Ariston de Chios
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Ariston de Chios était un philosophe stoïcien, né au IVe siècle av. J.‑C., originaire de Chios.

Sommaire

Biographie

Très parcellaires, les informations biographiques sur Ariston proviennent, pour l'essentiel, de la Vie et doctrines des philosophes illustres de Diogène Laërce. Cette doxographie du IIIe siècle l'aborde à plusieurs reprises : d'abord dans une courte Vie (VII, 160-164) puis, par intermittence, dans la Vie de Zénon et la Vie de Cléanthe

Ariston serait né à Chios d'un certain Miltiadès[1]. Il se rend à Athènes pour étudier auprès de Zénon. Il fréquente notamment Cléanthe[2]. Il paraît doué d'une certaine facilité d'élocution : il fait « de longs discours sans grand talent naturel, parfois même avec précipitation et témérité »[3]. Zénon critique assez sévèrement cette rhétorique brouillonne : « il faut croire que ton père était ivre quand il t'a engendré »[3]. Il qualifie fréquemment son élève de bavard, par contraste avec son propre style philosophique, plutôt concis[3].

Avant tout intéressé par la morale, Ariston se détourne rapidement des deux autres grand lieux de recherche stoïciens : la physique et la logique. Il tire parti d'une longue infirmité de Zénon pour rompre avec le stoïcisme orthodoxe. Il se rapproche ainsi du platonicien Polémon qui partage ses préoccupations éthiques[4]. Polémon étant décédé en au plus tard en -269, on peut logiquement conjecturer que cette sécession a eu lieu antérieurement.

On le surnommait « la Sirène » : il semble qu'il ait su persuader les foules, car Timon de Phlionte, dans son poème Les Silles, le dit « attirant par sa séduction ». Ayant fondé une école qui ne dura pas, il eut pour élèves Ératosthène, Miltiade et Diphile. Chauve, on le dit mort d'une insolation.

Logique et physique

D'après le témoignage de Sénèque, Ariston aurait jugé la physique et la logique non seulement comme superflues, mais encore comme contradictoires.

Il juge la logique inintéressante. Diogène Laërce résume ainsi sa position : « Les arguments dialectiques ressemblent à des toiles d'araignées ; elles témoignent de beaucoup d'art, mais elles ne servent à rien. » Pour lui, seule compte l'éthique.

Il juge que la physique nous dépasse. Et encore une fois, seule compte l'éthique.

Éthique

Maximes

Pour Ariston, former des maximes n'est pas d'un philosophe, mais d'un précepteur. Aussi l'art de former des maximes ne relève-t-il pas pour lui de l'éthique, ni donc -non plus- de la philosophie.

Négation des préférables

Il tire des conclusions strictes de l'affirmation selon laquelle il n'y a de bon que la vertu, et de mauvais que le vice. Il en déduit qu'il faut être indifférent vis-à-vis de tout ce qui n'a rapport ni au vice, ni à la vertu : richesses, honneurs, pauvreté, vindicte publique, etc. Le sage peut bien feindre extérieurement d'être affecté de joie ou de tristesse pour des choses indifférentes, mais il ne doit pas intérieurement en être affecté[5], car ces choses ne sont ni préférables, ni à éviter (contrairement à ce que prétendait Zénon) : elles n'ont aucun rapport ni avec la vertu, ni avec le vice.

Unité de la vertu

Contrairement à Zénon de Cition, il n'admet pas la pluralité des vertus. La vertu est une, et le courage, la tempérance, etc. ne sont que des manières différentes de considérer la vertu, qui est une.

Le sage est sans représentation fausse

Il combattit le scepticisme de l'Académie d'Arcésilas. Il tenait à la thèse selon laquelle le sage est sans représentation fausse. Persée de Cittium, disciple de Zénon, mit cette prétention d'Ariston à l'épreuve en lui faisant remettre un objet par un jumeau, et en le faisant reprendre par l'autre. Ariston hésita, et Persée tint cela pour une réfutation.

Représentations artistiques

Il n'existe aucune iconographie certaine de Ariston. Une statue de philosophe assis du palais Spada de Rome pourrait représenter Ariston. Elle porte la mention ΑΡΙΣΤ{…]Σ qui a été restitué par Karl Schefold en Ariston de Chios[6]. Richter estime cependant que d'autres restitutions sont possibles, telles que Aristote ou Aristippe[7]. Une seconde représentation, toujours évoquée par Schefold s'avère encore plus douteuse : faute de mention elle pourrait illustrer n'importe quel philosophe stoïcien.

La mort d'Ariston a inspiré une épigramme satirique à Diogène Laërce :

Pourquoi Ariston, âgé et chauve
As-tu donné au soleil ton front à rôtir
Eh bien, en cherchant la chaleur plus qu'il ne fallait,
C'est le froid Hadès qu'en vérité tu as trouvé sans le vouloir

Œuvres

Diogène Laërce fait état des seize œuvres suivantes :

  • Προτρεπτικῶν (Proteptiques, en deux livres)
  • Περὶ τῶν Ζήνωνος δογμάτων (Sur les doctrines de Zénon)
  • Διάλογοι (Dialogues)
  • Σχολῶν (Cours, en six livres)
  • Περὶ σοφίας (Entretiens sur la sagesse, en sept livres)
  • Ἐρωτιϰαὶ διατριϐαί (Entretiens sur l'amour)
  • Υ̓πομήματα ὑπερ ϰενοδοξίας (Notes sur la vaine gloire)
  • Υ̓πομήματων (Notes, en vingt-cinq livres)
  • Ἀπομνημονευμάτων (Souvenirs, en trois livres)
  • Χρειῶν (Chries, en onze livres)
  • Πρὸς τοὺς ῤήτορας (Contre les rhéteurs)
  • Πρὸς τάς Ἀλεξίνου ἀντιραφάς (Contre les réfutations d'Alexinos)
  • Πρὸς τοὺς διαλεκτικούς (Contre les dialecticiens, en trois livres)
  • Πρὸς Κλεάνθην (Contre Cléanthe)
  • Ἐπιστολῶν (Lettres, en quatre livres)

Bibliographie

Sources antiques
Études modernes
  • Christian Guérard, article « Ariston de Chios » in Dictionnaire des philosophes antiques (dir. Richard Goulet), CNRS Editions, Paris, 1994, t. I, p. 400-404
  • Karl Schefold, Die Bildnisse der antiken Dichter, Redner und Denker, Basel, 1943
  • G. M. A. Richter, The Portraits of the Greeks, II, Londres, Phaidon Press, 1965

Notes

  1. Diogène Laërce 1999, p. 815 (VII, 37)
  2. Diogène Laërce 1999, p. 894 (VII, 172)
  3. a, b et c Diogène Laërce 1999, p. 802 (VII, 18)
  4. Diogène Laërce 1999, p. 885 (VII, 162)
  5. "le sage est comme le bon acteur qui joue son rôle comme il convient, qu'il prenne le masque de Thersite ou celui d'Agamemnon" (D. L., Vies…, VII, ch. II)
  6. Schefold 1943, p. 120
  7. Richter 1965, p. 194

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