Annexion de la Moselle

Annexion de la Moselle (1940)

La première annexion de la Moselle est entérinée par le traité de Francfort, le 10 mai 1871. La première annexion s’inscrit dans le processus de formation du second empire allemand. La plus grande partie de l’ancien département de la Moselle de 1792 est annexée au futur Reichsland d'Alsace-Lorraine ou « Elsass Lothringen ». La Moselle restera allemande pendant quarante-huit années, avant d’être libérée par la France. Elle sera de nouveau annexée, cette fois de facto, en 1940. Cette page est consacrée à la seconde annexion de 1940.

La seconde annexion de la Moselle se traduisit par quatre années de souffrances pour les Mosellans, expulsés, transplantés ou opprimés, et par la disparition de milliers de jeunes "malgré-nous" sur le front de l’Est, et de civils sous les bombes des belligérants.

Sommaire

Chronologie

Année 1940

Sepp Dietrich décorant des soldats de la 1ère Division SS, à la fin de la campagne de France, à Metz, le 21 juin 1940

De la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne le 3 septembre 1939, à juin 1940, la "drôle de guerre" donne l’illusion à la France qu’elle tiendra ses positions grâce à la ligne Maginot et à la vaillance de ses troupes, et quelle obtiendra la victoire, comme en 1918.

Le 14 juin 1940, Metz est déclarée "ville ouverte". Le 17 juin 1940, l’entrée des troupes allemandes dans cette ville marque le début d’une répression brutale, dont les Messins et les Mosellans ne se relèveront qu’en 1945. Le lendemain, le représentant de l’État à Metz, le préfet de la Moselle, est arrêté, signe de la défaite de la France. Quatre jours plus tard, la signature à Rethondes d’un traité d'armistice, entre la France et l’Allemagne, ôte les derniers espoirs aux Mosellans.

Pourtant un mouvement de résistance, l'Espoir français, se forme en juillet 1940, pour conjurer le mauvais sort et préparer le retour des troupes françaises. Il sera actif plusieurs mois. Dans le même temps les premières expulsions ont lieu dans la plupart des villes de Moselle. L’ancienne frontière de 1871 est rétablie le 25 juillet, marquant de facto l’annexion du département de la Moselle au Reich allemand.

Le Gauleiter Josef Bürckel prend ses fonctions le 7 août 1940 à Sarrebruck, en tant que nouveau chef de l'administration civile allemande en Moselle. Le lendemain, son prédécesseur, le préfet Bourrat, est expulsé de Moselle. Les Messins résistent en silence et organisent une manifestation patriotique, place Saint-Jacques à Metz : la statue de Notre-Dame est fleurie aux couleurs tricolores. Les autorités allemandes réagissent immédiatement et expulsent le lendemain l'évêque de Metz, Mgr Heintz. Des milliers de messins, fonctionnaires, patriotes, ou anciens militaires, sont à leur tour expulsés.

Pour conjurer la résistance passive des Messins, le Gauleiter Bürkel organise en grandes pompes son entrée officielle à Metz, le 21 septembre 1940. Résidant principalement à Neustadt dans le Palatinat, il ne reviendra que rarement à Metz. Informé des contrariétés de Bürkel au sujet des Lorrains mosellans, Hitler donnent des ordres pour que la Moselle soit "germanisée en 10 ans". Une ordonnance porte donc le 28 septembre 1940 sur la germanisation obligatoire du nom des habitants mosellans.

Hitler et des officiers de la Waffen-SS fêtant Noël, à Metz, le 26 décembre 1940

Les Mosellans étant toujours réticents face à l’occupant, 60 000 Mosellans francophiles, ou francophones jugés indésirables sont expulsés vers la France, du 11 au 21 novembre 1940. Le 30 novembre, la Moselle est réunie à la Sarre et au Palatinat pour former une nouvelle province allemande, le Gau Westmark. Conscient du ressentiment des Mosellans, le Führer Adolf Hitler ne fera pas de long discours à la population civile lors de sa venue à Metz, le 26 décembre 1940. Hitler se contentera de rendre visite à la 1ère division SS, stationnée à Metz, passant la nuit de Noël à l'Hôtel des mines de l'avenue Foch, en compagnie de Sepp Dietrich et des cadres de cette unité.[1]

Année 1941

Le 25 janvier 1941, un appel veut inciter les Mosellans à entrer dans l’organisation des Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend). La germanisation des esprits se poursuit lentement, mais sûrement. Pour échapper à cette pression quotidienne, 6 700 optants émigrent vers la France entre le 6 avril et le 3 mai 1941.

La répression policière se fait plus brutale, et les premières condamnations prononcées par le tribunal spécial de Metz tombent le 20 avril de la même année. Le 23 avril, le décret d'incorporation des Mosellans (garçons et filles) de 17 à 25 ans dans le RAD (Reichsarbeitsdienst) est publié en Moselle.

Le 18 juin 1941, un an après l’appel du général De Gaulle, des membres du mouvement "l'Espoir français" sont arrêtés. Un mois plus tard, le groupe "Mario" se forme autour du résistant communiste Jean Burger. Le 28 juillet, 101 prêtres sont expulsés vers la France.

Année 1942

Le Grand Séminaire de Metz, devenu inutile, devient une prison de Police. Le groupe gaulliste de J. Dehran se crée le 30 janvier 1941, peu de temps avant le démembrement de la filière d’exfiltration de Sœur Hélène. Pour faire face aux pertes allemandes de plus en plus nombreuses, le KHD (Kriegshilfsdienst) enrôle de force des auxiliaires féminines en Moselle, à partir du 16 juillet 1942 : les Malgré-elles. La police allemande arrête les membres d’un réseau d'évasion à Rombas, le 30 juillet 1942.

Alors que la Hitlerjugend devient obligatoire pour les jeunes mosellans le 4 août 1942, une ordonnance instituant le service obligatoire dans la Wehrmacht pour les Mosellans est promulguée le 19 août 1942. Dix jours plus tard, une seconde ordonnance, portant sur l'octroi de la nationalité allemande, rend applicable l'incorporation des Mosellans dans la Wehrmacht. Tous les habitants de l'Alsace-Moselle annexée au IIIe Reich savaient comment Hitler, et les nazis, avaient anéanti en Allemagne toute opposition au régime. Refuser la germanisation et la nazification était presque suicidaire. Pourtant, certains choisissent de ne pas devenir complices des forces allemandes et s'engagent dans les armées de la France libre ou dans les maquis de la Résistance intérieure.

Le procès des membres de l'Espoir français se tient le 30 septembre 42. Les premières condamnations de Mosellans tombent dès le 2 octobre pour faire sentir aux civils le pouvoir coercitif de l’Allemagne Nazi. Le 18 octobre de la même année, l’incorporation dans l'armée allemande des premiers Mosellans, des classes 1922, 1923 et 1924, marque pour certains le début d’un cauchemar sans nom, qui se terminera au mieux, dans les camps d’internement soviétiques.

L’arrestation en novembre 42 des membres des réseaux d'évasion de Forbach et de Lorquin rappelle aux Mosellans l’emprise impitoyable de la gestapo sur la population civile.

Année 1943

Poursuivant la politique de germanisation, plus de 10 000 patriotes ou résistants à l'annexion sont expulsés de leurs foyers et transportés, par la Gestapo, en Silésie, en Pologne, ou dans les Sudètes, entre le 12 et le 28 janvier 1943. Ces familles d’agriculteurs ou des travailleurs ruraux sont ainsi contraintes d’enrichir le Reich, sans espoir de retour.

Pourtant, les Mosellans continuent à se rebeller et le train qui conduit les recrues du RAD, de Sarrebourg à Sarreguemines, est mis à sac, le 18 février 1942. Le 12 mai, l’arrestation des passeurs du réseau de Rehtal allonge la liste des condamnations. Preuve de la révolte contre l’occupant Nazi, 1 250 incorporables mosellans, ayant déjà servi dans l'armée française se rebellent à Sarreguemines le 25 juin 1943.

Le 20 septembre, le chef du réseau Mario, Jean Burger, est arrêté. Pour faire face à l’insoumission, ou aux désertions des Mosellans, une ordonnance consacre la responsabilité collective du "clan" en cas de défaillance d'un appelé, le 1er octobre 1943. L’insoumis expose donc maintenant sa famille à des représailles implacables. La répression se faisant plus brutale encore, le Fort de Queuleu devient un camp d'internement en octobre et le camp de Woippy ouvre en novembre 1943. Le 15 décembre de la même année, les membres du groupe Dehran[2] sont à leur tour arrêtés.

Année 1944

Au cours du printemps et de l'automne 1944, la gare de triage de Metz et les quartiers environnants sont bombardés par l'aviation Alliée à plusieurs reprises, faisant de nombreuses victimes civiles. Ainsi, le 1er mai 1944, le Sablon est bombardé par l'aviation américaine, sans que les objectifs ferroviaires soient véritablement détruits. Les voies ferrées à Woippy sont bombardées le 25 mai 1944, sans succès. Le 12 août 1944, la gare de triage du sablon est de nouveau bombardée, avec cette fois plus de succès. Le 14 août 1944, la base de Frescaty est bombardée, sans résultats probants. Le 18 août, c’est l’usine aéronautique de Woippy qui est visée, et de nouveau le terrain de Metz-Frescaty, avec cette fois plus de chance. La gare de marchandise de Metz est une dernière fois bombardée par les Alliés le 20 octobre 1944. À chaque fois, la précision des bombardements étant assez aléatoire, la population messine sera durement touchée.

Le 3 juin 1944, l’armée allemande mène une expédition punitive contre le maquis de réfractaires de Longeville-lès-St-Avold. L’étau se resserre inexorablement. Au cours du mois de juin, des représailles sont décidées aussi à Porcelette, à Honskirch et à Vittersbourg, à l’encontre des insoumis mosellans. A l’été 1944, la roue du destin tourne en faveur des Alliés et des Mosellans. Les résistants Krieger et son adjoint Scharff en profitent pour structurer les FFI dans la région. Le 17 août, le fort de Queuleu est évacué dans la hâte. En septembre 44, la brigade Alsace-Lorraine est créée. Elle permet enfin aux mosellans de se battre pour leur pays. Alors que la bataille de Metz a commencé, le camp de Woippy est à son tour abandonné, le 1er septembre 44. Le Gauleiter Josef Bürckel se suicide le 28 septembre. Metz est enfin libéré le 22 novembre 1944, après quatre ans d’annexion.

Année 1945

Alors que l'Opération Nordwind de l’armée allemande déstabilise les troupes américaines, et inquiète les populations civiles en Moselle, la France annule les mesures prises par le Reich en Moselle, le 12 janvier 1945. Le département ne sera entièrement libéré que le 21 mars 1945, après de durs combats, qui éprouveront autant les soldats que les populations civiles.

Alors que l’armée allemande capitule à Reims le 7 mai 45, les dirigeants nazis sont arrêtés un peu partout en Europe. Le tribunal international de Nuremberg ouvre un procès qui durera de novembre 1945 à octobre 1946 : il reconnaît l'incorporation de force des malgré-nous comme un crime de guerre, refermant la page de cet épisode tragique de l’histoire de la Moselle.

Notes et références

  1. Hitler repassera à Metz, cette fois secrètement, dans la nuit du 16 au 17 juin 1944, pour se rendre au Wolfsschlucht II de Margival.
  2. Joseph Derhan, ouvrier à Hagondange avait formé dès 1942 un "Groupe gaulliste"

Liens internes

Liens externes

[1]

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