Architecture Maya

Architecture maya

L'architecture des Mayas à l'époque préhispanique, et plus particulièrement à l'Époque classique (300-900), est intimement liée à l'idée qu'ils se faisaient du cosmos, dont leurs cités étaient l'image, ainsi que du rôle socio-religieux que ses bâtiments jouaient: ils étaient la scène sur laquelle se déroulaient les rituels de ce que le mayaniste américain Arthur Demasrest appelle l'«État-théâtre» et par lesquels le souverain affirmait sa légitimité. Cette architecture présente tout au long de l'Époque classique un ensemble de caractéristques qui plongent profondément leurs racines dans l'Époque préclassique, dont l'unité est évidente, tout en présentant des styles régionaux tout aussi indéniables. L'agencement des bâtiments est tel que l'on peut se demander si l'on a à faire à une cité[1], certainement pas au sens occidental du terme. Au coeur de la «cité» maya se trouve un centre cérémoniel formé de places, de plates-formes, de temples, de palais et de terrains de jeu de balle - et encore est-il parfois difficile de savoir quelle est l'affectation exacte d'un édifice[2] - entouré d'une zone périphérique où l'on rencontre un grand nombre de petites structures en matériaux périssables dressées sur des plates-formes oû habitait le commun. Ce dernier type de structures a perduré dans la population maya jusquà nos jours.

Sommaire

Les matériaux et techniques pour la construction

Les briques étaient confectionnées à base de calcaire détrempé et malaxée dans un cadre de bois. On en trouve cependant rarement (Comalcalco) les Mayas préféraient la pierre. La pyramide de Cuicuilco est une ancienne pyramide circulaire à quatre niveaux qui n’obéit pas au plan relevé plus tard dans l’architecture mésoaméricaine – c'en est une ébauche (elle se situe au sud de la ville actuelle de Mexico). Les tenons et mortaises sont des vestiges d’une architecture en bois depuis longtemps disparue, l’idée est reprise pour la pierre. En témoignent les atlantes toltèques postclassiques du plateau mexicain.

Une révolution architecturale

C’est dans les basses-terres exclusivement qu’eut lieu cette « transformation radicale » de l’architecture précolombienne : les mayas y changèrent brutalement d’attitude collective à l’égard de l’architecture monumentale dans la seconde moitié du préclassique. Ce n’est pas un hasard : dés l'époque de l’influence olmèque, peut-être celle du Mexique central, l’instauration d’un ordre social permettant cette évolution est en cause. Entre 20 et 50 avant JC, les mayas commencèrent un programme massif de « travaux publics » visant à modifier délibérement le paysage local. Des vestiges de cette période sont visibles à Tikal, Uaxactun, El Mirador, Cival, et à Cerros et Lamanaï au Belize. Dans chacun de ces emplacements, des populations de villages qui étaient restées stables pendant des centaines d’années, se déplacèrent pour établir leur habitation à proximité des nouveaux centres.

L’architecture préclassique

L’utilisation massive d'escaliers est évidente dans les premiers temps du classique, comme pendant la phase Esperanza de Kaminaljuyu et à Zaculeu dans la région montagneuse occidentale du Guatemala. On en trouve également à Nakbé.

La pratique du recyclage des monuments

C’est un acte volontaire qui prévoit obligatoirement la destruction d’une pièce, réutilisée à une autre fin.

  • On parle de recyclage sans remaniement lorsqu’on trouve des pièces olmèques dans des caches tardives maya ou nahuas. Tel le masque trouvé au Templo Mayor de Tenochtitlan est à considérer comme un souci d’établir une filiation avec des cultures antérieures.

Mais ici, il s'agit plutôt de la réutilisation de monuments entiers, comme l'illustrent au niveau architectural les diverses « phases » définies par les archéologues pour dater l'époque de construction des monuments en question. L'usage mésoaméricain de construire des pyramide « en gigogne », c'est-à-dire d'amplifier la pyramide précédente en lui ajoutant un niveau est un exemple parmi d'autres de recyclage architectural.

La pratique du recyclage des monuments n’est pas propre aux civilisations mésoaméricaines, on la retrouve d’une civilisation à l’autre partout dans le monde Notons à Abaj Takalik, qu’une tête colossale a été de nouveau sculptée pour être transformée en autel. Les pratiques de destruction remontent aux olmèques (têtes colossales) Le palais préclassique de Toniná – contemporain de Teotihuacan – fut ainsi complètement obstrué et servit de base à l'extension postérieure d'une pyramide.

La destruction rituelle des temples maya

La pratique sacrificielle ne s’appliquait pas qu’aux hommes en Mésoamérique, mais elle était également réalisée sur les artefacts de pierre ou d’argile. Les monuments étaient sacrifiés symboliquement, par exemple « les statues décapitées rituellement » de Toniná. On détruisait alors tout ou partie des temples supérieurs des pyramides. Peu importait : les sites maya étaient nombreux. Le temple Rosalila à Copan fait exception : les copanèques l’ont soigneusement conservé, peut-être comme l’explique Janice van Cleve parce que c’était le centre d’un culte de la personnalité : celui du fondateur de la dynastie. C'est le cas aussi sur l'acropole du site d’Ek' Balam, au Yucatan, et hors de la zone maya proprement dite, à Cacaxtla.

Les labyrinthes

Les labyrinthes mayas, longtemps passés inaperçus sont nombreux : Oxkintok, Palenque, Toninà, Yaxchilan, on les trouve en divers points de la zone d’influence maya, ce qui montre l’unité du concept.

Le temazcal – ou bain de vapeur

Du côté du Chiapas, citons encore les bains de vapeur de San Antonio Ocozocoautla et à Chiapa de Corzo. Chez les mayas classiques, c’est à Piedras Negras qu’un temazcal ou bain de vapeur a été mis au jour par les dernières fouilles (2003). Un groupe de bains de vapeur doté d’un plan organisé autour d’une séries de petites « chambres », un petit foyer voûté à la façon maya, et doté de salles de repos est visible. Ce sont en fait huit bains de vapeurs connus que l’on recense à Piedras Negras.

  • Les plates-formes – cun

Des plates formes artificielles, qui surprennent souvent par la masse de travail qu’elle supposent formaient le sol sur lequel les pyramides étaient édifiées. On traduit cun d’après les nombreux exemples du codex de Dresde et des monuments. Cun signifie aussi bien la plate-forme du temple que celle de la milpa. Mais parfois ces plate-formes consistaient en milliers de mêtres cubes de terre, qui ont du requérir une grande force de travail, en dehors du temps consacré aux récoltes.

Crête faîtière du Temple de la Croix à Palenque
  • la cresteria ou crête faitière

Le temple de la pyramide était surmonté d’une cresteria, terme espagnol signifiant « frise ou crête ajourée » surmontant le pit du temple : parfois une véritable mosaïque de pierre, comme à Yaxchilan, plus massives à Tikal, elle ne se sont pas toujours conservées suite à l'abandon des sites mayas.

Après de nombreux siècles d'une évolution lente, la pyramide augmenta de volume et en hauteur, dans le but de supporter une cresteria chaque fois plus pesante : l'espace intérieur avait été fermé, réduit en ces occasions jusqu'à des limites presque absurdes.

Le problème des canalisations et de l’évacuation de l’eau dans l’architecture mésoaméricaine

On a retrouvé à San Lorenzo des canalisations d’eau sous les plate-formes, qui menaient à une « fontaine ». De même à Xochicalco : On a retrouvé à Xochicalco, ville non-Olmèque, des tuyaux d’argile qui s’emboîtent comme un jeu de flûtes. À Teotihuacan, Le sol de la cour du patio du palais de Quetzalpapalotl est fait d’un revêtement stuqué qui présente une légère déclivité vers le centre. Il s’ouvre sur un trou d’écoulement communicant dans une citerne dans laquelle s’amassaient, pendant la saison des pluies, les eaux récoltées par la toiture. On a découvert ce qui a dû être une fontaine. Une forme creuse en forme d’oiseau aquatique formait une partie d'un aqueduc avec une ouverture adaptée à ce qu’on pourrait qualifier de système de drainage. À Comalcalco (Campeche) dans l’acropole, au-dessous du sol, un système hydrologique complexe a été détecté par les fouilles archéologiques.

À Piedras Negras, au moment de l’édification des fondations de la nouvelle acropole, les maçons firent des conduits pour l’eau.

Les stèles

Elles portaient des noms individuels, comme si les mayas avaient considéré qu’elles avaient possédé une personnalité. Dans ce cas, Kan (tun) est partiellement le nom générique d'une stèle, c'est-à-dire « la pierre de couleur jaune ». Tous les dix ou vingt ans, une nouvelle stèle se dressait pour enregistrer les conquêtes ou la fin d'un cycle, lié à la naissance ou à la mort d'un souverain.

Le complexe stèle-autel : l’apparition du complexe stèle-autel daterait d’Izapa.

Les escaliers

Les fouilles à Nakbe ont montré la présence d'escalier au préclassique. Tonina et Tzibanché arboraient des marches d'escaliers ornées de captifs. Dos Pilas et Copan, sont célèbres pour leurs escaliers ornés de glyphes.

Les portes zoomorphes et temples tératomorphes

Chez les Maya comme chez les Aztèques, le seuil du temple est matérialisé par la gueule d’une créature zoomorphe aux attributs composites : félins, sauriens et ophidiens. Dans l'architecture postclassique yucatèque, il arrive que la porte zoomorphe prenne toute la place dévolue à la facade du temple et le remplace en quelque sorte : on parle alors de temple tératomorphe Les linteaux de pierre ou de bois couvraient les embrasure de porte des temples. Leur chute a provoqué la ruine de nombreuses constructions. À Yaxchilan, le site se sigularisa par ses suberbes inscriptions sur linteaux de pierre sculptés. À Chichen Itza, des linteaux sculptés, quoique dans un style bien différent, ont aussi contribué à la renommée du site.

Mais à Palenque par exemple, tous les linteaux des bâtiments manquaient quand le site fut redécouvert.

La voûte en encorbellement

C'est une caractéristique de l’architecture maya : la voûte maya à arc. La pierre la plus haute, ou pierre de faîte, de la voûte, portait parfois une illustration ou peinture, notamment au Yucatan. Le site qui en a fourni des exemples de style codex est Ek Balam dans le Yucatan justement.

Les masques en stuc

On en trouve dans la plupart des pyramides mayas depuis l'époque préclassique de Cuello. Kohjunlich, Acanceh, Tikal donnent toujours à voir de très beaux masques. Mais la forme générale des masques évolua ensuite dans l'architecture puuc : ils n'avaient plus la même taille ni la même fonction ; on insistait alors davantage sur l'effet de répétition des mosaïques de masques en pierre.

Les estrades

Nommée « benches » (banquettes) dans la littérature anglo-saxonne qui leur est consacrée, elles ne sont pas exclusives de l’architecture maya : ailleurs en Mésoamérique, comme par exemple sur l’acropole de Xochicalco, on a aussi trouvé une banquette similaire à celles qu’on peut voir en pays maya. Dans les pièces maya, la plus grande partie de l’espace est occupée par d’énormes estrades où siégeait le souverain Ahaw. Une telle disposition devait convenir à des cérémonies de la cour royale comme le montrent les vases peints (le public choisi se tenant devant l’estrade). Nous voyons dans ces plate-formes des estrades remplissant une importante fonction sociale, car on nous montre des ahaw assis sur ces estrades au style compliqué, avec des fonctionnaires autour d’eux ; mais on peut penser qu'elles servaient aussi pour s'y reposer et même y dormir.

Le sacbe : la route maya

Ils connectaient entre eux les grands sites mayas, à la fois routes de commerce, routes de pèlerinages, ils étaient parfois assez larges et suivaient parfois les points cardinaux, mais sans que cela fut systématique.

Notes et références

  1. Nikolai Grube, Les Mayas. Art et civilisation, Könemann, p. 195
  2. les ouvrages d'archéologie maya emploient d'ailleurs le terme neutre de «structure»
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