André Grandclément

André Grandclément (1909-1944) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale responsable en Aquitaine d'un mouvement de résistance, l’Organisation civile et militaire. Soupçonné d'imprudences graves, voire de trahison, il fut exécuté en juillet 1944 sur ordre de Roger Landes, chef d'un réseau du SOE.

Identités

  • État civil : André Marie Hubert Grandclément
  • Pseudo : « Bernard »

Famille

  • Son père : Raoul Gaston Grandclément, amiral.
  • Sa mère : Amélie de Barolet.
  • Sa première femme : Geneviève Toussaint, surnommée Myssett. Mariage religieux le 7 novembre 1929 à Notre-Dame de Bizerte. Ils ont cinq enfants dont trois meurent en bas âge ; seules survivent deux filles : Ghislaine (née - en 1930 ? - à Sfax) et Francine (née en 1934 à Nuits-Saint-Georges).
  • Sa deuxième femme : Lucette Tartas. Mariage le 20 janvier 1943. En premières noces, elle a épousé Philippe Rigou et eu un fils, Christian (né vers 1930). La mère de Lucette s'appelle Chastel. Lucette est exécutée le 28 juillet 1944 juste après son mari.

Éléments biographiques

Avant la guerre

1909. Naissance d’André Grandclément le 28 janvier, à Rochefort-sur-Mer.

Études. Fils de militaire, André suit les garnisons de son père. Il est élève au collège Franklin (Paris 16e) chez les jésuites, où il y noue une amitié avec Marc O'Neill. À la fin de l'adolescence, il interrompt les cours de Franklin pour l'université de Beyrouth (son père vient de prendre la direction de la division navale de Syrie), puis pour le lycée de Tunis. Il passe ses bacs à Paris, dort au collège Massillon (Paris 4e) et étudie au lycée Saint-Louis (Paris 6 °). Au moment d'entrer en classe préparatoire à l'école navale, il rencontre Geneviève, se fâche avec son père et renonce à poursuivre ses études.

1928. En octobre, il entre dans l'armée, d'abord comme simple soldat dans un corps de tirailleurs sénégalais. Puis rapidement, il suit les cours d'élève officier.

1930. En poste à Sfax, il annonce à son père, en septembre, son désir de quitter l'armée.

1931. André et Mysset s'installent à Toulon.

1932. Ils sont à Saint-Maixent. André n'a pas quitté l'armée, mais entre, pour deux ans, dans l'école d'officier. En même temps, il fait son droit à Poitiers.

1934. Grave chute de cheval. Malade (les lettres évoquent une tuberculose avec hémophyse), André quitte Saint-Maixent pour l'hôpital militaire de Clamart. Il est en congé maladie.

1935. Grâce à un cousin, Paul Pierson, agent d'assurances, il entre à la Mutuelle Vie et s'installe avec Myssett à Bordeaux, 13, rue Basse.

1937. La commission de réforme renouvelle sa pension à titre définitif, au taux de 100 %. Il travaille pour l’Union Vie à Annecy.

1938. Le couple s'installe à Bordeaux, 44, rue Ferrère. Bientôt, les discordes se multiplient et le couple décide de se séparer. André s'installe 34, cours de Verdun, où il dirige une affaire d'assurances.

Pendant la guerre

1939. À la fin de l'année, Grandclément rencontre Lucette Tartas.

1940. Dès juillet, il est proche de la position collaborationniste de Vichy[réf. nécessaire]. S'illustre lors de la bataille de Stonne. Il sera cité à l'ordre de l'armée pour cette action. [réf. nécessaire]

1942.

  • Printemps. Alain Boyau, qui se présente au nom du général Jouffrault (son oncle) et au nom de Marc O'Neill (son ami d'enfance), propose à André Grandclément de devenir le chef du réseau de Résistance Organisation civile et militaire (OCM) pour le sud-ouest. Grandclément entre en résistance. Il est chargé, pour ses débuts, de prendre contact avec tous les petits groupes épars dans la région et de les rassembler au sein d'une organisation qu'il baptise France vivra. Il adopte le pseudo « Bernard ».
  • Octobre. Grandclément engage comme secrétaire Arlette Caussé, une cousine de Lucette, pour qu'elle échappe au STO.

1943.

  • Janvier. Le 20, André Grandclément épouse Lucette Tartas. Claude de Baissac, chef du réseau SCIENTIST du SOE, est informé par France Antelme de l'existence à Bordeaux de la très forte organisation de résistance, dirigée par André Grandclément et désireuse de recevoir armes et matériel. Le contact est établi et l'entente vite réalisée : André Grandclément apporte ses groupes et ses contacts avec l’OCM, et Claude de Baissac apporte les moyens du SOE, c'est-à-dire les armes qu'il fait venir d'Angleterre par parachutage.
  • Avril. L'appartement d'André Grandclément, cours de Verdun, devient un véritable salon où se retrouvent entre amis, pour parler de résistance, Claude de Baissac et Lise de Baissac, Roger Landes (opérateur radio de SCIENTIST), Jean Renaud-Dandicolle, Jouffrault père et fils, Charles Corbin, Roland Chazeau, Maleyran, Charles Hayes.
  • Juillet. Christian Fossard, un des adjoints de Grandclément, est arrêté par le commissaire Poinsot, qui le livre à Friedrich Dohse, le chef de la Gestapo à Bordeaux. Fossard parle et livre notamment l'adresse de Grandclément. À la fin du mois, les Allemands découvrent le fichier des membres du réseau, ce qui provoque de nombreuses arrestations. Grandclément, alors à Paris, échappe au coup de filet.
  • Septembre. Le 19, Grandclément est finalement arrêté à Paris, et transféré à Bordeaux. Dohse l'interroge et lui montre ce qu'il sait depuis la chute du réseau Prosper-PHYSICIAN. Constatant son anticommunisme viscéral, Dohse propose à Grandclément un pacte : qu'il livre les dépôts d'armes et ses hommes arrêtés seront libérés. Couvert par son chef, le lieutenant Kunesh, Dohse accorde quelques heures de liberté à Grandclément pour convaincre ses subordonnés. Charles Corbin « Police » accepte. Roger Landes est opposé. Grandclément propose d'informer l'OCM et Londres. Il envoie Marcel Defence auprès de Marc O'Neill. La réponse, condamnant Grandclément, ne viendra que bien plus tard - en juillet. L'accord est appliqué : des stocks d'armes sont livrés. Une centaine d'hommes sont libérés et des arrestations prévues sont annulées. Il négocie avec Dohse la transformation de ses réseaux en « maquis blancs » destinés à lutter non plus contre les Allemands mais contre les communistes après le départ des troupes allemandes.
  • Octobre. Le colonel Rollot, à Alger, envoie le DMR Claude Bonnier « Hypothénuse ».
  • Novembre. Dohse accorde à Grandclément un nouveau jour de sortie, au cours duquel il fait connaître la demande de Dohse de rencontrer son successeur, le commandant Eugène Camplan[1], en vue de préparer une rencontre entre le colonel Machule, chef du KdS de Bordeaux, et le général Giraud.
  • Décembre. Deux émissaires se rendent en Algérie, avec l'accord tacite de Dohse, afin de soumettre le projet de pacte à l'approbation du général de Gaulle.

1944.

  • Janvier. Le pacte est soumis au général de Gaulle, qui le refuse et fait emprisonner les émissaires.
  • Juillet. Le 4, Londres envoie un message par la BBC : « Attention, Grandclément, Noël et Renaudin sont des traîtres ». Le 28 juillet 1944, Grandclément, sa femme Lucette, son adjoint Marc Duluguet, sont exécutés par des agents britanniques et résistants français, sur ordre de Roger Landes « Aristide », devenu chef du réseau ACTOR du SOE depuis mars.

Annexes

Sources

  • Daniel Grandclément, L'Énigme Grandclément, le chef de réseau qui voulait un pacte entre la Résistance et les S.S., Balland, 2003, (ISBN 2.7158.1465.8)
  • Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance, Le cherche-midi, 2005, (ISBN 2-74910-456-4). Article Granclément, André, p. 146-148.
  • René Terrisse, Bordeaux 1940-1944, Librairie académique Perrin, 1993, (ISBN 2-262-00991-0).
  • René Terrisse, Grandclément, traître ou bouc-émissaire ?, Aubéron, 1996, (ISBN 978-2-908650-41-9).

Notes

  1. Par lettre du 23 octobre 1943, au nom du Comité de coordination militaire de zone nord, Alfred Touny charge Eugène Camplan de coordonner l'action des FFI dans la région de Bordeaux. Dès sa nomination, Camplan constitue un nouvel état-major, sans relations avec Grandclément.

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