Anti-jésuitisme

Compagnie de Jésus

La Compagnie de Jésus — abrégée s.j. : Societas Jesu — est une congrégation catholique fondée par Ignace de Loyola et approuvée en 1540. On appelle ses membres les Jésuites. C'est l'ordre religieux numériquement le plus important de l'Église catholique avec 19 200 membres en 2007. Son actuel supérieur général est Adolfo Nicolás.

Sceau de la Société de Jésus. "IHS" sont les trois premières lettres de "IHΣOYΣ", "Jésus" en Grec. Ultérieurement réinterprété comme "Iesus Hominum Salvator" ("Jesus Sauveur de l'Humanité") ou "Iesum Habemus Socium" ("Nous avons Jésus comme Compagnon")

Sommaire

Histoire

Portrait Ignace de Loyola par Jacopino del Conte (vers 1600)

Fondation

Article détaillé : Ignace de Loyola.

Converti après une jeunesse assez mondaine et un brillant début de carrière militaire, Ignace de Loyola (1491-1556), gentilhomme basque espagnol, ressent après divers tâtonnements un appel à aider les âmes (selon ses propres termes) et servir le Christ. Cela le conduit à faire des études de théologie à l'université de Paris, et progressivement à rassembler autour de lui des amis dans le Seigneur prêts à travailler pour la plus grande gloire de Dieu (devise qui deviendra célèbre en latin: Ad maiorem Dei gloriam ou AMDG, dans l'Église).

Ainsi, le 15 août 1534, Ignace de Loyola et six autres étudiants, dont François Xavier et Pierre Favre, le premier prêtre ordonné de la Compagnie, se retrouvent à Montmartre, et décidant de se consacrer à Dieu, de faire vœu de pauvreté et de chasteté, et fondent la Societas Iesu (s.j.), connue en français sous le nom de « Compagnie de Jésus ». Ignace a suggéré que leur fraternité prenne le titre de Compagnie de Jésus pour qu'il rappelle en permanence à ces religieux leur engagement militant et sans réserve au service du Christ. Dans la bulle pontificale de fondation en 1540, c'est pourtant, le terme latin Societas Iesu qui fut utilisé. Le terme Jésuite apparaîtra peu après en 1545 avec une connotation péjorative donnée par les Luthériens[1].

Regimini militantis Ecclesiae

Ignace et ses compagnons partent en 1537 pour l'Italie afin d'obtenir la reconnaissance de leur ordre par le pape Paul III, ce qu'ils obtiennent par la bulle Regimini militantis ecclesiae en 1540. Le 21 juillet 1550, le pape Jules III dans sa bulle "Exposcit debitum" confirmera la Compagnie de Jésus.

Une réforme de l'Église, espérée et attendue depuis des années, était rendue plus urgente encore par les succès de la réforme protestante: ce fut l'objet de la convocation du Concile de Trente où les Jésuites prendront une part importante, puis du mouvement de la Contre-Réforme.

À ses débuts, la Compagnie s'occupait essentiellement d'activités missionnaires, mais elle se tourna dès 1547 vers l'enseignement, qui devint son activité principale vers la fin du XVIe siècle. Un collège fut ouvert à Rome en 1551 alors que des membres étaient déjà au Congo, au Brésil et en Angola. L'activité éducative des Jésuites s'étendit aussi dans l'Empire ottoman, avec notamment le Lycée Saint-Benoît établi en 1583.

À la mort d'Ignace de Loyola (1556), la Compagnie comptait plus d'un millier de membres. Soixante ans plus tard, elle en regroupait treize mille dans toute l'Europe.

Expansion

Les Jésuites vont tenter de convertir l’Extrême-Orient et les indigènes aux Amériques.

François Xavier arrive à Goa en 1542 et au Japon le 27 juillet 1549. Le samouraï Mitsuhide Akechi leur accorde le fief de Nagasaki en 1580. Mais le Japon est alors dans une période de transition politique instable et Hideyoshi Toyotomi leur retire ce fief dès 1587 et les expulse du pays.

En 1582, commence la mission jésuite en Chine. Le père Matteo Ricci est reconnu comme un pair par les mandarins, fonctionnaires lettrés chinois et devient de fait le premier sinologue. Alexandre de Rhodes romanise l'alphabet vietnamien en 1623. Deux missionnaires jésuites, Johann Grüber et Albert Dorville atteignent Lhassa au Tibet en 1661.

Aux Amériques, les Jésuites s'installent à Mexico en 1572, à Québec en 1625. Ils participent aux missions espagnoles de Californie. En Amérique du Sud, particulièrement au Brésil et au Paraguay, la mission jésuite suscite la réprobation des colons espagnols et portugais puisqu'elle s'oppose au système esclavagiste des encomiendas. Les Jésuites créent des réductions, centres dans lesquelles les indigènes sont alphabétisés et christianisés, et par là soustraits aux planteurs. La première est créée dès 1609 chez les Indiens guaranis (voir le film Mission dénonçant l'esclavagisme et l'impérialisme des colons face aux Indiens). On doit aussi aux Jésuites la fondation de plusieurs villes, dont São Paulo en 1554.

Dans ces régions du monde, la Compagnie lutte contre l'influence protestante. Très engagée dans la Contre-Réforme, elle s'oppose à la Révolution copernicienne et aux prises de position de Galilée par la voix de Robert Bellarmin en particulier. C'est dans les Pays-Bas espagnols (dont les protestants des Provinces-Unies ont fait sécession au cours du XVIe siècle) qu'ils sont les plus nombreux proportionnellement à la population. On leur attribue le tracé de la première Frontière linguistique, séparant Wallons et Flamands dans ce qui deviendra la Belgique.

Mais le protestantisme ou la nouvelle science ne sont pas ses seules sources d'inquiétude. La Compagnie doit faire face à de violentes persécutions dues à sa nouveauté, à son soutien inconditionnel au pape, à l'efficacité de son organisation centralisée, et à ses positions théologiques. Bien qu'elle soit influente auprès des souverains d'Europe et de la haute noblesse, que ses plus hauts dignitaires confessent, les intérêts économiques des colons finiront par l'emporter : l'ordre est dissous sur les terres espagnoles et portugaises en 1767.

En France

En 1580, les Jésuites installèrent une Maison Professe à Paris, dans le quartier du Marais, qui accueillit les meilleurs théologiens et scientifiques.

On décida de construire une grande chapelle à côté de la maison professe, l'église Saint-Louis (aujourd'hui église Saint-Paul Saint-Louis). En mai 1641, le cardinal de Richelieu donna la première messe dans cette église. La noblesse venait écouter les sermons des prédicateurs. Madame de Sévigné allait à toutes les messes dans cette église pour écouter les sermons du père Louis Bourdaloue, célèbre prédicateur. On y entendait aussi la musique des grands compositeurs français de l'époque, Marc-Antoine Charpentier et Jean-Philippe Rameau notamment, qui y furent maîtres de musique.

En 1656-1657, à la demande des jansénistes, Blaise Pascal attaqua les Jésuites dans Les Provinciales sur la question de la casuistique. Marc Fumaroli nota à ce sujet[réf. nécessaire] :

« La modernité jésuite, à l'épreuve de la France, apparut à la fois choquante et démodée, et la fidélité jésuite à Aristote, à Cicéron, à saint Thomas, sembla impure et équivoque. Bien qu’ils fussent en fait, par leur encyclopédisme, les derniers tenants de l'Antiquité vivante, les jésuites passèrent pour traîtres à l'Antiquité. Bien qu'ils fussent par leur adaptation aux réalités du monde de la Renaissance, les premiers historiens, sociologues et ethnologues du catholicisme, ils furent tenus pour ses pires réactionnaires… »

En Amérique

Père jésuite au Brésil au XVIIIe siècle.

Au XVIe siècle, les populations indigènes sont exploitées par le système colonial dit d'encomiendas. Ce système permet aux colons de disposer de la main d'œuvre pour l'exploitation de leurs domaines.

En 1550 et 1551, les conférences de Valladolid reconnaissent le principe d'égalité des droits et des devoirs de tous les hommes et leur vocation à la liberté. La culture des Indiens commence alors à être reconnue. Ils peuvent commencer à être instruits et catéchisés.

Malgré cela, certains colons continuent d'abuser des Indiens, les réduisant à l'état de serfs. En réaction, les ordres religieux développent une nouvelle manière d'évangéliser les Indiens : maîtrise et promotion des langues indigènes, étude et préservation des coutumes locales, mise en place d'une organisation sociale et progrès économique des communautés autochtones. Regroupant les Indiens autour de leurs monastères, ils les protègent des excès de l'encomienda, et les sédentarisent.

Dès leur arrivée au Pérou, en 1566, les Jésuites s'inscrivent dans cette manière de faire. Ils développent le système des "réductions". Ce mot fait référence à la tentative de regrouper (reducere en latin) dans un même lieu une population indigène et de les réduire ainsi à la vie civile. Les Jésuites créent des missions pour les Indiens Mojos (ou Moxos), Chiquitos et Guarani. En misant sur le strict respect de toutes les dispositions protectrices des Indiens dans la législation espagnole, ils s'attirent les bonnes grâces des fonctionnaires espagnols.

Mais les tensions entre les deux systèmes (encomiendas et réductions) et les rivalités entre l'Espagne et le Portugal, sur fond de disgrâce de la Compagnie de Jésus en Europe, feront disparaître ces entreprises.

Les Jésuites sont obligés de quitter les missions vers 1767. Les réductions sont alors détruites sauf dans les missions de Chiquitos et Mojos. Cependant le clergé diocésain ne réussit pas à en perpétuer l'esprit. Les missions connaissent alors un déclin progressif. Le film Mission a popularisé l'histoire de la fin des réductions jésuites.

Difficultés, suppression et restauration

En 1614, un jésuite polonais, chassé de sa congrégation, publie pour se venger le livret Monita secreta societatis Jesu, un faux livre d'instructions aux jésuites' sur la manière de se comporter pour augmenter le pouvoir et les richesses de la Compagnie. Ce mythe va imprégner les esprits, et notamment les esprits libéraux des XVIIIe et XIXe siècle.

En 1704 et 1742, le pape interdit les rites chinois empreints de syncrétisme que les missionnaires jésuites respectaient en Asie.

En France, les Jésuites ont à subir les attaques des jansénistes gallicans et parlementaires, puis de l'athéisme des philosophes de l’Encyclopédie auxquels ils répondent avec leur Journal de Trévoux et leur Dictionnaire de Trévoux, pour finir par être interdits et bannis de France en 1763-1764, et leurs deux cents collèges fermés. Ils venaient d'être chassés du Portugal en 1759, et le seront encore d'Espagne en 1767. Cependant le roi Stanislas, avant 1766, les accueille dans son duché de Lorraine resté théoriquement indépendant du royaume de France.

L'opposition contre eux est tellement répandue, que le pape Clément XIV en vint, en 1773, à prendre la décision de supprimer l'ordre partout dans le monde; c'est le bref Dominus ac Redemptor. En Russie la tsarine orthodoxe Catherine II interdit la promulgation de la bulle papale et en Prusse le roi protestant Frédéric II fait de même, heureux de marquer sa désapprobation au pape, tout en profitant de l'aubaine que constituait tous ces savants et ces professeurs pour organiser l'enseignement et la recherche dans ses États.

La bulle débutait par la clause ad perpetuam rei memoriam et on pouvait y lire : « Il est à peu près impossible que, la société des jésuites subsistant, l'Église puisse jouir d'une paix véritable et permanente ».

L'Ordre fut rétabli en 1814 par le Pape Pie VII, mais les attaques continuèrent tout au long du XIXe siècle :

Ces bannissements n'empêchèrent pas la Compagnie d'investir de nouveaux champs. Les missions reprirent en Amérique du Nord ou à Madagascar. Les Jésuites y fondèrent des universités au cours du XIXe siècle.

Neuf prêtres jésuites, dont cinq français, font partie des Justes parmi les nations[3]. Maurice Schumann déclara à la BBC au sujet de Pierre Chaillet : « Vous avez été notre 18 juin spirituel ! ».

Ils lancèrent par ailleurs des revues intellectuelles comme Études en France, Relations au Québec et la Civiltà Cattolica en Italie. Après la Seconde Guerre mondiale, les Jésuites allèrent finalement au Tchad ou au Japon.

Aujourd’hui

Au 1er janvier 2005, la Compagnie de Jésus regroupe 19 850 membres répartis dans 112 pays dans le monde[4] contre 35 000 en 1964. A l'instar du reste de l'Église catholique, la Compagnie de Jésus est confrontée à une chute des vocations; elle est également confrontée à la concurrence d'ordres plus récents. En perte de vitesse en Europe, les Jésuites sont maintenant majoritairement en Asie (3 500 en Inde), en Amérique latine et en Afrique. 900 novices sont en formation.

Son actuel supérieur, élu[5] par la 35e congrégation générale de janvier 2008, est Adolfo Nicolás, d'origine espagnole, succédant à Peter Hans Kolvenbach qui, à sa demande, fut déchargé de sa mission (7 janvier 2008).

En France, la Compagnie publie régulièrement ses travaux dans plusieurs revues dont les plus connues sont Etvdes, Christus et Projet. Elle est également active dans l'enseignement scolaire (dix-sept établissements dont le lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Paris) et supérieur (cinq établissements dont les célèbres classes préparatoires du lycée privé Sainte-Geneviève à Versailles). Elle possède ses propres facultés de théologie et de philosophie, regroupées dans le Centre Sèvres, à Paris.

En Belgique, la Compagnie publie dans la revue la N.R.T. La Nouvelle Revue Théologique[6]. Elle possède ses propres facultés de théologie et de philosophie, dont I.E.T. : la Faculté de Théologie de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.[7]

Aux États-Unis, la compagnie de Jésus publie depuis 1909 la revue hebdomadaire America, considérée comme modérée, voire libérale, dans ses prises de positions au sein de l'Église catholique.[8]

Spiritualité

La spiritualité de la Compagnie repose sur les Exercices spirituels composés par Ignace de Loyola et se caractérise par une obéissance stricte, au pape en particulier, et un grand zèle apostolique.

La devise de la Compagnie : Ad majorem Dei gloriam (« Pour la plus grande gloire de Dieu »), explique la diversité des tâches auxquelles s'adonnent les Jésuites. Outre l'enseignement, qui s'étend à tous les niveaux, ils pratiquent la prédication, sont missionnaires, directeurs de conscience, étudient la théologie, effectuent des recherches scientifiques, etc.

Vœux

Tous les membres de la Compagnie professent après leurs deux années de noviciat les trois vœux habituels des religieux catholiques : ceux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance à leur supérieur. À cela, les profès prononcent un quatrième vœu, celui d'obéissance au pape :

« Il est bon de rappeler dans quelle intention la Compagnie a fait le vœu d'obéir, sans alléguer d'excuse, comme au Souverain Vicaire du Christ : il s'agissait d'être envoyé parmi les fidèles ou les infidèles, partout où il jugerait que ce serait utile pour une plus grande gloire divine et un plus grand bien des âmes.  »

— Septima pars, I, 603

Gouvernement

La Compagnie de Jésus est organisée selon les Constitutions édictées par Ignace de Loyola entre 1541 et 1558. Elles n'ont pas changé jusqu'en 1965.

La compagnie est dirigée par un Praepositus Generalis, mot latin qui désigne un Supérieur général, communément appelé Père Général[9] qui est élu à la tête de la congrégation jusqu'à sa mort ou à sa démission. Il est confirmé par le pape et a une autorité absolue sur la Compagnie.

Sous ses ordres se trouvent des « assistants » qui l'assistent dans son travail. Leurs tâches sont réparties par zones géographiques (par exemple l'Amérique du Nord) ou par ministère (par exemple l'enseignement). Les assistants forment le Conseil consultatif auprès du Général.

Un vicaire général assisté d’un secrétaire de la Compagnie s'occupent de l'administration quotidienne de la Compagnie.

Un « admoniteur » conseille également le Général de la Compagnie. Son rôle est de le prévenir de façon honnête et confidentielle quand il agit de manière imprudente ou contraire aux canons de la foi, risquant la désobéissance au pape.

La Compagnie est divisée en « Provinces » géographiques, chacune sous les ordres d'un Supérieur provincial qui est choisi par le Général et a autorité sur tous les Jésuites et les ministères de sa zone. Il est assisté d'un socius, équivalent d'un secrétaire général en charge de l'administration.

Chaque communauté de Jésuites est gouvernée par un recteur assisté d'un « ministre » (le mot latin signifie « serviteur »).

La Congrégation générale est la réunion de tous les « assistants », des Supérieurs provinciaux et de représentants élus par les profès jésuites. Elle se réunit irrégulièrement, en général pour élire un nouveau Supérieur Général ou pour résoudre des problèmes majeurs concernant la Compagnie.

La Curie générale de la Compagnie est à Rome au Borgo Santo Spirito 4.

Enseignement

Ignace de Loyola avait insisté pour que les membres de la Compagnie aient un bon niveau de culture générale. Très vite l'enseignement est devenu une activité importante : en 1548, à Messine (Sicile), s'ouvre la première maison de formation pour jeunes appelée "collège". En 1551, c'est la création du Collège Romain à Rome. À la mort du fondateur (1556), les Jésuites dirigent 45 collèges ; en 1580, il existe 144 collèges jésuites, dont 14 en France . L'expérience vécue dans les premiers collèges sera codifiée en une sorte de charte de l'éducation : le Ratio Studiorum.

Une opinion de Voltaire sur l'éducation qu'il avait reçue

Voltaire, qui a souvent prêché le pour et le contre et que Faguet a qualifié de « chaos d'idées claires », a écrit contre les Jésuites de nombreux passages que tout le monde connaît. Il a également écrit celui-ci que l'on connaît moins :

« J'ai été élevé pendant sept ans chez des hommes qui se donnent des peines gratuites et infatigables à former l'esprit et les mœurs de la jeunesse. Depuis quand veut-on que l'on soit sans reconnaissance pour ses maîtres ? Quoi! il sera dans la nature de l'homme de revoir avec plaisir une maison où l'on est né, le village où l'on a été nourri par une femme mercenaire, et il ne serait pas dans notre cœur d'aimer ceux qui ont pris un soin généreux de nos premières années ? Si des Jésuites ont un procès au Malabar avec un capucin, pour des choses dont je n'ai point connaissance, que m'importe ? Est-ce une raison pour moi d'être ingrat envers ceux qui m'ont inspiré le goût des belles-lettres, et des sentiments qui feront jusqu'au tombeau la consolation de ma vie ? Rien n'effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est également cher à tous ceux qui ont étudié sous lui. Jamais homme ne rendit l'étude et la vertu plus aimables. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures délicieuses ; et j'aurais voulu qu'il eût été établi dans Paris, comme dans Athènes, qu'on pût assister à de telles leçons; je serais revenu souvent les entendre. J'ai eu le bonheur d'être formé par plus d'un Jésuite du caractère du père Porée, et je sais qu'il a des successeurs dignes de lui. Enfin, pendant les sept années que j'ai vécu dans leur maison, qu'ai-je vu chez eux? La vie la plus laborieuse, la plus frugale, la plus réglée ; toutes leurs heures partagées entre les soins qu'ils nous donnaient et les exercices de leur profession austère. J'en atteste des milliers d'hommes élevés par eux comme moi; il n'y en aura pas un seul qui puisse me démentir... »

— Lettre au père de Latour; à Paris, le 7 février 1746.

Établissements célèbres

Article détaillé : Collèges et lycées de jésuites.

Jésuites célèbres

Article détaillé : Jésuite.

Controverses

Des Jésuites ont été parfois soupçonnés par certains jansénistes et par de nombreux protestants d'être à la source de conspirations.

Adam Weishaupt, fondateur des Illuminatis, passa quelques mois au noviciat des jésuites. Un autre Jésuite, Augustin Barruel, contemporain de la Révolution Française, développe dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme la théorie d'une conspiration des Illuminatis voulant renverser les pouvoirs en place à travers la franc-maçonnerie et les jacobins afin d'asservir l'humanité. Cette théorie du complot aura un impact considérable dans les milieux contre-révolutionnaires et chez divers théoriciens du complot qui se succèderont par après.

Les Jésuites ont parfois été accusés d'être trop influents au Vatican. Aucun Jésuite n'a jamais été élu pape. Le Supérieur Général de l'Ordre est parfois appelé pape noir (dans les médias). Ce titre n'est jamais utilisé par les Jésuites eux-mêmes.

La Compagnie de Jésus a pour devise Ad maiorem Dei gloriam (Pour la plus grande gloire de Dieu), dont les initiales A.M.D.G. servaient d'épigraphe à la plupart des livres qui émanaient d'elle. Pierre Larousse a écrit à ce sujet :

« 

Au temps où florissaient à Montrouge et à Saint-Acheul les maisons d'éducation de la Compagnie de Jésus, la célèbre devise jouait un rôle important dans la discipline. Le révérend père fouetteur (ceux qui ont été placés sous sa main pourraient l'attester) avait fait graver les quatre initiales sur le manche du terrible martinet. La gent écolière était fouettée ad majorem Dei gloriam, gloire dont elle se serait sans doute fort bien passée.

 »

De nos jours, les préjugés contre les Jésuites ne sont pas aussi vifs que par le passé.

Le terme jésuite est parfois utilisé en langage courant comme synonyme de "hypocrite"[10]. Ce sens péjoratif est antérieur à la naissance de la Compagnie de Jésus. Voir l'article "Jésuite".

Notes et références

  1. Lettre de Pierre Canisius à l'empereur Oswald II, 5 février 1545 (écrite de Cologne), dans Epistulae, Fribourg, 1896, p. 134.
  2. en 1878, 1514 Jésuites étaient répartis sur 46 établissements cf. Etat des congrégations autorisées ou non (1085 Jésuites en 1861 cf. Recensement spécial des communautés religieuse)
  3. righteous
  4. Agenzia Fides - EUROPE / ITALIE - Le nombre des Jésuites est de 19 850 : confirmation de la tendance des dernières années, d’une diminution du nombre des prêtres et des frères
  5. (fr) « Les Jésuites élisent Adolfo Nicolás comme supérieur général » sur Wikinews, le 21 janvier 2008.
  6. Site de la revue Nouvelle Revue Théologique
  7. Site de la "Faculté de Théologie de la Compagnie de Jésus à Bruxelles
  8. Site de la revue America
  9. Ou encore « pape noir » en référence à la couleur de son habit et du pouvoir illimité que l'on prêtait au Père Général de la Compagnie de Jésus.
  10. Le Grand Robert

Voir aussi

Bibliographie

(ISBN 2-02-012213-8) (tome 1, édition brochée)
(ISBN 2-02-014407-7) (édition complète)
(ISBN 2-02-013714-3) (tome 1, édition reliée)
(ISBN 2-02-014408-5) (édition complète)
  • Alain Woodrow et Albert Longchamp, Les Jésuites. Histoire de pouvoirs. Paris, Jean-Claude Lattès, 1984. (ISBN 2010181107)
  • François de Dainville, L'éducation des Jésuites (XVIe-XVIIIe siècles). Paris : éd. de Minuit, 1978. (Le sens commun). (ISBN 2-7073-0222-8).
  • Bernadette Majorana, « Une pastorale spectaculaire. Missions et missionnaires jésuites en Italie (XVIe-XVIIe siècle) », Annales, 2002, no 2, pp. 297-320. [lire en ligne]

Articles connexes

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