Annie Pétain
Annie Pétain
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Nom de naissance Alphonsine Eugénie Berthe Hardon
Surnom Ninie
Naissance 5 octobre 1877
Courquetaine (Seine-et-Marne)
Décès 30 janvier 1962 (à 84 ans)
Nationalité Drapeau de France France
Famille François de Hérain, premier mari
Philippe Pétain, second mari
Pierre de Hérain, fils

Annie Pétain ou Alphonsine Eugénie Berthe Pétain[1], née Hardon à l’état civil, née le 5 octobre 1877 à Courquetaine (Seine-et-Marne)[2], morte le 30 janvier 1962 à Paris (7e arrondissement de Paris[3]), est l'épouse du maréchal Pétain de 1920 à 1951, date du décès de ce dernier. De toutes les femmes que le maréchal a connues dans sa vie sentimentale, Annie Pétain est la seule qu'il a épousée[4].

Sommaire

Surnoms

Détestant son prénom d'usage, Eugénie, elle se fait surnommer « Ninie »[5] par ses amis et « Annie » par ses interlocuteurs[6]. Elle est aussi surnommée « la maréchale Pétain », en qualité d'épouse d'un maréchal de France.

Biographie

Enfance

Annie Pétain naît à Courquetaine, en Seine-et-Marne. Elle est la fille d'Alphonse Eugène Hardon (Paris, 28 avril 1852), ingénieur des arts et manufactures et de Berthe Eugénie Marest. En 1902, elle est adoptée par Eugénie Stainmetz veuve Stohrer. Eugénie rencontre Philippe Pétain pour la première fois en 1881, à Menton. Il a alors vingt-cinq ans, elle quatre[7],[8],[9] .

Un premier mariage arrangé et un fils

En 1901, à 24 ans, elle retrouve Philippe Pétain, alors commandant, qui la demande en mariage[8],[9]. Mais sa famille refuse de donner la main de leur fille à ce prétendant[8],[9].

Le 19 février 1903, elle accepte d'épouser François Dehérain (1877-1962)[4], un interne des hôpitaux, ancien président des Bâtiments Demaintrois à Montreuil, dans le Pas-de-Calais. Le couple a un fils[4], Pierre[6] connu sous son nom d'artiste : Pierre de Hérain. Le 5 mars 1914, après plusieurs semaines de séparation, le divorce est prononcé entre les deux époux[2]. Abandonnant la médecine, ce mari eut une carrière artistique (il fut artiste peintre[4], sculpteur et graveur) sous le nom de François de Hérain[10],[4]. François se remaria en 1918 avec Jenny Philippoteaux, fille d’Henri Philippoteaux (1866-1935)[10].

Le second mariage

Elle devient ensuite la maîtresse de Philippe Pétain[11], récemment promu général, avant que celui-ci ne parte pour la guerre. C'est avec elle que Pétain était, lorsque Serrigny le cherchait pour lui annoncer sa nouvelle nomination sur le front de Verdun[4] le 25 févier 1916[12].

Elle l'épouse civilement à la mairie du 7e arrondissement de Paris, le 14 septembre 1920[2],[4],[8], lors d'une cérémonie très discrète[13]. Le maréchal Fayolle est le témoin du marié[2]. Ce mariage est diversement apprécié par la famille et certains amis de Pétain[2]. Le premier mariage religieux d'Eugénie Hardon est ensuite annulé[4], par décision du tribunal de l’officialité de Paris le 30 janvier 1929, puis de l'officialité de Versailles le 18 mars suivant[14],[15],[16]. Une dizaine d'années après, le couple se marie religieusement, le 7 mars 1941, pendant l'Occupation[4], la situation matrimoniale du maréchal entraînant des dissensions au sein de l'Église française[17] pour laquelle Pétain fait figure d'homme providentiel[18] et qui ne cesse de faire des déclarations en faveur du régime[18], déclarations dont la propagande officielle ne manque pas de se servir[18]. Pétain désirant échapper au devoir de la confession, ce mariage est fait par procuration[19],[17]. Cette dernière cérémonie est également tenue secrète — elle a lieu dans la chapelle privée de l’archevêque de Paris, Mgr Suhard[17] — mais le pape Pie XII en est informé car il s'est inquiété de la situation matrimoniale du chef de l'État français[20]. Selon l'historien W. D. Halls, les péripéties conjugales du maréchal montrent que celui-ci n'était pas très croyant[20].

La femme fidèle

Elle accompagne son mari à Sigmaringen lorsque qu'il est emmené en Allemagne, le 20 août 1944[21]. Celui-ci ayant décidé, dès son départ de Vichy, de cesser ses fonctions, et donc de ne plus prendre de décision pour protester contre cette mesure d'exil, elle assure un rôle d'intermédiaire, à l'occasion d'un différent entre le maréchal et la Commission gouvernementale de Sigmaringen, concernant l'utilisation du drapeau français, en territoire allemand, sans son consentement[22].

Lors du retour en France de Pétain, le 27 avril 1945, le commissaire de la République de Dijon, venu en Suisse notifier le mandat d'amener dressé contre le maréchal, l'interroge sur l'endroit où elle désire se rendre. Elle indique : « Je ne souhaite pas me séparer du Maréchal. », « Telle est aussi l'intention du gouvernement [...] », répond le représentant de l'État[23]. Lors du voyage en train vers Paris, à l'occasion d'un arrêt à Pontarlier, des manifestations d'hostilité ont lieu, elle demande l'intervention du service d'ordre : « Est-ce ici [...] qu'on doit nous assassiner ? ». Arrivés au fort de Montrouge[24], ils sont installés dans la même pièce[23].

Annie Pétain assiste au procès de son mari (23 juillet-15 août 1945). Elle confie d'ailleurs, à propos de ce dernier, à Jacques Isorni, un des avocats du maréchal, qui vient de finir un discours émouvant (après lequel le procureur général Mornet va même jusqu'à l'étreindre[25] et le maréchal l’embrasser[26]) : « Je ne l'ai jamais vu aussi bouleversé. Il vous considère comme un fils »[25],[26].

Pendant la peine à perpétuité et l'incarcération de son mari au fort du Portalet puis à L'Île-d'Yeu (en Vendée), elle reste proche de lui[4], bénéficie d’un droit de visite quotidien et lui envoie, lorsqu'elle est en déplacement, un courrier régulier, lui témoignant de son soutien fidèle : « Tant d'amis se précipitent pour avoir de tes nouvelles - on s'occupe tant de toi de tous côtés en France et à l'étranger. Ta lettre si belle a produit une impression extraordinaire. Tes anciens soldats disent « Ah ! c'est bien lui - il est toujours le même » » (lettre de Paris, le 12 mai 1948)[27]. Le directeur de la prison la surnomme « la garce » ou « la reine mère »[28].

Pour Jean-Yves Le Naour, Mme Pétain est « une vieille femme acariâtre et prétentieuse qui a pris des habitudes de grandeur au bon temps de Vichy »[29]. Après avoir rappelé que les nostalgiques du pétainisme ont voulu faire d'elle « une icône de douceur et de dévouement », il confirme en citant deux témoignages. Pour Joseph Simon, qui dirige l'équipe des gardiens du maréchal, elle a « la méchanceté dans la peau ». Il écrit même dans son journal intime en octobre 1945 : « Quelle garce ! Avec quel plaisir je lui botterais les fesses ». Même le curé de Port-Joinville juge que « Mme Pétain n'est pas sociable. Grossière et mal embouchée, elle scandalise tout le monde »[30].

Décès

Le 30 janvier 1962, Annie Pétain décède à l'âge de 84 ans. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse, division 29, après des obsèques célébrées en l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, en présence du maréchal Juin et du général Weygand[31].

Filmographie

« Eugénie Pétain » est incarnée par l’actrice Antoinette Moya dans le film Pétain, réalisé par Jean Marbœuf en 1993.

Notes et références

  1. Nommée le plus souvent Eugénie Hardon dans les ouvrages historiques.
  2. a, b, c, d et e Herbert R. Lottman (trad. Béatrice Vierne), Pétain, Éditions du Seuil, Paris, 1984, 732 p. (ISBN 2-02-006763-3 et 978-2020067638), p. 120-122.
  3. Lieu de décès indiqué dans L’Intermédiaire des chercheurs et curieux (ICC), année 2002, colonne 846.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Marc Ferro, Pétain, éd. Fayard, Paris, 1987, 789 p. (ISBN 2213018332 et 978-2213018331) ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 p. (ISBN 978-2-01-270518-0), p. 655-657.
  5. Louis-Dominique Girard, Mazinghem – Ou la vie secrète de Philippe Pétain, 1856-1951, éd. Girard, 1971, 503 pages, p. 192.
  6. a et b « Vente du vendredi 7 novembre 2008 - Autographes – Lot no 426 », sur le site galileoauction.com, consulté le 5 juin 2009.
  7. Jacques Isorni, Philippe Pétain
  8. a, b, c et d Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, « Pétain : sa carrière, son procès », édit. Librairie Académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; réédit. CAL, p. 27.
  9. a, b et c (en) [PDF] The Making of a Soldier, 1856–1914, p. 12, sur le site potomacbooksinc.com., consulté le 17 novembre 2009.
  10. a et b Who's who in France : Qui était qui : dictionnaire biographique des Français disparus ayant marqué le XXe siècle, 2e édition 2005 (ISBN 2-85784-044-6) : sub verbo HERAIN Jean.
  11. François Brigneau, Philippe Pétain, vol. 1, no 3 de Mes derniers cahiers, Publications FB, 1991, 80 pages, p. 19.
  12. Marc Ferro, Pétain, op. cit., p. 724.
  13. Henri Amouroux, Pétain avant Vichy – La Guerre et l'amour, éd. Fayard, Paris, 1967, 312 p..
  14. Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944 : l'utopie Pétain, Presses universitaires de France, 1991, 351 pages (ISBN 2130434746).
  15. Arnaud Chaffanjon, Les Grands maîtres et les grands chanceliers de la Légion d'honneur : de Napoléon Ier à François Mitterrand, Éditions Christian, 1983, 271 pages (ISBN 2864960125), p. 63.
  16. Pierre Bourget, Un certain Philippe Pétain, éd. Casterman, 1966, 317 pages, p. 111.
  17. a, b et c Jean-Louis Clément, Les évêques au temps de Vichy – Loyalisme sans inféodation – Les relations entre l'Église et l'État de 1940 à 1944, éd. Beauchesne, Paris, 1999, 279 pages (ISBN 2701013550 et 9782701013558) [lire en ligne], p. 155-156.
  18. a, b et c Jacques Duquesne, Les Catholiques français sous l'Occupation, Éditions du Seuil, coll. « Points histoire », Paris, 1996 (ISBN 2-246116023), p. 48-51.
  19. Jacques Isorni, Philippe Pétain, La Table ronde, 1972, 560 pages, p. 215.
  20. a et b (en) W. D. Halls, Politics, Society and Christianity in Vichy France, éd. Berg, Oxford/ Providence (USA), 1995, 419 p., p. 53-54 [lire en ligne].
  21. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 45.
  22. Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 45.
    « Lorsque le 1er octobre 1944, le drapeau français, à son insu, est hissé sur le château à côté des armes des Hohenzollern, sa réaction sera double. D’une part, il adresse à l'ambassadeur Otto Abetz une lettre de protestation : « J'apprends que le pavillon français vient d’être hissé sur le château qui m’a été désigné comme résidence forcée, lequel jouirait au surplus, du privilège de l’extraterritorialité. Ces mesures donnent à ma présence ici une apparence de consentement qui est absolument contraire à mon sentiment et contre lequel je m’élève avec énergie [...] »
    D’autre part, il laisse la Maréchale prévenir l’amiral Bléhaut : celui-ci, avec des officiers, monte sur le toit, décroche le drapeau tricolore, qui sera dorénavant caché au fond d’un poêle. »
  23. a et b Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 49.
  24. « Fort de Montrouge – Plan de demi-ensemble du maréchal Pétain montant dans un fourgon pénitentiaire pour se rendre au Palais de justice, avril-juillet 1945 », Archives nationales, sur le site archivesdefrance.culture.gouv.fr, consulté le 21 novembre 2009.
  25. a et b Nathalie Roze, « Maître Isorni... », sur le site histoire-en-questions.fr.
  26. a et b Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, op. cit., p. 61.
  27. « Lot 336 : Annie Pétain (1877-1962). L.A.S. Annie, Paris 12 mai 1948 », sur le site alde.auction.fr.
  28. Paris Match, n° 3232 du 27 avril au 2 mai 2011, page 140.
  29. Jean-Yves Le Naour, On a volé le Maréchal !, Larousse, coll. « L'Histoire comme un roman », 2009 (ISBN 978-2-03-584838-3) , p. 5.
  30. Jean-Yves Le Naour, op. cit., p. 34 et 39.
  31. « Pétain, Henri Philippe », sur voila.fr.

Bibliographie

  • Jacques Isorni, Correspondance de l'île d'Yeu (lettres de Jacques Isorni et de la Maréchale Pétain présentées et annotées par Jacques Isorni), Paris, Flammarion, 1966.

Annexes

Article connexe

Lien externe



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