Anne-Gédéon La Fite de Pellepore

Anne-Gédéon de La Fite, marquis de Pellepore né à Stenay en 1754, décédé à Liège en 1807, pamphlétaire et aventurier français.
On trouve aussi Lafitte de Pellepore, Pelleporc, Pelleport, Belleport.
Anne-Gédéon était originaire d'une vieille famille de Stenay en Clermontois, pauvre, mais bien établie à Paris : son père -Gabriel-René de La Fite, marquis de Pellepore - était écuyer et gentilhomme ordinaire de la maison du comte d'Artois qui prit pour première épouse Melle Chabrignac de Condé. Brissot, qui l'a bien connu à Neuchâtel et à Londres, devait en donner un portrait très détaillé dans ses Mémoires :
« Homme d’esprit mais sans fixité dans les principes, aimant les plaisirs quoique dénué de la fortune qui les procure […] [il] avait de l’esprit, l’apparence de la bravoure, un goût effréné pour le plaisir, un mépris profond pour toute espèce de moralité. C’était une sorte d’Alcibiade qui se prêtait à tous les rôles qu’on voulait lui faire jouer[1]. »

Sommaire

Biographie

Ancien officier reformé des troupes coloniales — il participe apparemment à des combats en Inde — et ancien officier au régiment d'Île-de-France, il apparaît comme élève d'Edme Mentelle à l’École militaire. On sait peu de choses sur ses états de service.

On trouve sa trace à Neufchâtel dans les années 1777-1780 où il fréquente la maison de Pierre-Alexandre Dupeyrou, ami de Rousseau et rencontre à l'occasion Jacques Pierre Brissot. Il est alors proche de la Société Typographique de Neuchâtel, collabore au Journal helvétique et rédige en 1779 un Essai sur la partie arithmétique de l'horlogerie et rencontre Brissot de Warwille qu'il met en relation de la STN[2]. A côté de ses activités de journaliste, il exerce alors la profession de précepteur et donne des cours de mathématiques et de français. Il épouse une femme de chambre de la maison Dupeyrou originaire de Stenay, Elisabeth Salomé Leynard ou Lienhard, et semble mener une vie de famille des plus calmes.

Mais il gagne la capitale parisienne, à la recherche de nouvelles aventures et sa vie apparemment dissipée le contraint à se réfugier à Londres. Pelleport grossit le rang des transfuges français qui alors vivent du commerce des libelles. Il fréquente à l'occasion Brissot, Samuel Swinton et Simon-Nicolas-Henri Linguet.
Suspecté d'être l'auteur de pamphlets contre la Cour de France - Les Petits soupers de l'hôtel de Bouillon - contre Marie-Antoinette -les Passes-temps de Toinette ou contre Vergennes (Les Amours du vizir Vergennes) [3] et du Vizir Vergennes - il se trouve impliqué en 1783 dans une opération de police dirigée par l'inspecteur Receveur et l'ancien libelliste Charles Théveneau de Morande, tous deux chargés de racheter les libelles français et d'en punir les auteurs[3].

Frontispice du Diable dans un bénitier.

Pour se venger des menées des deux hommes, il rédige en 1783 un pamphlet dirigé contre Morande et la police de Paris : Le Diable dans un bénitier et la Métamorphose du gazetier cuirassé en mouche, ou tentative du Sieur Receveur. Dans cet ouvrage ou ne sont épargnés ni les Secrétaires d'État en place, ni les ambassadeurs français en poste à Londres, il dresse le portrait d'un royaume despotique et le tableau des réfugiés français.

Attiré en France sous la promesse d'un poste de traducteur, il est arrêté à Douvres par l'agent Buard de Sennemar. Embastillé pour ses travaux de plume du 11 juillet 1786 au mois d'octobre 1788, il est alors le voisin du marquis de Sade. Lors des interrogatoires, menés par Lenoir, s’il accepte être l’auteur du Diable dans un bénitier, il récuse le fait d’avoir participé à des libelles contre la Reine. Sa détention semble avoir été douce. Il est apprécié par le gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay, à la fille duquel il donne des leçons de musique. En retour, le gouverneur lui rendait des services, lui procurant papier et encre et lui faisant passer « des melons et autres gourmandises dont il était friand[4]. » Dans cette captivité pour le moins supportable, il causa des tourments sans fin à l'un de ses anciens compagnons libellistes, le soi-disant comte de Chamorand, qui n’eut de cesse de s’en plaindre. Libéré par à l'intermédiaire de M. de Villedeuil et du chevalier Pawlet, au mois d'octobre 1788, il continue de recevoir une pension royale de trois cents livres, à titre de « secours annuel ».
Il semble alors résider à Paris et lorsque le 14 juillet 1789 le peuple parisien s'empara de la forteresse, il risqua sa vie en vain pour sauver celles du major M. de Losme et de l'ancien gouverneur, arrêtés et dirigés vers la place de l'Hôtel de Ville. Cette scène a été immortalisée par le peintre Charles Thévenin.

Pendant la Révolution, ses connaissances de l'Angleterre le portent à être employé, en 1792, comme agent et espion à Londres par Valdec Delessart alors aux Affaires étrangères. Le 7 février 1792, l'un de ses parents, Claude-Agapite de Pelleport, paraissant suspect à la municipalité de Stenay, est arrêté. A la séance de l'Assemblée législative du 17 février suivant, le Comité diplomatique fit savoir à l'Assemblée « que les frères Pelleport étaient réellement chargés d'une mission de la part du gouvernement, qu'ils avaient des passeports en règle » et que c'était à tort qu'ils avaient été arrêtés arbitrairement par les municipalités de Stenay et de Neuville. Le Comité proposait que l'Assemblée décrétât que « MM. Pelleport et Lemblay seront élargis sur le champ, et que le scellé mis sur les effets de M. de Pelleport sera levé ». (Moniteur, 1792, nos 47 et 49).

Après la déclaration de guerre, il est plus délicat de suivre la piste de l'aventurier. Il semble être réemployé par Deforgues et Barère de Vieuzac. Envoyé à Chimay à la fin de l'année 1793, se faisant passer pour émigré, il aurait été dénoncé par Verteuil et Gabriel de Cussy, puis arrêté sur ordre du prince de Cobourg. Son épouse se rendit à son tour à Chimay avec l’accord de Desforgues pour, soi-disant, récupérer les papiers sous scellés de son mari. Pelleport fut décrété d’accusation et déclaré émigré. Passé ouvertement du côté autrichien, on le retrouve en juin 1795 à Steinstadt, au sein de l'armée de Condé dont il fait office de poète. Il quitte l'Europe en novembre 1795, selon Gérard de Contades, et gagne Philadelphie pour y rejoindre une sœur - Gabrielle-Josephine. Le même auteur le fait mourir de la fièvre jaune quelques mois après son arrivée, mais un acte notarié prouve qu'il résidait toujours à Stenay (Cervisy) le 24 juillet 1798. Alphonse Aulard signale qu'il a été arrêté en 1802 par la police consulaire. Mort à Paris en 1810[5] ou à Liège en 1807, la date et le lieu du décès d'Anne-Gédéon ne sont pas encore établis avec exactitude.

Remarques

Son père - Gabriel-René de La Fite - chevalier de l'ordre royal militaire de Saint-Louis, lieutenant colonel d'infanterie, s'étant remarié, la famille La Fite de Pelleport compte de nombreuses branches. On lui connaît une sœur et deux frères : Gabrielle-Josephine (1770 - 1837), épouse de Victor-Marie Dupont (1767 - 1827), consul français aux États-Unis, fils de Pierre Samuel du Pont de Nemours et père de Samuel Francis du Pont. Claude François- Agapithe et Louis-Joseph, père de Wladimir de la Fite, comte de Pelleport, écrivain français, né au château de Krukovo, le 16 février 1813. Plusieurs Lafitte-Pelleport ont joué au cours de la Révolution des rôles obscurs. L'État militaire de 1789 mentionne un « Laffite-Pelport », capitaine en second de grenadiers au Régiment de Vivarais mais comme Anne-Gédéon était embastillé de 1786 à 1788, cet officier ne peut être qu'un frère ou un parent. Sa femme lui a donné quatre enfants. Ses fils furent placés à l'École des orphelins.

L'une de ses filles - Marguerite-Charlotte-Désirée- devait épouser Bernardin de Saint-Pierre, puis le littérateur Louis-Aimé Martin.

Annexes

Notes et références

  1. Mémoires de Brissot, op. cit. p. 303
  2. Michel Schlup (sous la direction), La Société typographique de Neuchâtel, l’édition neuchâteloise au siècle des Lumières (1769-1789), Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, 2002, p. 91.
  3. a et b Munro Price, Preserving the monarchy, op. cit., p. 169.
  4. Frantz Funck-Brentano, [[Revue historique (France)|]], 1876, suivant une indication d'Alfred Bégis.
  5. Michaud, Biographie Universelle, vol. 32, p. 398



Œuvres

Sur les autres projets Wikimedia :

  • La vie des gueux, ou les aventures de Lorio, Baronnet et Ricano, histoire amusante, et divertissante, composé en l'année 1774 par Pierre Le Roux ouvrage qui n'a jamais été imprimé, manuscrit conservé à la Biblioteche Civiche Torinesi.
  • Essai sur la partie arithmétique de l'horlogerie, in 8-octo, Société typographique de Neufchâtel, 1779.
  • Les Petits soupers et les nuits de l’hôtel de Bouillon. Lettre de M. le comte de… à milord ..., au sujet des récréations du marquis de Castries et de la danse de l'ours, anecdote singulière d'un cocher qui s'est pendu à l'hôtel de Bouillon au sujet de la danse de l'ours., Bouillon, 1783 (attribué).
  • Les Passe-temps d’Antoinette (attribué).
  • Les Amours du Vizir Vergennes (attribué).
  • Le Diable dans un Bénitier et la Métamorphose du GAZETIER CUIRASSE en mouche, ou tentative du Sieur Receveur, Inspecteur de la Police de Paris, Chevalier de St. Louis pour établir à Londres une Police à l'instar de celle de Paris…, Londres, 1783, 159 p.
  • Les Rois de France dégénérés par les princesses de la maison d’Autriche, avec estampe (attribué).
  • Le Tocsin ou avis à toute personne et surtout aux étrangers, (placard attribué), Londres, 1783.

Sources

Sources manuscrites

Sources imprimés

  • Mémoires de Brissot (1754 – 1793), note de Claude Perroud, chapitre XII.
  • Charpentier, La Bastille dévoilée- ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire, Paris, Dessenne, 1789, 3e livraison.
  • Correspondance secrete, politique, & litteraire dite de Mettra, 20 juillet 1784, t. XVI, Londres, 1789.

Bibliographie

  • L'Intermédiaire des chercheurs et curieux :
    • 1028, 1864, p. 79 (Alfred Bégis)
    • 1903, 18, v. 48, année 39, p. 137.
    • 30 octobre 1904, p. 634. (S. Churchill).
  • Société d'Emulation de l'Arrondissement de Montargis, no 20, p. 25, 36 (2e série). « La famille Lafite de Pellepore »
  • Les Demoiselles de Saint-Cyr. Maison royale d'éducation, 1686-1793, catalogue de l'exposition des Archives départementales des Yvelines.
  • Alphonse Aulard, Paris sous le Consulat, 1903, t. III, p. 386.
  • Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l’Empire, p. 293.
  • Simon Burrows, « A Literary Low-Life Reassessed: Charles Theveneau de Morande in London, 1769-1791 », Eighteenth-Century Life, vol. 22, no 1, février 1998, pp. 76-94.
  • Arthur Chuquet, Valenciennes (1793), Plon, 1894, p. 35.
  • Gérard de Contades, Emigrés et Chouans, Paris, 1895, p. 190.
  • Robert Darnton, Gens de lettres. Gens du livre, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. «Histoire», 1992, 302 p.
  • Idem, « The Brissot Dossier », French Historical Studies, vol. 17, printemps 1991, pp. 191-205.
  • Fernand Drujon, Les Livres à clef : étude bibliographique critique et analytique pour servir à l’histoire littéraire, Paris, 1888, 674p.
  • H. T. Mason, (ed.), The Darnton Debate : Books and Revolution in the Eighteenth Century, Oxford, The Voltaire Society, 1999, 316 p.*Charles Monselet, Oubliés et Dédaignés, Paris, 1885.
  • Munro Price, Preserving the Monarchy : The Comte de Vergennes 1774-1787, Cambridge University Press, 2004.
  • Suzanne Roth, L’Aventure et les aventuriers au dix-huitième siècle : essai de sociologie littéraire, Lille : serv. reprod. th. Univ. Lille 3, 1980, 2 vol., 870 p.
  • Jacques de Thiboult Du Puisact, Journal d'un fourrier de l'armée de Condé, publié et annoté par le comte G. de Contades, 1882.
  • Marion Ward, Forth, Philimore, London, 1982, 238 p.

Liens externes


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