Après-vie

Vie après la mort

La question du prolongement ou de l'anéantissement de la conscience après la mort est ancienne. L'origine et la nature de la conscience[1] font l'objet de controverses et l'état de la conscience après le décès n'est pas un sujet d'étude des centres de recherche européens utilisant la méthode scientifique[2]. En revanche, aux U.S.A., l'Université de l'Arizona possède un laboratoire de recherche scientifique sur la vie après la mort[3], dont la devise est : Si cela est vrai, cela sera découvert; si cela est faux, nous trouverons pourquoi c'est une erreur[4]. Aujourd'hui comme autrefois, il existe de nombreuses hypothèses, croyances ou témoignages sur cette question.

Synonymes : « après-vie », « destinée des morts », « existence post mortem », « outre-tombe », « outre-vie », « survie de la conscience après la mort », « survie de la personnalité humaine », « survivance de l'âme », « vie dans l'au-delà », « vie future »...[5]

La connaissance qui étudie le destin de l'âme après la mort s'appelle « eschatologie individuelle ». Eschatos (ἔσχατος) en grec signifie « dernier » et logos signifie « étude ». L'eschatologie est donc la doctrine qui concerne les fins dernières, les temps ultimes, soit de l'individu après sa mort (eschatologie individuelle), soit de l'humanité à son extinction (eschatologie humaine), soit du monde à sa disparition (eschatologie cosmique).

Sommaire

Historique

Bien que faisant l'objet de critiques, une documentation monumentale traite de cette question depuis des siècles. Il peut s'agir d'études ethnologiques[6], de thèses religieuses relatives à l'au-delà, ou de démonstrations philosophiques. Diverses traditions et courants de pensées ont également produit une masse documentaire tels que le chamanisme, le lamaïsme le spiritisme, le théosophie blavatskienne, ou l'anthroposophie. Enfin, chaque année apporte son lot de témoignages concernant des manifestations de défunts ou des expériences aux frontières de la mort. Actuellement, la recherche scientifique n'entreprend pratiquement aucun travail pour connaître l'état de la conscience d'un individu après son décès[7]. Par conséquent les connaissances dans ce domaine sont, de nos jours, embryonnaires.

Questions sur la mort et l'immortalité

« Guide sur la vie après la mort pour le gardien de la propriété de la déesse Mout Sesech ». Papyrus Égyptien sur la vie après la mort.

Toutes les civilisations, depuis la préhistoire, ont laissé des traces de croyances en une existence après la mort, chacune avec sa propre perception de l'immortalité, de l'esprit, de la rétribution des âmes et du sens de la vie. Ainsi, la croyance en la survie de l'âme, autant que le respect des défunts, sont à l'origine des divers rites funéraires[8][9].

Quantité de philosophes et de théologiens ont développé des raisonnements pour prouver l'existence de l'âme et son immortalité ou sa survivance. Platon, dans le Phédon, a avancé cinq preuves ou raisonnements : 1) par les opposés (69-72 : "les vivants naissent à partir des morts", donc l'âme existe après la mort), 2) par la réminiscence (72-78 : "notre âme existe avant même d'arriver dans un corps", elle a appris dans un temps antérieur, où elle n'était pas dans une forme humaine, et elle peut s'en souvenir), 3) par l'affinité (78-84: "l'âme ressemble au divin", or ce qui est divin est immortel ; d'autre part, après la mort, l'âme va à son semblable, le divin, l'immortel, le sensé), 4) par l'harmonie (84-86 : un corps n'est vivant que par le mélange bien composé de propriétés opposés, c'est-à-dire la vie, c'est-à-dire l'âme), 5) par l'essence (102-107 : il est de la nature de l'âme d'être immortelle, indestructible, incorruptible).

Le raisonnement intellectuel envisage aussi des analogies avec certains phénomènes naturels. Ainsi, la mort serait comme le sommeil (suivi du réveil)[10], comme l'hiver (suivi du printemps). Le principe de l'enfouissement des corps n'est pas sans rappeler non plus celui des graines en agriculture.

Témoignages

De tout temps, des contacts sont allégués avec les défunts. Pline le Jeune a laissé une célèbre histoire de fantôme [1]. Victor Hugo a décrit exhaustivement - et même horodaté - ses dialogues avec l'au-delà dans Les tables tournantes de Jersey. Bertrand Russell lui-même, dont le scepticisme entendait examiner toute hypothèse, prend acte de ces allégations, mais précise[11] : « ces témoignages pourraient établir que nous survivons, mais ne prouveraient pas pour autant que nous survivons éternellement ». Les expériences vécues peuvent être classées en plusieurs catégories :

Les expériences spirites

Depuis sa naissance au XIXe siècle, le spiritisme a convaincu des millions d'adeptes. Cette doctrine affirme possible la communication avec les esprits des morts. La méthode expliquée par les ouvrages spirites[12] nécessite généralement la participation d'un ou plusieurs médiums. La médiumnité n'est cependant pas reconnue unanimement comme une réalité. Bien que peu étudiée, la pratique du spiritisme est actuellement très populaire au Brésil[13].

Les expériences aux frontières de la mort

Les expériences de mort imminente. Raymond Moody (La vie après la vie, 1975) a rapporté le témoignage de personnes ayant subi une mort apparente et qui, une fois réanimées, décrivent une expérience qui, d'un sujet à l'autre, offre des ressemblances. "L'expérience modèle", selon Moody, se présente ainsi :

"Voici donc un homme qui meurt, et, tandis qu’il atteint le paroxysme de la détresse physique, il entend le médecin constater son décès. Il commence alors à percevoir un bruit désagréable, comme un fort timbre de sonnerie ou un bourdonnement, et dans le même temps il se sent emporté avec une grande rapidité à travers un obscur et long tunnel. Après quoi il se retrouve soudain hors de son corps physique, sans quitter toutefois son environnement immédiat; il aperçoit son propre corps à distance, comme en spectateur. Il observe de ce point de vue privilégié les tentatives de réanimation dont son corps fait l’objet; il se trouve dans un état de forte tension émotionnelle. Au bout de quelques instants, il se reprend et s’accoutume peu à peu à l’étrangeté de sa nouvelle condition. Il s’aperçoit qu’il continue à posséder un "corps", mais ce corps est d’une nature particulière et jouit de facultés très différentes de celles dont faisait preuve la dépouille qu’il vient d’abandonner. Bientôt, d’autres évènements se produisent: d’autres êtres s’avancent à sa rencontre, paraissant vouloir lui venir en aide; il entrevoit les esprits de parents et d’amis décédés avant lui. Et soudain, une entité spirituelle, d’une espèce inconnue, un esprit de chaude tendresse, tout vibrant d’amour - un être de lumière - se montre à lui. Cet être fait surgir en lui une interrogation, qui n’est pas verbalement prononcée, et qui le porte à effectuer le bilan de sa vie passée. L’entité le seconde dans cette tâche en lui procurant une vision panoramique, instantanée, de tous les évènements qui ont marqué son destin. Le moment vient ensuite où le défunt semble rencontrer une sorte de barrière, ou de frontière, symbolisant l’ultime limite entre sa vie terrestre et la vie à venir. Mais il constate alors qu’il lui faut revenir en arrière, que le temps de mourir n’est pas encore venu pour lui. A cet instant, il résiste, car il est désormais subjugué par le flux des évènements de l’après vie et ne souhaite pas ce retour. Il est envahi d’intenses sentiments de joie, d’amour et de paix. En dépit de quoi il se retrouve uni à son corps physique: il renaît à la vie. Par la suite, lorsqu’il tente d’expliquer à son entourage ce qu’il a éprouvé entre temps, il se heurte à différents obstacles. En premier lieu, il ne parvient pas à trouver des paroles humaines capables de décrire de façon adéquate cet épisode supraterrestre. De plus, il voit bien que ce qui l’écoutent ne le prennent pas au sérieux, si bien qu’il renonce à se confier à d’autres. Pourtant cette expérience marque profondément sa vie et bouleverse notamment toutes les idées qu’il s’était faites jusque-là à propos de la mort et de ses rapports avec la vie" (Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1977, trad., J'ai lu, p. 36-37).

En France, le docteur Jean Jacques Charbonier a relaté le même genre de témoignages dans plusieurs de ses ouvrages.

"Souvenirs" et réminiscences

Depuis la Grèce Antique, il est question de personnes qui auraient le souvenir de leurs incarnations passées (Pythagore, Empédocle) ou qui soutiennent qu'on peut se rappeler sa vie dans l'Hadès ou dans le monde idéal (Platon : la réminiscence). Empédocle : "Un homme extraordinaire par son savoir, un génie ayant su acquérir un trésor de sapience Pythagore... pouvait évoquer les souvenirs précis de tout ce que, homme ou bête, il avait été en dix et même vingt vies humaines vécues" (fragment 129). - Un esprit critique oblige à ajouter que les "souvenirs des vies antérieures" pourraient être l'expression de phantasmes ou des amalgames mentaux. La réminiscence n'est qu'une théorie philosophique.

Les études scientifiques

Conclusion d'Albert de Rochas d'Aiglun sur les possibilité d'une étude expérimentale de la vie après la mort.

Albert de Rochas d'Aiglun fut au XIXe siècle un des rares scientifiques à initier des recherches expérimentales sur les médiums et sur les manifestations de l'au-delà (voir illustration ci-contre).

Ian Stevenson, professeur à l'Université de Virginie, a analysé des milliers de témoignages sur la réincarnation, et publié vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation[14]. Il s'appuie sur les souvenirs, la confrontation entre les souvenirs que les "réincarnés" ont de leur vie passée et des réalités qu'ils ne connaîtraient pas. Par exemple, Parmod, né le 11 octobre 1944 dans l'Uttar Pradesh (Inde), déclare, vers deux ans et demi, que sa femme vit à Moradabad, à trois-quatre ans il dit avoir eu un magasin de biscuits appelé "Mohan Frères", à Moradabad, qu'il avait été malade après avoir trop mangé du lait caillé ; Stevenson contrôle : chez les "Mohan Frères" de Moradabad, un Parmanand est mort le 9 mai 1943, suite à une maladie contractée après s'être gavé de lait caillé... Mais Stevenson refuse cependant de prendre position entre fraude, cryptomnésie, perception extra-sensorielle associée à la personnification, possession, réincarnation (p. 662).

Types de scénarios pour une survivance

Comment se déroulerait la survivance de "l'âme" après la mort ? Plusieurs options existent, parfois compatibles, car tel type de survivance peut succéder à tel autre (le salut après la damnation ; l'extinction après la réincarnation), ou tel type de survivance concurrence tel autre (soit réincarnation individuelle soit palingénésie collective ; soit enfer soit paradis), ou telle survivance convient à telle espèce de vivants et telle autre survivance à telle autre espèce (paradis pour les humains, métamorphose pour les végétaux et animaux). Pierre A. Riffard a proposé une classification schématique des modes de la vie post mortem[15] :

Exister seulement dans les limbes

Certains théologiens envisagent une subsistance de l'âme, comparable au sommeil, à l'hibernation, au coma, sans sensibilité ni mouvement, une sorte de parenthèse entre l'ancienne vie physique et le futur statut (extinction, réincarnation, paradis ou autre). Une des demeures de l'Au-delà des musulmans s'appelle A'râf, voile entre le paradis et l'enfer, et héberge prophètes, saints, justes, enfants morts avant l'âge de raison, ou bien ceux dont les bonnes et mauvaises actions s'équilibrent ; là, l'existence est dite neutre.[16]

La Félicité promise aux seuls initiés

Le mort atteint la béatitude, la libération, la réintégration, la fin des réincarnations, la fusion avec Dieu ou l'Un, le paradis... ; l'âme, ou une âme, ou l'esprit, continue d'être, quoique différemment et pleinement. De façon imagée, les Mystères d'Éleusis promettent aux initiés, après la mort, un "bois couvert de fleurs", une "plaine de Vérité" où couler une existence de béatitude. Zalmoxis, figure mythique des Gètes (ancien peuple thrace), promet à tous ceux qui le suivent qu'ils "iraient en un lieu où ils survivraient toujours et jouiraient d'une complète félicité" (Hérodote, IV, 95).

Extinction des causes de l'existence terrestre

L'âme, immédiatement après l'existence terrestre ou bien après des vicissitudes (comme la réincarnation), disparaît, s'évapore. Selon le Bouddha, qui utilise la notion de nirvâna ("extinction"), il se produit, à la fin des cycles de renaissances (le samsâra), un "épuisement complet" des causes de renaissance, comme le feu qui a consumé son combustible ; l'âme (qui, selon le bouddhisme, n'est pas une substance, mais un agrégat), alors, cesse d'être, pour se disperser ou s'annihiler.

L'errance des ombres dans l'Au-delà

Après le décès, l'âme se transforme en fumée, ombre, image, survit en une vie ralentie et vaine. Dans le védisme, le mort (preta) n'est que le double ombreux du vivant. Dans le judaïsme le plus ancien, tous les morts vont au Shéol où ils vivent en ombres semi-conscientes dans le silence (Psaume 94), sans souvenir, sans information, sans joie, en "faibles" (Job, XXVI, 5 ; Isaïe, XIV, 9) : "Il n'y a ni œuvres ni comptes ni savoir ni sagesse dans le Shéol où tu vas" (Ecclésiaste. Qohélet, 9:9). Selon Homère, quand elle a quitté le corps, "l'âme, à la façon d'une fumée, disparaît sous la terre avec un petit cri" (Iliade, XXIII, 107), elle s'engouffre dans l'Hadès, un sous-sol infernal ; là, elle n'est plus qu'une image (eidôlon), elle devient "une ombre ou un songe envolé", un fantôme privé de force et d'esprit (Iliade, XVI, 857), elle ne se souvient plus de son existence antérieure[17].

Redevenir une étoile, ou parcourir le chemin des étoiles

Après la mort, l'âme s'élève au ciel et se change en étoile ; l'âme, le "souffle", retourne au monde supérieur, supra-lunaire, dont elle est issue. Les anciens Égyptiens, entre autres théories, se représentent le mort comme une étoile au ciel nocturne. La notion d' "immortalité astrale" existe en Grèce depuis le Ve s. av. J.-C., chez Aristophane, Alcméon, Euripide... [18] Soit l'âme du mort se transforme en étoile, et une étoile filante est une âme se hâtant vers une réincarnation, soit la personne vivante a son étoile et, à sa mort, cette étoile devient filante. Pour les pythagoriciens, les âmes dépouillées de leur corps et punies suivent la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astrale[19], et Pythagore tient le Soleil et la Lune pour les Îles des Bienheureux [20] ; alors que Pythagore plaçait l'âme entre deux incarnations sous la terre, les néopythagoriciens la situent entre Terre et Lune. Aristophane en 421 av. J.-C. : "Ce n'est donc pas vrai ce qu'on dit à propos de l'air, que nous devenons des astres sitôt qu'on meurt ?" (La paix, 832). Selon Platon, le Démiurge, le Dieu créateur, "affecta chaque âme à un astre (...) et celui qui aurait vécu, comme il faut, le temps prévu, celui-là retournerait dans l'astre qui lui a été affecté, pour y habiter, pour y vivre une vie bienheureuse et conforme à sa condition" (Timée, 41d, 42b). D'où l'expression : "être né sous une belle étoile" !

Les morts violentes et les suicides

Le mort ou tel mort (les méchants, les victimes de mort violente, les suicidés...) se fait spectre, fantôme, vampire, démon, mâne, mort-vivant... Parmi les six "destinées" (gati) prévues par le bouddhisme figurent le titan (asura), le trépassé (preta, esprit affamé).

Damnation

L'âme va en enfer, l'enfer étant un lieu ou un état ou un moment. Matthieu : "dans la fournaise ardente, là seront les pleurs et les grincements de dents" (XIII, 42). La pire des six destinées (gati) dans le bouddhisme est celle d'habitant dans les enfers (naraka), il y en a huit, entourés de seize enfers annexes, où les gens peuvent être coupés, broyés, dévorés vivants par des oiseaux au bec de fer, entaillés par les feuilles des arbres.

L'hypothèse de la réincarnation

Transmigration dans un autre corps humain. Le transvasement de l'âme post mortem se limite aux corps physiques d'hommes. L'âme se conserve en partie pour émigrer dans un nouvel organisme humain. Le premier grand théoricien est, en Inde, Yâjñavalkya, et en Europe Pythagore, tous deux du VIe siècle av. J.-C.. Napoléon, selon Talleyrand, se prenait pour une réincarnation de Charlemagne. Saint Jean Baptiste serait une réincarnation du prophète Élie, selon l'interprétation des réincarnationnistes chrétiens.

Métempsycose

Transmigration dans un corps qui peut être, certes humain, mais aussi animal ou végétal. L'âme ou un élément psychique reprend corps dans une plante ou un animal, ou dans un corps d'homme (c'est la réincarnation), parfois dans un minéral. Selon swâmi Dayânanda Sarasvatî,

"En punition des péchés physiques, un homme renaîtra sous forme végétale ; pour les péchés de la parole, il prendra la forme d'un oiseau ou d'un quadrupède ; et, pour les péchés de la pensée, il vivra dans les conditions humaines les plus basses"[21].

Palingénésie

Retour à la vie. C'est une renaissance qui est régénération. Certaines parties du mort se reconstituent de façon naturelle, mais aléatoire, partielle quant aux éléments (chairs, liquides, os…), totale quant aux êtres (humains, plantes, etc.). Selon le Rig-Veda récent, les éléments de l'individu à sa mort passent dans le Soleil, le vent, les eaux, les plantes, et se redistribuent, puisque la plante va se nourrir d'eau, l'animal mangera la plante, et l'animal à son tour sera mangé par l'homme. L'orphisme défend la palingénésie (et non la réincarnation, comme on le croit depuis Proclos) ; Platon expose la doctrine orphique de la palingénésie dans le Phédon (70cd) :

« Il existe une antique tradition [l'orphisme], dont nous gardons mémoire, selon laquelle les âmes arrivées d'ici existent là-bas [dans l'Hadès, l'Au-delà], puis à nouveau font retour ici même et naissent à partir des morts. S'il en va de cette façon, c'est à partir de ceux qui moururent un jour que les vivants naissent à nouveau, (...) les vivants ne proviennent d'absolument rien d'autre que des morts. (...) Ce point, ne l'examine pas seulement à propos des hommes, mais aussi à propos de tous les animaux, de toutes les plantes et, plus généralement, de toutes les choses comportant un devenir. »

Le mythe de l'éternel retour

C'est une palingénésie universelle. Au niveau des âmes, les âmes revivent les mêmes choses après des milliers d'années. Les stoïciens, du moins les plus anciens (Zénon de Citium, Cléanthe, Chrysippe), défendent cette vision [2]. Au terme de 365 fois 10.800 années (la Grande Année selon Diogène de Babylone), le monde s'embrase et tout recommence exactement pareil, avec les mêmes hommes, les mêmes actes, dans les mêmes lieux. La transmigration se fait collective, cosmique et cyclique.

"Lorsque chacun des astres errants [planètes] revient exactement, en longitude et en latitude, au point du ciel où il se trouvait au commencement, alors que le Monde fut constitué pour la première fois, ces astres errants produisent, au bout de périodes de temps bien déterminées, l'embrasement et la destruction de tous les êtres. Puis, lorsque ces astres recommencent de nouveau la même marche, le Monde se trouve reconstitué ; les astres décrivant derechef le chemin qu'ils ont déjà parcouru, chaque chose qui s'était produite en la précédente période s'accomplit, une seconde fois, d'une manière entièrement semblable. Socrate existera de nouveau, ainsi que Platon, ainsi que chacun des hommes avec ses amis et ses concitoyens ; chacun d'eux souffrira les mêmes choses, maniera les mêmes choses ; toute cité, toute bourgade, tout champ seront restaurés. Cette reconstitution [apocatastase] de l'Univers se produira, non pas une fois, mais un grand nombre de fois ; ou plutôt, les mêmes choses se reproduiront indéfiniment et sans cesse."[22]

Changement de corps

C'est une transmigration qui concerne, non pas l'âme, mais le seul corps ou des éléments. Le bouddhisme accepte ce passage physique, où le corps transmet à un nouveau corps les éléments de l'ancien (ou des éléments psychiques, mais pas l'âme) ; en effet, le Bouddha nie la notion d'un moi qui transmigrerait, il estime que la re-naissance (Punarbhava) peut avoir lieu dès cette vie...

"Ainsi celui qui s’abstient de tuer des êtres vivants, de commettre des vols, de s’engager dans des actes sexuels illégitimes, de proférer des mensonges, des paroles calomnieuses, des paroles grossières, des propos frivoles, qui s’abstient de convoiter, possède une pensée sans aversion et se complaît dans des opinions non fausses, obtient des résultats agréables, qui se produisent tantôt dans cette vie même, tantôt dans la vie suivante, tantôt dans d’autres occasions se produisant au-delà de la vie suivante."[23]

La grande métamorphose et la chaîne des êtres vivants

Le phénomène est quasi biologique, comme le têtard qui se mue en grenouille, ou un phénomène physique, comme les poussières qui deviennent de nouvelles vies. Les anciens Égyptiens imaginent volontiers que les défunts se transforment en êtres divers, principalement en oiseaux, en échappant ainsi au monde souterrain. Leibniz défend la théorie de la métamorphose, du moins pour les non-humains :

"Les plantes et les animaux... viennent... de la transformation des vivants préexistants. Il y a de petits animaux dans les semences des grands, qui, par le moyen de la conception, prennent un revêtement nouveau qu’ils s’approprient, et qui leur donne moyen de se nourrir et de s’agrandir pour passer sur un plus grand théâtre et faire la propagation du grand animal... Et comme les animaux généralement ne naissent point entièrement dans la conception ou génération, ils ne périssent pas non plus entièrement dans ce que nous appelons mort ; car il est raisonnable que ce qui ne commence pas naturellement ne finisse pas non plus dans l’ordre de la nature... Ainsi, non seulement les âmes, mais encore les animaux sont ingénérables et impérissables : ils ne sont que développés, enveloppés, revêtus, dépouillés, transformés ; les âmes ne quittent jamais tout leur corps et ne passent point d’un corps dans un autre corps qui leur soit entièrement nouveau. Il n’y a donc point de métempsycose, mais il y a métamorphose. Les animaux changent, prennent et quittent seulement des parties ce qui arrive peu à peu et par petites parcelles insensibles, mais continuellement, dans la nutrition ; et tout d’un coup, notablement, mais rarement, dans la conception ou dans la mort, qui les font acquérir ou perdre tout à la fois."[24]

La résurrection, retour du vivant, ou phénomène spirituel ?

C'est le retour de la mort à la vie. L'individu, décédé, redevient vivant. et garde l'apparence qu'il avait avant son décès . La première résurrection rapportée par la Bible juive est celle réalisée par le prophète Élie (IXe s. av. J.-C.) sur le fils de la veuve de Sarepta :

"Il arriva que le fils de la maîtresse de maison tomba malade, et sa maladie fut si violente qu'enfin il expira... Il [Elie] le monta sans la chambre haute où il habitait et le coucha sur son lit. Puis il invoqua Yahvé et dit : 'Yahvé, mon Dieu, veux-tu donc aussi du mal à la veuve qui m'héberge, pour que tu fasses mourir son fils ?' Il s'étendit trois fois sur l'enfant et il invoqua Yahvé : 'Yahvé, mon Dieu, je t'en prie, fais revenir en lui l'âme de cet enfant !' Yahvé exauca l'appel d'Elie, l'âme de l'enfant revint en lui et il reprit vie. Elie le prit, le descendit de la chambre haute dans la maison et le remit à sa mère ; et Élie dit : 'Voici, ton fils est vivant.' "(I Rois, 17:17-23).

La résurrection peut être aussi collective et intervenir à la fin des temps ; c'est la croyance chrétienne (première épître de Pierre).

Saint Paul écrit indique que la résurection est avant tout spirituelle :

"Comment les morts ressuscitent ils ? Avec quel corps reviennent ils ? ... Toutes les chairs ne sont pas les mêmes... On est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité... on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel" (I Corinthiens 15:35-44).

Quelques conceptions religieuses et philosophiques (par ordre alphabétique)

Selon le bouddhisme

Dans le bouddhisme originel[25] les êtres vivants (sattva) se répartissent en six "destinées" (gati), selon les actes dont ils éprouvent rétribution selon les actes des vies antérieure : 1) habitants des enfers (naraka, séjours des damnés, souffrant, jusqu'à épuisement du mauvais karma), 2) animaux, 3) trépassés (preta, intervalles des mondes où vivent les trépassés, morts faméliques), 4) titans (asura, dieux inférieurs), 5) dieux (deva), 6) hommes. Entre les destinées successives, les êtres sont dans une existence intermédiaire (antarâbhava). Il s'exerce moins une loi des causes, une rétribution des actes (karman), qu'un processus automatique, une transmigration (samsâra) due aux actes, du corps, de la parole ou de l'esprit : par effet naturel, toute action appuyée sur une volition produit ses effets. L'être qui transmigre (pudgala) n'est pas vraiment une personne, plutôt un agrégat (khandha), une continuité phénoménale aux éléments changeants, sans soi permanent. L'enchaînement de la transmigration est dû à trois racines du mal (akushala) : la haine, le désir, l'ignorance. Le saint (arhat), libéré des divers liens, n'a plus de re-naissance (Punarbhava, en pāli : punabbhava).

Selon l'hindouisme

Dans l' hindouisme des Upanishad, chez Yâjñavalkya (VIe s. av. J.-C.), fondateur du Yajur-Veda blanc, apparaît la notion de renaissance, de réincarnation ; dans sa Brihadâranyaka-Upanishad [3], la notion de rétribution des mérites et des fautes apparaît, karman signifie maintenant "acte moral et résultat de l'acte" (et non plus "acte rituel"), l'homme se dissout à la mort, mais son karman est cause d'une naissance nouvelle qui héritera de ses actes bons ou mauvaus de l'existence antérieure. Dans un ouvrage attribué au même Yâjñavalkya, le Shatapatha-Brâhmana, du Yajur-Veda blanc, il est posé que que ceux qui n'accomplissent pas correctement les rites renaissent après la mort, que l'immortalité acquise par les rites est de durée limité, que la crémation produit une nouvelle naissance ; qu'on passe à la mort entre deux feux, qui brûlent les méchants et épargnent les bons, lesquels vont alors vers le Soleil. D'autres Brâhmana ajoutent que le père renaît dans le fils.

Selon l'islam

Les musulmans croient qu'un certain nombre d'évènements surviennent après la mort dont les étapes les plus importantes sont :

  1. Le Jour du Jugement : Il surviendra après la fin du monde, et durera 50 000 ans. Allah jugera les gens sans intermédiaire.
  2. La Résurrection physique : Elle marque le début du Jour du Jugement. Les gens seront ressuscités par Allah, nus et incirconcis, afin d'être jugés.
  3. Le Rassemblement : Tous les gens seront rassemblés en un lieu pour se faire juger.
  4. L'Exposition des actes : Chacun aura ses actes, bons ou mauvais, qui seront exposés.
  5. La Rétribution : En fonction de leur actes, les gens seront récompensés ou châtiés.
  6. La Balance : Les actes seront comparés, bons contre mauvais.
  7. Le Pont : Il relie la nouvelle Terre aux abords du Paradis et il sera dressé au-dessus de l'Enfer dans lequel tous les mécréants chuteront ainsi que certains musulmans désobéissants.
  8. Le Bassin : Chaque communauté aura son bassin duquel les croyants boiront avant d'entrer au Paradis.
  9. L'Intercession : Avec la permission d'Allah, les Prophètes, ainsi que d'autres pieux, intercèderont pour les musulmans qui méritent le châtiment.
  10. L'Enfer : C'est un endroit dans lequel seront châtiés les mécréants éternellement, ainsi que pour une période certains musulmans désobéissants.
  11. Le Paradis : C'est une demeure de félicité éternelle réservée aux personnes unifiant Dieu, ainsi qu'aux personnes sincères.
  12. La Vision du Seigneur : Les musulmans verront Allah, sans notion de distance et sans qu'il y ait un doute sur cette vision.

Les musulmans croient à la question, au supplice et à la félicité de la tombe. Ceci n'est pas mentionné dans le Coran mais dans la sunnah. Selon cette dernière, après la mort, toute personne sera questionnée dans sa tombe par deux anges du nom de Mounkar et Nakir : "Qui est ton Seigneur ? Qui est ton prophète ? Quelle est ta religion ?". Les musulmans pieux répondront correctement à ces questions et auront la félicité dans leur tombe, tandis que les mécréants et certains musulmans désobéissants n'y répondront pas correctement et seront châtiés.

Selon le judaïsme

Traditionnellement, le judaïsme pensait que les défunts rejoignaient le royaume des morts, le Shéol, et qu'ils y demeuraient comme des ombres. Le livre de Job (vers 450 av. J.-C.) l'affirme : "Ma vie n'est qu'un souffle... Comme la nuée se dissipe et passe, qui descend au Shéol n'en remonte pas" (VII, 7-9). Seuls Énoch et Élie sont "enlevés vivants vers le ciel". Les méchants n'ont pour châtiment que la souffrance et le malheur dans leur existence sur Terre, la stérilité ou la mort prématurée (Deutéronome, XXVIII). Cependant Isaïe (53.12) et Ézéchiel (37.1-14) suggèrent la rétribution du juste et la résurrection à une vie nouvelle des morts réconciliés à Dieu. Bien plus tard, le livre de la Sagesse (50 av. J.-C., en grec) exprime la doctrine de l'immortalité de l'âme et de la rétribution équitable : "Oui, Dieu a créé l'homme incorruptible" (2.23), "les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu, et nul tourment ne les atteindra" (3.1).

Selon le Livre d'Urantia

Le Livre d'Urantia decrit le parcours ascensionnel de l'âme survivante, comme une succession de vies jalonnant différents niveaux de realités de moins en moins matériels et de plus en plus spirituels, pour atteindre in fine le Paradis.

Dans le terme immédiat de la vie terrestre, "les survivants mortels ressuscités reprennent le fil de leur vie exactement au point où ils l'ont laissée quand ils ont été surpris par la mort", sur l'un des 7 mondes des maisons, en fonction de leur degre d'evolution spirituelle.

À l'autre extrémité de leur "pèlerinage du temps et de l'espace", les âmes ascensionnelle acquièrent le statut de "finalitaires" après avoir été embrassé par la présence de Dieu, et retournent en mission éducative dans l'univers.

Le mécanisme de la mort physique n'est pour autant pas une fatalité. Les humains spirituellement les plus evolués, peuvent fusionner avec leur esprit divin intérieur (fragment du Père universel habitant l'homme) et être directement transféré dans l'au-delà (le monde "morontiel"), comme "emporte dans un char de feu".

Inversement, la véritable mort est celle de l'âme s'accompagnant de l'extinction de la personnalité pour ceux qui, malgré la miséricorde divine, réitèrent leur refus de progrès spirituel et leur longue participation au grand œuvre de l'univers auquel Dieu les invite.

Selon le mormonisme

Dans le mormonisme, la vie après la mort est une partie du plan de salut par lequel Dieu réalise l'immortalité et la vie éternelle de l'homme.

Selon les philosophies antiques

Pythagore, Empédocle, Platon défendent la métempsycose.

Les anciens stoïciens (Zénon, Cléanthe, Chrysippe), avant Diogène de Babylone, croient l'Éternel retour, c'est-à-dire à la répétition périodique sans fin des mêmes éléments de l'univers, âmes et comportements humains compris.

"Pour Plotin, chaque âme est conduite où elle a mérité de parvenir en fonction de sa vie passée. Le défunt, séjournant temporairement dans le monde des morts, revient sur terre pour se parfaire, pour corriger les conséquences de ses actes passés (Ennéades, I). Les âmes qui n'ont pu s'affranchir du corps retournent dans des corps humains. Quelques-unes même, qui sont devenues animales, retombent dans le corps des animaux (ce qui correspond, non à la doctrine de la réincarnation elle-même, mais plutôt au concept de métempsycose). Quelques-unes, des meilleures, sont admises à choisir elles-mêmes leurs nouveaux corps. D'autres, enfin, s'élèvent au-delà du ciel, sont changées en étoiles et, de là, contemplent le spectacle de l'univers (Ennéades, III, 4, 2-5). Enfin, les âmes les plus pures vont se confondre avec Dieu (Ennéades, III, 4, 6). Celui qui a tué devient un homme destiné à être assassiné ; un fils qui a tué sa mère redevient une mère tuée par son fils (Ennéades, III, 4, 13)."[26]

Pour les anciens Grecs (Homère, Hésiode), l'âme du défunt passe le lac du Styx sur la barque de Charon. Elle franchit ensuite les portes d'airain gardées par Cerbère, et elle demeure à jamais dans l'Hadès, le monde invisible, sous terre, avec la vie d'une ombre, "dépourvue de force et de sens", sans espoir de retour. L'Achille d'Homère dit ceci : "Même dans la demeure d'Hadès, l'âme et l'image sont, après tout, quelque chose" (Iliade, XXIII, 103). Mais le sort des bons n'est pas meilleur que le sort des méchants. Seuls les grands criminels (Sisyphe, Tantale, Ixion) sont châtiés ; et seuls quelques privilégiés (Ménélas, Achille) sont transportés aux Îles des Bienheureux. Ennius soutient que, pour les Anciens, à la mort, le corps allait au tombeau, l'âme au ciel et l'ombre aux Enfers ; on lit dans l'Enéide (V, 81) : "Salut, cendres qui vainement me sont rendues, âme et ombre paternelles."

Selon le spiritisme

Le spiritisme repose entièrement sur l'idée de la survie de l'Esprit. Selon cette doctrine codifiée par Allan Kardec, la mort provoquerait une séparation entre le corps physique et le périsprit, c'est à dire l'enveloppe de l'Esprit. Cette séparation serait plus ou moins facile[27]. Ensuite, l'Esprit se trouverait dans une dimension qui correspondrait à son état d'avancement. Les différentes situtations vécues par des personnes décédées, après leur arrivée dans un monde spirituel, constituent le contenu du livre : Le Ciel et l'Enfer. Ces affirmations sont assez similaires avec celles d'Emmanuel Swedenborg publiées antérieurement.

Selon les traditions amérindiennes

Les religions des Indiens d'Amérique[28] font du royaume des morts une copie fidèle du monde des vivants. La représentation classique du royaume des morts en Amérique du Nord est désignée par ces termes : "les terres fortunées de la chasse". Plusieurs tribus de la Prairie imaginent le séjour des morts comme une prairie ondoyante où ils chassent le buffle avec succès, habitent dans des tipis, festoient et dansent. Ceux qui ont péché sont exclus de la communauté, dans le royaume des morts, ils sont condamnés à la vie errante des spectres, ou ils périssent en se rendant dans l'autre monde ou encore ils sont envoyés dans un autre pays que celui qui accueille les morts ordinaires. L'idée d'un jugement dernier après la mort et celle d'une véritable loi du talion dans l'au-delà n'existent pas chez les Indiens.

Selon le védisme

Dans le védisme[29], une distinction est faite entre le corps et un principe invisible, asu, force vitale, essence à base de souffle, d'origine corporelle et impersonnelle, et manas, "esprit", siège désincarné de la pensée et des sens internes, situé au cœur. Le mort (preta) n'est que le double ombreux du vivant, comme là psychê homérique. La conception védique dominante est celle d'un empire des morts situé sous la terre, un lieu de ténèbres sans joie, sur lequel règne Yama et où conduit "le chemin vers les pères" (pitryâna). Dans le Rig-Veda récent, les éléments de l'individu à sa mort passent dans le Soleil, le vent, les eaux, les plantes. Rien de précis n'est dit sur le jugement, la durée des peines, les fins dernières.

Quelques conceptions ésotériques

Dans les Mystères d'Éleusis, la destinée de l'âme post mortem est fonction de l'initiation ou pas, donc elle pose deux degrés hiérarchiques (profane/initié). Platon rapporte leur enseignement : « Quiconque arrive dans l'Hadès en profane, sans avoir été admis aux Mystères et initié, sera couché dans le Bourbier ; celui qui, au contraire, aura été initié et purifié partagera, une fois arrivé là-bas, la demeure des dieux » (Phédon, 69c). Bourbier pour les profanes, félicité pour les initiés.

La conception défendue par l'orphisme se place sur deux plans naturels (animal/humain). Selon Proclos[30], « Orphée veut que les âmes humaines s'en aillent aux lieux souterrains pour y être purifiées ou châtiées, et dans les prisons infernales où elles sont punies. Mais les âmes des animaux voltigent là-même dans l'air, jusqu'à ce qu'elles aient été de nouveau enchaînées en d'autres corps. » Purification pour les humains, palingénésie pour les animaux. La tradition orphico-pythagoricienne, dès la fin du V° s. av. J.-C., a laissé des "lamelles d'or" où se montrent l'espérance d'être délivré grâce à l'initiation, la nécessité pour l'âme de subir un examen à l'arrivée dans l'au-delà, la primauté de la déesse Mnémosyne (qui rappelle l'origine céleste de l'âme et donne le souvenir des existences antérieures), le besoin de se libérer de la soif de vivre corporellement, la distinction entre deux sources dans l'au-delà (la source de Mnémosyne, qui donne le souvenir aux initiés, à droite ; la source de Léthé, qui donne l'oubli aux non-initiés, à gauche). Les lamelles évoquent le voyage et l'épreuve de l'âme post mortem.

"Tu trouveras à gauche de la demeure d'Hadès [l'Invisible, dieu des morts] une source [Léthé : Oubli],
et près d'elle, se dressant, un cyprès blanc :
de cette source ne t'approche surtout pas.
Tu trouveras une seconde source, l'eau froide qui coule
du lac de Mnémosyne [Mémoire] ; devant elle se tiennent des gardes.
Dis : 'Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé ;
ma race est céleste, et cela vous le savez aussi...'
Et, de ce moment, avec les autres héros, tu seras souveraine."[31]

La mystique juive, depuis le II° s., considère que l'homme possède, en plus du corps physique, plusieurs âmes. Les néo-platoniciens juifs Abraham ibn Ezra (vers 1150) et Abraham bar Hiyya distinguent trois parties : nefesh, ruah, neshamah ; les kabbalistes ajoutent hayyah, yehidah. "Les cinq noms de l'âme, sont, dans un ordre ascendant : la nefesh (esprit), le ruah (souffle, anima), la neshamah (âme, spiritus), la hayyah (vie), et la yehidah (union). Si l'on groupe en un acronyme les initiales de chacun de ces termes on obtient le mot naran-hai, NaRaN-HAI. C'est la doctrine du kabbaliste Isaac Louria, vers 1570, à Safed. "La nefesh reste pour un temps dans la tombe, voletant au-dessus du corps ; le ruah monte au paradis terrestre conformément à ses mérites ; et la neshamah retourne directement dans sa maison natale. Châtiment et rétribution n'incombent qu'à la nefesh et au ruah. Selon Moïse de Leon, une fois par jubilé cosmique, l'âme s'élève de sa communion avec la Shekhina [la Présence divine] jusqu'au paradis céleste caché dans le monde de l'esprit divin, c'est-à-dire jusqu'à la Sefirah Hokhmah [la Sagesse au sein de l'Arbre des sephiroths de la kabbale]"[32]

Rudolf Steiner, le fondateur de l'anthroposophie, prétendant tenir ses données sur la vie après la mort de ses propres « investigations spirituelles », expose ses vues dans ses livres et recueils de conférences. [33] [34] [35] Il distingue les étapes suivantes :

  1. Le corps éthérique, ou corps de vie, se détache progressivement du corps physique et reste attaché au corps astral durant un temps qui se mesure en jours. Après quoi le corps éthérique se détache également du corps astral et retourne à l'éther universel.
  2. Durant ce processus l'être conscient a l'impression de se répandre dans le macrocosme. - « Tout de suite après la mort, l'impression est comme si notre être se répandait dans tout ce qui nous est extérieur. » [36] Durant le temps ou le corps éthérique, qui est le porteur de la mémoire, est encore attaché au corps astral, l'être peut voir en un vaste panorama plein de vie le déroulement de son existence sur terre.
  3. Une fois séparé du corps éthérique, le corps astral, est encore habité par des désirs que le moi ne peut assouvir : c'est, en quelque sorte, l'enfer ou plus précisément le purgatoire ou kamaloka. Durant cette période l'entité prend aussi conscience des fautes qu'elle a commises durant son incarnation. Le désir de réparer ces fautes s'inscrit en elle et constituera le karma de ses incarnations ultérieures.
  4. Le Moi s'étant purifié devient libre de ses attaches terrestres : c'est, en quelque sorte, le paradis.
  5. Après la mort, l'entité humaine s'élève en traversant spirituellement les différentes sphères planétaires, la sphère lunaire correspondant au purgatoire. C'est en traversant ces sphères planétaires, avec l'aide des hiérarchies angéliques, que le karma est élaboré. Ayant atteint le « minuit des mondes », la monade spirituelle amorce son retour vers l'incarnation en traversant les sphères en sens inverse. Ce faisant, avec les hiérarchies célestes elle prépare les conditions terrestres de sa future vie sur terre. - « Après la mort, nous devenons successivement les habitants de la Lune, de Mercure, de Vénus, du Soleil, de Mars, de Jupiter et de Saturne, puis du firmament stellaire, pour ensuite pour nous contracter et nous réincarner »[37]
  6. L'oubli s'installe, avec la réincarnation. Il se passerait en moyenne 1000 ans entre deux incarnations, mais les exceptions seraient nombreuses.[38]

Les réincarnationnistes se divisent sur la durée de l'intervalle entre les incarnations, les règles de rétribution, etc.

Les informations en faveur de l'anéantissement après la mort

Dans sa série télévisée The Human Mind (BBC), Sir Robert Winston mentionne la possibilité que l'effet de tunnel vécu lors d'une expérience de mort imminente soit produit par l'activation anarchique des cellules de la rétine en l'absence d'oxygène, le reste relevant d'un rêve accompagnateur. Une majorité de psychiatres critiquent également l'interprétation de ces effets comme le signe d'une vie après la mort. Pour eux, il n'y a pas expérience d'un au-delà, mais traumatisme. Effectivement, on peut reproduire artificiellement une forme d'Expérience Hors du Corps[39] bien qu'elle ne soit pas réellement comparable à celle vécue dans le cadre d'une EMI (Jean-Pierre Jourdan, 2006)

La vie après la mort comme thème artistique

En architecture

En France, de très nombreuses Lanterne des morts ont été construites au fil des siècles dans les cimetières. Cet édifice était censé guider et rassembler les âmes des défunts.

En sculpture et en peinture

En littérature (romans)

Au cinéma

  • Dans les six film de la série Star wars, les personnages principaux sont confrontés à la mort de leurs proches et à l'action de ces défunts dans les événements majeurs[40]. Dans cette saga, Georges Lucas oppose la vision des Sith à celle des Jedi. Les Sith promettent une victoire sur la mort et un prolongement éternel de la vie physique. Les Jedi acceptent la mort comme un fait naturel, mais développent des méthodes de communication avec les Jedi défunts.


Bibliographie

(par ordre alphabétique)

Quelques ouvrages (hors romans) qui concluent en faveur d'une vie après la mort

  • Rosemary Altea, Une longue échelle vers le Ciel, J'ai lu, Paris, 2006.
  • Christophe Barbé, Comment les morts s'expriment, Ed. Kymzo 2006, Le langage de l'Invisible, Ed. Kymzo 2007, Signes de survivance, Ed. Kymzo 2009.
  • François Brune, Les morts nous parlent (tome 1 et 2), Le Livre de Poche, Editions du Félin, Paris, 1988.
  • Docteur Jean-Jacques Charbonier, Les preuves scientifiques d'une vie après la vie, Editions Exergues, Paris, 2008.
  • Gabriel Delanne, L'Âme est immortelle, démonstration expérimentale de l'immortalité, 1899, multiples éditions.
  • Léon Denis, Après la mort, Editions Philman, Le Pecq, 2005 (multiples éditions).
  • Maryvonne et Yvon Dray, Didier Van Cauwelaert, Karine après la vie, Le Livre de Poche, Albin Michel, Paris, 2002.
  • Alison Dubois, Nous sommes leur paradis, pourquoi les morts ne nous quittent jamais, Presses du Châtelet, Paris, avril 2009.
  • Betty J. Eadie, Dans les bras de la lumière (témoignage autobiographique), Pocket, Paris, 2007.
  • John Edward, Après la vie, réponses de l'au-delà, Editions AdA Inc., Québec, Canada, 2005.
  • Camille Flammarion, Les habitants de l’autre monde ; révélations d’outre-tombe, 1862, multiples rééditions.
  • Pierre-Pierre Girard, Encyclopédie de l'Au-delà, Editions Trajectoire, Paris, 2006.
  • Michel Hulin, La Face cachée du temps : l'imaginaire de l'au-delà, Fayard, 1985.
  • Bernard Jacoby, Nous ne mourons jamais, la vie après la mort : la vérité, éditions Alcina, Paris, septembre 2008.
  • Christian Jacq, Le voyage dans l'autre monde selon l'Égypte ancienne, Monaco, Éditions du Rocher, 1986.
  • Allan Kardec, Le livre des Esprits, 1857, multiples éditions.
  • Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, édition Pocket, Paris, 1984, 1988, 1990.
  • Le jugement des morts. Égypte ancienne, Asour, Babylone, Iran, islam, Inde, Chine, Japon, Israël, Seuil, 1961.
  • Gitta Mallasz, Dialogues avec l'ange, éditions Aubier, 1976, 1984, 1990 ...
  • Philippe Ragueneau, L'autre côté de la vie, dialogues avec l'invisible, édition Pocket, Paris, 2001
  • Docteur Raymond Moody, La vie après la vie, Edition J'ai lu, Paris, 1984.
  • Jean Prieur, Les morts ont donné signes de vie, Fayard, Paris, 1976
  • Narada Thera, La Doctrine Bouddhique de la Re-naissance, Maisonneuve, 1979
  • Erwin Rohde, Psyché. Le culte de l'âme chez les Grecs et leur croyance en l'immortalité (1890-1894), trad., Payot, 1953.
  • Pierre A. Riffard, 'Comment se pose rationnellement la question de la vie après la mort ?', Thanatologie, no 87-88, nov. 1991.
  • Reynald Roussel et Alexandra Demarigny, Ce que les morts nous disent, Presses du Châtelet, Paris, 2004.
  • Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts, Editions Exergues, Collection des deux mondes, Chambéry, 2000.
  • Emanuel Swedenborg, Le Ciel et l'Enfer, 1765, multiples éditions.
  • Patrice Van Eersel, La Source noire, Livre de Poche. Sur les EMI, expériences imminentes de mort.
  • James Van Praagh, Dialogues avec l'au-delà, éditions du Roseau, Montréal, 1997, 1999.
  • Carl Wickland, Trente ans parmi les morts, La Pierre d'Angle Editions Exergue, 1997.
  • Jean Winter et Gérald de Dampierre, Dites-leur que la mort n'existe pas, messages de l'au-delà, Editions Exergue, Chambéry, 1998.

Notes et références

  1. "conscience" en tant que synonyme d'"esprit"
  2. Le CNRS par exemple n'a publié aucune étude et ne possède aucun département de recherche dans ce domaine. Voir le site du CNRS.
  3. Publications et site officiel de ce laboratoire
  4. If it is real, it will be revealed. If it is fake, we'll find the mistake.
  5. Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 2008, p. 298.
  6. tome II de l'Ethnologie régionale de Jean Poirier, collection "Pléiade"
  7. à l'exception du laboratoire de l'université de l'Arizona cité dans l'introduction
  8. Comme celui de la nourriture aux morts. Il s'agissait d'apporter des nourritures symboliques censées aider le mort dans sa traversée vers l'au-delà. Mais il peut être aussi question de subvenir à ses besoins terrestres post-mortem (voir, entre autres, le Livre des morts des Anciens Égyptiens).
  9. Certains rites étaient supposés mettre en contact avec le monde des morts, l'Au-Delà. Il en est ainsi du "Jour des morts" ou de la consultation de certains personnages de l'Hadès. En Béotie, dès le VIe s. av. J.-C., ceux qui allaient consulter le héros Trophonios étaient habillés de bandelles comme des victimes sacrificielles, ils étaient aspirés, pieds en avant, par une étroite ouverture à flanc de montagne, ils recevaient un coup sur la tête, puis ils regagnaient l'air libre par la même ouverture. Ils avaient eu une sorte de contact avec l'Autre Monde, ils avaient un moment été considérés comme morts. Source : Pausanias, Description de la Grèce, IX, 37 ; Plutarque, Du démon de Socrate, XII. Robert Graves, "Les mythes grecs" (1958), trad., Pluriel, t. I, p. 195-196.
  10. Dans le Bouddhisme le sommeil est appelé "petite mort"
  11. Science et religion, Bertrand Russell, Folio
  12. Voir notamment Le livre des Esprits et Le livre des médiums
  13. Voir sur Internet : espiritismo no Brasil (le spiritisme au Brésil)
  14. Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation (1974, trad. 1985
  15. Pierre A. Riffard, "Comment se pose rationnellement la question de la vie après la mort ?", Thanatologie, n° 87-88, nov. 1991.
  16. Louis Gardet, L'Islam. Religion et communauté, Desclée de Brouwer, 1970, p. 102-103.
  17. Homère, Iliade, V, 395 ; IX, 569 ; XXIII, 107 ; Odyssée, X, 521 ; 536 ; XI, 49, 491.
  18. Pierre Boyancé, "La religion astrale de Platon à Cicéron", Revue des Études Grecques (REG), 65 (1952), p. 312-350.
  19. Héraclide du Pont, fragments 93-99. Voir Cicéron, De la République, VI, 13.
  20. Jamblique, Vie de Pythagore, § 82.
  21. Satyârtha-prakâsha. La Lumière de la Vérité, 1865, trad., Adrien-Maisonneuve, 1940, p. 335
  22. Némésios d'Émèse, De la nature humaine, 38, trad. P. Duhem
  23. Suttapitaka, II : Majjhima-nikâya, n° 136 : Mahâkamma-vibhanga-sutta
  24. Principes de la nature et de la grâce, § 6
  25. Louis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. II, 1953, p. 529, 541-543.
  26. Charles-Rafaël Payeur, Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, p. 1097-1098
  27. "L'état de l'Esprit au moment de la mort peut se résumer ainsi : l'Esprit souffre d'autant plus que le dégagement du périsprit est lent; la promptitude du dégagement est en raison du degré d'avancement moral de l'Esprit; pour l'Esprit dématérilisé dont la conscience est pure, la mort est un sommeil de quelques instants, exempt de toute souffrance, dont le réveil est en pleine suavité." Allan Kardec, Le Ciel et l'Enfer (Kardec), Chapitre 1, parapgraphe 13.
  28. Ake Hultkrantz, "Les religions des Indiens d'Amérique", apud Histoire des religions, Gallimard, coll. "Pléiade", t. III, 1976, p. 781-783.
  29. Louis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. I, 1947, p. 334.
  30. Proclos, Commentaire sur 'La République' de Platon, II, 338 : Orphée, Poèmes magiques et cosmologiques, Les Belles Lettres, 1993, p. 145.
  31. Lamelles d'or orphiques. Instructions pour le voyage d'outre-tombe des initiés grecs, lamelle de Pétélia (fin du V° s. av. J-C.), édition par Giovanni Pugliese Carratelli, Les Belles Lettres, 2003, p. 61.
  32. Gershom Scholem, La kabbale (1974), trad., Gallimard, coll. "Folio essais", p. 255-263.
  33. Rudolf Steiner, Le sens de la mort (1907-1914), Éditions Triades, Paris
  34. Rudolf Steiner, La vie entre la mort et une nouvelle naissance (1912-1913), GA 141, Éditions Anthroposophiques Romandes,
  35. Rudolf Steiner, La mort, métamorphose de la vie (1917-1918), GA 182, Éditions Triades, Paris
  36. Rudolf Steiner, Macrocosme et microcosme, p. 342., GA 119, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève
  37. Rudolf Steiner, La vie entre la mort et une nouvelle naissance, p. 110, GA 141, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève
  38. Rudolf Steiner, La science de l'occulte, 1910 , chap. VII, Éditions Triades, Paris
  39. (en) Olaf Blanke, Stéphanie Ortigue, Theodor Landis et Margitta Seeck, « Stimulating illusory own-body perceptions », dans Nature, vol. 419, 19 septembre 2002, p. 269-270 [résumé, [pdf] texte intégral (pages consultées le 22 avril 2009)] 
  40. L'esprit d'Obiwan Kenobi parle à Luke et le guide

Annexes

Articles connexes

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  • La vie après la mort dans le plan de salut, point de vue de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (mormonisme)

Liens externes

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