Megalithisme

Mégalithisme

Le site de Callanish sur l'Île de Lewis, en Écosse, photographié en 2000

Le mégalithisme est une forme d'architecture pratiquée un peu partout dans le monde à différentes époques et en particulier en Europe par les peuples de la Préhistoire récente, au Néolithique (environ 5000 à 2000 avant J.-C.) ou beaucoup plus rarement durant la Protohistoire.

L'expression « art mégalithique » est également employée pour faire référence à l'usage de mégalithes (du grec méga = grand ; lithos = pierre), littéralement de grandes pierres, érigées par les groupes préhistoriques à des fins religieuses ou sépulcrales mais aussi comme médium artistique. Elle ne s'applique toutefois pas à l'usage que font quelques sculpteurs et artistes modernes de « grandes pierres » dans leur travail : l'expression est plus généralement utilisée pour décrire l'art gravé sur des mégalithes dans l'Europe préhistorique.

Le terme « mégalithisme » désigne à la fois l'art de construire les monuments, les mégalithes, (dolmens, menhirs, cromlechs, cairns, henges, peulvens, tholos, allées couvertes, taulas des Baléares, brochs d'Écosse), la période au cours de laquelle ces édifices ont été érigés et leur étude scientifique par les archéologues et les préhistoriens, qui tentent d'en comprendre le sens.

Sommaire

Le mégalithisme dans le monde

La succession temporelle des différents courants mégalithiques ne sous-entend d'aucune façon un lien de filiation entre eux. Le mégalithisme est un phénomène largement répandu dans le monde, avec des particularités régionales[1] :

Le mégalithisme en Europe

Construits pour la plupart entre le Ve et le IVe millénaire av. J.-C., dolmens et menhirs sont les monuments emblématiques du mégalithisme européen. Ils sont l'œuvre des agriculteurs et éleveurs ayant vécu dans cette région durant cette phase du Néolithique. Ils sont parmi les tout premiers monuments du continent. S'ils semblent défier l'éternité, il faut savoir que l'état dans lequel ils sont parvenus jusqu'à nous est souvent très éloigné de leur apparence d'origine. Les grandes dalles assemblées des dolmens représentent les squelettes de tombeaux souvent très élaborés, théâtres de pratiques funéraires complexes. Un grand nombre de pierres levées, menhirs et stèles aujourd'hui isolés, ne sont que les restes de dispositifs beaucoup plus vastes à la signification encore incertaine.

Les origines en Europe

Sur le site de Skorba vers 5 200 BCE lors de la phase Għar Dalam, le mégalithisme maltais précède d'environ 700 ans le cairn de Barnenez et d'environ 1200 ans les alignements de Carnac[2]. Le mégalithisme maltais prend toute son ampleur et son originalité dans l'archipel au cours des phases ultérieures. Pour l'archéologie maltaise, ce n'est pas la maîtrise de la pierre ou des métaux qui rythme la Préhistoire mais l'évolution des temples mégalithiques. La période qui s'ouvre se nomme la période des temples (4 100-2 500 BCE), elle dure 1 600 ans et se subdivise en cinq phases.

Les mastabas (2 700 BCE) et les pyramides d'Égypte (2 500 BCE) sont contemporains des derniers temples maltais comme le double fer à cheval de pierres bleues (2 600 BCE), les trilithes (2 400 BCE) et le cercle de sarsen de Stonehenge (remanié jusqu'en 1 600 BCE). La grande période mégalithique maltaise est terminée depuis environ 700 ans lors de la construction du vieux temple de Cnossos (1 900-1 800 BCE).

Un art à part entière

Pierre gravée à l'entrée du site de Newgrange, l’un des plus célèbres sites archéologiques d'Irlande, Comté de Meath, au nord de Dublin

Même si la fonction première de l'architecture mégalithique n'était pas directement artistique mais religieuse, le mégalithe est parfois le support privilégié de l'art de son époque. Par exemple, les orthostats des dolmens peuvent être ornés de gravures très complexes dont la symbolique nous échappe ; ils peuvent également avoir été sculptés et présenter une forme anthropomorphe, s'apparentant ainsi à de véritables statues préhistoriques, dont certaines sont sexuées (figuration des seins) et présentent des rangs de colliers. De même, les statues-menhirs sont des mégalithes dont les gravures parfois fort évoluées et nombreuses sont les témoins de l'activité artistique des hommes de la préhistoire, l'art s'associant au sacré.

Une science incertaine

Tête sculptée au sommet d'un menhir, Filitosa, Corse

L'habitat et le mode de vie des bâtisseurs de mégalithes suscite de nombreuses interrogations, auxquelles les scientifiques essaient de répondre. La compréhension de ces cultures disparues nécessite l'étude des objets (poteries, outillage lithique ou osseux) et des monuments qui sont parvenus jusqu'à nous, après avoir été parfois réutilisés par d'autres civilisations, pillés, détruits, au fil des siècles. Le mégalithisme, branche de l'archéologie préhistorique, reste donc une science incertaine, une « science de l'imprécis », pour reprendre l'expression du préhistorien Serge Cassen, reposant sur des hypothèses. Les sépultures, leurs architectures et leurs mobiliers tiennent une place essentielle dans ces recherches. On ne sait pas grand chose sur les méthodes de construction de ces édifices imposants, érigés au moyen d'énormes blocs de pierre. Ces constructions, témoins de la première architecture monumentale dans l'histoire de l'humanité, furent érigées, la plupart du temps pour servir de sépultures, par des sociétés organisées.

Dans un premier temps, la recherche sur le mégalithisme va s'attacher à définir le milieu naturel dans lequel s'insère l'architecture mégalithique. Interviendra ensuite un autre problème, celui de la datation, pour permettre l'établissement d'une chronologie. Et là encore, les incertitudes sont nombreuses.

Stèle funéraire du Castro de Solana de Cabañas, à Logrosán (province de Cáceres en Espagne)

Dès 1944, Pierre-Roland Giot crée, au sein de la Faculté des Sciences de Rennes, un laboratoire d'anthropologie préhistorique, dans lequel il applique les techniques scientifiques à l'archéologie : pétrographie des haches polies, spectrographie des métaux, étude sédimentologique des gisements paléolithiques entre autres. Il va mener pendant quarante ans les grandes fouilles et les restaurations de monuments mégalithiques et de tumulus et former une équipe de préhistoriens aguerris. Parmi ses élèves, on relève les noms d' Yves Coppens, Jacques Briard et Jean L'Helgouach, rejoints plus tard par Charles-Tanguy Le Roux, Pierre-Louis Gouletquer, Marie-Yvane Daire et Henri Morzadec.

Le mégalithisme aujourd'hui

La civilisation mégalithique n'a pas complètement disparu. Si les bantous de la province d'Ogoja, au sud-est du Nigéria, n'élèvent plus les Akwanshi phalliques depuis une centaine d'années comme les Kelabit du Sarawak, par contre les Malgaches du plateau d'Imerina, les Konsos d'Éthiopie et les Toraja de Célèbes ou les habitants de Sumba en Indonésie dressent encore aujourd'hui des mégalithes pour honorer leurs morts et valoriser le rang de la famille ou du clan. Cela réclame, comme il y a plusieurs millénaires, d'énormes dépenses physiques et économiques mais aussi un esprit de coopération qui renforce l'unité des groupes ethniques qui pratiquent encore le mégalithisme [1],[3].

Les mystères du mégalithisme

Couchés sur le sol, deux des quatre morceaux
du grand menhir brisé d'Er Grah, à Locmariaquer (Morbihan)

Les civilisations mégalithiques se sont développées pour la plupart aunéolithique. L'érection de ces monuments (dolmens, menhirs, cromlechs, etc ...) suscite encore des questions.

La première est d'ordre technique. On s'interroge sur les techniques mises en œuvre pour le transport de telles pierres, si volumineuses, sur plusieurs kilomètres, puis sur leur mise en place par des hommes ne disposant que d'un matériel rudimentaire. On peut supposer qu'avec du temps, en utilisant des leviers et une main d'œuvre en grand nombre, il ait été possible de déplacer des pierres de 20 ou 30 tonnes, de les faire glisser sur des rouleaux, et de les faire basculer sur des plans inclinés pour les dresser. Mais quand les pierres pèsent plus de 100 tonnes (comme le grand menhir brisé d'Er Grah, à Locmariaquer (Morbihan), le plus grand menhir du monde, de près de 20 m, et d'environ 350 tonnes), cela semble difficile. De même, certaines dalles de couverture des dolmens — comme, toujours à Locmariaquer, celui du Mané Rutual, par exemple, dont la dalle de 11 mètres de long (40 tonnes) parait démesurée par rapport à la chambre — ne semblent pas avoir pu être soulevées par des leviers de bois, qui se seraient brisés.

Par ailleurs, on a pu constater que certains alignements ou cromlechs semblent correspondre en tout point au parcours d'un cours d'eau souterrain[réf. nécessaire], donc invisible, et l'on est incapable d'en expliquer la raison.

Reste enfin la question de la signification de l'érection de ces monuments. Le mégalithisme a incontestablement une dimension religieuse. Nous ne savons rien de cette religion, de ses rites, de ses cérémonies. On a fait, dans certains cas un lien avec la mort. Certains monuments, dolmens, galgals, cairns,... semblent être des tombeaux. Cependant, près d'alignements, comme ceux bien connus de Carnac, de cromlechs, ou de certains menhirs, aucun ossement n'a été découvert. Ils avaient donc vraisemblablement une autre fonction. Parmi les théories plus ou moins sérieuses qui circulent pour tenter d'expliquer ce mystère, on en citera trois, qui n'apportent pas le moindre élément de vérification scientifique :

  • Certains pensent que les mégalithes étaient des repères pour les voyageurs.
  • D'autres qu'ils correspondent aux noeuds telluriques terrestres.
  • Certains affirment que ce sont des repères astronomiques, voire les marqueurs d'une géométrie ancestrale.

D'après des archéologues tels que Jacques Blot, si certaines fois les pierres levées peuvent avoir un rapport avec le culte du soleil et des astres, il est probable que des menhirs isolés soient un antique bornage marquant les voies de transhumance. Jacques Blot remarque qu'au Pays Basque, les menhirs se trouvent sur de grandes voies de circulation : passages des bergers, voies du sel... D'autres fois, le menhir peut aussi commémorer un événement ou un personnage important.[4]

Références

  1. a  et b R. Joussaume (2003)
  2. site officiel des monuments nationaux des alignements de Carnac consulté le 17 décembre 2008
  3. L. Crooson (2008) pp.109-114
  4. *Les premiers hommes du Sud-Ouest, Préhistoire dans le Pays Basque, le Béarn, les Landes, Marc Large, Éditions Cairn, préface de Jacques Blot (archéologue), 2006

Bibliographie

  • Jean L'Helgouach, « Les sépultures mégalithiques en Armorique » Thèse de doctorat, Rennes, 1965
  • Jean-Pierre Mohen, « Les Mégalithes, Pierres de mémoire », Ed. Gallimard, collection Découvertes Gallimard, n° 353, 1998, (ISBN 2-0705-3439-1)
  • Jacques Tarrête et Roger Joussaume, « La Fin du Néolithique dans la moitié nord de la France », éd. La Maison Des Roches, Coll. Histoire de la France préhistorique, 1998 (réédition en 2003).
  • Jean Guilaine, « Mégalithisme », Ed. Errance, coll. Hesperides, 1999, (ISBN 2-8777-2170-1)
  • Jean Guilaine, « Mégalithisme de l'Atlantique à l'Éthiopie », Séminaire du collège de France, Ed. Errance, 1999.
  • Christine Boujot, « Le Mégalithisme dans ses rapports avec le développement des sépultures collectives néolithiques : apport d'une synthèse à l'échelle de la France », Bulletin de la Société préhistorique française, 1996, tome 93, N° 3.
  • Christine Boujot, Serge Cassen, « Le Développement des premières architectures funéraires monumentales en France occidentale ». Dans  : « Paysans et bâtisseurs, l’émergence du Néolithique atlantique et les origines du Mégalithisme », actes du XVIIe colloque interrégional sur le Néolithique, Vannes, 29-31 octobre 1990, Rennes : RAO, 1992, p. 195-211 (supplément n°5).
  • Gérard Bailloud, Christine Boujot, Serge Cassen, Charles-Tanguy Le Roux, « Carnac, les premières architectures de pierre », Paris, CNMHS, CNRS Editions, Collection Patrimoine au présent, 1995, 128 pages, (ISBN 2-2710-5284-X)
  • Jean L'Helgouach, Charles-Tanguy Le Roux et Joël Lecornec, « Art et symboles du mégalithisme européen » (actes du 2e colloque international sur l'art mégalithique, Nantes - Vannes 1995), Revue archéologique de l'Ouest, supplément 8, Rennes, 1997, 248 pages
  • François de Lanfranchi, « Mégalithisme et façonnage des roches destinées à être plantées. Concepts, terminologie et chronologie », Bulletin de la Société Préhistorique Française, 2002, tome 99, N° 2.
  • Luc Laporte, Charles-Tanguy Le Roux, Bâtisseurs du néolithique : Mégalithismes de l'Ouest en France, 128 pages, Éd. La Maison Des Roches, Coll. Terres mégalithiques, 2004, (ISBN 2-9126-9122-2)

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