Antoine Darlan
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Antoine Darlan
Antoine Darlan.png

Parlementaire français
Mandat Conseiller de l'Union française du 19 octobre 1947 au 9 décembre 1958
IVe République et Ve République

Antoine Théophile Darlan (1915-1974) est un syndicaliste et homme politique centrafricain de gauche, connu pour avoir été le leader local du Rassemblement démocratique africain (RDA) en Oubangui-Chari dans les années précédant son indépendance.

Sommaire

Biographie

Une des personnalités politiques les plus en vue d'Oubangui-Chari

Extrait du jugement reconnaissant la qualité de citoyen français à Antoine Darlan

Antoine Darlan naît vers 1915 d'Elisabeth Mandalo, une Africaine originaire du district de Ouaka en Oubangui-Chari et de Joseph Darlan[1], un Européen d'origine portugaise[2]. Son père ne l'a jamais reconnu légalement. Avec son statut de métis, il accède à l'instruction, intègre l'administration coloniale comme commis expéditionnaire-comptable, obtient le 11 septembre 1937 la qualité de citoyen français par un jugement du tribunal de première instance de Bangui. À la fin des années 1930, jouant sur ses origines, il anime l'Amicale des métis et participe à la fois à l'Amicale oubanguienne, un rassemblement de cadres autochtones[3]. En 1941, en tant que citoyen français, il est mobilisé dans les Forces françaises libres[1]. Il sort décoré de la Médaille coloniale[1].

La fin de la Seconde Guerre mondiale amorce en AEF le début d’une libéralisation de la société coloniale. Le 15 décembre 1946[4] est organisée dans la colonie, l’élection d’un Conseil représentatif au cours de laquelle Antoine Darlan se présente au sein du collège autochtone sur la liste d’Action économique et sociale présentée à Fort-Sibut[5]. Il est élu, tout comme son frère cadet Georges Darlan[5]. Gratifié par ailleurs le 19 octobre 1947[6], des fonctions de grand conseiller de l’AEF à Brazzaville et de conseiller de l’Union française à Versailles, il doit d'après l’historien Pierre Kalck, son élection à ce dernier poste, au député autochtone de l’Oubangui-Chari Barthélemy Boganda[7]. Fin 1947, Antoine Darlan est élu à la vice-présidence du Grand Conseil de l’AEF[8].

Ses débuts semblent prometteurs. Réputé intelligent, plus pondéré que son frère Georges Darlan[9], il séduit par son approche modérée au côté des socialistes[10]. Il propose le 19 décembre 1947 à la tribune du Grand Conseil de substituer l’appellation « Afrique-Équatoriale française » par « France équatoriale »[11]. Cette résolution adoptée à l'unanimité par ses pairs n'est pas suivie par le gouvernement français. En désaccord avec les socialistes sur la politique coloniale à suivre, il adhère en 1948 au Rassemblement démocratique africain (RDA)[12], le parti interafricain apparenté aux communistes.

Le leader RDA de la colonie (1948-1952)

Le 23 décembre 1948, il crée à Bangui une section oubanguienne du RDA qu'il préside[13]. À ce titre, il prend part au deuxième Congrès internationale du RDA[14] organisé en janvier 1949 à Abidjan. La section animée par Darlan connaît au départ un relatif succès. Son influence sur les conseillers du deuxième collège est réelle[13]. Mais ses opinions anticolonialistes affichées lui valent l'inimitié de l'administration coloniale et des élus du collège européen[10]. Ses collègues africains menés par son propre frère Georges Darlan[15], se joignent dès 1949 à ces derniers pour rejeter ses demandes de subvention et de mission formulées, l’accuse-t-on, à des fins de propagande[16]. Sa section enregistre à partir de juin de nombreuses défections[13]. En perte de vitesse au sein des milieux évolués, Antoine Darlan se tourne vers la masse ouvrière[17]. Il durcit son discours et oriente son action vers le syndicalisme[18]. Son activé est alors très proche de la Confédération générale du travail[19]. En 1950, tandis que le RDA rompt avec le Parti communiste français, Darlan reste très à gauche[1].

Paradoxalement à ses prises de position, son action parlementaire est relativement convergente avec celle du député démocrate-chrétien et anticommuniste Barthélemy Boganda[20]. Tous deux dénoncent avec force les abus coloniaux[20]. Il adopte dans ses articles publiés dans l'organe local du RDA, L'AEF Nouvelle, des positions fort voisines à celles de Boganda[21] ; dans le n°6 de février 1949, Darlan écrit :

« Nos populations sont soumises à une odieuse exploitation. Dans cet Oubangui aux richesses si variées et si abondantes, l’élément européen se considère comme appartenant à la race supérieure, à la race des seigneurs. L’administration réactionnaire au service des trusts coloniaux soumet le pays à un régime de terreur »[22]

Au début de l’année 1952, une querelle de leadership les oppose[23]. La popularité et les succès électoraux de Boganda ont vite raison de Darlan. Lors des élections territoriales du 30 mars 1952, seul élu du second collège à être reconduit, il devient conseiller territorial de la région de Ouaka pour le Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (MESAN) de Boganda[5]. Cette même année, il saborde la section oubanguienne du RDA afin d’adhérer au MESAN[1].

De l'alliance avec Boganda à la disgrâce (1952-1957)

Bien que devenu lieutenant de Boganda, ses liens avec le chef du MESAN restent délicats. Darlan critique sa méthode de travail qu'il juge trop personnel et non démocratique[24]. Boganda pour sa part, s'en méfie en raison de sa popularité parmi la classe ouvrière et les intellectuels[24]. Non reconduit dans ses fonctions de grand conseiller de l’AEF[6], Darlan est finalement écarté de la scène politique locale. Il se concentre sur son poste métropolitain de conseiller à l’Assemblée de l’Union française dans lequel il est réélu en octobre 1953[25] sous l’étiquette RDA[26]. Il n’a en effet jamais rompu avec cette formation politique, continuant d'assister à ses grandes réunions[25].

Darlan est un homme qui semble s’accommoder de toutes les situations. En 1955, en dépit de ses convictions politiques, il accepte la co-vice-présidence de l’Intergroupe libéral oubanguien (ILO) avec Boganda et les représentants du patronat René Naud et Roger Guérillot[27]. Le 23 novembre 1956, il est élu sur la liste MESAN, adjoint au maire de Bambari[28]. En mars 1957, réélu conseiller territorial de la région de Ouaka, il retrouve au mois de mai son siège de grand conseiller de l’AEF sous l’étiquette MESAN[6].

Le 19 septembre 1957, Antoine Darlan est exclu du MESAN[28]. Il semble que cette décision ait été soufflé par Roger Guérillot[29]. Boganda n'a pas trop de mal à l'accepter. Il reproche à Darlan non seulement son appartenance au RDA, formation anciennement communiste, mais également son origine métisse qui l'aurait incité tôt ou tard à comploter avec ses congénères pour prendre le pouvoir, à l'instar des mulâtres lors de l'indépendance haïtienne[30]. Cette exclusion amorce le déclin de sa carrière politique.

Un homme politique sur la touche (1958-1974)

En mars 1958, le RDA le pousse à se porter candidat à la présidence du Grand Conseil face au président sortant Barthélemy Boganda[31]. Après une longue hésitation, Darlan se rétracte[31]. Cinq mois après, l'adoption de la Communauté franco-africaine entraîne la suppression de l’Assemblée de l’Union française et donc de son poste de conseiller[27]. Les 24 et 25 novembre 1958, il participe à la réunion de Brazzaville devant statuer sur le devenir de l'AEF[32]. Sur cette question, il se range dans le camp des fédéralistes avec Senghor et Boganda contre les thèses séparatistes défendues par le leader du RDA Houphouët-Boigny[24].

En 1959, ne figurant pas sur la liste MESAN, il n’est pas réélu à l’Assemblée territoriale[27]. La mort de Boganda cette année-là n’améliore en rien sa situation. Tentant tant bien que mal de reconstituer une section locale RDA, Darlan s’entend avec le Mouvement d'évolution démocratique en Afrique centrale (MEDAC) d'Abel Goumba pour contrer le nouvel homme fort du MESAN, David Dacko[27]. Mais cette entente toute théorique prend fin lorsque le MEDAC est dissout[27] le 23 décembre 1960 en conseil des ministres par Dacko[33]. En 1962, c’est à son tour de voir sa section RDA dissoute avec l’institutionnalisation du monopartisme[27].

Se retirant définitivement de la vie politique, il réintègre la fonction publique[27]. Affecté au Trésor public, puis aux finances du ministère des Affaires étrangères et enfin au Plan, il trouve un emploi stable où ses qualités sont appréciées[27]. Transféré en France afin d’être soigné, il décède à Paris le 10 avril 1974[27]. Le nom d’une rue à Bangui lui rend hommage depuis 1980[27].

Notes et références

  1. a, b, c, d et e Jacques Serre, Biographie de David Dacko: premier président de la République centrafricaine, 1930-2003, Paris, Éditions L'Harmattan, 2007, p.296
  2. Abel Goumba, Les Mémoires et les Réflexions politiques du Resistant anti-colonial, démocrate et militant panafricaniste, v. 1, Paris, Ccinia, 2007, p.55
  3. John A. Ballard, The Development of Political Parties in French Equatorial Africa, Fletcher School, 1964, p.148
  4. Daniel Boisdon, Les institutions de l'Union française, Paris, Éditions Berger-Levrault, 1949, p.278
  5. a, b et c Juan Fandos-Rius, « Conseil Représentatif de l'Oubangui-Chari » In Parliament of the Central African Republic, 14 novembre 2007
  6. a, b et c Juan Fandos-Rius, « Oubangui-Chari representatives to France and Brazzaville (1946-1961) » In Colonial Rulers of Oubangui-Chari, 2 juillet 2008
  7. Pierre Kalck, Barthélemy Boganda, Saint-Maur-des-Fossés, Éditions Sépia, 1995, p.74
  8. Institut d'histoire des conflits contemporains, Guerres mondiales et conflits contemporains, Paris, PUF, 1996, p.34
  9. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.58
  10. a et b Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, The emerging states of French Equatorial Africa, Stanford University Press, 1960, p.389
  11. Pierre Kalck, op. cit., p.81
  12. Jean-Dominique Pénel, Barthélémy Boganda. Écrits et Discours. 1946-1951 : la lutte décisive, Paris, L’Harmattan, 1995, p. 206
  13. a, b et c Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 263
  14. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 50
  15. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 189
  16. Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, op. cit., p.391
  17. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 288
  18. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 289
  19. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 291
  20. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 43
  21. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 44
  22. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 193
  23. Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, op. cit., p.47
  24. a, b et c Abel Goumba, op. cit., v.1, p.56
  25. a et b Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, op. cit., p.392
  26. Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, op. cit., p.37
  27. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Jacques Serre, op. cit., p.297
  28. a et b Abel Goumba, op. cit., v.1, p.309
  29. Pierre Kalck, op. cit., p.151
  30. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.57
  31. a et b Ahmed Kotoko, Tchad-Cameroun, le destin de Hamaï, ou, Le long chemin vers l'indépendance du Tchad, Paris, Éditions L'Harmattan, 1989, p.146
  32. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.165
  33. Abel Goumba, op. cit., v.2, 2009, p.352

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