Ante Ciliga

Ante Ciliga (parfois appelé Anton Ciliga), né le 20 février 1898 à Šegotići / Chegotitchi, sur la commune de Marčana, près de Pula (aujourd'hui Croatie) et mort le 21 octobre 1992 à Zagreb, était un écrivain communiste yougoslave.

Sommaire

Biographie

Après la Première Guerre mondiale, Ante Ciliga adhère au Parti socialiste croate, puis rejoint le Parti communiste yougoslave à partir de 1920. Il poursuit ses études d'histoire et de philosophie en exil et participe à la création de la Fédération internationale des étudiants marxistes. Il obtient un doctorat d'Histoire à l'université de Zagreb. Devenu membre du bureau politique du comité central du Parti communiste yougoslave, il est distingué par l'état-major du Komintern, qui lui confie la direction de la lutte révolutionnaire en Europe centrale.

Expulsé de Yougoslavie en 1925, il se rend à Moscou en 1926 pour y enseigner. Il prend alors conscience de la réalité du régime soviétique, et rejoint l'opposition à Staline. Participant à un groupe clandestin assimilé au trotskisme, il est arrêté le 21 mai 1930 par la police politique stalinienne.

Emprisonné à Léningrad, jugé par le Collège spécial de la Guépéou sans avoir été entendu, Ciliga fut incarcéré pendant trois années dans l'isolateur politique de Verkhneouralsk, réservé aux « prisonniers de marque ». Il y fit la connaissance de plusieurs opposants russes, comme Serge Tigounov, membre du « Groupe ouvrier », dont le leader était Gavril Miasnikov. Durant ces années, il aboutit à la conclusion que le léninisme porte en lui les germes de la décomposition que connaissait alors la Russie, et que ce n'était pas un retour aux sources du bolchévisme qui pouvait redresser la situation. En 1933, il fut déporté à Ienisseïsk, en Sibérie. Mais étant de nationalité italienne et grâce à une campagne menée en sa faveur en Occident, il fut finalement expulsé d'URSS en décembre 1935. Il vécut alors à Paris.

En 1936 et 1937, il écrivit Au Pays du grand mensonge, publié en 1938. C'est un récit de ses années en URSS et une analyse politique de ce régime, qu'il considérait comme étant capitaliste d'État. Cet ouvrage fut augmenté par la suite à plusieurs reprises, sa version définitive portant le titre Dix ans au pays du mensonge déconcertant. En France, Ciliga acheva la rédaction du second volume de ses mémoires : Sibérie, Terre de l'Exil et de l'Industrialisation, en août 1941.

Malgré la possibilité qu'il eut de partir en Amérique, il préféra retourner en Croatie en décembre 1941, bien que le pays fût à l'époque allié à l'Allemagne nazie, sous la dictature d'Ante Pavelic. Ciliga fut arrêté peu après son arrivée par la police oustachi, puis envoyé au camp de concentration de Jasenovac sous le poids d'une condamnation à mort. Il en fut cependant libéré le 1er janvier 1943, peut-être grâce à certains éléments favorables aux Alliés au sein des autorités croates, alors que les forces allemandes étaient empêtrées en URSS. Il donna alors des conférences à l'Université de Zagreb et écrivit des articles dans le journal Spremmost, considéré comme un organe de presse de qualité plutôt pro-Alliés.

Peu après le débarquement en Normandie, en juin 1944, Ciliga se rendit à Berlin, en tant que journaliste, par curiosité probablement, mais aussi en raison du danger pour lui du prévisible avènement au pouvoir des communistes en Yougoslavie. L'étiquette « troskiste » qu'il portait équivalait alors dans les Balkans à une condamnation à mort. Fuyant ensuite Berlin, menacée par l'Armée rouge, Ciliga put gagner la France puis l'Italie. Au cours des années d'après-guerre, il se déplaçait entre Paris et Rome, toujours inquiet de la menace des puissants partis communistes de ces deux pays. Il continua à écrire durant ces années et se fixa à Rome.

Ses préoccupations se déplacèrent alors vers la question des nationalités en Yougoslavie, qu'il analysa avec une grande perspicacité, établissant un parallèle entre la domination russe en URSS et la domination serbe en Yougoslavie. Il était favorable à l'établissement d'États souverains démocratiques, à l'intérieur desquels les droits des minorités seraient garantis. Il se rendit en 1969 aux États-Unis — pour l'unique voyage qu'il effectua dans ce pays — afin d'assister à un symposium à l'Université de Caroline du Sud. Il écrivait également dans des journaux de la diaspora croate, dont il devint un membre politique éminent, avant de revenir finir ses jours en Croatie[1].

Bibliographie

Ouvrages d'Ante Ciliga :

Liens internes

Liens externes

Notes et références

  1. Stephen Schwartz, « Ante Ciliga (1898-1992). A Life at History's Crossroads », Journal of Croatian Studies, New York, 1995. revolutionary-history.co.uk

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