Anthime Denis Cohon

Anthyme-Denis Cohon

Anthyme-Denis Cohon, né le 4 septembre 1595 à Craon et mort le 7 novembre 1670, est un religieux français, évêque de Nîmes. Il se fit un nom par son talent pour la chaire. Il a prononcé l'éloge funèbre de Louis XIII et de la reine d'Espagne et le discours du sacre de Louis XIV.

Sommaire

Biographie

Origine

Ses ancêtres étaient cergiers dans la ville de Craon[1]. Il est né lorsque cette ville était encore au pouvoir des Ligueurs. Son parrain est le gouverneur Pierre Le Cornu.

Education

Cohon fut envoyé au Mans pour faire ses premières études[2] et vint les continuer à Angers (au droit civil). Son oncle pensait le faire devenir avocat. Il alla au Parlement et suivit le barreau pendant quelque temps. Ces projets ne sont pas inconciliables avec la vocation ecclésiastique, et l'obtention dès l'âge de 15 ans de ses premiers bénéfices, car il n'était alors que simple tonsuré. Il étudie à la Sorbonne au moyen d'une bourse qu'il avait obtenue.

Son choix définitif seait dû aux conseils de l'abbé Lemarchand, plus tard curé de Précigné. Docteur en droit et chanoine du Mans à 23 ans, ordonné en 1619 et déjà pourvu de nombreux bénéfices[3].

Nîmes

Dès l'âge de vingt-cinq ans, il jouissait dans tout le royaume de la réputation d'un grand prédicateur. Le cardinal de Richelieu le fit nommer prédicateur du roi. Ce ministère, qu'il remplit à la satisfaction de Louis XIII, lui valut l'estime de ce monarque et l'évêché de Nîmes, auquel ce prince le nomma en 1633. Il assista aux assemblées du clergé de 1636 et 1641, comme député de la province de Narbonne. Les nouvelles opinions religieuses avaient fait de grands progrès en Languedoc et le parti protestant dominait à Nîmes. Cohon défend la religion catholique. Il obtint, dès 1656, un arrêt qui obligeait les protestants à contribuer comme les catholiques aux frais de la reconstruction de la cathédrale et d'un palais épiscopal.

Oraison funèbre

Il introduisit les jésuites à Nîmes et les dota. Il signala particulièrement sa charité dans la contagion qui s'était manifestée dans cette ville en 1640. Louis XIII étant mort le 14 mai 1643, Cohon, qui, sur des plaintes portées par les protestants, avait été mandé à Paris, y prononça, au mois d'août suivant, dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'oraison funèbre du monarque, son premier bienfaiteur.

Bretagne

Conseillé de se démettre de son évêché, à causé des difficultés qui s'étaient élevées entre les protestants et lui, il le permuta contre celui de Dol en Bretagne ; mais n'ayant pu obtenir de bulles, il permuta de nouveau l'évêché de Dol contre celui de Saint-Paul-de-Léon.

Mazarin

Après la mort de Richelieu, Cohon s'attacha au cardinal Mazarin, qui l'employa dans des affaires importantes. En butte aux ennemis de ce ministre, lorsqu'il fut obligé de quitter Paris, Cohon, enveloppé dans sa disgrâce, fut mis en prison.

La Fronde

Pendant la Fronde, s'emprisonnant à Paris pour correspondre de là avec Mazarin et la Cour, il est obligé de changer chaque jour de retraite pour échapper aux complot des ennemis qui en voulaient à sa vie. Les pamphlets des Frondeurs l'abîmaient chaque jour. Il eut même l'honneur d'être mis en image ou en caricature[4]. Il avait alors un aumonier, Jean Barbance du diocèse de Rodez[5] et qui logeait à Paris avec l'évêque, derrière le Palais-Royal.

Louis XIV

Le cardinal ayant recouvré son crédit Cohon revint à la cour. Il suivit Louis XIV dans son voyage de Bordeaux et le harangua à son entrée dans cette ville. Le roi le nomma à l'abbaye de Flaran. À son retour à Paris, le cardinal Mazarin confia à Cohon l'éducation de ses neveux[6] et le chargea du rapport des placets et mémoires qu'on lui présentait.

Mésaventures

Comme il avait osé aussi, sur l'avis conforme de docteurs, conférer les ordres dans le diocèse de Paris, le coadjuteur étant absent pour cause, celui-ci riposta à cet acte de juridiction sur ses ouailles et par une sentence d'excommunication contre Cohon. Il lui arriva une autre mésaventure à laquelle il dût être sensible. Il aimait en bon parent à caser sa famille. S'il prit à peine terre dans son diocèse de Dol, il avait eu soin quand même d'y établir deux de ses neveux de craon, Marin et François Chéreau, l'un comme gouverneur de la ville, l'autre comme chanoine de la cathédrale. Il fit une autre démarche pour son jeune frère en le mariant avec une demoiselle Lebreton, riche et de bonne famille, à laquelle il avait promis dans son frère un excellent époux [7].

Retour à Nîmes

En 1654, Cohon intervint dans une querelle que les réguliers du diocèse d'Angers faisaient à leur évêque Henri Arnauld au sujet des règlements qu'il leur avait été imposé.[8] Louis XIV faisant en 1654 le voyage de Reims pour y être sacré, Cohon le suivit encore et prononça le discours d'usage dans cette cérémonie. Ce fut pour lui l'occasion d'une nouvelle grâce, le roi l'ayant nommé à l'abbaye de Tronchet. Hector Douvrier, qui lui avait succédé dans l'évêché de Nîmes[9], étant mort l'année suivante, Cohon souhaita de retourner à son premier siège et le roi le lui permit ; mais de nouvelles peines y attendaient cet évêque : il fut le témoin d'une émeute qui eut des suites fâcheuses.

Une amnistie accordée aux habitants y ramena le calme. Cohon n'omit rien pour le maintenir et y parvint pour les ministres protestants, sans toutefois s'écarter de ce que lui prescrivaient ses devoirs.

Plusieurs descendants de sa nièce, Elisabeth sont restés dans le Maine dans une situation très pauvre. (Abbés de Beaulieu). D'autres ont vécu dans la plus grande opulence et possédaient au XVIIIe siècle des premières charges de l'état[10].

Publications

  1. Lettre de monsieur Cohon, evesque de Nismes : escrite le 21 janvier 1634, a monseigneur le Cardinal de Lyon, sur le sujet de la harangue de Monseigneur le Cardinal Duc. Paris : Bureau d'Adresse, rue de la Calandre, au grand cocq, 18 janvier 1634, in-4 ̊.
  2. Les véritables harangues faites au roi, à la reine et à Son Éminence, en la députation des états de la province de Languedoc, en l'année 1638 Paris : S. Cramoisy, 1639, in--4 °.
  3. Harangues faites à Leurs Majestés en la ville de Lyon, au nom des états de la province de Languedoc assemblés à Narbonne, par messire Antime-Denis Cohon, évêque de Nismes, assisté de M. le marquis de Castries,... de MM. de Murles,... de Rochepierre,... et de Montbel,... députés desdits états vers Leursdites Majestés, le 28 novembre 1658 Narbonne : par J. Boude et D. Pech, (s. d.,), in--4 °

Mazarinades

  1. Lettre interceptée du sieur Cohon, ci-devant évêque de Dol, contenant son intelligence et cabale secrète avec Mazarin Paris, 1649, in--4 °.
  2. A qui aime la verité (Saint-Germain-en-Laye, 1649) 4 p. ; in-4. [11]
  3. Evenemens infaillibles, touchant lauthorité du Roy envers ses subjects (Paris? 1649), 8 p. ; in-4. [12]
  4. Lis & fais (Saint-Germain-en Laye, 1649) 4 p. ; in-4. [13]
  5. Copie du 2e billet imprimé à Saint-Germain en Laye, qui a été semé dans Paris par le chevalier de La Valette, tendant à faire soulever les Parisiens contre le Parlement (S. l.,), 1649, in-4 ̊, 8 p.[14]
  6. Le Parlement veut despoüiller le Roy de son authorité pour s'en revestir... (Saint-Germain-en Laye, 1649) [15]
  7. Pauvre peuple de Paris que je plains ta simplicité & ton aveuglement... (S.l., 1649), 4 p. ; in-4 [16]
  8. Les Sentimens d'un fidelle sujet du Roy, contre l'arrest du Parlement du vingt-neufiesme decembre 1651, S.l., 1652, 48 p. ; in-4. [17]

Bibliographie

Il est l'objet de deux notes du fond Grille à la bibliothèque d'Angers : l'une est de Joseph Grandet. Outre un résumé des faits connus, elle contient la communication suivante reçue verbalement par le curé de Sainte-Croix d'un Monsieur Cohon habitant Angers. La seconde note est personnellement de Grille : il signale le portrait de Cohon par Roussière, qui l'avait peint avant de le faire graver ; et celui qui était en tête d'une thèse à lui dédiée, - sans doute celle de son neveu Jules-Pierre, sur la philosophie, - passée en Sorbonne le 10 août 1667.

Depuis 1902, Cohon a été l'objet de plusieurs études de l'abbé Duine. Il publie à cette date une brochure intitulée : Un politique et un orateur au XVIIe siècle (in--8 °, 72 p.), où les sources bibliographiques de l'histoire de Cohon, sa correspondance et ses oeuvres oratoires sont successivement passées en revue. En 1906, il donnait d'après les Archives du ministère des Affaires étrangères, d'après celle de l'évêché de Dol, et sa propre collection, un supplément à la correspondance du prélat, contenant entre autres, l'indication d'une lettre datée de Craon, février 1645. En 1908, dans trois articles insérés au Bulletin de la Mayenne (tome XXIII, p. 407-428 et XXIV, p. 55è116, 141-186), sous le titre Avant Bossuet, il reprend son sujet avec plus d'ampleur, traitant d'abord de l' homme puis de l' Orateur.

Notes et références

  1. Le chartrier de la Roë (vol. 157, F. 193-195) nous apprend que la maison acquise par Cohon à Craon (1644) était à l'abbaye de la Roë.
  2. Il fut élevé par N. Cohon, son oncle, maître-école de Nantes, chanoine de l'église du Mans et archidiacre de Montfort qui fournissait à ses études.
  3. prévost de Mésanges dans l'église de Chartres, curé de Saint-Denis-de-Cormes en 1621, de Saint-Pierre-la-Cour en 1623, de Saint-Céneré en 1626, prieur de Bouère par résignation de Guillaume Laurent
  4. L'abbé Angot cite une estampe hollandaise de 1650, signée J. Luiken juv. et fecit., intitulée Révolte contre l'évêque de Nimes en 1650.
  5. Il le fit pourvoir au mois de février 1650 de la cure de La Brûlatte.
  6. Les frondeurs parlaient à ce propos de gouverner les singes et majots du cardinal.
  7. Ce qu'il ne fut pas, car tiré par son aîné de sa boutique de cirier à Craon, et casé au grenier à sel d'Ernée, il maltraita sa femme et vida pour ses fredaines la caisse de la gabelle. Il y eut procès de la part de la famille Lebreton, séparation des epoux et colère de l'évêque qui tança son frère comme il savait le faire. On a une des lettres qu'il lui écrivit et qui vaut celles qu'il écrira un peu plus tard à son neveu, prieur de Folgoët
  8. Il est pour l'évêque et dit aux religieux qu'aucun prélat n'avait été aussi doux vis-à-vis d'eux.
  9. Il a fondé à Nîmes un couvent d'Ursulines. Il a aussi fondé à Nantes une chapelle dans l'église-cathédrale.
  10. Voir Supplément de Moréri, Bibliothèque française, article 22727.
  11. Titre de départ. - Signé : Le Desinteressé à Paris = Jean-Louis de La Valette, ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon, d'après Moreau, qui restitue le lieu d'édition - En réponse, ont été publiés : Lettre escrite au chevalier de La Valette. Soubs le nom du peuple de Paris et : Les Motifs de l'union du bourgeois de Paris, avec le Parlement, representez a la Reyne, servans de response aux libelles jettez dans Paris. Réédité sous les titres : Copie du II. billet imprimé a S. Germain en Laye, qui a esté semé dans Paris par le chevalier de La Valette et : Evenemens infaillibles, touchant lauthorité du Roy envers ses subjects
  12. Par Jean-Louis de La Valette ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon. - Moreau indique par erreur qu'il s'agit d'une contrefac̜on du 1er billet du chevalier de La Valette, intitulé : Lis & fais
  13. Titre de départ. - Signé à la fin : Le Desinteressé à Paris=Jean-Louis de La Valette ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon, d'après Moreau qui restitue le lieu d'éd. - En réponse, ont été publiés : L'Anti-desinteressé ou l'Equitable censeur des libelles semez dans Paris, sous le nom du des-interessé...; Conseil necessaire donné aux bourgeois de Paris pour la conservation de la ville...; Lettre escrite au chevalier de La Valette. Soubs le nom du peuple de Paris...; et Les Motifs de l'union du bourgeois de Paris, avec le Parlement, representez a la Reyne.... - Réédité sous le titre : Copie du billet imprimé a S. Germain en Laye, qui a esté semé dans Paris par le chevalier de La Valette. Tendant a faire souslever les Parisiens contre le Parlement
  14. Même ouvrage que celui paru sous le titre : A qui aime la vérité. Titre de départ : Copie du second billet imprimé à Sainct Germain en Laye, & semé dans Paris par le chevalier de la Valette. A qui aime la verité. - Signé : Le Des-interessé à Paris = Jean-Louis de La Valette ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon.
  15. Premiers mots du texte. - Par Jean-Louis de La Valette, ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon, d'après Moreau qui restitue le lieu d'éd.
  16. Premiers mots du texte. - Par Jean-Louis de La Valette ou plus probablement Anthyme-Denis Cohon. - Imprimé en France.
  17. Il existe une 2e éd. de ce texte, d'après Moreau, qui nomme les auteurs auxquels on l'a attribué : Martineau, évêque de Bazas, Cohon, évêque de Dol, Servien et Silhon. Barbier ne retient que l'attribution à Anthyme-Denis Cohon. - En réponse, ont été publiés : Apologie de Messieurs du Parlement..., Observations veritables et des-interessees..., ouvrages anonymes et Le Complot et entretien burlesque sur l'arrest du 29 decembre... par le sieur de Sandricourt

Source partielle

  • « Anthyme-Denis Cohon », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865 [détail de l’édition]
  • « Anthyme-Denis Cohon », dans André René Le Paige, Dictionnaire topographique historique généalogique et bibliographique de la province du Maine, 1777 [détail de l’édition](Wikisource)
  • « Anthyme-Denis Cohon », dans Alphonse-Victor Angot, Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Goupil, 1900-1910 [détail de l’édition]
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