Antoine-Alexandre-Henri Poinsinet

Antoine-Alexandre-Henri Poinsinet, dit le jeune, né à Fontainebleau le 17 novembre 1735 et mort noyé dans le Guadalquivir, à Cordoue, le 7 juin 1769, est un dramaturge et librettiste français.

D’une famille attachée depuis longtemps au service de la maison d’Orléans dont son père était notaire, Poinsinet déserta fort jeune la basoche pour se livrer dès sa plus tendre jeunesse, au lieu de suivre l’exemple de ses ancêtres et de prendre l’emploi de son père, au goût du théâtre et de la poésie. Quoique né avec de l’esprit, il ne voulut pas prendre le temps de devenir meilleur. Depuis l’âge de dix-huit ans qu’il fit représenter une parodie de l’opéra de Titon et l’Aurore (1753, in-8°) sous le nom de Totinet, jusqu’à sa mort, il ne cessa d’écrire et d’être représenté consécutivement sur tous les théâtres de la capitale. Quelques-unes de ses pièces eurent du succès, particulièrement le Cercle, ou la Soirée à la mode (1771), qui est restée longtemps au répertoire du Théâtre-Français.

Il était de l’académie des Arcades, et avait été de l’académie de Dijon. Il perdit cette dernière place par un procès très singulier qu’il eut avec une demoiselle de l’Opéra. Quoique il ne manquât pas d’un certain esprit, Poinsinet avait une singulière ignorance des choses les plus communes, un amour-propre, une extrême crédulité et une naïveté tels que son nom était devenu proverbial : on disait : « Bête comme Poinsinet ». Comme son ignorance était mêlée de beaucoup de vanité, on lui persuadait tout ce qu’on voulait. Sa présomption, son ignorance et sa crédulité le rendirent longtemps le jouet des salons. Andrieux, dans un de ses contes, a mis en vers une des anecdotes qui amusé les salons, continuèrent d’avoir cours et Jean Monnet, directeur du Théâtre de la foire, dans le t. II de ses Mémoires, a consacré deux cent quatre-vingts pages aux mystifications dont Poinsinet fut l’objet.

Une société de persifleurs s’étant emparée de lui pour l’accabler de ridicules, on lui fit croire que plusieurs femmes distinguées étaient amoureuses de lui pour lui donner de faux rendez-vous qui ne le désabusèrent pas. On lui proposa d’acheter « la place d’Écran » chez le roi, et on le fit griller pendant quinze jours, pour accoutumer ses jambes à soutenir l’ardeur d’un brasier. Une autre fois qu’on lui avait persuadé que le roi de Prusse lui confierait l’éducation du prince royal s’il voulait renoncer à la religion catholique, Poinsinet fit aussitôt abjuration entre les mains d’un prétendu chapelain protestant, que ce monarque était supposé avoir envoyé clandestinement en France. Lorsque, informé de la vérité, Poinsinet voulut poursuivre criminellement les auteurs de cette mystification, on lui fit comprendre que les rieurs ne seraient pas de son côté.

Plus tard, on lui fit croire qu’il avait tué un gentilhomme en duel, quoiqu’il eût à peine dégainé, et que pour ce meurtre il avait été condamné à être pendu. Ses mystificateurs lui firent lire sa sentence imprimée : un faux crieur la hurlait sous ses fenêtres. Poinsinet se déguisa alors en abbé, se fit tonsurer avant d’aller se cacher aux environs de Paris. Après lui avoir fait prendre les rôles les plus ridicules, on lui annonça que le roi lui accordait enfin sa grâce, comme à un grand poète chéri de la nation. L’affaire faillit avoir des suites graves pour les plaisants lorsque Poinsinet fit parvenir ses remerciements au roi, qui trouva mauvais que l’on eût osé se servir de son nom pour rire sans lui.

Mais la plus longue de ces plaisanteries fut quand on lui annonça un jour qu’il devait être de l’académie de Pétersbourg, pour avoir part aux bienfaits de l’impératrice ; mais qu’il fallait préalablement apprendre le russe. Poinsinet se mit à cette langue qu’il crut étudier, pour s’apercevoir, au bout de six mois, qu’on lui avait fait apprendre… le breton !

Aimant à voyager, Poinsinet parcourut l’Italie en 1760, et s’y enthousiasma pour la musique italienne. En 1769, il partit pour l’Espagne, espérant y remplir la charge d’intendant des menus-plaisirs du roi. Comptant travailler dans ce royaume à la propagation de la musique italienne et des ariettes françaises, il avait emmené une troupe de comédiens et de chanteurs français et italiens lorsque sa noyade, pour s’être, dit-on, baigné après un repas, le surprit au milieu de beaucoup d’ouvrages qu’il avait commencés.

Poinsinet avait du naturel dans le dialogue, ce qui justifie le succès de la plupart de ses pièces. La coupe de ses vers, favorable au chant, lui procura de bons compositeurs comme Berton ou Philidor, qui aidèrent surtout à sa réputation. La liste de ses ouvrages est très nombreuse, quoique sa carrière n’ait pas été longue. Ses principales pièces sont, outre le Cercle, ou la Soirée à la mode : les Fra-maçonnes, parodie, 1764, parodie du Cercle de Palissot (1755) ; Lettre à un homme du vieux temps sur l’Orphelin de la Chine (de Voltaire), 1765, in-8° ; le Faux Dervis, opéra-comique, 1757  ; Gilles, garçon peintre z’ amoureux-t-et-rival, parodie, 1758 ; le Petit Philosophe, comédie en un acte et en vers libres, parodie des Philosophes de Palissot, 1760 ; Sancho Pança dans son île, opéra bouffon ; 1762 ; Tablettes des paillards (avec Pressigny fils), I762, in-24 ; la Bagarre, opéra bouffon, 1763 ; le Sorcier, comédie lyrique, 1764 ; Сassandre aubergiste, parodie du Père de Famille, 1765 ; ll’Inoculation, poème, 1765, in-8° ; Tоm Jones, comédie lyrique, 1765 ; la Réconciliation villageoise, comédie lyrique, 1766 ; Gabrielle d’Estrées à Henri IV, héroïde, 1767, in-8° ; Ernelinde, princesse de Norvège, tragédie lyrique en 5 actes (avec Sedaine), 1767 ; Sandomir, prince de Danemark, tragédie lyrique, 1773  ; Théonis, ou le Toucher, pastorale héroïque, 1764 ; Alexis et Alix, comédie mêlée d’ariettes ; musique de J. B. de La Borde, 1769 ; plusieurs Epîtres en vers.

Source

  • Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie universelle, t. 40, Paris, Paris, L. G. Michaud, 1862, p. 560-1.
  • Chefs-d’œuvre des auteurs comiques, Paris, Firmin Didot Frères, 1846, p. 34.
  • Nicolas-Toussaint Des Essarts, Les Siècles littéraires de la France, Paris, Chez l’auteur, 1801, p. 208-9.

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