Aristee de Proconnese

Aristée de Proconnèse

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Localisation de l'île de Marmara, la Proconnèse traditionnelle, en Propontide. Se basant sur un passage de Strabon qui distingue une ancienne Proconnèse de la nouvelle[1], G. Huxley suggère de voir dans l'île d'Haloné (actuelle Pasaliman) cette ancienne Proconnèse, d'où serait originaire Aristée[2]

Aristée de Proconnèse (en grec ancien Ἀριστέας / Aristéas, en latin Aristeas Proconnesius, en français parfois « Aristéas de Proconnèse ») est un poète voyageur semi-légendaire originaire de Proconnèse en Propontide, actif vers 600 av. J.-C. Adorateur d'Apollon Hyperboréen, il voyagea vers le nord en Scythie, où il est peut-être initié aux pratiques chamaniques.

Sommaire

Biographie

Régulièrement, l'activité d'Aristée est située vers 650 av. J.-C.[3], un peu avant celle d'Épiménide (vers 650). D'après la Souda, il aurait vécu au VIe siècle av. J.-C., « aux temps de Crésus et de Cyrus, au cours de la 50e olympiade » (580/576 av. J.-C.). Cette datation est néanmoins sujette à caution ; ainsi, A. Ivantchik suggère une période beaucoup plus basse (seconde moitié du VIe siècle, voire le premier quart du Ve siècle av. J.-C.), considérant qu'« aucun mot des fragments de l’Arimaspée qui pouvait être utilisé pour sa datation ne correspond à l’usage de la littérature des VIIIe-VIIe siècles av. J.-C.[4] » Un miroir représentant les Arimaspes, datant de 575 av. J.-C. environ, est toujours visible aujourd'hui[5].

Il est, chez Hérodote, « fils de Caystrobios » (IV, 13), issu « d'une des meilleures familles de son pays » (IV, 14). La Souda reprend le nom de Caystrobios et y ajoute celui de Démocharis (Ἀριστέας, Δημοχάριδος ἢ Καυστροβίου). D'après G. Huxley[6], le premier nom laisse penser que sa famille était originaire d'Ionie (peut-être d'Éphèse).

« De son côté, Aristéas, fils de Caystrobios, de Proconnèse, dans un poème épique [Arimaspées], raconte que, possédé de Phébus, il alla chez les Issédons, qu'au-dessus des Issédons habitent les Arimaspes, hommes qui n'auraient qu'un œil ; au-dessus des Arimaspes, les griffons gardiens de l'or ; au-dessus des griffons, les Hyperboréens qui s'étendent jusqu'à une mer ; que, sauf les Hyperboréens, tous ces peuples, à commencer par les Arimaspes, font constamment la guerre à leurs voisins ; que les Issédons furent chassés de chez eux par les Arimaspes, les Scythes par les Issédons ; et que les Cimmériens, qui habitent la côte de la mer du Sud, sous la pression des Scythes abandonnèrent leur pays. Ainsi, lui non plus n'est pas concernant ce pays, d'accord avec les Scythes. »

— Hérodote, Histoires (IV, 14)

La tradition lui attribue des pouvoirs chamaniques : il était sujet à des transes et avait le don de bilocation[7]. Hérodote (IV, 14) rapporte ainsi qu'Aristée tomba en catalepsie dans l'atelier d'un foulon à Proconnèse ; mais qu'avant que ses disciples puissent le relever, son corps avait disparu ; qu'ensuite il revint six ans plus tard les retrouver. Par ailleurs, toujours selon Hérodote (IV, 15), deux cent quarante ans après cette mort supposée, un homme du nom d'Aristée arriva vers 470 av. J.-C. dans la ville de Métaponte en Calabre, prétendant que depuis deux siècles il avait accompagné Apollon sous la forme d'un corbeau. Il demanda aux habitants qu'on lui érige une statue et qu'on dresse un autel dédié à Apollon, puis disparut. Cela daterait Aristée vers 710 av. J.-C., ce qui est incompatible avec l'histoire de Proconnèse.

Cette dimension chamanique relie Aristée à d'autres penseurs « hyperboréens » ou « apolliniens ». Ainsi pour Apollonius Dyscole, « À Épiménide, Aristée, Hermotime, Abaris et Phérécyde a succédé Pythagore (...) qui ne voulut jamais renoncer à l'art de faiseur de miracles[8]. » Le premier à noter cet aspect fut Meuli[9].

Œuvre

Arimaspe combattant un griffon, matière sans doute issue des Arimaspées, péliké attique à figures rouges, v. 375-350 av. J.-C., musée du Louvre

Hérodote (IV, 14) et la Souda attribuent à Aristée un poème intitulé Les Arimaspées (Ἀριμάσπεια / Arimáspeia), dont il ne nous reste que quelques fragments (douze vers en tout préservés par Tzetzès et le pseudo-Longin).

L'auteur y raconte un voyage qu'il fit dans les pays du nord, au-delà de la Thrace. D'après Hérodote (IV, 13), il y rencontra une tribu qu'il appelle les Issédons, qui lui parla d'autres tribus vivant encore plus loin au nord : les Arimaspes pourvus d'un seul œil, qui combattent les griffons gardiens d'un trésor[10], enfin les Hyperboréens chez qui Apollon réside l'hiver.

Bibliographie

Fragments

  • (grc) Malcolm Davies, Epicorum Graecorum Fragmenta, Vandenhoek et Ruprecht, Göttingen, 1988 (ISBN 3-525-25747-3), fr. 81-88.
  • Robert Brasillach, Anthologie de la poésie grecque, Stock, 1950 (rééd. 1995, Le Livre de Poche) (ISBN 2-25301-517-2).
  • Jacques Lacarrière, En cheminant avec Hérodote, Hachette, coll. « Pluriel » (ISBN 2-01278-888-2).
  • G. Colli, La Sagesse grecque, 1977, t. 1 : Dionysos, Apollon, Éleusis, Orphée, Musée, Hyperboréens, Énigme, L'Éclat, 1990, p. 321-337 (Aristée) et t. 2 : Épiménide, Phérécyde, Thalès, Anaximandre, Onomacrite, p. 44-103. Texte grec et traduction française.

Études

  • (en) J.D.P. Bolton, Aristeas of Proconnesus, Oxford, 1962, p. 1-183. Contient aussi une édition des fragments.
  • K. Dowden K., « Deux notes sur les Scythes et les Arismapes », dans Revue des études grecques no 93, 1980, p. 486-492.
  • (en) George Huxley, « Aristeas and the Cyzicene », dans Greek, Roman and Byzantine Studies no 27, 1986.
  • Askold Ivantchik, « La Datation du poème l’Arimaspée d'Aristéas de Proconnèse », dans L'Antiquité classique no 62, 1993, p. 35-67.
  • Stéphane Mercier, « Par-delà les Scythes et au sud des Hyperboréens : Aristéas de Proconnèse et les Arimaspées, entre mythe et réalité », dans Folia Electronica Classica no 11, janvier-juin 2006, Louvain-la-Neuve [lire en ligne].

Sources

Notes

  1. Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XIII, 1, 16 (trad. Mercier [2006]) :
    « Le long de la côte qui va de Parion à Priapos se trouvent l’ancienne Proconnèse et l’actuelle Proconnèse, qui possède une ville ainsi qu’une grande carrière de pierre blanche très appréciée. C’est que les plus belles œuvres des cités de cette région, et avant tout celles qui sont à Cyzique, sont taillées dans cette pierre. »
  2. G. Huxley 1986, p. 154 :
    « If ‘Old Proconnesus’ is placed in Halone, the stages of Greek settlement in the Marmara islands become clearer: (…) the supposition that Halone is ‘Old Proconnesus’ implies that the island was a stepping-stone in settlement outward from Cyzicus. Settlers went first from Cyzicus to ‘Old Proconnesus’ and thence carried the name to new Proconnesus ».
  3. Par ex. Pierre Hadot, Qu'est-ce que la philosophie antique ?, 1995, Gallimard, coll. « Folio », p. 432.
  4. A. Ivantchik 1993, p. 51.
  5. Voir J. D. P. Bolton 1962, planche I.
  6. G. Huxley 1986, p. 154 n. 9.
  7. Eric Robertson Dodds, Les Grecs et l'irrationnel, trad., 1959, Flammarion, coll. « Champs », 1977, p. 145.
  8. Apollonius, Histoires merveilleuses, 6.
  9. K. Meuli, « Scythica », dans Hermès no 70, 1935, p. 137 sq. : Gesammelte Schriften, Bâle, Schwabe, 1975, t. II, p. 163 et suiv.
  10. Ce récit est repris par Pline et Pausanias, qui l'associent tous deux à Aristée.

Voir aussi

Articles connexes

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