Antigone Gonatas

Antigone II Gonatas

Monnaie d'Antigone II Gonatas

Antigone II Gonatas, roi de Macédoine de -277 à -239 avec une brève interruption en -274 et -273.

Sommaire

Origine

Né vers 320/ 319 av. J.-C. il est fils de Démétrios Ier Poliorcète et de Phila Ire, il est donc à la fois le petit-fils d'Antigone le Borgne et d'Antipater deux des diadoques d'Alexandre le Grand. Il est aussi le frère de Stratonice, épouse de Séleucos Ier puis de son fils Antiochos Ier, et le demi-frère cadet (par sa mère) de Cratère, fils du général d'Alexandre portant le même nom.

Conquête du pouvoir

À la mort de son père, Démétrios Poliorcète, alors qu'il ne dispose plus que d'une flotte et de quelques possessions en Grèce, Antigone II Gonatas fait une première tentative pour s'emparer de la Macédoine : il est repoussé par Sosthène et se replie vers la Thrace. Mais après une victoire retentissante contre une bande de Galates près de Lysimacheia en 277, il en tire un prestige suffisant pour s'imposer comme roi d'une Macédoine bien affaiblie par deux décennies de guerres civiles et de pillages. Rejetant les politiques asiatiques ambitieuses mais aussi aventureuses de ses prédécesseurs, il se consacre à renforcer le royaume, désormais à l'écart des grands conflits. Il n'y a guère qu'en mer Égée et en Grèce du Sud qu'il se heurte à la puissance lagide. Symbole de son retour à la tradition, il ramène la capitale royale à Pella de Cassandréia et Démétrias où elle avait été successivement déplacée, hors du cœur historique du royaume.

Guerre contre Pyrrhus

Le pouvoir d'Antigone Gonatas est menacé une première fois par le roi d'Épire Pyrrhus rentré d'Italie en 275 pour reconstituer son armée : Pyrrhus envahit la Macédoine et Antigone doit se replier sur la côte, à Thessalonique, où mouille sa flotte. Pyrrhus s'aliène toutefois rapidement les Macédoniens en laissant ses mercenaires galates piller la nécropole royale d'Aigéai. Lorsqu'il quitte la Macédoine, laissé à la garde de son fils Ptolémée, pour aller guerroyer dans le Péloponnèse, Antigone reprend vite l'offensive : battu une première fois par Ptolémée, il finit par le chasser de Macédoine en 272 et envoie des secours à Sparte menacée par Pyrrhus. Celui-ci renonce alors à prendre la cité et se replie vers le Nord et Argos où Antigone arrive avant lui, bien qu'ayant dû contourner par la mer les territoires de la Ligue étolienne qui lui est hostile. Dans la bataille d'Argos en 272, Pyrrhus est tué, et son fils et successeur Alexandre II doit abandonner pour un temps toute ambition sur la Grèce.

Guerre contres les cités grecques

La domination macédonienne sur la Grèce est toutefois rapidement menacée : un des chefs du parti antimacédonien à Athènes, Chrémonidès, manœuvre avec succès pour rapprocher Athènes de Sparte en 268. La première cherche à expulser les Macédoniens de l'Attique, la seconde à asseoir sa domination sur le Péloponnèse. De nombreuses cités du Péloponnèse et de Crète se rallient à cette alliance, qui jouit de surcroît du soutien de Ptolémée II Philadelphe, allié de Sparte. C'est la Guerre chrémonidéenne, dont les opérations ont lieu essentiellement autour de Corinthe, le point fort du dispositif macédonien en Grèce, tenu par le demi-frère du roi, Cratère, et en Attique. Sparte tente par trois fois entre 267 et 265 de prendre Corinthe en vain, et le roi spartiate Areus Ier trouve la mort dans la dernière tentative. Antigone Gonatas assiège Athènes qui trouve un bref répit dans une diversion causée par l'attaque en Macédoine du roi d'Épire Alexandre II en 262 : Antigone doit mener une campagne rapide pour le chasser de Macédoine et d'Épire, avant de revenir mettre le siège devant Athènes qui, affamée, capitule en 261.

Guerre contre les royaumes hellénistiques

La décennie suivante voit Antigone Gonatas, assuré de la domination sur la Grèce centrale, mener une politique agressive dans les îles et se mêler aux guerres entre Séleucides et Lagides, en allié fidèle des premiers : il remporte ainsi une victoire importante à Cos, probablement en 258 dans le cadre de la Seconde guerre syrienne, qu'il célèbre en offrant en dédicace son navire amiral au sanctuaire d'Apollon à Délos, où il est placé dans le Néôrion. Vers 250, une flotte lagide défait néanmoins de façon décisive les Macédoniens et remet en cause leur influence dans les Cyclades jusqu'à une nouvelle victoire d'Antigone, au large d'Andros en 245 dans le cadre de la guerre qui oppose les deux nouveaux rois Ptolémée III Évergète et Séleucos II à partir de 246. Antigone célèbre de nouveau cette victoire à Délos par deux fêtes, les Sôtèria et les Paneia.

La domination macédonienne sur la Grèce centrale est sérieusement compromise une première fois en 249 avec la révolte d'Alexandre, le fils de Cratère, à qui Antigone avait pourtant confirmé son commandement de la garnison de Corinthe : il se rebelle et entraîne avec lui les cités d'Eubée en échange de leur liberté. Antigone doit attendre la mort impromptue d'Alexandre en -245 pour reprendre le contrôle de l'isthme à la faveur des préparatifs d'un mariage politique entre la veuve d'Alexandre, Nicée, et son fils Démétrius. Les cités d'Eubée rentrent également dans le rang.

La fin du règne d'Antigone Gonatas est marquée par la montée en puissance de la Ligue achéenne : Aratos réussit à s'emparer de l'Acrocorinthe par un coup de main audacieux en 243, et les cités de Mégare, d'Épidaure et de Trézène rejoignent ses rangs. Antigone reste étonnamment passif après ce revers, et se contente de faire la paix avec la Ligue étolienne, qu'il pousse ensuite à attaquer les Achéens, entre 243 et 240.

Malgré les revers en Grèce des dernières années, son règne se caractérise par un retour à la stabilité et à la paix pour la Macédoine, qui, sans atteindre la puissance des grands États hellénistiques asiatiques, demeure l'État le plus puissant de la péninsule balkanique. Il n'exerce toutefois plus d'influence en Thrace et dans la vallée du Danube. En Grèce, Antigone ne cherche pas à s'opposer frontalement à la Ligue étolienne, mais se contente d'assurer son contrôle sur une série de garnisons portuaires qui lui assurent une route maritime vers le Sud : Chalcis, le Pirée et Corinthe : la révolte d'Alexandre puis la perte de Corinthe représentent un coup important à ce système défensif. Il s'appuie, surtout sur la fin de son règne, sur des tyrans locaux pour contrôler les cités d'Argos, Mégalopolis, Phlius et Hermione. D'autre part, Antigone Gonatas mène délibérément une politique épargnant les levées militaires à la population macédonienne, ayant recours à la place aux mercenaires, galates, illyriens ou grecs.

Antigone Gonatas meurt au printemps 239 et son fils Démétrius II lui succède.

Bibliographie

  • (en) N. G. L. Hammond et F. Walbank, A History of Macedonia, vol. 3 : 336-167 B.C., Clarendon Press, Oxford, 1988 (ISBN 0198148151) 
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Seuil, coll. « Points Histoire », Paris, 2003 (ISBN 202060387X) 
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