authentique par Roger Bacon en 1275-1280. Le secret des secrets, ou Lettre [d'Aristote] à Alexandre [le Grand] (texte arabe Kitâb Sirr al-Asrâr. Livre du secret des secrets) vers 730, par Sâlim abû al-'Alâ, mais certains historiens, dont J. Ruska (Al-Razi's Buch Geheimnis der Geheimnisse, 1937, rééd. 1973) lui donnent pour auteur Abû Bakr al-Râzî (865-925), d'autres ont proposé Yuhannâ ibn al-Bitrîq, vers 941 ; texte latin Secretum secretorum en version longue vers 1243, par Philippe de Tripoli. Secretum secretorum Aristotelis ad Alexandrum Magnum, Cambridge (Mass.), Omnisys, 1990, 153 p. (reprint de l’éd. de Venise en 1555). Texte en ligne :[32]. Sur l'occultisme.
  • Théologie d'Aristote : paraphrase des trois dernières Ennéades de Plotin, peut-être fondée sur une version syriaque qui remonterait au VIe s. : Platoni Opera édi. par P. Henry et H. R. Schwyzer, t. II, 1959, Bruxelles.
  • Traité du monde (Ier s., mélange de philosophie aristotélicienne et du moyen-stoïcisme de Poseidonios d'Apamée), écrit sans doute à Alexandrie, traduit en latin par Nicolas de Sicile av. 1240. Trad. Jules Tricot, Vrin, 1949.

Études

(par ordre alphabétique)

  • Martin Achard, Épistémologie et pratique de la science chez Aristote. Les Seconds Analytiques et la définition de l’âme dans le De Anima, Paris, Klincksieck, 2004.
  • Pierre Aubenque :
    • Le problème de l’être chez Aristote (1962), PUF, coll. « Quadrige », Paris, 2005 (5e édition) ;
    • La prudence chez Aristote (1963), PUF, coll. « Quadrige », Paris, 2004 (4e édition) ;
  • Émile Boutroux, Leçons sur Aristote, PUF, coll. « Les Grandes leçons de philosophie », Paris, 2002 (rééd.) ;
  • Marie-Hélène Gauthier-Muzellec, L’Âme dans la Métaphysique d’Aristote, éd. Kimé, coll. « Philosophie épistémologie », 1998
  • Alfredo Gomez-Muller, Chemins d'aristote, éditions le félin, Paris, 2002
  • Lambros Couloubaritsis,
    • La Physique d’Aristote (1980), Ousia, Bruxelles, 1998, (ISBN 2870600623) ;
    • Aux origines de la philosophie européenne, De Boeck, Bruxelles, 2005 (4e édition), chapitre 6 ;
  • Alberto Jori, Aristotele, éd. Bruno Mondadori, Milan 2003 (Prix pour l’année 2003 de l’"Académie Internationale d’Histoire des Sciences/International Academy of the History of Science"; fondamental)
  • Kelvin Knight, Aristotelian Philosophy: Ethics and Politics from Aristotle to MacIntyre, Polity Press, 2007.
  • Hubert Laizé, Aristote.Poétique, Paris, PUF, 1999.
  • Augustin Mansion, Introduction à la physique aristotélicienne, Éd. de l'Institut supérieur de philosophie, Louvain, 1987 (2e éd. revue et augmentée, 2e réimpr. anastatique)
  • Jean-Clet Martin, L’Âme du monde. Disponibilité d’Aristote, Les Empêcheurs de penser en rond, 1998 ;
  • Pierre-Marie Morel, Aristote, Flammarion, coll. « GF-Philosophie », Paris, 2003 ;
  • Marie-Dominique Philippe, Introduction à la philosophie d’Aristote, Ed. Universitaires, 1991 ;
  • Christof Rapp, Aristoteles, éd. Junius-Verlag, Hambourg, 2004
  • Marwan Rashed, L'Héritage aristotélien, Textes inédits de l'Antiquité, Les Belles Lettres, (ISBN 2251181059).
  • David Ross, Aristote (1923), trad., Gramma, 1971, 424 p.
  • Thomas d'Aquin, Commentaires des ouvrages d'Aristote
  • Francis Wolff, Aristote démocrate, Article dans : « Philosophie », 1988 (5), n°18, p.53-87.

Anecdote

Au Moyen Âge, les philosophes écrivaient "le PHILOSOPHE", toutes les lettres étant capitales, pour désigner Aristote.

Péripatéticiens

Références

  1. Voir Les stoïciens et leur logique, collectif, Vrin, juillet 2006.
  2. I. Dühring, Aristotle in the Ancient Biographical Tradition, Göteborg, 1957. Gauthier et Jolif, introduction à l' Éthique à Nicomaque, 1958-1959, t. I. C. Natali, Bios theoretikos. La vita di Aristotele..., Bologne, 1991.
  3. Cicéron, De l'orateur, III, 35, § 141.
  4. Aristote, Protreptique ; Métaphysique, A, 9, 990 b 22.
  5. Pseudo-Ammonius, Vie d'Aristote, in Valentin Rose, Aristotelis fragmenta, p. 428 : Aristotelis Opera, Berlin, 1831-1870, 5 t.
  6. Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 4.
  7. Diogène Laërce, V, 2.
  8. Cicéron, Académiques (-45), I, 17. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres (vers 200), V, 2, trad., Le livre de poche, 1999, p. 556.
  9. Aristote, Métaphysique, M, 1.
  10. Diogène Laërce a conservé cet hymne (V, 7, p. 561).
  11. Pseudo-Ammonius, Vie d'Aristote, in Valentin Rose, Aristotelis fragmenta : vol. V des Aristotelis opera de l'édition I. Bekker, 1870.
  12. Aristote, Politique, III, 6, 1278b31 ; VII, 1, 1323a22 ; Métaphysique, M, 1, 1076a26. Hermann Bonitz, Index Aristotelicus (t. V des Aristotelis opera, 1870, de l'édition I. Bekker), 104b44-105a49. David Ross, Aristotle's Metaphysics, Oxford, Clarendon Press, 1924, t. 2, p. 408-410.
  13. Aulu-Gelle, Nuits attiques, XX, 5, 5. Voir Octave Hamelin, Le système d'Aristote, Paris, 1920, p. 53-57 ; Pierre A. Riffard, L'ésotérisme, Robert Laffont, 1990, p. 65-70.
  14. JO Sénat du 12/08/2004 - page 1839 pour un exemple de position pro-chrétienne et un résumé de la position plus consensuelle du gouvernement français sur ce point.
  15. Sylvain Gouguenheim in Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne (éditions du Seuil) expose un point de vue polémique sur la question, et a provoqué une vive réaction de rejet d’une partie de la communauté scientifique.
  16. Cette critique du principe du tiers exclu donnera également naissance à des courants de pensée plus mystiques que réellement philosophiques. L'un des plus notable et la sémantique générale non-aristotélicienne, qui n’apporte cependant aucune innovation majeure par rapport aux travaux antérieurs de Bertrand Russell, et reste donc parfaitement marginal pour la philosophie.
  17. l. Δ, chap. 7 à 9
  18. Dans la Métaphysique, l. Δ, chap. 7
  19. idem
  20. Éthique à Nicomaque, X, 4, 1178a 10-20 (p. 530 de l'édition GF de 2004)
  21. Éthique à Nicomaque, X, 4, 1177b 16-31 (p. 528 de l'édition GF de 2004)
  22. Cette conception de l'activité scientifique comme désintéressée et bonne pour elle-même demeurera en Occident au moins jusqu'à Descartes et son Discours de la méthode.
  23. Ce que les latins traduisent par prudentia ; le traducteur Richard Bodeüs traduit phronesis par sagacité, contrairement à la tradition classique de Jean Tricot
  24. Éthique à Nicomaque, VI, 5
  25. Métaphysique, A, 2, 982a 18
  26. Métaphysique, A, 2b 5-10
  27. Ethique à Nicomaque, Livre X
  28. Luca della Robbia, 1437-1439. Panneau en marbre provenant de la façade nord, registre inférieur, du campanile de Florence.
  29. J-J Robrieux, Éléments de rhétorique et d'argumentation, p. 11.
  30. J-J Robrieux, Éléments de rhétorique et d'argumentation, p. 13.
  31. Voir le chapitre correspondant, in Michel Meyer, Histoire de la Rhétorique des Grecs à nos jours, pp. 47-52.
  32. David Ross, Aristotelis Fragmenta selecta, Oxford, Oxford University Press, 1955 ; trad. an. par David Ross, Aristotle's Select Fragments, Oxford, Clarendon Press, 1952. E. Bignone, L'Aristote perduto e la Formazione di Epicuro, Florence, 1936.
  33. Valentin Rose, Aristoteles pseudepigraphus, Leipzig, 1863.

Notes

  1. Le passage précis sur ce point est dans La Rhétorique, I, 1355a.
  2. Il s'agit en réalité de trois livres.

Voir aussi

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