Annie Lacroix-Riz
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Annie Lacroix-Riz à la conférence Axis for Peace 2005.

Annie Lacroix-Riz (née en 1947) est une historienne française[1], professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Paris VII - Denis Diderot, ancienne élève de l'école normale supérieure (Sèvres), agrégée d'histoire, docteur-ès-Lettres, spécialiste des relations internationales dans la première moitié du XXe siècle et de la collaboration. Ses travaux portent sur l'histoire politique, économique et sociale de la Troisième République et de Vichy, les relations entre le Vatican et le Reich ainsi que la stratégie des élites politiques et économiques françaises avant et post Seconde Guerre mondiale. Elle est également connue pour son engagement communiste.

Sommaire

Sujets de recherche

Ancienne élève de l'École normale supérieure (Sèvres), élève de Pierre Vilar, agrégée d'histoire, elle a d'abord axé ses recherches sur l'histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme (son doctorat d'État portait sur l'histoire de la CGT de la Libération à la scission, de 1944 à 1947).

Cette historienne est aujourd'hui plus proche de l'historiographie anglophone issue de l'école de la New Left américaine des années soixante (Flemming et Williams), courant d'historiens marxistes[2]. Catégorie d’historiens inconnus en France car non traduits ou non repris, comme William Appleman Williams (en), D. F. Fleming (en), Gabriel Kolko (en), Gar Alperovitz (en), Michael Jabara Carley, Jacques R Pauwels, etc., qui proposent une approche radicalement critique du rôle de leur pays dans la lutte contre le nazisme, et par conséquent dans la seconde guerre mondiale. Il en est de même pour la période de l'après-guerre, et après-guerre froide : Uki Goñi (en), Robert Soucy, Thomas G Paterson, Allan S Milward, Melvyn P. Leffler (en), Geoffrey Roberts (en), Carolyn Woods Eisenberg, etc...

Dans les années 1980, elle oriente ses travaux sur les relations internationales dans la première moitié du XXe siècle, de la guerre de 1914-1918 à la guerre froide.

Dans les années 1990, ses recherches l'amènent à étudier la collaboration économique : Industriels et banquiers français sous l'Occupation puis Le Choix de la défaite et De Munich à Vichy: l’assassinat de la Troisième République[3] qui traitent de la décennie précédant l'Occupation[4].

Depuis les années 2000, Annie Lacroix-Riz analyse les relations entre le Vatican, l'Allemagne hitlérienne et l'Italie fasciste pendant les années 1930 et la Seconde Guerre mondiale, puis à l'avenir de dignitaires nazis et oustachis dans les démocraties occidentales[5].

En 2010, dans son livre, Le Vatican, l'Europe et le Reich De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, elle souligne la continuité de la ligne politique, financière et territoriale germanophile de la Curie romaine en terre européenne, à l’inverse de la thèse de l’antibolchevisme exclusif : Drang nach Osten visant les Balkans, la Pologne, la Russie, les Etats successeurs issus du Traité de Versailles et traités suivants imposés par la France et la Grande-Bretagne honnies. Cette stratégie européenne du Saint-Siège, institution politique italienne, alliée privilégiée de l'Empire austro-hongrois jusqu'en 1918 puis de l’Allemagne et des États-Unis devenus puissance européenne au XXe siècle, triomphe au XXe siècle et XXIe siècle. Toute histoire religieuse à vision cléricale y est exclue[6].

Elle a travaillé sur la production de Zyklon B par des entreprises françaises sous l'Occupation. Ses articles sur la famine en Ukraine en 1933 furent au cœur d'une importante controverse.

Elle s'est également impliquée contre certaines pratiques de l'histoire contemporaine, par exemple le financement par des entreprises des travaux de certains historiens, ce qui, selon elle, n'est pas sans incidence sur leur indépendance (dans L'histoire contemporaine sous influence, Le temps des Cerises, Paris, 2004).

Critiques et controverses

En 1997, Annie Lacroix-Riz avance dans les colonnes du quotidien L'Humanité que « la France avait produit pour les nazis du Zyklon B ». Alors même que plusieurs historiens tels que ­ Robert Paxton, Hervé Joly, Jean-Claude Hazéra, Renaud de Rochebrune font remarquer que cette affirmation ne repose sur aucune preuve, Annie Lacroix-Riz reprend cette thèse dans son livre Industriels et Banquiers sous l'Occupation (1999). L'historien Denis Peschanski, notant l'absence de recherches probantes, critique à cette occasion les méthodes d'Annie Lacroix-Riz : « Cela interroge sur la dérive de l'historien qui cherche un scoop, dans la confusion des rôles entre l'historien, le juge et le journaliste » et ajoute « elle aurait dû faire son travail d'historien et essayer d'apporter des réponses aux questions posées par d'autres historiens »[7].

Dans un article sur la « famine génocidaire » en Ukraine en 1933 (Holodomor), Lacroix-Riz utilise des sources diplomatiques provenant des chancelleries allemandes, italiennes et françaises pour remettre en cause la thèse du caractère organisé du « Holodomor » ukrainien.

À propos de la famine en Ukraine de 1932-33, elle écrit : « L'URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à "six millions de morts"... » et dénonce une « opération de propagande », un « bobard », une « campagne de presse[8] ». Cet article a suscité en 2006 de vives réactions, dans les associations de la diaspora ukrainienne, dont le Congrès mondial ukrainien[9]. À la suite de ces propos, une association d'Ukrainiens d'extrême-droite, soutenue par l'historien Courtois, a organisé une pétition pour « appeler les plus hautes autorités de l’État à tout mettre en œuvre pour lutter contre le révisionnisme stalinien », que l'on peut interpréter comme une demande de suspension comme professeur d'université. Il s'en est suivi une contre-pétition, dont les premiers signataires sont principalement des communistes dits orthodoxes[10]. La procédure est rarissime, même Robert Faurisson n'a été suspendu qu'après un véritable scandale — quoiqu'il fût enseignant en lettres, non en histoire. Le 25 mai 2006, ces organisations « ukrainiennes » ont rendu un hommage solennel sous l’Arc de Triomphe au pogromiste ukrainien Petlioura, chef de l' OUM, outrage qui a valu aux dites organisations l’ire de la LICRA, organisation juive née de la défense de Samuel Schwartzbard, jeune juif ukrainien émigré à Paris qui y avait tué Petlioura en 1926[11].

Dans une interview de septembre 2007[12], l'historienne réplique en accusant ses contradicteurs de vouloir surtout dédouaner les « autonomistes » ukrainiens, antisémites auxiliaires des Einsatzgruppen :

« Daniel Laurent : Certains de vos détracteurs vous taxent de négationnisme, allant même jusqu’à dire que de nier le génocide stalinien en Ukraine revient à nier aussi le génocide nazi des Juifs, ce qui est passible de poursuites judiciaires. Comment vous situez-vous dans ce débat ?

Annie Lacroix-Riz :

Que les lecteurs lisent l'ensemble de la critique des ouvrages parus et des textes d’archives originaux, diplomatiques et militaires que j’ai consacrés à la question de la campagne sur le thème de "la famine de 1933 en Ukraine" (écrits non publiés, mais diffusés sur Internet). Et qu’on cesse de prendre les criailleries des associations "ukrainiennes" ou présumées telles pour des propos scientifiques. Ce que celles-ci me reprochent, et elles l'avouent dans leurs sites, c'est avant tout de montrer, dans divers travaux, publiés, eux, tel Le Vatican, l'Europe et le Reich, que les mouvements "autonomistes" ukrainiens dépendaient financièrement de Berlin bien avant la Deuxième Guerre mondiale, qu'ils ont contribué à l’extermination des juifs et des Russes d’URSS (Raul Hilberg l'a exposé avant moi et plus longuement) et que Szepticky, évêque de Lemberg (autrichienne) puis Lwow (polonaise), a été le soutien de la stratégie autrichienne puis allemande en et contre la Russie, tsariste puis bolchevique, depuis les premières années du XXe siècle, sous l'égide du Vatican. Qu'il ait béni la division nazie "Galicia", et que les « autonomistes » ukrainiens aient participé en masse aux massacres de juifs et de Russes aux côtés de l'occupant allemand sont des affirmations qui rendent les associations "ukrainiennes" hystériques. Elles reposent sur des faits établis. »

Dans une tribune du Monde du 26 février 2002 intitulée « Le pape de Hitler », Annie Lacroix-Riz écrit qu'avec l'appui de Pie XII, « l'Église s'engagea activement à l'est de l'Europe dans l'extermination ».

Elle a fortement critiqué l'utilisation pédagogique du documentaire M6 Staline, le tyran rouge, consacré à la dictature de Staline, qu'elle qualifie de « vulgate anticommuniste »[13].

Selon Stéphane Courtois, coordinateur du Livre noir du communisme : « Mme Lacroix-Riz ignore les témoignages de base (...) elle ne tient aucun compte des règles de travail élémentaires de l'historien (...) À aucun moment elle ne s'interroge (...) De surcroît, Mme Lacroix-Riz ignore tout autant les nombreux travaux tirés des archives soviétiques synthétisés par Nicolas Werth (...) elle ignore tout autant les nombreux ouvrages en anglais[14],[15] ».

René Rémond, coordinateur de L'Histoire de la France religieuse dit « elle en est restée à la problématique politique de la Guerre froide. Elle continue à évoluer dans une perspective manichéenne, où un camp représente le bien, la liberté, la paix, c’est celui de Moscou ; et l'autre, qui est le contraire, l'empire du Mal (...)[16] ».

Militantisme politique

Annie Lacroix-Riz milite au Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).
En 2005, elle a participé à la conférence Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire.

En avril 2011, la société de production audiovisuelle Les Films de l'An 2 a réalisé Annie Lacroix-Riz avec "les amis de l'Huma" de Bagneux (92), sur la défaite de 1940, ses responsables, le Vatican, le IIIe Reich, la collaboration, la situation politique contemporaine…[17]puis Réhabilitation de Louis Renault : la riposte s'organise[18]

Journalisme

Elle collabore ponctuellement au Monde diplomatique.

Notes et références

  1. cf CV complet et liste de travaux parus ou à paraître
  2. L'Histoire intellectuelle aux États-Unis 2002, Jean-Francis Clermont-Legros, Département d'histoire Université McGill
  3. Voir la conférence De Munich à Vichy : l’assassinat de la IIIe République (1938-1940), 2007.
  4. Article de chroniques-rebelles: Connaître les liens entre le pouvoir politique et le patronat est l’un des intérêts majeurs de la recherche d’Annie Lacroix-Riz
  5. Sauvetage cynique après 1945, Le Monde diplomatique
  6. http://www.armand-colin.com/upload/Vatican_Europe_Reich_intro.pdf Introduction du livre Le Vatican sur le site de son éditeur
  7. L'historien Denis Peschanski réfute les allégations d'utilisation de zyklon B français à Auschwitz. «Il n'y a pas de preuve de livraison aux nazis»., Annette Levy-Willard, Liberation.fr, 23 décembre 1999
  8. "La « famine génocidaire » en Ukraine en 1933: une campagne allemande, polonaise et vaticane" 2004 puis 2008
  9. Lettre du président du Congrès mondial ukrainien à Jacques Chirac
  10. Pétition incluant une lettre du President de l' Ukrainian World Congress. Cette demande a toutefois été laissée sans suite par le président de l'Université Paris VII
  11. Un pogromiste honoré sur la tombe du soldat inconnu
  12. Interview d'Annie Lacroix-Riz par Daniel Laurent, Histoquiz, 24 septembre 2007.
  13. « Staline, le tyran rouge » : Un nouveau croquemitaine pour effrayer les jeunes
  14. Stéphane Courtois, Vous avez dit négationnisme? Le Meilleur des mondes (revue) n° 1, avril 2006
  15. Voir aussi un article de Stéphane Courtois sur le « négationnisme » de la famine dans Histoire du christianisme de décembre 2005.
  16. Aventures et dossiers secrets de l'Histoire, n° 10, décembre 2005 ; revue dirigée par Pierre-Alexandre Bouclay que l'on peut situer dans la mouvance des chrétiens traditionalistes.
  17. http://vimeo.com/22398406 La défaite de 1940, ses responsables, le Vatican, le IIIème Reich, la collaboration, la situation politique contemporaine
  18. http://vimeo.com/24454049 Riposte contre la réhabilitation de Louis Renault, le révisionnisme historique de la collaboration des industriels et la mise en cause du programme du C.N.R

Publications

Livres

  • La CGT de la Libération à la scission (1944-1947), Paris, Éditions Sociales, 1983, 400 p. (ISBN 9782209055302)
  • Le choix de Marianne: les relations franco-américaines de 1944 à 1948, Paris, Editions Sociales, 1985, puis 1986, 222 p. (ISBN 978-2209057900)
  • Les Protectorats d’Afrique du Nord entre la France et Washington du débarquement à l'indépendance 1942-1956, Paris, L'Harmattan, 1988, 262 p.
  • L'économie suédoise entre l'Est et l'Ouest 1944-1949: neutralité et embargo, de la guerre au Pacte Atlantique, L'Harmattan, 1991, 311 p.
  • Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre Froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1996, 540 p., puis édition complétée et révisée, 2010, 720 p.

Vatikan, Evropa i Rajh od Provg Svetskog Rata do Hladnog Rata, Belgrade, Sluzbeni Glasnik, 2006, 647 p. Traduction en serbo-croate, (ISBN 2200242921 et 978-2200242923)

  • Industrialisation et sociétés (1880-1970). L'Allemagne, Paris, Ellipses, 1997, 128 p. (ISBN 9782729867478)
  • Industriels et banquiers français sous l'Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1999, 661 p. puis 2007.(ISBN 9782200251093)
  • L'Histoire contemporaine sous influence, Paris, Le temps des Cerises, 2004, 145 p., puis, 2e édition (1e, 120 p.), 2010. (ISBN 978-2841094752)
  • Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2006, 671 p., réimprimé en 2007 et 2008, puis, nouvelle édition complétée et révisée, 2010, 679 p.(ISBN 2200354916 et 978-2200354916)
  • L'intégration européenne de la France : La tutelle de l'Allemagne et des États-Unis, Paris, Pantin, Le temps des cerises, 2007, 108 p.(ISBN 978-2841096978)
  • De Munich à Vichy : L'assassinat de la Troisième République (1938-1940), Paris, Armand Colin, 2008, 408 p. (ISBN 978-2200351113)

Quelques articles

Sur Internet


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