Livres Sibyllins

Livres Sibyllins

Livres sibyllins

Les Livres Sibyllins sont un recueil d'oracles conservés à Rome dans l'Antiquité. Selon une tradition ancienne[1], ils furent achetés à une vieille femme inconnue par le roi Tarquin le Superbe.

Les livres sibyllins ne sont consultés qu'à la suite d'un prodige (ou présage) grave. Il s'agit de savoir quel dieu apaiser et par quels rites. Ils furent d’abord confiés à un collège de deux prêtres, nombre qui s’accrut par la suite pour atteindre quinze membres sous l’Empire, qu'on appela alors les quindecemviri sacris faciundis. La réponse était d'abord lue au Sénat, qui statuait ensuite sur l'opportunité de sa publication[2].

Pendant la guerre sociale (entre 91 et 89 av. J.-C.), un incendie au Capitole détruisit les exemplaires des livres sybillins. Pour les reconstituer, on fit rechercher les prophéties de la Sibylle enregistrées à Samos, à Ilion, à Érythrée, dans les colonies grecques d’Italie, en Afrique et en Sicile. Les prêtres firent ensuite un tri pour ne retenir que celles qui leur paraissaient véritables[3].

À la fin de l’Empire romain d'Occident, probablement lors des mesures antipaïennes promulguées par Honorius à partir de 404, les chrétiens s’emparèrent des Livres Sibyllins et les brûlèrent. Rutilius Namatianus, préfet de Rome en 417, dénonce Stilicon comme l’instigateur de cette action sacrilège [4]. Comme il l’accuse aussi de trahison et d’avoir introduit les barbares dans le Latium, reproches historiquement injustifiés, les historiens modernes sont dubitatifs sur cette responsabilité.

Liste (non exhaustive) des consultations de livres sibyllins

  • 399 av. J.-C. : À un hiver glacial succède un été chaud et malsain qui fait beaucoup de victimes. Le Sénat fait consulter les Livres Sibyllins, qui préconisent des lectisternes pour apaiser la colère des dieux. Ce furent les premiers lectisternes organisés à Rome, en l’honneur d'Apollon, Latone, Diane, Hercule, Mercure et Neptune[5].
  • 295 av. J.-C. on annonça qu'en maint endroit, il avait plu de la terre, et que, dans l'armée d'Appius Claudius, un très grand nombre d'hommes avaient été foudroyés; et pour cela on consulta les livres. Un temple fut construit pour Vénus près du Circus Maximus[6].
  • 293 av. J.-C. Une peste ravagea à la fois la ville et la campagne. Déjà ce désastre tenait du prodige, et l'on consulta les livres Sibyllins pour savoir quelle fin ou quel remède les dieux indiquaient à ce fléau. On trouva dans ces livres qu'il fallait faire venir Esculape d'Épidaure à Rome; mais les consuls étant occupés par la guerre, on ne fit rien, sauf un jour de prières publiques à Esculape[7]
  • Les Ludi Florales ou Jeux de Flore, furent institués en 238 ou 240 avant J.C. après consultation des livres sibyllins.
  • 204 av. J.-C. : Lors de la seconde guerre punique, interprétant les indications des livres sibyllins, une ambassade romaine rapporte de Pessinonte une représentation de Cybèle, et installe son culte à Rome.
  • 63 av. J.-C. : Croyant à une prédiction des livres sibyllins que trois Cornelius domineraient Rome, P. Cornelius Lentulus Sura prend part à la conjuration de Catilina[8]
  • Vers 55 av. J.-C. : Alors que les Romains débattaient sur l'éventuel soutien à apporter pour rétablir le roi d'Égypte Ptolémée XII sur son trône, la statue de Jupiter des Monts Albains fut touchée par la foudre. La consultation des Livres indiqua "Si le roi d'Égypte vient vous demander du secours, ne lui refusez pas votre amitié ; mais ne lui accordez aucune armée : sinon, vous aurez à supporter des fatigues et des dangers". Toutefois, le Sénat refusa toute assistance, craignant que Pompée n'en profite pour accroitre son influence[2]
  • 44 av. J.-C. : une prédiction des livres sibyllins affirmant que seul un roi pourrait triompher des Parthes accrédite la rumeur d'aspiration de Jules César à la royauté[9]
  • Auguste consacra un temple à Apollon sur le Palatin et y fit déposer les livres sibyllins, après avoir fait opérer une collecte et un tri parmi les diverses prophéties connues à Rome. Ce tri se comprend aisément vus les précédents d'influence politique fâcheuse de certaines prédictions.
  • Après d’importantes inondations du Tibre submergeant les parties basses de Rome, un des prêtres proposa la consultation des livres sibyllins, mais Tibère refusa, préférant selon Tacite garder secrètes les choses divines[10].
  • En 64 pendant le grand incendie de Rome, au vu des livres sibyllins, on procèda à des supplications adressées à Vulcain, à Cérès et Proserpine, et à Junon[11].
  • 270 : consultation des livres sibyllins après la défaite romaine à Plaisance contre les Alamans. Ils recommandent des cérémonies expiatoires.
  • 312 : Maxence consulte les livres sibyllins, avant d’affronter Constantin Ier
  • 363 : Julien qui prépare en Orient son expédition contre les Perses fait consulter les livres sibyllins. La réponse reçue par courrier depuis Rome « défendait manifestement de franchir la frontière cette année-là »[12].
  • vers 406 ou 407 : les chrétiens détruisent par le feu les livres sibyllins.

Notes et références

  1. Rapportée par Aulu-Gelle, « Les Nuits attiques », Livre I, ch. XIX.
  2. a  et b Dion Cassius, Histoire romaine, livre XXXIX, 15
  3. D'après Tacite, Annales, VI, 12
  4. Rutilius Namatianus, « De reditu suo », 2, 39-60.
  5. Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 13
  6. Tite-Live, Histoire romaine, Livre X, 31
  7. Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 47
  8. Plutarque, Vie de Cicéron, XVII
  9. Suétone, Vie de César, 79
  10. Tacite, Annales, I, 72
  11. Tacite, Annales, XV, 44
  12. Ammien Marcellin, Histoire de Rome, XIII, 7
Religion romaine
Officiants
Augure | Flamines | Pontifes | Haruspice | Pontifex Maximus | Rex nemorensis | Rex Sacrorum | Vestale
Croyances et pratiques
Apothéose | Fêtes religieuses | Rites funéraires | Culte héroïque | Culte impérial | Mythologie | Livres sibyllins | Sodalité | Temple
  • Portail de la Rome antique Portail de la Rome antique
Ce document provient de « Livres sibyllins ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Livres Sibyllins de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Livres sibyllins — ● Livres sibyllins recueil romain d oracles attribués à la sibylle de Cumes. (Il aurait été vendu par elle à l un des Tarquins, et fut conservé longtemps au Capitole.) …   Encyclopédie Universelle

  • Livres sibyllins — Les Livres Sibyllins sont un recueil d oracles conservés à Rome dans l Antiquité. Selon une tradition ancienne[1], ils furent achetés à une sibylle par le roi Tarquin le Superbe. Les livres sibyllins ne sont consultés qu à la suite d un prodige… …   Wikipédia en Français

  • DÉCEMVIRS ET LIVRES SIBYLLINS — DÉCEMVIRS & LIVRES SIBYLLINS Les Livres sibyllins ne contenaient pas d’oracles, mais un catalogue de remèdes que l’on consultait au nom de l’État en cas de prodiges (naissances de monstres humains ou animaux, pluies de pierres ou de sang, etc.)… …   Encyclopédie Universelle

  • Livres Sybillins — Livres sibyllins Les Livres Sibyllins sont un recueil d oracles conservés à Rome dans l Antiquité. Selon une tradition ancienne[1], ils furent achetés à une vieille femme inconnue par le roi Tarquin le Superbe. Les livres sibyllins ne sont… …   Wikipédia en Français

  • sibyllin — sibyllin, ine [ sibilɛ̃, in ] adj. • 1564; sibillin v. 1355; lat. sibyllinus 1 ♦ Myth. D une sibylle. Oracles sibyllins. 2 ♦ Dont le sens est caché, comme celui des oracles. ⇒ énigmatique, mystérieux, obscur. « pour autant que je pouvais… …   Encyclopédie Universelle

  • APOLLON (religion romaine) — APOLLON, religion romaine Dieu hellénique, Apollon fit son entrée dans la religion romaine comme médecin (fonction attribuée par les Grecs à Apollon Paian): lors d’une épidémie en APOLLON (religion romaine) 433, les Romains vouent à Apollon… …   Encyclopédie Universelle

  • SIBYLLE — Dans le Moyen Orient antique, les traditions sur la Sibylle n’ont cessé de foisonner. Son caractère abstrait et sa qualité de terme générique aidant, la Sibylle (d’abord nom propre, Sibylla ) donna lieu à une ample prolifération. À l’origine, il… …   Encyclopédie Universelle

  • Sibylle — Pour les articles homonymes, voir Sibylle (homonymie). Une sibylle est une « prophétesse », une femme qui fait œuvre de divination. Sommaire 1 Différences entre sibylle et pythie 2 …   Wikipédia en Français

  • quindécemvir — [ k(ɥ)ɛ̃desɛmvir ] n. m. • quindecimvir 1762; lat. quindecimviri « les quinze hommes » ♦ Hist. rom. Chacun des magistrats (quinze à l origine) préposés à la garde des livres sibyllins et à l organisation de certains sacrifices ou jeux. On dit… …   Encyclopédie Universelle

  • sibyllin — sibyllin, ine (si bil lin, li n ) adj. De sibylle. Les prédictions sibyllines. Les oracles sibyllins. •   Enfant, on me disait que les voix sibyllines Promettaient l avenir aux murs des sept collines, V. HUGO Odes, Chant de fête de Néron..… …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.