Melisende de Jerusalem

Mélisende de Jérusalem

mariage entre Foulque d'Anjou et Mélisende de Jérusalem

Mélisende de Jérusalem (11011161) est une reine de Jérusalem de 1131 à 1143 et une régente du royaume de 1143 à 1152.

Elle est la fille aînée de Baudouin II du Bourg, roi de Jérusalem et de Morfia de Malatya et est née peu après la prise de Jérusalem.

Sommaire

Biographie

L'héritière

Son père avait prit part à la première croisade dans le contingent de son cousin Godefroy de Bouillon. Après la prise de Jérusalem, il se rend à Édesse auprès de Baudouin de Boulogne, frère de Godefroy, qui était devenu comte d’Édesse. Godefroy de Bouillon meurt le 10 juillet 1100 et son frère Baudouin lui succède à Jérusalem, laissant le comté d'Édesse à Baudouin du Bourg[1].

Ce dernier, pour se faire mieux accepter de la population arménienne, majoritaire à Édesse, épouse Morfia de Malatya, fille du seigneur arménien Gabriel de Malatya. Mélisende naît peu après, suivie de trois autres filles, Alix, Hodierne et Yvette. Baudouin de Boulogne meurt le 2 avril 1118 et Baudouin du Bourg est élu roi de Jérusalem, et toute la famille s’installe dans la ville Sainte[2].

Pour Baudouin II, ses filles sont des instruments de sa politique extérieure. Dès 1119, il fiance Alix avec Bohémond, héritier de la principauté d’Antioche. Le mariage aura lieu en 1126, quand Bohémond II prend possession de la principauté d’Antioche. Puis Hodierne est fiancée au comte Pons de Tripoli et l’épouse en 1131. La dernière, Yvette, se retire dans un couvent[3]. Si Baudouin II n’avait pas encore donné un mari pour Mélisende, c’est que, n’ayant pas de fils, il avait avant tout besoin d’un héritier pour lui succéder sur le trône de Jérusalem. En 1127, il envoie son connétable Guillaume de Bures et Gautier de Brisebarre, seigneur de Beyrouth demander conseil auprès du roi Louis VI de France, lequel désigne le comte Foulque V d'Anjou. Après avoir réglé ses affaires et remis ses comtés à son fils Geoffroy Plantagenêt, Foulque quitte la France au début de l'année 1129, aborde à Saint-Jean-d'Acre au milieu du printemps et épouse Mélisende le 2 juin 1129[4].

La reine

Baudouin II meurt à Jérusalem le 21 août 1131 et la succession ne pose aucun problème. Reconnu roi sans difficulté par la Haute Cour du royaume, Foulque et Mélisende sont sacrés roi et reine au Saint Sépulchre le 14 septembre 1131[5],[6].

Parmi les principaux barons du royaume figure Hugues II du Puiset, comte de Jaffa, un cousin et un ami d'enfance de la reine, et les esprits malveillants les accusaient d'avoir une liaison. Peu à peu se forment deux camps, les partisans du roi et ceux du comte de Jaffa. Gautier de Grenier, seigneur de Césarée, beau-fils du comte de Jaffa hostile à son beau-père, l'accuse de trahison et lui lance un défi. Hugues l'accepte, mais ne se présente pas le jour fixé pour le duel judiciaire et est déclaré coupable. Pris de peur, Hugues de Jaffa se réfugie à Ascalon sous la protection des Égyptiens, mais ses vassaux refusent l'alliance égyptienne et l'abandonnent. Hugues est alors obligé de se soumettre, et est exilé pour une durée de trois ans. Au moment de s'embarquer, il est attaqué par un chevalier breton et grièvement blessé. Voulant couper court aux accusations d'avoir commandité le meurtre et aux risques d'émeutes, Foulque fait juger le coupable par la Haute Cour des barons et ordonne que l'exécution soit publique et qu'on ne lui coupe pas la langue, pour lui permettre de parler jusqu'au bout, et la loyauté du roi dans cette affaire est reconnue par tous. Hugues du Puiset se rétablit, contre tout attente et se rend en Sicile, où il meurt peu après. Mais le courroux de Mélisende de Jérusalem s'exerce longtemps sur les protagonistes, au point que certains craignent pour leur vie, avant qu'il ne finisse par s'apaiser[7].

Mélisende profite de son ascendant sur son mari, qui cherche à se faire pardonner, pour le faire autoriser le retour de sa sœur Alix à Antioche. Le nouveau patriarche, Raoul de Domfront, en lutte contre son clergé, trouve en elle une alliée et ne s'oppose pas à son retour, mais Foulque contre ce retour et cette complaisance en négociant le mariage de la princesse Constance avec Raymond de Poitiers (1136)[8].

Avec l'âge, Mélisende devient dévote et entreprend la fondation d'abbayes avec sa sœur Yvette, entrée au couvent. Elle fait notamment construire l'abbaye de Béthanie dont Yvette devient la mère supérieure, et fait fortifier le village, car ce dernier est en butte aux razzias des Bédouins venus de Transjordanie. Son influence permet également la réconciliation avec l'Église syriaque jacobite, qui n'avaient pas récupérés tous ses biens, saisis et occupés depuis la prise de Jérusalem [9].

La régente

Foulques meurt à Beyrouth le 10 novembre 1143, et son fils Baudouin III, âgé de treize ans, est reconnu roi sous la régence de Mélisende. Au cours de sa régence, Mélisende a réussi à maintenir intacte l’autorité monarchique, mais Zengi, atabeg de Mossoul et d’Alep enregistre ses premiers succès en matière de reconquête musulmane de la Syrie. En effet, il profite de cet état de régence, de l’esprit brouillon de Josselin II de Courtenay, comte d’Édesse, et de l’inimitié de ce dernier avec Raymond de Poitiers, prince d’Antioche pour prendre Édesse, le 23 décembre 1144[10]

La régente continue la politique de Foulque qui consistait à rester allié avec Damas contre Zengi et son fils Nur ad-Din. De son côté, le ministre Mu’in ad-Din Unur, régent de l’émirat de Damas, avait la même intention politique. Mais Altûtâsh, émir de Hauran, se brouille avec Mu’in ad-Din Unur et demande la protection des Francs, ce qui rompt l’harmonie franco damascène en juin 1147. Les négociations avec Damas échouent et les Francs envoient une armée qui est battue par les armées de Nur ad-Din et d’Unur[11].

Concile d'Acre.
Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 251)

La prise d’Édesse avait entraîné de nouvelles prédications en Europe et barons français et germaniques se lancent dans une seconde croisade. L’armée allemande est défaite par les Seldjoukides en Anatolie, alors que les forces françaises arrivent à Antioche, mais le roi Louis VII de France se brouille avec Raymond de Poitiers, prince d’Antioche et refuse de s’attaquer à Nur ad-Din, bien que l’objectif de la croisade soit la reprise d’Édesse et se rend à Jérusalem. A l'assemblée d'Acre, les croisés et les barons décident d’assiéger Damas en juillet 1148. L'expédition est un échec et les croisés repartent en Europe[12].

Peu après le départ des croisés, Nur ad-Din lance une offensive contre la principauté d’Antioche, bat son armée à Ma’arratha le 29 juin 1149 et tue Raymond de Poitiers. Le patriarche de la ville, Aimery de Limoges assure la défense de la ville et donne ainsi à Baudouin III le temps suffisant pour arriver de Jérusalem avec son armée et obliger l’atabeg d’Alep à lever le siège et quitter la principauté[13]. Puis Nur ad-Din se retourne contre les restes du comté d’Édesse et notamment Turbessel qu’il assiège, et une fois encore la venue de Baudouin l’oblige à lever le siège (octobre 1149). Mais après son départ, Le comte Josselin II d’Édesse est capturé et sa femme, ne poussant assurer seule la défense de Turbessel, cède la place forte aux Byzantins qui se révèlent incapable de la défendre contre les Turcs qui s’en emparent en 1150. L’intervention de Baudouin III a toutefois empêché la principauté d’Antioche de tomber entièrement aux mains de Nur ad-Dîn[14].

La fin de la régence

Couronnement de Baudouin III
Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 233)

La majorité de Baudouin III approche en 1152, mais la régente Mélisende ne semble pas encline à céder son pouvoir. Le couronnement est prévu le 30 mars 1152, et Mélisende compte être couronnée aux côtés de son fils, mais Baudouin se présente seul à la cérémonie et le clergé, pourtant favorable à Mélisende, ne peut refuser le couronnement. Baudouin III a pour lui le soutien des barons francs, ainsi que la légitimité que lui assurent les lois du royaume. Soutenu par Onfroy II de Toron qu’il nomme connétable et par d’autres barons, Baudouin réclame à sa mère les villes de Jérusalem et de Samarie comme indispensable à la défense du royaume. Mélisende refuse de céder, et Baudouin marche immédiatement sur Mirabel, possession de Manassès de Hierges, le principal soutien de la reine mère, qu’il soumet. Puis il se rend à Jérusalem et doit prendre d’assaut la Tour de David, dans laquelle sa mère s’était retranchée. Mélisende, vaincue, se retire dans son fief de Naplouse[15].

Mélisende se retire alors de la vie politique et se consacre aux affaires religieuses. Après la mort du patriarche Foucher d’Angoulème, le 20 novembre 1157, elle et sa belle-fille Sibylle, comtesse de Flandre font élire Amaury de Nesle, prieur du Saint-Sépulcre, élection ensuite confirmée par le pape Adrien IV. En 1152, elle intervient avec son fils dans le litige qui oppose le comte Raymond II de Tripoli à son épouse Hodierne de Jérusalem, sœur de Mélisende. Après un début d’apaisement, Raymond est assassiné par deux Ismaëliens. Elle héberge également Aimery de Limoges, patriarche d’Antioche, exilé de sa ville par Renaud de Châtillon, second époux de Constance[16].

Mariage et enfants

Mariée le 2 juin 1129 avec Foulque d'Anjou (10951143), elle donne naissance à deux fils :

Précédée par Mélisende de Jérusalem Suivie par
Baudouin II
reine de Jérusalem
avec Foulque d'Anjou
1131-1143
régente de 1143 à 1162
Baudouin III

Notes et références

  1. Grousset 1934, p. 263-6.
  2. Grousset 1934, p. 566-573.
  3. Foundation for Medieval Genealogy
  4. Grousset 1934, p. 688
  5. Grousset 1934, p. 707-8.
  6. Grousset 1935, p. 14.
  7. Grousset 1935, p. 34-40.
  8. Grousset 1935, p. 40-48.
  9. Grousset 1935, p. 160-161.
  10. Grousset 1935, p. 163-170 et 185.
  11. Grousset 1935, p. 206-222.
  12. Grousset 1935, p. 222-262.
  13. Grousset 1935, p. 268-275.
  14. Grousset 1935, p. 280-290.
  15. Grousset 1935, p. 304-309.
  16. Grousset 1935, p. 309-319.

Annexes

Sources

  • René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem, Perrin, Paris, 1936 (réimpr. 1999) 
    • I. 1095-1130 – L’anarchie musulmane, 1934 (ISBN 2-262-02548-7)
    • II. 1131-1187 – L’équilibre, 1935 (ISBN 2-262-02568-1)

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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