Appréhension

Peur

Écarquillement des yeux dû à la peur
La mort, les fantômes, la guerre sont des thèmes souvent traités par l'art, ici par Goya
Le déguisement, le carnaval, l'humour sont des moyens de jouer avec les peurs ou de les repousser
Les contes anciens, les mythes et légendes, ou l'art (des romantiques) évoquent souvent la nuit qui effraye et fascine

La peur est une émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d'un danger.

Par extension, le terme peut aussi désigner l'appréhension liée à des situations déplaisantes ou à des animaux répugnants. On parle alors de phobie, mot issu d'une racine grecque désignant la peur : claustrophobie, agoraphobie etc.

D'un point de vue neurologique, elle est essentiellement une activation de l'amygdale (ensemble de noyaux au niveau des lobes temporaux). L'activation de l'amygdale correspond généralement un sentiment de danger imminent. Elle peut entrainer une inhibition de la pensée et prépare l'individu à fuir ou à se défendre.

Sommaire

Manifestations physiologiques

La peur est très certainement l'une des émotions les plus anciennes du monde animal. Elle se manifeste de façon parfois spectaculaire.

Chez l'homme elle peut se manifester par des tremblements, une hausse de la fréquence cardiaque, un écarquillement des yeux et une perturbation du rythme respiratoire. Ces différents symptômes sont essentiellement dus à la sécrétion d'adrénaline, principale hormone de la peur.

La peur peut aussi provoquer une paralysie momentanée partielle et parfois complète, allant jusqu'à une perte de conscience, notamment chez la femme. Il est aussi avéré qu'une peur violente peut provoquer une dépigmentation des cheveux, comme ce fût le cas pour Marie-Antoinette, et un léger changement de la couleur de la peau qui explique probablement l'expression "être vert de peur".

Enfin, la peur provoque chez l'homme comme pour la plupart des mammifères, une puissante activité hormonale qui peut provoquer le dégagement par la peau d'une forte odeur, ainsi qu'une hyperactivité du système sudatif, créant ce qu'on appele les "sueurs froides".

Différentes dimensions de la peur

Biologiquement parlant, la peur permet aux animaux d'éviter des situations dangereuses pour eux-mêmes ou pour leur progéniture. Le principal objet de peur pour un animal est en effet la présence d'un prédateur.

La complexité de l'esprit humain a néanmoins transposé cette émotion et l'a dirigée vers des objets et situations aussi diverses que peuvent l'être les activités humaines.

Ces différentes peurs sont classifiées par les psychologues sous le terme phobie. Citons parmi les plus communes :

  • la claustrophobie : peur de l'enfermement et des endroits clôts ;
  • l'arachnophobie : peur des araignées ;
  • l'acrophobie : peur des sommets, du vide et des positions surélevées ;

Certaines de ces phobies ont probablement une origine évolutive profonde, notamment pour la peur des serpents et des araignées. Il a été en effet montré que de telles peurs possèdent chez l'homme un caractère universel [1].

D'autres peurs sont liées à des activités sociales récentes et propres uniquement aux sociétés occidentales modernes. On ne peut donc raisonnablement pas supposer qu'elles aient une origine biologique.

Le surpassement de la peur

La plupart des peurs possèdent la propriété de pouvoir être surmontées.

Pour une personne donnée, il suffit souvent de surmonter sa peur une fois pour la faire disparaitre définitivement.

Cette aptitude à diminuer sa peur et à gagner ainsi en courage constitue un processus de maturation de l'esprit et de l'individu qui continue durant toute la vie. Ceci explique aussi que les enfants et les jeunes adultes sont en général beaucoup plus craintifs que les adultes plus expérimentés. La peur est d'ailleurs souvent détournée à des fins ludiques par les enfants, se mettant en scène et cherchant à se faire peur lors de fêtes telles qu'Halloween, par exemple.

Nombres de sociétés ont considéré comme un devoir pour un homme d'être capable de surmonter sa peur. Il existe en effet chez de nombreux peuples des rites d'initiation ou de passage à l'âge adulte, au cours desquels un adolescent doit accomplir un acte à priori effrayant afin de pouvoir revendiquer son statut d'homme ou son appartenance à la communauté.

Certaines sociétés ont poussé ce principe à l'extrême et ont fait de la peur, y compris celle de la mort, un objet de honte. La peur était alors simplement niée, considérée comme une faiblesse. Ce fût notamment les cas des Vikings.

La peur de la mort

Par définition, la mort est l'objet de peur par excellence, en tant qu'incarnation même du danger.

Pourtant cette peur est très loin d'être universelle. Elle est cependant à la fois la plus commune et la plus paradoxale.

Nombres de cultures échappent à la peur de la mort par le recours à l'hypothèse d'une vie après la mort. Ce subterfuge intellectuel, le plus souvent employé par les religions, permet à l'esprit d'appréhender la mort sans la craindre.

Des philosophies athées et matérialistes, issues de l'antiquité grecque et encore très influentes de nos jours, mettent en évidence l'aspect paradoxal de la peur de la mort. Citons en particulier le philosophe grec Epicure :

« Lorsque nous sommes vivants, la mort n'est pas.

Lorsque la mort est là, nous ne sommes plus.

Dès lors, dans la mort que crains-tu exactement ? »

La peur de l'inconnu

La peur de l'inconnu est un phénomène éthologique observé chez de nombreux animaux évolués et elle est source de prudence.

Chez l'Homme, elle peut être individuelle ou collective. C'est une peur d'un danger hypothétique. Elle apparaît face à des destinations ou circonstances attendues inconnues. La peur de la mort, ou de l'obscurité, de ne rien voir peuvent en être des formes, de même que la peur pour un changement ou quelque chose de nouveau. (exemple: un bruit ou son nouveau, animal/insecte/personne/lieu nouveau, un voyage, un étranger, etc)

  • Une peur intense de l'inconnu, de la part d'un groupe ou d'un individu est source d'isolement ou de repli sur soi ou le groupe. Elle peut générer de la violence, voire conduire au suicide[réf. nécessaire].
  • Une peur raisonnée et modérée de l'inconnu permet une certaine ouverture d'esprit et peut devenir facteur de créativité en contribuant à l'exhaltation de la curiosité, de la recherche et de la découverte[réf. nécessaire].
  • L'absence totale de peur de l'inconnu peut être un phénomène pathologique et conduire à la mise en danger par imprudence.

La peur semble naturelle et universelle. C'est sa gestion et son intensité qui peuvent devenir problématiques. Le groupe, la solidarité, la société, l'apprentissage, la famille, la tribu peuvent contribuer à l'assurance de soi et au sentiment de sécurité, et ainsi éloigner la peur. La religion, les hiérarchies, les systèmes de castes, certaines sectes et certains groupes politiques...[réf. nécessaire] s'appuient sur la peur de l'inconnu et de la mort pour conforter leur pouvoir ou fonctions.

Peur et sentiment d'importance de soi

Lorsque notre esprit est trop encombré par la pensée que l'on a de soi-même, on est plus enclin à avoir peur pour soi[réf. nécessaire]. Par exemple, les personnes paranoïaques sont constamment préoccupées par elles-mêmes, au point d'imaginer des scénarios d'espionnage de leur propre personne de la part des gens qu'elles croisent.

Peur et angoisse

L'exposition prolongée à quelque chose qui nous fait peur entraîne un sentiment d'angoisse. Ce sentiment augmente, et l'on a l'impression qu'il va augmenter indéfiniment. En fait, si l'on reste suffisamment longtemps, l'angoisse atteint un maximum. Une fois atteint ce maximum, on a l'impression qu'il va rester comme cela, qu'on va continuer à éprouver cette angoisse alors qu'au bout d'un certain temps, progressivement, elle va redescendre[2].

Les thérapies comportementales sur la peur se basent sur cela. On fait des expositions progressives, mais assez longues pour que l'angoisse redescende. C'est une sorte d'habituation. Mais si l'on fait des expositions trop brusques, ou trop fortes, on obtient l'effet inverse : la personne risque d'être un peu plus traumatisée et d'avoir encore plus peur.

Peur et aliénation

La peur peut aussi être le résultat d'une aliénation intellectuelle ou sociale. Nietzsche critique les religions dans crépuscule des idoles, parce qu' elles auraient suscité la crainte du péché et de vivre par soi-même.

La peur et le contrôle des foules

La peur a un effet très fort sur les foules et ainsi est utilisée afin de contrôler les foules et les peuples. Dans les systèmes totalitaires ou dans l'esclavage traditionnel, l'objet de la peur est clairement identifié, il s'agit d'une menace de punition ou de mort en cas de désobéissance. Dans les systèmes dits démocratiques où une telle menace n'est pas explicite, il importe plus de contrôler ce que pensent les gens, en déformant les informations des médias et avec des menaces plus abstraites ou même virtuelles[3].

Synonymes

On peut retrouver des mots synonymes exprimant une notion plus ou moins proche :

appréhension, crainte, inquiétude, anxiété, angoisse, effroi, frayeur, terreur, épouvante, peur panique, frousse, trouille, trac, pétoche, phobie, paranoïa, chair de poule

Voir aussi

Références

  1. Desmond Morris, "Le singe nu"
  2. Christophe André, Psychologie de la peur : Craintes, angoisses et phobies, Éditions Odile Jacob (15 septembre 2004), ISBN 978-2738114259
  3. Noam Chomsky, Necessary Illusions: Thought Control in Democratic Societies, South End Press (1er Juillet 1999), ISBN 978-0896083660

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