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Antisémitisme

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L’antisémitisme (originellement écrit anti-sémitisme) est le nom donné à la discrimination, l'hostilité ou les préjugés à l'encontre des Juifs.

Les manifestations de l'antisémitisme peuvent aller de la haine personnelle à des persécutions populaires et violentes ou idéologiques et institutionnalisées. Outre les pogroms localisés, il y eut des formes de grande ampleur, à l'échelle d'un pays comme l'édit d'expulsion des Juifs d'Angleterre en 1290, l'Inquisition espagnole et l'éviction des Juifs d'Espagne en 1492. Il y en eut aussi à l'échelle d'un continent, lors de la Seconde Guerre mondiale, où la Shoah, Solution Finale d'Adolf Hitler à la « question juive » en Europe, causa la mort de quelque 6 millions[1] de personnes désignées comme juives. Ceux-ci représentaient les trois quarts des Juifs de l'Europe occupée, les deux tiers de ceux du Vieux Continent et plus du tiers de la population juive mondiale.

En dépit de l'étymologie du terme qui suggère que l'antisémitisme est dirigé contre tous les peuples sémites[2], Juifs et Arabes, en pratique il est utilisé pour faire référence à l'hostilité envers les Juifs comme groupe « religieux », « racial » ou « ethnique »[3],[4].

Sommaire

Usage du terme

Antisémitisme et antijudaïsme

Affiche antisémite française de 1889
Caricature antisémite de Charles Léandre représentant la supposée hégémonie de la famille Rothschild, 1898

Si l'hostilité envers les Juifs et les persécutions qu'ils eurent à subir au cours de l'Histoire sont aussi vieilles que le judaïsme, elles ont revêtu bien des formes. On peut distinguer : - les formes d'hostilité et de persécutions s'adressant spécifiquement à la religion juive et aux individus qui la pratiquent en raison de leur appartenance à cette religion. On parlera en ce cas d'antijudaïsme. L'Église catholique a reconnu, lors des repentances de la fin du IIe millénaire, avoir véhiculé dans l'Histoire une culture antijudaïque ; par exemple, la mention « juif perfide » est restée dans la prière du Vendredi saint jusqu'aux réformes de Jean XXIII et de Paul VI. Une mise au point a été faite dans la déclaration Nostra Ætate en 1965. - l'hostilité et les persécutions s'adressant à un groupe distingué comme une supposée « race ». Cette idéologie raciste (ou racialiste) pointe les Juifs comme groupe distinct au sein de la société, les Juifs ont une culture, une mentalité et une religion différentes de celles des populations voisines ; c'est un antisémitisme selon des critères supposés de race.

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Voir « antisémitisme » sur le Wiktionnaire.

Cet antisémitisme est apparu à la fin du XIXe et à l'orée du XXe siècle, qui disqualifie et invite à persécuter les Juifs pour leur « race » et non plus leur religion. Il s'agit d'une idéologie laïque prenant le relais du vieil antijudaïsme religieux (chrétien et musulman notamment) et s'y substituant. Les nouvelles formes d'hostilité sont alors détachées de toute connotation religieuse, du moins dans la représentation que se fait d'elle-même cette idéologie. Les nazis, mouvement néo-païen, ne firent d'ailleurs aucune différence entre les Juifs, les exterminant qu'ils soient adhérents du judaïsme ou baptisés.

L'origine du terme

Le mot « antisémite » (antisemitisch en allemand) a été utilisé une première fois en 1860 par l'intellectuel autrichien et juif, Moritz Steinschneider dans l'expression « Préjugés antisémites » ((de) « antisemitische Vorurteile »). Steinschneider a utilisé cette dernière pour caractériser les idées d'Ernest Renan selon qui les « peuples sémites » étaient affectées de tares culturelles et spirituelles[5]. Mais cette première apparition du terme et son utilisation dans un sens très général demeurent uniques et isolées, sans postérité. C'est le journaliste allemand Wilhelm Marr qui invente vraiment le terme « antisémitisme » (de l'allemand « Antisemitismus ») en 1879, dans son sens d'hostilité aux Juifs, à l'occasion de la fondation d'une « ligue antisémite »[6] et non, comme on le lit souvent, dans son pamphlet anti-juif, Victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel, de la même année, où le terme n'apparaît pas[7],[8].

Le moment de la propagation du mot correspond, comme le dit bien le titre du pamphlet de Marr, au moment de l'invention du racisme, lorsque cette idéologie impose la notion pseudo-scientifique de « race » pour distinguer des groupes humains selon de pseudo-critères biologiques. Ou encore, l'invention correspond au passage de l'antijudaïsme historique (religieux) à la vision moderne, scientiste (invoquant la science pour se faire passer pour fondée en vérité) de discrimination de groupes humains en vertu de prétendus critères de race (les « races » humaines n'ont reçu aucune validité scientifique). La vision négative, discriminante et dépréciative des Juifs, relevant d'une vision raciste, est typiquement moderne en ce qu'elle correspond au passage de la domination de la religion à celle de la science, parmi les discours d'autorité. Cependant, contrairement à ce qui a souvent été avancé, le mot antisémitisme, dès son origine, n'est pas réservé à cette forme moderne, raciste du sentiment anti-juif, mais recouvre des modalités beaucoup plus larges d'hostilités envers les Juifs[9].

L'idéologie raciste étant moderne, elle ne se borne pas à l'antisémitisme. Elle peut s'appliquer à tout groupe que l'on veut déconsidérer et maltraiter. On peut même penser, logiquement, une courte antériorité de l'idéologie raciste prenant appui sur des motifs pseudo-scientifiques, sur l'antisémitisme. La grande nouveauté de l'antisémitisme consistant précisément dans l'application d'une idéologie raciste aux discours négatifs millénaires à propos des Juifs. L'hostilité théologique, sécularisée, devient racisme, soit l'agression et la discrimination réalisées, au nom de la science indûment convoquée. Voilà ce qu'est l'antisémitisme : une vision raciale et raciste du monde. Une invention du scientisme contemporain, donnant lieu à des formes d'injures et de persécutions nouvelles, modernes, lorsqu'elles trouvent leur relais dans la société, voire à se mettre en pratique dans une politique. Le phénomène atteindra un sommet avec l'eugénisme nazi, convoquant la biologie et les statistiques pour servir ses fins avec des persécutions visant à l'extermination des Juifs.

Le terme « antisémitisme » est une construction discutable. D'une part il est impropre de nommer les Juifs « sémites » car l'adjectif ne s'applique qu'à des langues et pas à des peuples. C'est en référence à la langue que les Juifs sont dits « sémites », mais non en tant que peuple et encore moins race. De plus le groupe des langues sémitiques regroupe, au-delà de l'hébreu, langue des Juifs dans l'Antiquité, de nombreuses autres langues telles que l'arabe, l'araméen, etc.

Marr, en désignant les Juifs comme étant de « race sémite », ne fait qu'exposer une idéologie raciste, conforme en cela aux prétentions « théoriques » des discours et visions du monde racistes en vogue à l'époque.

Cette confusion a eu pour effet de donner une apparence pseudo-scientifique, et non plus seulement religieuse, à la haine des Juifs. Comme on le sait, les Juifs constituaient en réalité si peu une « race » qu'à l'époque des grandes persécutions antisémites nazies qui se sont abattues sur les Juifs, il fut décidé, pour les distinguer visuellement, de les affubler, en Allemagne nazie et en Europe occupée, d'une étoile jaune. Et malgré cela, sur les extraits de naissance délivrés sous le nazisme, pour déterminer l'appartenance raciale des individus, c'était en Allemagne nazie comme sous le Régime de Vichy la religion des quatre grands-parents qui était prise en considération dans les statistiques. Preuve que l'antisémitisme nazi, pratiqué au nom de la « science » et de la « race », visait aussi le judaïsme.

Ce mot, substitué dans la période contemporaine à celui d'antijudaïsme[10], n'a jamais visé les autres populations de langue sémitique, telles que les Arabes par exemple, mais, tout au contraire, il est utilisé de manière équivalente, à l'antisémitisme provenant de quelque source que ce soit, pour désigner l'hostilité des Arabes envers les Juifs, soit l'antisémitisme arabe[11]. Ce dernier, de même, en tant qu'idéologie laïque, doit être distingué de l'antijudaïsme religieux, musulman, désignant l'hostilité historique de l'Islam au Judaïsme. Hostilité existant dans l'histoire de l'islam, comme il y en eut dans l'histoire du christianisme.

De nos jours, l'affaissement de la dimension proprement et ouvertement raciste de la-dite hostilité, permet de penser toutefois, que l'antisémitisme aujourd'hui recouvre à la fois les deux aspects du phénomène, laïque et religieux, ce qui fait précisément la difficulté à bien cerner ce dont on parle lorsqu'on aborde ce thème. Une hostilité historique, remontant très loin dans le temps, religieuse, métaphysique, pouvant se dissimuler sous un discours de forme laïque, certains seraient sans doute surpris de voir qualifier d'antisémites certains discours qui peuvent être analysés comme tels.

Le terme d'antisémitisme tend à s'imposer dans la modernité laïque, en remplacement de celui d'antijudaïsme, et pour désigner toute forme de discours négatif et dépréciatif envers les Juifs en tant que tels.

Certains auteurs, comme Pierre-André Taguieff, utilisent par une distinction contestée le terme « judéophobie »[12] pour désigner l'ensemble des formes anti-juives dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, et le distinguer de l'antisémitisme lié aux thèses racialistes.

Histoire

L’oppression des Juifs en tant que peuple a existé de longue date : selon la Torah écrite le peuple hébreu se constitue dans une lutte d'insoumission à l'esclavage d'Égypte puis dans le désert dans un rassemblement au Mont Sinaï où a lieu le don de la Torah. Par la suite la Torah relate les attaques répétées auxquelles le peuple Juif doit faire face pour préserver son indépendance et le caractère singulier de sa foi (unicité de son Dieu).

Antiquité

Selon Léon Poliakov, il n'existe aucune trace d'antisémitisme dans l'Antiquité avant le IIIe siècle av. J.-C., et le foyer de cet antisémitisme est l'Égypte. Encore peut-on ajouter, avec Jules Isaac, qu'il s'agit moins d'une hostilité envers les Juifs en tant que tels que d'une « haine envers les Asiatiques », ces derniers étant des Orientaux au sens large, et non pas seulement des Juifs[13]. Que l'on ne puisse guère en faire état, même par la suite, se comprend du fait que la notion de race n'a aucun sens dans l'Antiquité ; aussi, quand les Juifs furent parfois haïs, ce fut d'abord pour leur religion. D'un autre côté, ceux-là même qui les dénigrèrent (comme Tacite), n'en signalent pas moins les qualités (du moins, ce qui pouvait passer pour des qualités aux yeux par exemple d'un Romain).

Les persécutions contre les Juifs en tant que tels sont rares et ne peuvent jamais être attribuées à un antisémitisme d'État. C’est ainsi que la première persécution connue de la religion juive a été perpétrée par Antiochos IV Épiphane, descendant de l’un des généraux d’Alexandre le Grand. Les Juifs se sont révoltés contre lui et ont vaincu les Grecs sous la direction des Maccabées. Les motivations principales de cette « crise macchabénne » ne sont pas nécessairement religieuses. Cette crise résulte de la conjonction entre une crise politique au sein des élites judéennes pour le contrôle de la Grande Prêtrise (conflits entre les Oniades, descendants légitimes du Grand Prêtre Yéhoshoua, et les Tobiades, famille puissante mais privée de pouvoir politique) et les conflits entre les grands empires (séleucides, lagides, puis plus tard romains) qui se déchiraient pour le partage du Proche-Orient. Les persécutions d'Antiochos IV n'intervinrent pas soudainement, elles suivirent la dégradation de la situation politique à Jérusalem où les rivalités internes à la société juive et les pressions économiques des souverains séleucides avaient déjà plongé le pays dans la guerre civile. La dynastie hasmonéenne tira partie des ces oppositions et fonda la dernière dynastie des Hébreux. Ces évènements ont par la suite symbolisés la résistance des Juifs face aux persécutions des païens et ont été à l'origine de la fête juive de Hanoucca.

Plus tard, les Romains sont venus conquérir, occuper Israël et soumettre les Juifs comme ils l'avaient fait avec les autres peuples. Si les Romains détruisirent le Second Temple, qui avait été construit par le roi Hérode sur les bases du Temple de Salomon, on ne peut parler d'antisémitisme, puisque les Romains appliquent le même procédé (répression des causes de désordre public) à tous les peuples. Les Romains furent dans l'ensemble très tolérants en matière religieuse (ils n'exigeaient pas des populations conquises qu'elles abandonnent leurs cultes), mais ils étaient heurtés, comme une bonne part de l'Antiquité polythéiste, par le refus des Juifs de toute statue des dieux et de l'« empereur » romain, dieu de tout l’Empire, ce que le judaïsme rejette absolument, selon le principe de l'exclusivisme monothéiste, et qui était incompréhensible pour beaucoup des peuples de l'Antiquité (sauf par les zoroastriens). Les Romains, en administrateurs pragmatiques, ont donc adapté leurs coutumes aux Juifs, les dispensant du culte de l'empereur, privilège qui a suscité des jalousies. Les Juifs purent ainsi occuper les plus hautes fonctions (comme sénateur) sans être inquiétés.

L’antijudaïsme antique est surtout exprimé par Titus écrasant la Judée lors de la première guerre judéo-romaine et par Hadrien changeant le nom de Judée en celui de Palestina (ou terre des Philistins). Lors de la persécution des chrétiens dans l'empire romain, ceux-ci avaient d'abord été considérés comme une faction juive. Suétone rapporte que « les juifs » fomentaient des troubles « à l'instigation d'un certain Crestus » (souvent lu Cristos), mais juifs et chrétiens furent rapidement distingués les uns des autres.

Par la suite, au sein de la chrétienté, une opposition va se faire autour de deux passages de Saint Paul qui semblent bien contradictoires :

Dans l'Épître aux Thessaloniciens, en effet, il considère les Juifs déicides et « ennemis de tous les hommes » :

« Vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu qui sont en Jésus-Christ dans la Judée, parce que vous aussi, vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux qu’elles ont soufferts de la part des Juifs. Ce sont ces Juifs qui ont fait mourir le Seigneur Jésus et les prophètes, qui nous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes ».

Il écrit pourtant dans l'épître aux Romains (Rm 11) que les Juifs sont « chers à Dieu », en précisant notamment : « Ils sont aimés à cause de leurs pères. Car Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Rm 11:28-29).

(Paul était juif lui-même, ce qui peut aussi expliquer une plus grande liberté de ton quand il s'adresse directement à eux que lorsqu'il en parle aux Romains convertis).

Dans la pratique, le pouvoir temporel saura utiliser les deux textes en fonction de ses intérêts du moment. Dans le premier contexte, l’antijudaïsme devint religieux : la haine des Juifs prit ici un tour nouveau, la religion officielle véhiculant l'idée que le judaïsme puisse être intrinsèquement pervers. Les premiers chrétiens étant Juifs, ils rejettent leur ancienne religion et développent donc naturellement à son égard une haine d'ordre spirituel, d'autant que la loi juive continue de les solliciter à accepter les commandements et l'incorporéité absolue de Dieu. Par ailleurs, la continuité de l'existence d'Israël aux côtés de nouvelle religion peut être perçue comme la négation de fait de l'authenticité du message chrétien. Les Juifs furent harcelés. Le clergé les présenta comme coupables collectivement du supplice de Jésus Christ. Il n'en seront pas moins considérés comme destinés à se convertir et à participer à la Parousie.

Moyen Âge

Massacre de Juifs, première croisade, bible du XIIIe siècle

Plus encore que l'accusation de déicide, ce qui fut âprement reproché aux Juifs par les chrétiens fut leur refus de se convertir à la foi nouvelle et de reconnaître Jésus comme messie. Seuls les Juifs baptisés étaient laissés en paix, et certains convertis devinrent d'ailleurs d'actifs prosélytes chrétiens, jouant souvent à leur tour un grand rôle dans les campagnes antijuives : ainsi, l'archevêque Julien de Tolède, au VIIe siècle, lui-même d'origine juive, mena activement campagne pour la conversion forcée de ses anciens coreligionnaires en Espagne wisigothique.

Au Moyen Âge, nombre de professions furent interdites aux Juifs. Ils furent exclus de toute fonction administrative, et surtout des corporations de métiers, et des confréries religieuses. Il leur était interdit de posséder, pour la cultiver, la terre. Ils vivaient donc dans les villes, où ne leur restaient comme possibles activités pour gagner leur vie, que celles qui étaient précisément interdites aux chrétiens. Si bien qu’ils furent repoussés de presque tous les métiers, et contraints principalement de s’orienter vers le commerce et le prêt à intérêt, souvent interdit aux chrétiens d’Occident et aux musulmans. On attribue à l’interdiction par les évêques du prêt à intérêt à Rome, une part de responsabilité dans la crise économique qui se termina par sa chute. Constantinople n’eut pas ce genre de problème, qui accueillit nombre de Juifs chassés d'Espagne qui contribuèrent largement à la réussite de l'Empire ottoman.

Par exception, les Juifs s'occupèrent aussi d’artisanat d’art (orfèvrerie, taille des pierres précieuses) et de médecine : c’est ainsi que des professeurs juifs de l’Université de Montpellier, pratiquaient secrètement la dissection afin d'améliorer leur connaissance du fonctionnement du corps humain.

Au Moyen Âge, ils donnèrent à l'Europe de nombreux savants, et furent des traducteurs et importateurs des textes anciens, grecs en particulier, qu'ils traduisirent, commentèrent et permirent à l'Europe de découvrir, également à partir de la langue arabe, lors de la grande période de l'Espagne andalouse (Al-Andalous) où les échanges entre intellectuels juifs et arabes atteignirent là leur plus haut niveau, dans le registre de la culture savante. Cette époque fut aussi celle de la traduction des textes d'Aristote (1120-1190), qui mobilisa des équipes composées de confessions des religions monothéistes, à Tolède, et dans quatre villes d'Italie (Pise, Rome, Palerme, Venise), et fut à l'origine de la Renaissance du XIIe siècle.

Il fallut attendre le concile de Trente au XVIe siècle pour que l'Église catholique commence à revenir sur la question du déicide.

« Les Marranes »

En 1391, les royaumes espagnols furent théâtre des « baptêmes sanglants » qui virent de nombreuses conversions forcées de Juifs sous la pression de pogroms populaires. En 1492, les Rois Catholiques, par le décret de l'Alhambra, expulsèrent tous les Juifs d'Espagne, mesure sans précédent à l'origine de la Diaspora sépharade. Seuls restèrent les convertis ou ceux qui acceptèrent de le devenir.

Plusieurs professions furent interdites aux nouveaux chrétiens. Et cela, bien que beaucoup de ces nouveaux chrétiens, instruits dans la religion catholique depuis plusieurs générations aient été sincères. Si bien que, dans les familles ibériques, l’usage vint de demander des « certificats de pureté de sang » avant de contracter mariage, ou pour exercer telle ou telle profession. Si bien que nombre d'entre eux s’efforcèrent de fuir les territoires hispano-portugais et que, une fois mis relativement en sécurité en France, en Turquie, aux Pays-Bas ou en Angleterre à partir de Cromwell, ils y redécouvrirent la religion de leurs ancêtres. Ce fut le phénomène du marranisme, porteur d'une mémoire secrète, souterraine, cachée, malgré la disparition des synagogues, des textes, et l'impossibilité de suivre les rites. Les marranes, accusés de « judaïser en secret » gardèrent, pour certains d'entre eux, la mémoire de leurs origines, avant d'y revenir parfois, c'est-à-dire lorsque la situation le leur permettait. Nombre de descendants de marranes, ces chrétiens convertis de force, ont essaimé en Europe, avec des destins divers, et jusqu'en Amérique, ou même en Asie, où l'Inquisition continua à les poursuivre longtemps après leur départ du Vieux Continent, pour tenter de faire disparaître le judaïsme.

Du XVIIe siècle au XIXe siècle

En somme, dans toute l'histoire de la chrétienté, ou de l'Europe, si l'on préfère, et jusqu'au XXe siècle non-compris, le sentiment antijuif et les persécutions et discriminations qui s'ensuivirent, furent le fait de l’antijudaïsme chrétien, même si l'antisémitisme de Voltaire n'est évidemment pas de source chrétienne.

Cet antijudaïsme doit donc être distingué de l’antisémitisme moderne, contemporain du nationalisme qui va s'exacerbant avec la crise des États-nations, et qui pointe avec l'affaire Dreyfus en France, les théories de Chamberlain en Angleterre et qui va exploser en racisme avec le nazisme exterminateur (voir pour cette histoire et la périodisation des différents formes de persécutions antijuives, de Raul Hillberg : L'extermination des Juifs d'Europe).

Dans le monde moderne, avec le développement des grands États européens, les Juifs se voient donner une place importante du fait de leur capacité de financer les structures administratives étatiques.[réf. nécessaire]) Cette place est assortie de privilèges, comme l'anoblissement, qui fait que, d'une part, les Juifs privilégiés sont en quelque sorte des hors-caste, sans que cela soit vu comme une marque d'exclusion (mais ces privilèges n'en suscitent pas moins les jalousies), d'autres part, ces Juifs privilégiés seront eux-mêmes défavorables à l'extension de leurs privilèges aux restes des Juifs qui pâtissent de ces mesures gouvernementales discriminatoires. Dans l'ensemble, les Juifs riches bénéficient de cette manière d'une protection politique (ce qui est fréquent dans leur histoire, comme on le voit au début de l'Islam qui protégea les Juifs et en fit des administrateurs), qu'il s'agisse des Juifs de Cour, ou de certains financiers du XIXe siècle. Par exemple, Bismarck, qui tenait des propos antisémites dans sa jeunesse, abandonnera cette idéologie, et deviendra l'ami d'un juif qui financera la guerre de 1866[réf. nécessaire]), guerre qui fut une étape importante vers l'unité de l'Allemagne. Par la suite, les antisémites l'accuseront d'être à la solde des Juifs. Cette importance financière pour les gouvernements européens fait que lorsque des classes se sont attaquées à un gouvernement (et, en premier lieu, l'aristocratie déchue) ils ont assimilé gouvernements et Juifs, et les ont englobés dans le même ressentiment.[réf. nécessaire])

Il apparaît ainsi que le développement de l'Europe, déjà tributaire de leur culture et de leur religion, fut tributaire de la puissance financière des Juifs les plus riches ; mais, comme le remarque Hannah Arendt, cette puissance s'accompagne d'une grande réticence à s'engager dans les événements du monde, contrairement à ce que diront les antisémites par la suite, avec la théorie du complot juif. Outre le rôle financier des Juifs dans l'Europe moderne, il faut remarquer que du fait de leur présence dans tous les pays d'Europe, les Juifs furent une communauté internationale, par opposition à la montée en puissance de l'isolement nationaliste des autres peuples. Pour Diderot, un des rares philosophes des Lumières à ne pas détester les Juifs (les Juifs étant en effet considérés comme les odieux financiers des aristocrates ; les socialistes du XIXe siècle, adhérant largement à l'antisémitisme[14], reprendront un argument similaire), ceux-ci sont le ciment indispensable des nations européennes. C'est vers cette époque que le mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe se met en marche, et au début du XIXe siècle, dans certains pays, ils obtiennent l'égalité des droits, parce que la notion de citoyenneté est jugée plus importante et plus universelle que la question de savoir si un individu est Juif ou non.

Mais ce caractère international fut interprété également dans le sens d'un complot (dont la famille Rothschild, installée en France, en Autriche, en Angleterre, aurait été le symbole), alors qu'il est lié en réalité à la plus grande importance chez les Juifs de la famille par rapport à la nation. Aussi les antisémites ont-ils projeté sur les Juifs des catégories de pensée qui leur sont étrangères (les Juifs n'ayant pas, par exemple, une culture et une expérience politiques très développées du fait de leur histoire[réf. nécessaire]).

Par la suite, au cours du XIXe siècle, l'influence financière des Juifs diminue fortement, et c'est à ce moment de leur histoire, où leur influence réelle est devenue très faible, où les Juifs ne comptent presque plus économiquement en ce qui concerne les affaires politiques, que naîtra cette haine virulente les accusant d'intentions qu'ils n'ont jamais réalisées quand ils l'auraient pu, et qu'ils n'étaient de fait plus capables de réaliser, même au cas où ils l'auraient voulu. En revanche, c'est à ce moment que les Juifs obtiennent des postes en nombre plus importants, dans l'administration par exemple, ce qui sera encore une fois jugé comme une menace (France enjuivée). Ces accusations ne sont pas seulement des contre-vérités économiques et politiques, mais elles ignorent également cette tendance fréquente chez les Juifs à l'assimilation, à la dissolution même de la communauté juive d'un pays, tendance freinée soit par un regain d'hostilité à leur égard, soit par une politique d'État visant à conserver le statut de Juif, eu égard à son utilité indiquée plus haut. Au moment où l'antisémitisme explose en Europe et s'organise (vers 1870, après plusieurs vagues au cours du XIXe siècle), les Juifs n'ont donc plus la même importance, et l'existence même de l'identité juive est en passe de disparaître, sans que la cause en soit une volonté délibérée de détruire leur culture.

L'organisation de l'antisémitisme commence donc dans les années 1870 - 1880. En Grande-Bretagne, l'afflux des réfugiés juifs originaires de Russie, où se multiplient les pogroms durant les années 1880, finit par provoquer des émeutes antisémites à Londres, cependant isolées et réprimées par la police[15]. En Allemagne, les propos antisémites commencent à avoir du succès avec Stöcker, et avec Schönerer en Autriche, où la virulence de l'antisémitisme est plus grande du fait de l'opposition de la communauté allemande alors prépondérante contre l'État : le pangermanisme y est particulièrement exacerbé, et les Juifs sont, on l'a vu, associés à l'État dans ce genre de propagande (le mouvement autrichien apparaît ainsi comme la véritable préfiguration du nazisme).

Un trait caractéristique de l'antisémitisme, à ce moment de son histoire, est son caractère supranational, ce qui peut apparaître paradoxal. Le fait est cependant que les partis antisémites allemands et autrichiens se présentant comme des partis au-dessus des partis (donc des partis qui ont vocation à contrôler totalement l'État, à incarner la nation), se réunissent en congrès internationaux, et c'est à ce niveau qu'ils ont l'ambition de lutter contre les Juifs, qui sont alors le seul élément de dimension européenne. En somme, les antisémites imitent les Juifs, tels qu'ils les imaginent, et projettent de prendre le pouvoir occulte qu'ils leur attribuent.

L'agitation antisémite n'est toutefois pas durable, et il n'y a pas d'intensification constante de cette idéologie jusqu'à l'avènement du nazisme. Ainsi Stefan Zweig nota-t-il que la période 1900 - 1920 sembla un âge d'or pour les Juifs, au point que les précédentes agitations contre ces derniers ne semblaient plus qu'un mauvais souvenir.

Des pogroms à la Shoah

Affiche antisémite en Allemagne nazie, avec un SA en premier plan. « Allemands ! Défendez-vous ! N'achetez pas chez les Juifs ! », 1933

À l'époque contemporaine, l'antijudaïsme religieux s'est recouvert d'antisémitisme racial et raciste, puis répandu dans toute l’Europe, à l'occasion du Mouvement des nationalités dit aussi le printemps des peuples.

Le premier coup d’arrêt à l'antisémitisme en France fut la réaction à l’affaire Dreyfus (1894 à 1906). L’empire russe, lui, connaissait des vagues de pogroms successives, persécutions qui provoquèrent en réaction l'idée du projet sioniste créé par le journaliste, écrivain et homme politique Theodor Herzl afin de faire accéder les Juifs au rang de peuple politique, susceptibles enfin de bénéficier des mêmes droits politiques que tout autre peuple ou nation se donnant son organisation politique, ainsi que des Droits de l'homme que les États européens qui abritaient les Juifs durant la période nazie, n'avaient pas convoqués ni su faire jouer pour les protéger des persécutions du nazisme. On lira à ce propos avec intérêt les analyses de Hannah Arendt, soulignant l'absence de contenu de la notion de « Droits de l'homme » en l'absence d'un État pour les faire valoir et les appliquer à une nation donnée. Avec les persécutions nazies, les Droits de l'Homme sont en effet apparus après-coup, comme étant équivalents aux « droits des peuples » dans le système de l'État-nation. Les peuples sans État (celui de leur nation) se trouvèrent là démunis, privés de tous droits, et leurs droits, en tant qu'« hommes » n'étaient garantis par aucune institution. (in L'impérialisme, Fayard, 1982).

Des écrivains ont vivement pratiqué et encouragé l’antisémitisme : Charles Maurras, les Frères Goncourt, Édouard Drumont, Brasillach, Céline à l'époque où l'Europe sombra dans le fascisme. Charles Maurras donna à ses écrits une forme doctrinale, qui s'est développée dans le courant de l'Action française entre 1899 et 1939, et fut condamnée à deux reprises par le Vatican (en 1914 et en 1926)[16]. Cette doctrine rejetait les racines juives du christianisme (voir Antijudaïsme dans la période contemporaine).

Historiquement, de nombreux motifs ont été utilisés pour justifier, perpétuer ou susciter l’antisémitisme, incluant des éléments sociaux, économiques, nationaux, politiques, raciaux et religieux. Notamment :

  • la théologie du Vetus Israël/Verus Israël (ancien Israël contre véritable Israël) développée par Augustin d'Hippone au IVe siècle. Selon elle, le peuple chrétien serait désormais le véritable peuple de l’Alliance, car Dieu se serait détourné des Juifs. De ce fait, le judaïsme serait condamné à disparaître et les Juifs à se convertir. Cette position théologique se nomme le supersessionisme ou théologie de la substitution. Elle a été mise en évidence à la conférence de Seelisberg (1947). La conséquence en fut l’antijudaïsme chrétien[réf. nécessaire]), ce que Jules Isaac appelait l'enseignement du mépris, pouvant conduire à des persécutions et des conversions forcées, se résolvant, dans le meilleur des cas, dans le marranisme. D'après Y. Leibovitz[17] seul cet enseignement du mépris, inhérent selon lui au messianisme chrétien du sauveur dégageant l'homme du « joug de la Torah et des mitsvot », explique que les populations et les élites dirigeantes européennes ait laissé faire et souvent réalisé elles-mêmes[18] l'assassinat des Juifs d'Europe pendant la seconde guerre mondiale.
Certificat de non-appartenance à la race juive.
  • La limpieza de sangre (pureté du sang) qui se développe en Espagne après le décret de l'Alhambra (1492) et l’expulsion des Juifs. Pour obtenir certaines charges honorifiques, exercer certaines professions, entrer dans certains ordres religieux, il est nécessaire de prouver qu’aucun ancêtre n’était juif ou musulman : la Reconquista terminée, Grenade prise, il s'agit à présent de reconstruire l'identité nationale. Ce statut n'est progressivement adopté par les archevêchés que dès la fin des années 1520. En pratique, la limpieza est reconnue à un seuil de trois générations ; au-delà, il est quasi-certain que l'ancêtre ait du sang juif ou musulman, étant donné le métissage de l'Espagne médiévale. La reconnaissance de la limpieza de sangre se fait par enquête de l'Inquisition, sur dénonciation : enquête par définition longue, et coûteuse. Ainsi, qui sort de ce filet se trouve lavé de tout soupçon, mais généralement ruiné.
  • Au XXe siècle, la théorie du complot juif international diffusée principalement par les Protocoles des Sages de Sion, un faux pamphlet fabriqué par Mathieu Golovinski pour le compte de la police secrète de la Russie Tsariste (l'Okhrana). Les Protocoles décrivent les prétendus plans de conquête du monde par les Juifs. Ils furent utilisés par les nazis comme instrument de propagande et figurent en bonne place parmi les prétextes invoqués pour justifier la persécution des Juifs et leur extermination, la Shoah. Ce faux a été réactualisé ces dernières années en forme de série télévisée, et diffusée dans quelques chaînes diffusant en langue arabe. Il a été de facto censuré par la plupart des pays arabes pour son contenu inapproprié. Il est de nouveau édité en Russie et en Ukraine.

Antisémitisme et sionisme

Article connexe : antisionisme.

L'antisémitisme se retrouve en toile de fond de plusieurs événements de l'histoire du sionisme en Palestine mandataire entre la prise de contrôle du pays par les Britanniques en 1917 et la fondation de l'État d'Israël suite à la guerre de Palestine de 1948.

Historiquement, le Mandat britannique fut un facteur majeur qui permit l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. Selon l'historien Tom Segev, assez paradoxalement, le soutien initial des Britanniques au projet sioniste tient principalement de leur 'antisémitisme' et de leur conviction à l'époque que les « Juifs contrôlaient le monde » et qu'ils pourraient en bénéficier en retour de leur soutien au sionisme. Il indique que Chaim Weizmann sut utiliser ce sentiment pour faire avancer sa cause[19].

Dès l'arrivée des premiers immigrants vers 1900, le projet sioniste a vu l'opposition des Arabes de Palestine. D'abord exprimée sous forme de plaintes aux autorités ottomanes, elle s'est mué en nationalisme pan-arabe puis palestinien dans les années 1920 et s'est rapidement accompagné de dérives à caractère antisémite de plus en plus violentes. Des massacres de Juifs eurent lieu lors des Émeutes de Jérusalem de 1920, des émeutes de Jaffa en 1921, des émeutes et du massacre d'Hébron en 1929 et lors de la Grande Révolte arabe en 1936-1939[20]. Le contrôle de la Palestine par les Britanniques et la lutte contre le sionisme poussèrent également les nationalistes arabes dans le camp nazi. Plusieurs d'entre eux collaborèrent activement pendant la Seconde Guerre mondiale[21]. La propagande israélienne sut en faire usage en particulier dans le cas du Mufti de Jérusalem, en en amplifiant l'importance au point de marquer la conscience collective israélienne[22].

La Shoah est souvent présenté comme une des causes de la fondation de l'État d'Israël. Les historiens ne partagent pas ce point de vue. Déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les « bases sociales, politiques, économiques et militaires de l'État-à-venir étaient déjà fermement en place ; et un sens profond d'unité nationale prévalait. (…) [même si] le choc, l'horreur et le sentiment de culpabilité ressenti par beaucoup généra un sentiment de sympathie envers les Juifs en général et le mouvement sioniste en particulier »[23].

Après la Seconde Guerre mondiale, ce fut au tour des Juifs de passer à l'offensive et de s'attaquer aux Britanniques pour réclamer l'indépendance, notamment aux travers d'actions sanglantes organisées par l'Irgoun et le Lehi. Près de 100 000 soldats britanniques furent dépêchés en Palestine avec à leur tête le Général Bernard Montgomery qui avait maté la Révolte arabe de 1936 et le Général Barker, antisioniste et pro-arabe convaincu. Dans ce contexte, et malgré la mise en vigueur de certaines lois jugées « nazies », la crainte d'être accusés d'antisémitisme' poussa les Britanniques à faire preuve de nettement moins de détermination et de brutalité qu'ils ne le firent à l'encontre des Arabes 10 ans plus tôt. Certaines dérives 'antisémites' se produisirent également, notamment dans le chef du Général Evelyn Barker qui émit un ordre d'interdiction aux soldats britanniques de fréquenter les établissements juifs ce qui était un bon moyen de les combattre « en leur frappant au porte-monnaie, ce que la race déteste particulièrement »[24]. Dans les différentes motivations à se retirer de Palestine, dont les principales restent le coût, l'impossibilité de solutionner le conflit entre Juifs et Arabes et la mort inutile de soldats britanniques, un Ministre britannique écrivit : « (…) [la présence britannique] expose nos garçons, pour aucune bonne raison, à des expériences abominables et nourrit l'antisémitisme à la vitesse la plus choquante. »[25].

En 1947, les leaders arabes sous-estimèrent la capacité des Juifs à mener une guerre. Ce point de vue constitue une des causes de la victoire israélienne de la Guerre de Palestine de 1948. Selon Ilan Pappé, cette vision des choses était due notamment à leur 'antisémitisme' qui toutefois n'était pas présent chez le roi Abdallah de Jordanie, par ailleurs conscient de la puissance réelle du Yichouv[26].

Antisémitisme et conflit israélo-palestinien

Article connexe : antisionisme.

L’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC)[27] a publié en mai 2006 un document de travail sur l’antisémitisme dans l’Union européenne des quinze États membres de 2001 à 2005.

L’EUMC s’est donné pour tâche « d’observer le développement historique de l’antisémitisme, d’identifier le contexte social qui donne essor à la haine des agresseurs, mais aussi d’écouter avec sensibilité les peurs des communautés juives ».

D’après le rapport, les auteurs d’actes antisémites ne sont pas principalement issus de l’extrême-droite, mais sont désignés par les victimes en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède comme étant « des jeunes musulmans », « des individus d’origine nord-africaine », des « immigrés » et des gens anti-mondialisation.

L’EUMC est persuadée que « les évènements au Moyen-Orient, les activités et le discours de l’extrême-droite et jusqu’à un certain point de l’extrême-gauche peuvent influer sur le nombre d’actes antisémites ».

Si « les études montrent que les stéréotypes antijuifs ont peu changé, les manifestations publiques d’antisémitisme dans la politique, les médias et la vie quotidienne ont changé récemment, surtout depuis le déclenchement de l’Intifada Al-Aqsa en septembre 2000 ».

Concernant l’antisionisme, l’EUMC note que  : « En Europe, "l’antisémitisme secondaire" et l’utilisation de l’antisionisme comme un moyen de contourner le tabou antisémite dominent parmi les extrêmes gauche et droite. Le révisionnisme et le négationnisme sont devenus un élément central du répertoire propagandiste des organisations d’extrême-droite dont l’antisémitisme forme un élément central dans leur formation. »

Manifestation

L'antisémitisme se manifeste de différentes façons :

  • L'hostilité, voire la haine, à l'égard des Juifs, pouvant aller jusqu'à l'assassinat de personnes juives ou considérées comme telles (attentat de la Rue des Rosiers à Paris, attentat contre une Synagogue Libérale à Paris, assassinat à Nice d'une jeune fille qui aurait dû se marier 15 jours plus tard par un criminel antisémite appelé Frediksen, ou encore d'un touriste juif lors du detournement de l'Achille Lauro etc., cette liste n'est pas exhaustive),
  • Le dédain vis-à-vis des caractéristiques physiques et morales des Juifs (mythologie antisémite des prétendus nez proéminents ou goût pour l'argent),
  • Le rejet ou l'accusation des Juifs comme tels, ceci indépendamment de leur situation ou de leur action.

D'après Léon Poliakov, l'antisémitisme au sens strict du terme, c'est-à-dire l'animosité à l'égard des Juifs est radicalement différent de tous les autres conflits et haines passés en raison de sa pérennité et de son intensité.

La haine des Juifs concerne une part seulement de l'humanité au regard de la planète. L'antisémitisme est la version profane de l'antijudaïsme, dont l'apparition historique, antérieure au christianisme, remonte à la révolte des Maccabées contre le pouvoir romain. Wilhelm Marr parle d'antisémitisme en 1879. Au XIXe siècle, l'antisémitisme sera l'application, à un peuple d'Europe, de théories raciales qui occasionnaient déjà de nombreux massacres outremer. La spécificité de l'antisémitisme du XXe siècle réside dans le fait que ce sont des populations européennes au cœur même de l'Europe qui ont été rabaissées au niveau de sous-humanité. L'antisémitisme peut prendre des formes sophistiquées, comme par exemple les campagnes de presse qui sans être ouvertement antijuives, ne présentent pas moins un réseau d'informations frelatées qui tendent toutes à incriminer le judaïsme.

Formes

  • L'antisémitisme économique. Dans le bas Moyen Âge, après la première croisade, la plupart des métiers étaient interdits aux Juifs et ils étaient cantonnés dans les métiers d'argent. Compte tenu de leurs expulsions périodiques, les Juifs n'ont pu s'adonner à l'agriculture de façon durable. D'autre part, dans les villes, ils étaient exclus des corporations, qui étaient des confréries religieuses avec de saints patrons et des processions. Notamment seuls le prêt d'argent, interdit aux chrétiens, et la friperie leur étaient autorisés. Ainsi qu'en certains lieux l'orfèvrerie et la bijouterie, lorsqu'ils en étaient les seuls spécialistes.

Or, le prêt d'argent était rémunéré par des intérêts que ceux qui empruntaient, le plus souvent pour consommer et non pour investir, étaient hors d'état de rembourser. Aussi les intérêts étaient-ils nécessairement élevés pour compenser les risques de non remboursement, d'autant plus que refuser de rembourser un juif n'était pas une infraction bien grave. En 1431, lors du Concile de Bâle, l'Église leva l'interdiction faite aux catholiques du prêt à intérêt. Les persécutions antisémites connurent dès lors une croissance exponentielle en Europe.

  • La xénophobie antisémite. Les Juifs sont bien souvent des personnes immigrées, car les mauvais traitements dans leurs pays d'origine et leurs expulsions ont eu pour effet de les obliger à émigrer. Ces Juifs immigrés ont souvent eu à subir la xénophobie de certains gouvernants ou habitants de leur pays d'accueil. Ainsi, lorsque le gouvernement de Vichy dirigé pendant l'Occupation par le maréchal Philippe Pétain, promulgua un statut des Juifs inspiré étroitement des lois hitlériennes, il décida parallèlement de revenir sur les naturalisations. Un peu plus tard, son gouvernement autorisa et organisa la déportation des Juifs français et étrangers vers les camps de concentration et donc les conduisit vers la mort. Beaucoup d'entre eux s'étaient battus pour la France lors du précédent conflit mondial, et en 1939-1940, en qualité de citoyens français, ou d'engagés volontaires étrangers.
  • Les antisémitismes racistes considèrent les Juifs comme une race à part entière. Mais cette théorie est dépourvue de fondement scientifique puisque les progrès de la génétique conduisent aujourd'hui à rejeter toute tentative de classification raciale. De surcroît, la confession israélite est issue de nombreuses conversions survenues depuis la plus haute antiquité. Par exemple les Khazars, dans le Caucase, convertis en masse au judaïsme au Moyen Âge. L'exemple actuel le plus marquant est celui des Falashas (peuple noir d'Afrique de religion juive) (cf. article « Judaïsme »).

Législation

Législation française

Des lois nombreuses forment le dispositif français de lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme :

  • 1881 : loi du 29 juillet 1981 sur la liberté de la presse (chapitre IV), première loi sanctionnant les propos publics discriminatoires ;
  • 1972 : loi no 72.546 du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme par laquelle un certain nombre d’actes de la vie courante sont érigés en infraction (par exemple, le refus de fournir un bien ou le licenciement pour des raisons raciales) ;
  • 1990 : loi no 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe avec en particulier, création du délit de contestation de crime contre l’humanité : négationnisme ;
  • 1994 : le Nouveau Code Pénal, publié le 1er mars 1994, a créé de nouvelles infractions et renforcé la répression des délits racistes (l'étendant aux personnes morales) ;
  • 2003 : Décret no 2003-1164 du 8 décembre 2003 portant création du comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. NOR : PRMX0300202D
  • 2004 : la loi no 2004.204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité précise cette circonstance aggravante quand l’infraction est « précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes » racistes ou antisémites. La loi prévoit différentes sanctions pénales allant de l’amende à l’emprisonnement. Ainsi, l’injure raciale est punie - au maximum - de 6 mois d’emprisonnement et/ou d’une amende de 22 500 euros.
  • 2004, sur Internet (Cybercriminalité), la loi no 2004-575 du 21 juin 2004 stipule que « les hébergeurs et fournisseurs d’accès Internet ont l’obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion de données à caractère pédophile, négationniste et raciste ».

Références législatives

Publications

  • Divers :
    • Moyens de la lutte contre l’expression raciste, antisémite, ou xénophobe sur l’internet : dossier de presse, Forum des droits sur l’internet, juin 2004
    • Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, service de presse du Premier Ministre

Articles

  • Actes racistes et antisémites, aujourd’hui, en France, G. Fellous, Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004
  • Le droit pénal face au racisme, M. Bourrette, Regards sur l’actualité, no 305, novembre 2004
  • Lutte contre les discriminations raciales, Regards sur l’actualité, no 299, mars 2004

Législation européenne

En janvier 2003, le Conseil de l’Europe a ouvert à la signature le Protocole additionnel à la convention sur la cybercriminalité. Le 28 janvier 2004, le ministre français des Affaires étrangères a ainsi présenté au Conseil des ministres un projet de loi autorisant l’approbation de ce protocole additionnel.

Ce protocole négocié à la demande de la France, demande aux États de criminaliser la diffusion de matériel raciste et xénophobe par le biais de système informatiques afin d’« améliorer la lutte contre les actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques, en harmonisant le droit pénal » français et européen. Comportements visés :

  • diffusion de matériel raciste et xénophobe ;
  • diffusion des insultes et menaces motivées par des considérations racistes et xénophobes ;
  • approbation ou justification publique des faits de génocide ou de crime contre l’humanité.

Notes et références

  1. Pour plus de détails, voir l'article Shoah#Bilans chiffrés des victimes.
  2. Sémite : (de Sem, nom d'un fils de Noé, mot apparu en 1836) Langue qui appartient à un groupe de langues d'Asie occidentale et d'Afrique, présentant des caractères communs (racines trilittères, richesse en consonnes, etc.). Les langues sémitiques comprennent : - le sémitique oriental : Akkadien - le sémitique occidental : + groupe du nord : Cananéen, Phénicien, Hébreu, Araméen, Syriaque + groupe du sud : Arabe, Éthiopien.
  3. Bernard Lewis : « Antisemitism has never anywhere been concerned with anyone but Jews » (« l'antisémitisme n'a de tout temps concerné que les juifs » -- Semites and Antisemites, Islam in History: Ideas, Men and Events in the Middle East, The Library Press, 1973.
  4. Voir
    • Anti-Semitism, Encyclopaedia Britannica, 2006.
    • Paul Johnson, A History of the Jews, HarperPerennial 1988, p. 133 ff.
    • Bernard Lewis, The New Anti-Semitism, The American Scholar, Volume 75 No. 1, Winter 2006, p. 25-36, suite à une conférence délivrée à l'université de Brandeis le 24 mars 2004.
    • Renée Neher-Bernheim, Histoire juive de la Révolution à l'État d'Israël, Seuil, 2002, p. 425-432. (ISBN 2-02-035978-2)
  5. Gilles Karmasyn, L’« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs. Genèse du terme et signification commune, PHDN, 2002-2004, surtout note 4 et note 6
  6. Ibid., surtout note 4
  7. Ibid., surtout note 3
  8. Le dictionnaire Robert confirme le caractère tardif de l'apparition de ce terme dans la langue française en datant le mot antisémitisme de l'année 1886 et le mot antisémite de 1889. En sens inverse, ces deux termes ne figurent pas encore dans l'édition 1878 du Littré.
  9. Ibid., surtout note 7
  10. Cf. Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, éd. Agora, p. 24 : « Il reste […] que le terme antisémitisme est par lui-même équivoque et que son contenu […] est essentiellement antijuif. »
  11. Cf. notamment Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, op. cit., p. 24.
  12. Prêcheurs de Haine : entretien avec Pierre-André Taguieff
  13. Cf. Genèse de l'antisémitisme, op. cit., p. 39-40.
  14. Un exemple paradoxal en est Karl Marx avec la Question Juive, un autre exemple en est Pierre-Joseph Proudhon dans ses Carnets notamment.
  15. L'exemple le plus célèbre, et sans doute le plus grave, est celui des émeutes de 1888 à Londres, qui prennent pour prétexte les crimes de Jack l'Éventreur à Whitechapel, quartier à forte population juive, et l'inscription anonyme selon laquelle « les Juifs ne seront pas accusés en vain » [de ces meurtres].
  16. Jacques Prévotat. Les catholiques et l'Action française. 2001.
  17. Judaïsme, peuple juif et État d'Israël, Lattes, 1985
  18. Voir La Shoah par balle, du prêtre Patrick Desbois
  19. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 33, note p. 35, p. 40-41.
  20. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste., 2003, p. 28-29 - p. 51-180.
  21. Hadj Amin al-Husseini, Abd al-Kader al-Husseini, Fawzi al-Qawuqji, Hassan Salameh, …
  22. Voir l'article Amin al-Husseini et l'antisémitisme.
  23. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 491.
  24. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, chap. 22 - 'Give Me a Country Without Wars', p. 468-487.
  25. Tom Segev, One Palestine, Complete, Hold Paperbacks, 2001, p. 495.
  26. Ilan Pappé, La Guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, 2000, p. 158-169.
  27. (en)Summary overview of the situation in the European Union 2001-2005 sur Archives Google pour le site de l'EUMC, mai 2006. Consulté le 13 avril 2009
  28. Lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie - Jacques Chirac, 22 mai 2003
  29. Les lois antiracistes - Ministère de la Justice, 4 novembre 2005 [pdf]
  30. Rapport annuel 2007 de la Halde
  31. La lutte contre le racisme et la xénophobie : rapport d'activité 2007 - La Documentation française, 2008

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Theodor W. Adorno et Max Horkheimer, La Dialectique de la Raison, Paris, Gallimard, 1974.
  • Hanania Alain Amar : Le Racisme-Ténèbres des consciences. L'Harmattan. Paris, 2005.
  • Hannah Arendt, Sur l'antisémitisme, (Les origines du totalitarisme t.1), éd.Seuil, coll.Points
  • Sylvain Attal, La Plaie. Enquête sur le nouvel antisémitisme, Paris, Denoël, 2004, 334 p. 
  • Paul-Éric Blanrue Le Monde contre soi. Anthologie des propos contre les Juifs, le judaïsme et le sionisme. Éditions Blanche 2007
  • Yves Chevalier, L'Antisémitisme : Le Juif comme bouc émissaire, Cerf, 1998 (publié avec le concours du CNRS et de la Fondation du Judaïsme français)
  • André Glucksmann, Le Discours de la haine, Pluriel, Hachette, 2005.
  • Martin Goodman, Rome et Jérusalem, traduit de l'anglais par Michel Bessières, Agnès Boltz et Sylvie Kleiman-Lafon, éditions Perrin, 2009
  • Jules Isaac, Genèse de l'antisémitisme, Plon, coll. Agora, 1985
  • Jacob Katz, Exclusion et tolérance. Chrétiens et Juifs du Moyen Âge à l'ère des Lumières, Lieu commun, 1987.
  • Guy Konopnicki, La faute des Juifs, Paris, Balland, 2002, 190 p. 
  • Bernard Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894
  • Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l'Europe démocratique, Paris, Verdier, 2003, 155 p. 
  • Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, éd. du Seuil, coll. Points, 1991
  • Michaël Prazan, L'écriture génocidaire. L'antisémitisme en style et en discours, Paris, Calmann-Lévy, 2005, 350 p. 
  • Jean-Paul Sartre Réflexions sur la question juive, Folio essai (1re publication en 1946)
  • Daniel Sibony, L'énigme antisémite, Paris, Seuil, 2004, 170 p. 
  • Pierre-André Taguieff et al., L'Antisémitisme de plume - 1940-1944 - études et documents, Berg International Éditeurs, 1999, 618 pages. La Nouvelle judéophobie, Mille et une Nuits, « Essai », 2002.
  • Paul Thibaud, La question juive et la crise française, Le Débat, no 131, septembre-octobre 2004, p. 35-53.
  • Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, 141 p. 
  • Michel Wieviorka, La Tentation antisémite. Haine des juifs dans la France d'aujourd'hui, Paris, Robert Laffont, 2005, 405 p. 
  • Stéphane Zagdanski, De l'antisémitisme, Julliard, 1995. Nouvelle édition revue et augmentée, Climats, Flammarion, 2006, 380 p. 
  • Jean-François Faü : L'Image des Juifs dans l'art chrétien médiéval, Maisonneuve et Larose, 2005.

Liens externes

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