Apnee (sport)

Apnée (sport)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Apnée (homonymie).

L’apnée désigne l'arrêt de la ventilation (du grec ancien πνέω / pnéô, respirer, avec le préfixe privatif a-). Dans le cadre des sports sous-marins, le terme apnée désigne la plongée sans bouteille. Pour l'aspect médical, voir l'article Apnée.

Sommaire

Historique

Bien qu'il soit difficile d'avoir des traces de cette activité, il semble que la plongée en apnée existe depuis la préhistoire. En effet, les hommes ont mangé du poisson et des coquillages depuis très longtemps.

Pour que des hommes (ou des femmes) plongent, il faut que ce soit faisable et intéressant, c'est-à-dire :

  • que l'eau soit assez chaude (ceci peut expliquer qu'il n'y en ait pas eu dans des pays comme la Norvège)
  • que la visibilité soit assez bonne
  • qu'il n'y ait pas d'animaux dangereux
  • qu'il y ait une motivation : soit le manque de nourriture à la surface, soit le besoin de faire du commerce (ce qui peut expliquer le fait qu'en Afrique et aux Amériques, y compris les Antilles, l'apnée n'était pas pratiquée jusqu'à ce que les colons viennent obliger d'autres hommes à le faire).

Finalement, peu de lieux répondent à ces quatre conditions.

Ainsi, avant la naissance des techniques de plongée en scaphandre, du tourisme et du loisir, on peut noter l'existence de cette activité :

  • au Japon, avec les Amas, des pêcheuses de coquillages.
  • en Corée, où cette activité masculine est devenue féminine au XIXe siècle avec les Haenyo.
  • en Indonésie où les Suku Laut peuvent passer jusqu'à dix heures par jour dans la mer.
  • en Terre de feu où il existe quelques traces. Ceci s'est arrêté avec l'arrivée des conquistadors.
  • en Méditerranée où l'apnée était encore pratiquée à la moitié du XXe siècle. Il s'agissait de ramasser du corail rouge et des éponges, ainsi que quelques perles. Le corail servait au commerce avec, par exemple, l'Asie qui lui donnait une valeur symbolique. On retrouve du corail de Méditerranée au Tibet.

Types d'apnée

L'apnée regroupe plusieurs catégories :

  • L'apnée statique qui consiste à rester immobile dans une piscine.
  • L'apnée dynamique, avec ou sans palmes, qui consiste à parcourir la plus longue distance horizontalement.
  • Le demi-fond de l'apnée consiste à nager successivement un nombre décidé à l'avance de longueurs de bassin, le plus vite possible. Les compétitions se pratiquent généralement sur seize fois cinquante mètres. C'est l'apnéiste qui décide de son temps de récupération entre chaque longueur de bassin, de manière à obtenir le temps total le plus court possible.
  • L'apnée en profondeur regroupe plusieurs disciplines. Toutes ces disciplines se font le long d'un câble vertical servant de guide pour la descente et la remontée.
    • L'apnée en immersion libre où il faut atteindre la profondeur la plus importante en tirant sur le câble à la seule force des bras, à la descente comme à la remontée.
    • L'apnée à poids constant, avec ou sans palmes, pendant laquelle l'apnéiste descend le plus profond possible à la seule force des muscles des jambes et des bras.
    • L'apnée à poids variable où il faut atteindre la profondeur la plus importante à l'aide d'une gueuse. La remontée s'effectue à la palme ou en se tirant au câble. Cette discipline est considérée comme moins dangereuse que le no limit car l'apnéiste n'est pas tributaire du bon fonctionnement du parachute lors de la remontée. En effet, celui-ci remonte par ses propres moyens et n'a pas à craindre un éventuel dysfonctionnement du matériel.
    • L'apnée no limit : l'apnéiste descend avec une gueuse, un appareil lesté pesant entre quinze et trente kilos, fixé sur le câble et pouvant se déplacer verticalement. Selon le type de gueuse, la descente peut être contrôlée par un frein. La remontée est possible grâce au parachute, un ballon rempli par l'apnéiste avec une bouteille d'air fixée à la gueuse, ou flotteur rigide dans le cas du dispositif du record de Herbert Nitsch.

Pratique de la plongée en apnée

(en anglais : freediving)

La plongée en apnée consiste à séjourner sous l'eau en retenant son souffle.

Durée de l'apnée

La durée de l'apnée dépend de la capacité à économiser l'oxygène contenu dans l'organisme et les poumons. Certains facteurs peuvent accentuer la consommation d’oxygène

  • le stress : l'apnéiste travaille la détente.
  • l'activité musculaire : les mouvements doivent être lents et souples.
  • la température de l'eau : dans un milieu froid, le corps consomme plus d’oxygène pour produire de l’énergie et se réchauffer. On utilise donc une combinaison intégrale en néoprène pour minimiser les échanges thermiques.

Réflexe respiratoire

Le besoin réflexe de respirer dépend du taux de dioxyde de carbone (CO2) dans le sang. Si celui-ci est trop élevé, le corps réagit en provoquant une inspiration involontaire. Dans l’eau, en cas d’absence de réponse à ces réflexes, si le plongeur est incapable de respirer, il peut être victime de syncope.

Une hyperventilation consiste en une augmentation du rythme et de l’amplitude des mouvements respiratoires pendant plusieurs minutes. Elle permet d’augmenter la durée de l’apnée de 60 % en surface et de 30 % chez un sujet nageant intensément. Elle augmente peu la quantité d’oxygène dans le sang. En revanche, le taux de dioxyde de carbone est fortement abaissé. Si l'apnéiste pratique l’hyperventilation, il ne sera pas alerté suffisamment tôt par ses réflexes. Il risque donc d’être surpris par la syncope. Cette technique est à proscrire car peut s'avérer très dangereuse.

Rendez-vous syncopal des sept mètres

Lors de la descente, la pression ambiante est communiquée à tout le corps. Ainsi, et en vertu de la loi de Henry, l’oxygène de l’air des poumons va se dissoudre dans le sang et se répandre plus rapidement dans l’organisme, donnant une impression de bien-être au plongeur. Or, pendant la remontée, le taux d’oxygène dans le sang va brusquement chuter tandis que le corps continue à consommer de l’oxygène. Entre 10 et 5 mètres sous la surface, le phénomène s’accélère car la pression varie en proportion d’autant plus vite qu’on se rapproche de la surface. En effet, si la variation de pression est la même entre 20 et 10 mètres qu'entre 10 mètres et la surface (variation de 1 bar), dans le premier cas on passe de 3 bar à 2 bar et la pression diminue d'un tiers alors que, dans le deuxième cas, elle passe de 2 bar à 1 bar et la pression diminue alors de moitié. Le corps, en fin de plongée et ce d’autant plus que le plongeur bouge, a un intense besoin d’oxygène alors que ce dernier se raréfie. Le premier organe à réagir est le cerveau : le manque d’oxygène provoque une syncope.

Compensation des tympans

La pression de l'eau sur les tympans augmente de 1 atm (pression atmosphérique) tous les 10 m. Il est donc nécessaire de compenser cette pression en envoyant de l'air dans l'oreille moyenne. On utilise la Manœuvre de Valsalva, la Manœuvre de Frenzel, ou encore la béance tubaire volontaire (BTV).

Adaptation du corps humain

Le corps humain présente des caractéristiques d'adaptation au milieu marin, rappel de son origine aquatique. Ainsi certains réflexes, que l'on retrouve chez les mammifères marins, peuvent êtres développés par l'entraînement :

Bloodshift

À cinquante mètres sous l’eau, les poumons atteignent un volume de 1,5 litres (Le volume résiduel moyen) contre 6 ou 7 litres en surface (Volume moyen chez un individu mâle). Or, la cage thoracique ne peut pas se comprimer de façon illimitée. Il en résulte une dépression relative à l'intérieur de la cage thoracique. Cette dépression tend à être comblée par l’afflux de sang provenant des organes périphériques (membres inférieurs et supérieurs, région abdominale). Ce phénomène appelé bloodshift (ou érection pulmonaire) permet d’augmenter la résistance de la cage thoracique à la pression extérieure et évite les déchirements des muscles ou des tissus. Ce phénomène présent chez les mammifères marins est une adaptation aux grandes profondeurs. Ce phénomène, chez l'Homme, nécessite une lente adaptation par l'approche progressive de profondeurs croissantes (surtout lors de l'atteinte de profondeur ou le volume résiduel est atteint; dans notre exemple entre 40 et 50 m). Le risque majeur de la progression en profondeur lié à ces conditions physiologiques particulières est l'œdème aigu du poumon (dit OAP).

Vasoconstriction périphérique

La vasoconstriction périphérique est liée à l’immersion et à la température de l’eau. Plus la différence de température est importante entre l'eau et l'air, plus le réflexe est important. Tous les vertébrés connaissent ce réflexe. Les vaisseaux sanguins périphériques diminuent de diamètre, ainsi le sang est refoulé vers les organes vitaux comme le cœur, le cerveau et les reins. Ces organes sont en effet primordiaux et, sans oxygène, le cœur et le cerveau sont lésés de manière irréversible.

Cardiovasculaires

La bradycardie est un ralentissement cardiaque dû à un phénomène réflexe. Le rythme cardiaque est commandé par le nerf vagal. Le nerf trijumeau qui innerve tout le visage transmettrait ce réflexe. Dès l’immersion, celui-ci ralentit le rythme de 20 % sans entraînement. L’entraînement amplifie cette réponse qui est sans rapport avec la profondeur.

Techniques d'entraînement

Pour augmenter la durée de l'apnée, le travail aérobie augmente les capacités de stockage et de transport de l’oxygène. Les séances de natation à intensité moyenne sur longue durée sont appropriées au développement de cette capacité aérobie. Le travail en anaérobie (sans oxygène) permet de mieux résister à l’acidose subie pendant l’apnée, par exemple de la natation en effort maximal. Le travail de contrôle du rythme cardiaque et du souffle permet encore une diminution de la consommation en oxygène, de même qu'il permet un meilleur contrôle du réflexe respiratoire. C’est pourquoi certains plongeurs pratiquent le yoga. Enfin, un entraînement régulier permet encore d’augmenter la capacité de la cage thoracique. À la pression atmosphérique, les meilleurs plongeurs emportent jusqu’à 10 litres d’air contre 5 litres pour un individu non entraîné.

L'entraînement est la seule manière d'amélioration. Les populations semi-aquatiques ne sont pas dotées de capacités supérieures à celles des apnéistes professionnels ou amateurs.

Sécurité

La pratique de l'apnée présente certains dangers (samba, syncopes), pouvant conduire à des accidents graves. Ces dangers peuvent cependant êtres limités par une pratique raisonnable :

  • L'apnée doit impérativement se pratiquer sous la surveillance d'une personne formée au sauvetage.
  • La progression doit se faire doucement.
  • La sécurité passe par la connaissance de ses capacités, et la constance de sa pratique.
  • L'apnéiste doit être à l'écoute de ses sensations

Devant les dangers de la course aux records, ils ne sont pas homologués par les fédérations sportives qui refusent de cautionner les risques pris (et les décès). Les homologations ne sont qu'internes à des associations internationales. La polémique s'est amplifiée avec l'homologation du record d'Audrey Mestre alors qu'elle est remontée morte. L'apnée n'est jamais sans danger, on ne peut que limiter les risques.

Apnéistes célèbres


Apnéistes français

Apnéistes belges

Records

Les records homologués par l'AIDA (Association Internationale pour le Développement de l'Apnée) sont disponibles sur le site d'AIDA international[1].

En séparant les catégories hommes/femmes, les différents records sont détenus par les sportifs suivants :

  • Apnée dynamique avec palmes
    • le russe Alexey Molchanov, le 5 octobre 2008 avec 250 m
    • la russe Natalia Molchanova, le 5 octobre 2008 avec 214 m.
  • Apnée en poids constant sans palmes
    • William Trubridge, le 10 avril 2009 avec 88 m.
    • la Russe Natalia Molchanova, le 12 juin 2008 avec 60 m.
  • Apnée en poids variable
    • le vénézuélien Carlos Coste, le 9 mai 2006 avec 140 m
    • l'américaine Tanya Streeter, le 19 juillet 2003 avec 122 m
  • Apnée No Limit
    • l'autrichien Herbert Nitsch, le 28 août 2007 avec 214 m.
    • l'américaine Tanya Streeter a atteint 160 m le 17 août 2002 et la française Audrey Mestre en 2002 avec 170 m, mais elle y a laissé la vie.
    • C'est Jacques Mayol qui, le premier, a dépassé les 100 m en 1976 dans cette discipline.

Tous les records nationaux et internationaux sont disponibles sur le site d'Apneamania[2].

Remarque : le rythme des records s'est intensifié depuis la fin des années 90, correspondant à un engouement croissant pour ce sport, et à l'accroissement de ses pratiquants.

  • Non classé

A noter la plongée du Belge Patrick Musimu à 209,6 m réalisée pendant 3'28" le 20 mai 2005 au large de l'Égypte en mer Rouge, en dehors des structures officielles usuellement reconnues par les apnéistes, comme l'AIDA ou FREE[3], mais suivi par la fédération Underwater World. Patrick Musimu a pu atteindre cette limite en partie grâce à une technique d'égalisation de la pression au niveau des tympans ; à partir de 50 mètres, il laisse l’eau entrer dans ses sinus paranasaux et dans l'oreille moyenne afin d'égaliser la pression externe et interne. Bien qu'il ne soit pas le seul à avoir développé cette technique, il est le premier à l'avoir utilisée à cette profondeur.

Cinéma

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

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Voir « apnée » sur le Wiktionnaire.

Liens externes

  • Fédération sportive d'apnée
    • (fr) AIDA Association internationale pour le développement de l'apnée
    • (fr) FFESSM Fédération Française d'Etudes et de Sports Sous Marins
    • (en) FREE Freediving Regulation and Education Entity
    • (fr) Apnée en Belgique AIDA Belgique ASBL.
    • (fr) Commission Apnée Lifras Développement de l'apnée en Belgique.
  • Autres sites sur l'apnée sportive
  • Portail de la plongée sous-marine Portail de la plongée sous-marine
  • Portail du sport Portail du sport

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