Anticléricalisme
« L'action cléricale sur notre malheureuse planète », illustration du journal La Calotte (Asmodée, 1908).

L'anticléricalisme est une idéologie qui refuse, ou est très critique envers, toute forme de présence ou d'ingérence du clergé, dans l'organisation de la vie publique. L'anticléricalisme s'oppose au cléricalisme.

Les anticléricaux sont parfois qualifiés de « bouffeurs de curés » dans le jargon politique français ou wallon. Parmi leurs slogans les plus célèbres, on peut citer « à bas la calotte ».

Divers mouvements sont anticléricaux, par doctrine ou par tradition. Parmi eux on peut citer les anarchistes, les communistes et les francs-maçons du Grand Orient de France. Toutefois, leurs raisons sont différentes.

Originaire d'Europe, et plus précisément de France, l'anticléricalisme s'est d'abord opposé au catholicisme. Toutefois, l'Eglise Catholique n'est pas la seule cible des anticléricaux. En Iran, le sentiment anticlérical de certains (quoique fortement réprimé) s'exprime contre le clergé chiite.

L'anticléricalisme peut être alimenté par l'actualité. Ainsi, les réactions au scandale des prêtres pédophiles ont peut-être suscité des généralisations anticléricales sur tout le clergé catholique. Certaines prises de paroles de responsables religieux suscitent également des réactions anticléricales.

Sommaire

En Belgique

Au XIXe siècle, des gouvernements de tendance libérale menèrent une politique délibérément anticléricale, en particulier le dernier cabinet de Frère-Orban, qui déclencha la première guerre scolaire.

Entre 1999 et 2007, les gouvernements menés par Guy Verhofstadt excluaient les partis chrétiens (CVP flamand et PSC francophone) après une présence continue dans les coalitions au pouvoir depuis 1958. Un des buts clairement affichés était de permettre des avancées dans divers domaines touchant à l'éthique et que ces deux partis bloquaient. Parmi ces avancées[non neutre], on peut citer la dépénalisation partielle et l'encadrement de l'euthanasie en 2002 et le mariage homosexuel en 2003.

Au Canada

Le Québec connaît des poussées d'anticléricalisme depuis le début des années 1960. La Révolution tranquille se caractérise essentiellement par une ouverture au socialisme et un refus du modèle social de l'Église et du clergé. Quelques écrivains québécois issus de l'Institut canadien avaient exprimé de l'anticléricalisme à la fin du XIXe siècle (Arthur Buies, Louis-Antoine Dessaulles).

Le Devoir, qui est devenu le journal de la gauche québécoise, publie régulièrement des textes d'opinions écrits par des professeurs de philosophie anticléricaux, dont un récemment[réf. nécessaire] qui accusait Benoît XVI d'être un nazi réfractaire au progrès.

En Espagne

Pendant la guerre d'Espagne, les forces républicaines (principalement les anarchistes) ont manifesté un certain anticléricalisme. De nombreuses églises y furent également pillées ou même brulées. Cependant, dans un souci de protection du patrimoine, des commissions furent créées pour tenter des préserver les œuvres artistiques et architecturales, dont faisaient partie nombre de biens de l'Église. Pendant la guerre civile, des milliers de prêtres catholiques furent tués. Certain diocèses espagnols ont perdu le tiers de leur clergé.

Goya est un célèbre peintre espagnol anticlérical.

En France

En France, depuis la Révolution française, l'anticléricalisme a toujours été présent dans le but d'empêcher le clergé catholique de retrouver son influence sur la population.

Même longtemps avant la Révolution, on se moquait des moines, des prêtres, des frères et des sœurs dans la littérature française, souvent par grivoiserie. François Rabelais fait dire à Gargantua que les moines «molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches». Voltaire, le déiste, affirmait plus sérieusement dans son dictionnaire philosophique que Jésus avait exclu l'autorité civile des prêtres.

Pendant la révolution, Stanislas-Marie Maillard, héros de la Bastille, conduit le massacre de 3 évêques, 120 prêtres, 50 religieux et quelques laïcs (Voir les Massacres de Septembre à la Prison de l'Abbaye, à la Prison des Carmes). La plupart des grands écrivains français nés après ces événements (Michelet, Hugo, etc) ont uni leur anticléricalisme avec une grande confiance en la République. Sous la monarchie de Juillet, en réaction aux excès du « parti prêtre » sous la Restauration, des poussées anticléricales sont observées. Durant la révolution de 1830, les insurgés mettent à sac l'archevêché de Paris, la cathédrale Notre-Dame et plusieurs maisons de congrégations religieuses. L'archevêque de Paris, Mgr de Quélen – il est vrai très lié à Charles X – doit s'enfuir de Paris et se cacher quelque temps.

En province, l'on s'en prend aux prêtres et aux croix de mission : « les processions, rapporte le duc de Broglie dans ses Souvenirs, étaient poursuivies à coups de pierres, les croix de mission culbutées et traînées dans la boue, il ne faisait pas trop bon à un évêque de sortir de sa cathédrale. » Des pamphlets orduriers circulent à l'encontre du clergé catholique, tandis que les théâtres de Paris donnent des pièces violemment anticléricales, qui mettent en scène des prêtres malhonnêtes, vicieux ou criminels.

Le ministre de l'Intérieur, François Guizot, lui-même protestant nîmois, mande aux préfets de réprimer ces abus : « La liberté des cultes doit être entière et sa première condition, c'est qu'aucun culte ne soit insulté. » Mais avec le ministère Laffitte, le laissez-faire devient le mot d'ordre d'un gouvernement qui veut avant tout ne pas se couper de sa base révolutionnaire.

Après les émeutes des 14 et 15 février 1831, au cours desquelles la foule dévaste l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, l'archevêché et plusieurs autres églises parisiennes, ainsi que des palais épiscopaux et des séminaires en province, le gouvernement, loin de réprimer ces désordres, sévit contre les prêtres, jugés « responsables de l'animosité qu'ils excitent ». Le roi Louis-Philippe lui-même considère que la haine des prêtres a été la cause principale de la Révolution, et ne voit pas d'un mauvais œil que le gouvernement satisfasse l'anticléricalisme populaire.[réf. nécessaire]

L'anticléricalisme était très fort sous la Troisième République : loi dite "d'abonnement" en 1895 (complétée par la loi 1901 et le régime particulier des congrégations religieuses) qui vise à ruiner les Congrégations religieuses, Séparation des Églises et de l'État en 1905, époque où la hiérarchie catholique française condamne le régime républicain. Il fut alors le cheval de bataille des radicaux et du Grand Orient de France principale obédience de la franc-maçonnerie française, mais fut aussi partagé par les socialistes, les communistes et la droite non-conservatrice, celle des ligues, mouvements d'agitations souvent antisémites, sortes de fascistes à la française[réf. nécessaire].

Émile Combes a mené une politique anticléricale : changement de nom des rues portant un nom de saint, fermeture de 2 500 écoles religieuses, promotion systématique des fonctionnaires anticléricaux et révocation des catholiques… Le 30 juillet 1904, il y a rupture diplomatique avec le Saint-Siège. Son ministre de la guerre, le général André, était également anticlérical. L'affaire des fiches dans laquelle il était impliqué provoqua d'ailleurs la démission d'Émile Combes.

Actuellement, l'influence du clergé en France est plus faible comparée à celle de la plupart des autres pays du monde[1]. À la mort de Jean-Paul II, l'association Act Up-Paris s'est réjouie, le déclarant «responsable de la mort d'un million d'hommes» et adressant «un vœu désespéré à son successeur».

Prévert et le Groupe Octobre font de la dénonciation de l'Église un des axes de leurs interventions de rue dans les années 1930.

Aujourd'hui, Siné Hebdo et Charlie Hebdo restent anticléricaux, tout comme Le Canard enchaîné ou L'Humanité, ancien organe du Parti communiste français. Le Réseau Voltaire publie parfois des textes anticléricaux.

En Italie

Couverture du journal anticlérical italien L'Asino, 18 novembre 1907, dénonçant le pape Pie X, représenté en compagnie de l'empereur Guillaume II d'Allemagne.

L'anticléricalisme en Italie est fortement lié avec l'absolutisme dont ont fait preuve les États pontificaux jusqu'en 1870. De nombreux hommes politiques italiens, qui ont joué un rôle dans l'unification de l'Italie, et donc dans l'annexion des États pontificaux par le Royaume d'Italie, à l'image de Cavour, étaient connus comme hostiles au pouvoir temporel de l'Église.

L'hostilité entre le Saint-Siège et le Royaume d'Italie atteint son paroxisme lors du pontificat de Pie XI sous le régime fasciste de Benito Mussolini, et la signature des accords du Latran n'a rien fait pour la diminuer.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'anticléricalisme en Italie était incarné par le parti socialiste et surtout par le parti communiste, en opposition au parti chrétien-démocrate, fervent soutien du Vatican.

La révision des accords du Latran par le premier ministre italien Bettino Craxi durant les années 1980, retira à la religion catholique le statut de religion d'État, mais conserva à l'Église catholique un certain nombre de privilèges, notamment comme la loi « otto per mille »[réf. nécessaire] ou l'enseignement de la religion à l'école.

L'Église Catholique a récemment pris des positions plus fermes vis-à-vis de la politique italienne, en particulier au travers des interventions du cardinal Camillo Ruini, qui fait souvent entendre sa voix sur divers sujets, commentant le débat politique et rappelant la ligne officielle de l'Église. Cet « interventionnisme » est par ailleurs croissant depuis l'élection du pape Benoît XVI.[réf. nécessaire] L'anticléricalisme, n'entre cependant pas dans les positions officielles de la plupart des partis politiques italiens (à l'exception des radicaux italiens, qui s'identifient comme « laïques »), ceux-ci considérant comme un handicap électoral de s'opposer publiquement à l'Église: depuis que les démocrates chrétiens ne forment plus un parti uni, le vote « catholique » oscille entre gauche et droite, et est généralement décisif pour la victoire à une élection.

Au Mexique

Au Mexique, suite à la révolution de 1860, le président Benito Juárez, soutenu par les États-Unis, fait passer un décret nationalisant les biens ecclésiastiques, séparant l'Église de l'État, et supprimant les ordres religieux. Il est le symbole de l'anticléricalisme mexicain. Suite à la révolution de 1910, la nouvelle constitution mexicaine de 1917 comporte des articles qui vont encore plus loin:

  • l'article 3 impose la sécularisation de l'éducation, et interdit toute intervention de l'Église à l'école primaire.
  • l'article 5 rend hors-la-loi les ordres monastiques
  • l'article 24 interdit toute célébration publique du culte en dehors des églises.
  • l'article 27 impose des restrictions au droit de propriété des organisations religieuses.
  • Enfin, l'article 130 porte atteinte aux droits civiques des membres du clergé : les prêtres n'ont pas le droit de porter leurs habits religieux, perdent le droit de vote, et se voient interdire tout commentaire sur les affaires publiques dans les organes de presse.

Ces lois entrainèrent de le résistance, et menèrent finalement à la Guerre des Cristeros (1926-1929).

De plus, la suppression de l'Église entraina la fermeture de la plupart des églises, et le mariage forcé de prêtres. La répression fut d'autant plus sévère dans l'État de Tabasco, sous la mandature du gouverneur athée Tomás Garrido Canabal.

En Pologne

Comme dans tous les pays sous régime communiste, la politique en vigueur vis-à-vis de la religion durant la période soviétique était l'anticléricalisme dur. Cette politique ne trouva pas d'écho dans la population, l'Église Catholique devenant ainsi l'un des principaux centres d'opposition au régime communiste. Ironiquement, c'est ce qui a précipité la chute du communisme en Pologne, le pouvoir de l'Église sur la vie politique s'accroissant avec le temps. Certains prêtres (Henryk Jankowski (pl), Tadeusz Rydzyk) gagnèrent beaucoup d'influence sur la vie politique, même si leur vision n'était pas forcément celle de l'Église, mais plutôt celle de certains partis (Ligue des familles polonaises) ou d'une certaine radio (Radio Maryja). Ceci a donné lieu à la mise en place d'une opposition basée sur une philosophie anticléricale (qui reprend le terme péjoratif de modifier] Au Portugal

Comme l'Espagne, le Portugal a connu des vagues d'anticléricalisme. Au XVIIIe siècle, la Compagnie de Jésus fut chassée. En 1834 sous Dom Pedro : les monastères, couvents, ainsi que de nombreuses écoles primaires furent fermées. En 1910, la chute de la monarchie par la révolution républicaine initia une nouvelle vague d'anticléricalisme. De nombreux biens de l'Église furent spoliés par l'État, et il fut interdit à l'Église de posséder des biens. Le port de signes religieux et l'instruction religieuse furent abolis, ainsi que les serments et les impôts religieux.

Des artistes portugais comme Gil Vicente ou Eça de Queiroz furent notoirement anticléricaux.

En Russie

Couverture anticléricale du journal soviétique Bezbožnik, en 1929, montrant des ouvriers qui se débarrassent de Jésus.

En Russie, plusieurs milliers de prêtres furent tués par balles ou par travaux forcés pendant le gouvernement de Staline. L'anticléricalisme a été mis entre parenthèses durant la Seconde Guerre mondiale afin de s'assurer du soutien de l'ensemble de la population. Il a cependant repris à la fin de la guerre.

Au Viêt Nam

Au Viêt Nam, comme en Chine, on considère les prêtres comme un opium pour le peuple et les autorités s'en méfient.

Notes et références

  1. Enquête Pew Research Center du 17/09/2008 : http://pewglobal.org/reports/pdf/262.pdf, pages 15, 18 et 23

Bibliographie

  • René Rémond, L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1976.
  • Guillaume Doizy et Jean-Bernard Lalaux, A bas la calotte : La caricature anticléricale et la Séparation des Églises et de l'État, Éditions Alternatives, Paris, septembre 2005. 155 pages. 23x28 cm. (ISBN 2-86227-459-3). (270 caricatures anticléricales de la Belle Époque)
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