Anne Catherine Lucinde Prévost-Paradol

Anne Catherine Lucinde Prévost-Paradol, née à Paris en 1798 et morte à Neuilly en 1843, est une comédienne française, sociétaire de la Comédie-Française.

Sommaire

Éléments biographiques

Fille d'un coiffeur-perruquier, Lucinde Paradol entre au conservatoire en 1814 pour y étudier le chant sous la direction du compositeur Charles Henri Plantade, avant de débuter deux ans plus tard dans une pièce du grand opéra Alceste de Christoph Willibald Gluck.

En dépit de la faveur qu’elle reçoit du public, Mademoiselle Paradol quitte peu après la capitale pour chanter à Lyon et Marseille. Après ces tournées, sur les conseils de Michelot, acteur célèbre mais surtout sociétaire de la Comédie-Française, elle abandonne le chant pour se tourner vers la tragédie et la comédie. Dès juillet 1819, à 21 ans, elle débute aux Français dans une tragédie de Voltaire, incarnant le personnage éponyme de Sémiramis qui reste sa composition la plus connue[1]. Réclamée pour ses capacités à interpréter les caractères du grand répertoire, elle présente ensuite avec succès Émilie dans Cinna de Pierre Corneille puis Agrippine dans Britannicus de Jean Racine.

Remarquée, sans doute plus pour sa beauté que par la qualité de son jeu, Mlle Paradol est toutefois rapidement reçue pensionnaire puis, dans la foulée, sociétaire. Elle se spécialise dans la tragédie dans laquelle, selon les contemporains, elle excelle dans l'expression des sentiments nobles, sinon aristocratiques. Elle y crée plusieurs grands rôles, la reine Marguerite dans Louis IX de Jacques-François Ancelot (1819), Elizabeth d'Angleterre dans Marie Stuart de Pierre-Antoine Lebrun (1820), de Jane Shore, dans la tragédie du même nom de Népomucène Lemercier (1824).

La décennie qui suit cette période lui offre sans doute moins de succès car, en dépit de son talent remarquable, Mlle Paradol ne devient jamais une comédienne du premier ordre de la scène parisienne. La critique de l’époque lui reconnait en effet un certain nombre de défauts qui la rendent peu apte à rivaliser avec sa grande rivale Mademoiselle George. Celle-ci, établie sur le même registre et les mêmes rôles, connut effectivement une postérité beaucoup plus favorable.

Ayant quitté la scène relativement tôt, en 1838, à 40 ans, Lucinde Paradol y avait conservé, selon ses biographes, une « réputation intacte ». Elle eut, durant plusieurs années, une liaison avec Léon Halévy, lequel lui donna un fils en 1829, futur journaliste à succès, Lucien-Anatole Prévost-Paradol. Son mariage ultérieur avec le chef de bataillon en retraite Prévost - qui reconnut son enfant - lui permit ensuite, à la fin de sa carrière, d’accoler le nom de son mari au sien, patronyme sous lequel elle est à présent connue.

Citation

« Mme Lucinde Paradol fut d'abord destinée à augmenter le nombre des prêtresses de Polymnie. Elle parut dans le temple de cette déesse en 1816 ornés de la couronne de Didon et ensuite parée de la robe de la vestale. Après avoir demeuré une année à l'opéra, cette actrice qui avait reçu d'excellents principes du célèbre compositeur Plantade, fut joué à Lyon et à Marseille.
Revenue à Paris au moment où la Comédie-Française cherchait une actrice qui put succéder à Mlle Georges, on proposa à Mme Paradol de s'essayer dans la tragédie. Il est vrai que le physique de cette actrice est fait pour éblouir et pour séduire. Une taille magnifique, une figure aussi noble que belle, des bras superbes, promettait à Melpomène une reine digne de porter son diadème.
Mme Paradol débuta le 23 juillet 1819 par le rôle de Sémiramis et son succès fut prodigieux. Ce triomphe dura tant que cela fût utile au comité de la Comédie-Française mais lorsque d'autres intérêts le rapprochèrent de Mlle Georges, les applaudissements cessèrent, l’encens ne fuma plus, et une critique amère succéda à un éloge outré.
L'organe de cette actrice est plein et flatteur, et comme elle a beaucoup d'intelligence et d'amour de son art, il lui sera facile de se corriger d'une déclamation ampoulée et d'un débit trivial, résultats des premiers principes qu'elle a reçus. Noblesse et vérité sont les qualités qui distinguent la diction tragique.
Les gestes de cette actrice sont plus vrais qu'à l'époque de ses débuts, mais elle n'a pas encore perdu l'habitude de tenir sa main droite fermée et de ne présenter que l'index à son interlocuteur. Ce geste de prédilection est faux et ne convient nullement à la dignité de Melpomène.
Les attitudes de Mme Paradol sont naturelles et elle acquerra par l’usage l'aisance et la majesté qui les rendent brillantes.
La manière dont elle a joué Cassandre de l'Agamemnon de M. Lemercier, mérite des éloges et si c'est actrice docile aux avis d'une saine critique, elle parviendra à ce degré de perfection qui donne la célébrité ».
(Ricord, Les fastes de la Comédie-Français, 1822).

Source

Notes et références

  1. Un tableau d’Adèle de Romance intitulé Mme Paradol dans le costume du rôle de Sémiramis, présenté au salon de 1822, se trouve à la Comédie-Française.

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