André achiary

André Achiary

Né le 10 juillet 1909 à Tarbes (France), mort à Madrid (Espagne) en novembre 1983. Passé par les jeunesses socialistes, il devient commissaire de police à Alger (Algérie) et recourt à la torture en particulier dans la répression des communistes entre 1940 et 1942. Il participe à l'opération d'accueil du débarquement allié en novembre 1942, devient officier du SDECE [1] puis sous-préfet de Guelma (Département de Constantine, Algérie). En mai-juin 1945, il conduit les massacres de Guelma. Il organise les manifestations et les attentats des « ultras » de l'Algérie française (1955-1956) avant son expulsion d'Algérie par le ministre-résidant Robert Lacoste.

Sommaire

Avant guerre

André Achiary est le fils de Léon Achiary, adhérent à la SFIO qui épousa en 1925, à Alger, Henriette Sergent, de famille coloniale passée au moins par l'Indochine. Il grandit en Kabylie et à Alger. Les parents semblent vivre ensemble bien avant leur mariage, d'abord dans la région pyrénéenne puis avant et après la guerre de 1914-1918. A Alger, André connut les Jeunesses socialistes et, dans les années 1920, il fut élève au lycée d'Alger. Licencié en droit, reçu second en 1934 au concours de commissaire de police, il est nommé en 1935 au service de la Sûreté à Alger. En 1938, il devient sur le département d'Alger le responsable de la Brigade de Surveillance du territoire.

Dès 1939, il s'illustre par l'arrestation, et parfois la disparition, de plusieurs dizaines d'agents de l'Axe, italiens surtout. En contact avec Londres par le réseau d'information Forces françaises combattantes en Afrique du Nord (AFR) créé par le socialiste Paul Schmitt dès l'automne 1940, il s'acharne à poursuivre les communistes et à démanteler les tentatives de réorganisation clandestines, traquant notamment l'imprimerie clandestine de La Lutte sociale. Il n'a souvent pas la main plus légère pour ses compagnons de réseau, fussent-ils gaullistes ou socialistes, lorsqu'ils sont en état d'arrestation et qu'il est nécessaire de donner le change. Pour ses compagnons dans le secret de la Résistance, il paraît « un petit bonhomme râblé, rageur, au visage intelligent et vif, sympathique et qui accueille les bras ouverts tous ceux qui parlent de faire quelque chose » [2]. Rapidement violent, il est un opiomane avéré, ce qui est facile dans les colonies.

Soupçonné de double jeu par ses chefs et muté à Sétif, il participe avec les responsables du réseau AFR à l'ultime préparation des opérations destinées à faciliter de l'intérieur le débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord qui est au départ prévu pour s'étendre jusqu'à Bône (département de Constantine ; Annaba aujourd'hui). Il est alors mis à la disposition de José Aboulker par son réseau. Dans la nuit du débarquement, le 8 novembre 1942, il participe à l'occupation du commissariat central d'Alger. En décembre 1942, à la suite de l'exécution de l'amiral Darlan, il tente de brouiller l'enquête et manque de peu de se faire fusiller par les giraudistes. Mobilisé au début de 1943, il fait du renseignement lors de la campagne de Tunisie, puis lors du débarquement en Corse. En novembre 1943, De Gaulle le décore de la médaille de la Résistance. En 1944, il est détaché à la Direction générale des services spéciaux comme conseiller de Jacques Soustelle, et débarque en France avec le 1er Régiment de Choc.

Le 22 mars 1945, il prend les fonctions de sous-préfet de Guelma, nommé par le gouverneur socialiste d'Algérie Yves Chataigneau, qui lui donne ainsi l'occasion d'accéder à la carrière préfectorale. Très vite pris en main par le colonat, inquiet de voir arriver un sous-préfet issu de la Résistance et parlant couramment l'arabe et le kabyle, il cède rapidement aux pressions qui pèsent sur lui. Sous la hantise d'une insurrection arabe et croyant au complot, il est persuadé que les nationalistes du Parti du Peuple algérien (PPA) sont prêts au soulèvement, s'ils ne sont des agents hitlériens, ce que disent aussi les communistes. Couvert par le gouverneur Chataigneau, il organise le 9 mai 1945 une milice coloniale forte de plusieurs centaines d'hommes, pourvue par l'armée en armes automatiques, qui sévira dans la répression au cours des mois de mai et juin 1945. Il laisse s'organiser un Tribunal de Salut public qui, tous les jours, enverra à l'exécution cinquante à soixante musulmans algériens. Bien que responsable directement, ou indirectement, de 2000 à 3000 assassinats à Guelma et dans la plaine alentour, il est décoré en janvier 1946 de la Légion d'honneur, au titre de la Résistance, décoration demandée pour lui par l'Association du 8 novembre 1942.

Après guerre

En avril 1946, le gouverneur Chataigneau le prend à ses côtés comme secrétaire aux Affaires économiques.

Il est nommé en 1947 secrétaire général du préfet de la Manche (France), poste peu éloigné de Paris qui annonce pour lui une belle carrière préfectorale. Toutefois, au bout de deux mois, il rentre à Alger où il devient entrepreneur de travaux publics (il obtient notamment le contrat de construction de l'immeuble de la Sécurité sociale à Alger, une affaire juteuse).

Lié dès 1955 aux partisans de l'Algérie française, dont Mario Faivre et Jean-Baptiste Biaggi, il compte parmi les organisateurs de la manifestation contre la conférence d'Albert Camus sur la trêve civile, et plus encore de la mise en scène des adieux de Jacques Soustelle et de la « journée des tomates » qui fait reculer le président du Conseil français, le socialiste Guy Mollet, à Alger le 6 février 1956.

Avec des membres de l'Union française nord-africaine, créée par Robert Martel, il monte l'attentat à la bombe de la rue de Thèbes dans la Casbah d'Alger, le 10 août 1956, qui fait 73 victimes et marque un tournant tragique dans la guerre d'Algérie[1], levant les derniers scrupules de Larbi Ben M'Hidi, qui décide de porter le terrorisme au cœur de la ville européenne d'Alger, marquant ainsi le prélude de la « bataille d'Alger »[3].

Expulsé par le ministre-résidant Robert Lacoste, il s'ennuie en France, et se retire chez sa fille, mariée à un footballeur du Real Madrid. Il vivote et meurt à Madrid en novembre 1983 d'un cancer de la gorge.

Références

  1. a  et b Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.86
  2. Pierre Chamine, La Conjuration d'Alger, Paris, 1946
  3. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.87

Source de l'article

  • René Gallissot. Algérie : engagements sociaux et question coloniale. Editions de l'Atelier, Paris, 2007
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