Années 1920
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Ier millénaire - IIe millénaire - IIIe millénaire

Les années 1920 (les années folles) couvrent la période de 1920 à 1929.

Sommaire

La désorganisation généralisée des années 1920

À la suite de la Première Guerre mondiale (1914-1918), certains pays connaissent une crise de régime immédiate (Italie, Allemagne, pays de l'Europe orientale), d'autres non. De ce décalage et de ces difficultés naît une instabilité internationale qui met à mal les plans de cohésion avancés par les nouveaux organismes de paix et de coordination, telle la récente Société des Nations. Contre toute attente, ce sont les démocraties parlementaires qui s'adaptent le mieux dans les années 1920. Bien que leur fonctionnement traditionnel ait été mis en sommeil pendant le conflit, leur souplesse institutionnelle leur permet d'adopter un exécutif fort à l'issue du conflit, tout en restant – tant bien que mal – ancrées dans un modèle républicain et démocratique. À l'inverse, les régimes forts et les empires connaissent plus de difficultés.

En Russie, la révolution qui survient pendant la guerre vise à instaurer un nouveau régime socialiste renversant les classes possédantes traditionnelles. Il s'agit donc de prendre le contre-pied du modèle de démocratie libérale. Pour se protéger de ce revirement et de la montée rapide de l'extrême gauche, les pays géographiquement proches de l'Union soviétique envisagent le recours ou l'affirmation de l'autoritarisme, si bien que la victoire des démocraties en 1918 ne sera que de courte durée. Toutefois, les crises puissantes à venir ont des causes multiples, qui dépassent la simple opposition politique internationale.

Le conflit meurtrier laisse un héritage socio-économique désastreux. Les populations sont marquées par un effort de guerre considérable, et dans le même temps, déstabilisées par l'émergence de libertés originales, telle l'égalité des droits politiques entre les sexes et les différentes classes sociales. Surtout, les questions internationales des réparations préoccupent les citoyens comme les gouvernements, qui ressentent une grande déception à la sortie de la guerre : rivalités, tensions, ruine de l'économie mondiale, autant de réalités quotidiennes qui font de la coopération internationale une réalité mort-née dans les opinions publiques. Il est vrai que, si de larges efforts sont entrepris par les deux blocs naissants – régimes républicains et régimes autoritaires – à travers notamment de nombreuses conférences internationales, les différents profonds que la guerre a exacerbés ou créés vont rapidement mener à l'échec de toutes les négociations. La question cruciale du désarmement oscille de fiasco en fiasco tout au long de la décennie, 1933 marquant le tournant vers la dynamique inverse : un réarmement assumé et rapide. Le problème des réparations financières et énergétiques mine les relations internationales dès la sortie de la guerre, jusqu'à 1929 ; le plan Young de 1930, puis la conférence de Lausanne de 1932, qui fixent « définitivement » les clauses de remboursement par l'Allemagne, dérivent d'une longue suite d'échecs depuis 1921. Le second accord est par ailleurs caduc, la crise de 1929 étant survenue. La Société des Nations traverse l'ensemble de ces circonvolutions historiques sans y apposer sa marque et sa dynamique.

Errements socio-économiques

Oncle Sam et le trésor vide, 1920, par James Montgomery Flag. Référence à la situation économique des États-Unis au sortir de la guerre.

La désorganisation s'incarne très nettement dans le champ économique, nerf de l'après-guerre. L'économie mondiale semble en effet ne s'être jamais remise du premier conflit mondial. Dès le début de la guerre, on avait renoncé à la convertibilité-or et le recours aux billets avait été rendu obligatoire pour empêcher panique et augmentation excessive des cours. Mais pendant la guerre, si les cours restent relativement stables, les prix augmentent ; certes de façon limitée, car les commerçants redoutaient la mise en place d'un marché noir, mais suffisamment pour engendrer une thésaurisation des monnaies métalliques. Dans de nombreux pays, cette thésaurisation des pièces en or, argent et bronze conduit les chambres de commerce, des autorités locales et des commerçants à émettre une monnaie de nécessité.

Cet ensemble de fait prend une importance déterminante une fois la paix revenue : un retour à la situation d'avant-guerre est exclu, car il y a alors bien plus de billets en circulation que d'or, ce qui rend le gage impossible. La non convertibilité est donc conservée, dans l'espoir d'un retour à une situation classique qui ne reviendra en fait jamais. Une grande partie de l'instabilité économique des années 1920 trouve sa source dans cette situation totalement inédite mêlant cours forcés, endettement rapide et surévaluation intrinsèque des monnaies. Les conséquences les plus évidentes et les plus rapides sont une contraction des échanges, accentuée par les ruines provoquées par le conflit, et un déficit chronique de confiance dans l'économie, notamment de la part des chefs d'entreprises.

À l'échelle nationale, tous les belligérants en dehors des États-Unis sont endettés (on notera tout de même un endettement de l'État américain vis-à-vis des grandes banques privées américaines : pour être créanciers des pays d'Europe occidentale, les États-Unis ont également dû emprunter). En plus de susciter des tensions ouvertes, la question des réparations, c'est-à-dire des remboursements, souligne la faiblesse potentielle des économies : la machine est grippée et c'est la première fois qu'un ensemble si large de pays se trouve confronté à un problème de consommation nationale. En effet, pour rembourser les dettes, les États n'ont pas d'autres choix que de se résigner à lever des fonds sous la forme d'impôts et d'emprunts, coupant prématurément tout espoir de reprise économique par la consommation. (toutefois, l'analyse d'une sortie de crise par la consommation n'était pas, à cette époque, communément admise, aussi la voie de « l'effort financier » sera-t-elle majoritairement suivie par les gouvernements de tous bords). Grâce aux cours forcés des billets, qui sous-évalue les valeurs restituées par les États à leurs voisins, les sommes remboursées restent limitées et les déficits extérieurs plongent ; mais cette astuce, involontaire, aggrave la situation de la dette intérieure : pour payer les réparations concrètes, les reconstructions, l'obscurité ambiante vis-à-vis des dettes et de leurs montants poussent à en demander toujours plus aux citoyens, comme en France dans le cadre des réparations allemandes.

Pour répondre aux besoins massifs de liquidités engagées dans les diverses dettes et réparations, tous les États produisent massivement de la monnaie. Cette hausse soudaine de la circulation fiduciaire engendre mécaniquement une inflation. Pour limiter ses répercussions sur les économies nationales, il est décidé de découpler les indices de prix du taux d'inflation : artificiellement maintenus bas, mais en même temps tirés vers le haut par les commerçants, les prix se désorganisent totalement et ne reflètent ni la valeur des cours, ni la valeur intrinsèque des produits. Rapidement, les entreprises n'ont plus de produits à vendre, ou trop cher ; les consommateurs ont épuisé leurs propres liquidités ; les terres sont remises en culture : finalement, une chute spectaculaire des prix achève la désorganisation des marchés en 1920, dans les secteurs industriels et agricoles. Mais les mouvements erratiques des prix ne s'arrêtent pas là. Pour tenter de relancer l'économie, nombre de pays européens ou sud-américains, également touchés par la voie des échanges coloniaux, décident d'augmenter les taux d'escompte. En d'autres termes, le crédit est rendu plus cher. Le principal bénéfice de l'opération est d'augmenter les prix des entreprises et d'amoindrir la quantité de monnaie en circulation, ce qui doit redonner confiance aux investisseurs et aux consommateurs – c'est effectivement le cas pendant quelque temps. Cependant, ce comportement précipité consolide un état d'esprit nouveau qui ressort de la désorganisation ambiante : la manipulation monétaire.

L'exemple le plus probant est l'effondrement monétaire en Allemagne et dans ses satellites. L'État allemand inaugure la « dévaluation de combat », ie. manipule sa monnaie pour favoriser ses exportations. Pour ce faire, le mark est déprécié à plusieurs reprises, ce qui est rendu possible par le jeu de monnaies conservées flottantes depuis l'abandon de tout référentiel externe en or. En augmentant à outrance la masse de monnaie en circulation, l'Allemagne s'adapte en pratiquant une « politique du pire » qui vise à rendre impossible tout remboursement envers les vainqueurs : en janvier 1919, 1 mark « papier » valait 1,3 mark en or ; en décembre 1921, ce rapport était d'un pour 46 ; en août 1923, d'un pour un trillion. Cette implosion monétaire est ainsi à la fois volontaire et désastreuse ; elle existera dans plusieurs autres pays, dans des proportions moindres il est vrai. Globalement, le recours à la manipulation des monnaies et l'adaptation désorganisée au nouveau contexte économique expliquent beaucoup d'éléments intervenant dans la future crise de 1929, point de départ incontournable des sombres années 1930.

Les réajustements politiques

Dans ce contexte d'emballement économique, le Royaume-Uni cherche à asseoir une vision pragmatique de l'Europe, à savoir celle d'un espace d'équilibre concurrentiel – où elle jouerait éventuellement un rôle d'arbitre. À ce titre, le pays s'efforce de convaincre la France de participer au redressement de l'Allemagne, mais essuie un net refus illustré par l'échec diplomatique de la Conférence de Gênes. En 1922 est créé le Gold Exchange Standard (GES), initiative visant à résoudre un problème général de couverture or des monnaies. En effet, si le couple franco-allemand bloque tout retour à l'équilibre au cœur de l'Europe, un désordre plus large menace : pendant et après la guerre, la Réserve fédérale américaine (FED) a accumulé une très grande quantité d'or par rapport aux détenteurs historiques européens. Il s'agit là d'une menace en ce que cela peut conduire à des politiques inflationnistes non volontaires en Europe, c'est-à-dire, à une atonie générale des moyens de transactions nationales et donc, internationales — ce qui toucherait finalement également les États-Unis, en un cercle vicieux. Pour apporter une solution à ce problème, le GES consiste en une double couverture or et dollar, la FED jouant le rôle d'arbitre monétaire mondial, et le dollar, celui de monnaie de réserve. De sorte que les monnaies françaises, anglaises… se retrouvent gagées à la fois sur le dollar et sur l'or américain. Les transactions internationales se réalisent trivialement en dollars, les transactions nationales en monnaies locales. Ce mécanisme durera jusqu'à la crise de 1929 et permettra le retour à une certaine stabilité des monnaies européennes, notamment du Mark, l'Allemagne voyant ses exportations facilitées au-delà de toute espérance. Toutefois, le principal problème en Europe, le paiement des réparations de la part de l'Allemagne, demeure.

Les États-Unis sont une nouvelle fois les artisans du redressement allemand. En collaboration avec Hjalmar Schacht, le « magicien de la finance », les Américains concèdent des prêts importants à l'Allemagne. Pour les assurer, Schacht gage sa nouvelle monnaie, le Rentenmark, sur l'ensemble des bénéfices du chemin de fer du pays, en octobre 1923. Il s'agit donc uniquement de pouvoir recevoir les sommes prêtées, pas d'importer ; cette solution originale, risquée, va toutefois fonctionner. Une fois la stabilité revenue, une seconde monnaie est créée en août 1924, le Reichsmark, bénéficiant d'une double couverture avec celle du GES. Dans le couple américano-allemand, la confiance a été la clé de la reprise, mais la contre-partie évidente est la très forte dépendance de l'économie allemande face au dollar. Cela ne sera pas sans conséquence à moyen terme. Pendant ce temps, la France connaît deux problèmes majeurs sur le plan économique. En premier lieu, le pays dépense un argent qui ne sera jamais perçu à hauteur suffisante : les réparations allemandes. Par ailleurs, les Anglais spéculent contre le franc. À la fin des années 1920, Raymond Poincaré fait en sorte de redresser et d'assainir la monnaie nationale, en faisant jouer la confiance, les mécanismes d'épargne et la dévaluation. Comme en Allemagne, la dévaluation change de statut auprès des classes dirigeantes : d'échec politique, il devient un outil – voire une arme – économique.

Ainsi, à l'aube des années 1930, la stabilité apparente de l'économie mondiale masque difficilement nombre de désorganisations et de déséquilibres nationaux ou internationaux : forte dépendance et déséquilibre entre le mark et le dollar, échanges internationaux plus que modestes, politiques économiques et sociales de circonstances, tensions latentes et un certain esprit de revanche…

Voir aussi

Cinéma

Bibliographie

Notes et références



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